Ite missa est

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Ite, missa est est une formule latine proclamée par le diacre ou le prêtre lors de l'eucharistie célebrée en rite romain.

Histoire[modifier | modifier le code]

Cette formule de renvoi, de congé de l'assistance,[1] s'employait déjà vers l'an 500[2].

À partir du XIIIe siècle on y ajoutait des éléments qui le réduisaient à une formule sans relation à l'actualité, car il ne renvoyait plus les fidèles. Dans son Missel romain de 1570, publié selon la demande du concile de Trente, le pape Pie V officialisa ces additions : après l'« Ite, missa est », le prêtre dit en silence une prière privée (le Placeat) , donne la bénédiction en faisant trois fois le signe de la croix, lit ce qu'on appelait le dernier évangile (le plus souvent le début de l'Évangile selon Jean), et après ça s'en va en récitant le Cantique des trois Enfants[3]. Après les modifications opérées par Clément VIII en 1604 et Urbain VIII en 1634, le Missel romain tridentin a pris la forme qu'on voit dans l'édition 1962 de Jean XXIII : le prêtre bénit avec un seul signe de la croix et on ne mentionne plus le Cantique des trois Enfants[4]. De toutes ces accroissements, le Missel romain de 1970 n'a conservé que la bénédiction, donnée avant l'« Ite, missa est », en restituant à ceci sa fonction de renvoi de l'assistance à la conclusion de la célébration.[5].

L'assemblée des fidèles répond « Deo gratias », éventuellement sur le même ton utilisé pour chanter « Ite, missa est ». En raison de sa brièveté on n'a créé que très rarement une version polyphonique de cette réponse. Un exemple se trouve dans la Messe de Nostre Dame de Guillaume de Machaut.

Substitution ou omission[modifier | modifier le code]

Anciennement on donnait le congé formel à toutes les messes célébrées avec concours de peuple, mais pas aux messes où n'assistaient que peu de personnes pieuses. Plus tard on a regardé l'« Ite, missa est » comme expression de joie et on a cessé de l'utiliser pendant la Carême et l'Advent. De conséquence, les éditions du Missel romain tridentin avant 1962 donnent la norme de ne le dire qu'aux messes où l'on dit le Gloire à Dieu[6]. Aussi, dans les circonstances où après la messe les fidèles devaient assister à une autre célebration ou prendre part à une procession, on ne les congédiait pas, et on disait ou on chantait Benedicamus Domino (Bénissons le Seigneur), comme invitation à continuer la prière. Aussi dans les messes des défunts on disait Requiescant in pace, avec la réponse Amen[7] Le Missel romain donne la même norme pour les messes des défunts, mais ne conserve le Benedicamus Domino que pour les messes suivis d'une procession[8], et indique qu'on utilise l'« Ite, missa est » même dans les jours de Carême et d'Advent mais éventuellement en le chantant d'un ton plus simple[9]. La phrase Benedicamus Domino ne se trouve pas dans les éditions plus récentes du Missel romain, qui omettent aussi la prière Placeat et le dernier évangile et indiquent que, si une action liturgique suit immédiatement, on n'utilise ni la bénédiction ni l'« Ite, missa est »[10]

Interprétations[modifier | modifier le code]

Dans des homélies on interprète parfois la formule de renvoi comme envoi en mission : « Allez, c'est la mission »[11]. Comme les fidèles comprenaient de moins en moins le latin à partir de l'époque médiévale, ils traduisirent cette phrase par : « allez, la messe est (dite) » puisque c'était la dernière phrase de la messe[12]. L'évolution du terme « missa », par déformation gallo-romaine, a donné en français le mot messe.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Mendez, Messe de l'ancien rite des Gaules: Origine et restauration, L'Harmattan,‎ (ISBN 978-2-29620486-7, lire en ligne), p. 13
  2. Pierre Lebrun, Explication des prières et des cérémonies de la messe, Gauthier frères,‎ (lire en ligne), p. 514
  3. Missale Romanum ex Decreto Sacrosancti Concilii Tridentini restitutum Pii V. Pont. Max. editum Apud haeredes Bartholomaei Faletti, Ioannem Varisei et socios, Roma 1570. Facsimile: Manlio Sodi, Antonio Maria Triacca, Missale Romanum. Editio princeps (1570), Libreria Editrice Vaticana, Città del Vaticano 1998, ISBN 88-209-2547-8. Pages 351–352
  4. Missale Romanum 1962, pp. 325–328
  5. Missale Romanum 2002, Ordo Missae, 140–146 : Ritus conclusionis (pp. 603–605)
  6. Lebrun (1834), pp. 515–516
  7. Lebrun (1834), pp. 516–519
  8. Rubriques générales du Missel romain, 507
  9. Missale Romanum 1962, p. 324
  10. Missale Romanum 2002, Ordo Missae, 146 : Ritus conclusionis (p. 605)]
  11. Maurice Zundel, « Ite missa est! Allez, c'est la mission! », sur mauricezundel.com,‎ (consulté le 20 décembre 2013)
  12. [vidéo] Loïc Landrau, « Pourquoi parle-t-on de messes basses ? », Le pourquoi du comment, sur ktotv.com,‎ (consulté le 20 décembre 2013)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :