Issei Sagawa

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Issei Sagawa
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Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (67 ans)
KōbeVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
佐川一政Voir et modifier les données sur Wikidata
Surnom
Japonais cannibaleVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités

Issei Sagawa (佐川 一政, Sagawa Issei?, né le ) est un Japonais qui s'est rendu célèbre pour avoir tué et en partie mangé une étudiante néerlandaise à Paris en juin 1981, ce qui lui valut le surnom de « Japonais cannibale ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Issei Sagawa naît le à Kobe au Japon. Fils d'un riche industriel japonais et d'une mère possessive le surprotégeant, il est d'une constitution frêle (1,52 m et 35 kg en 1981), probablement due à une encéphalite japonaise contractée à l'âge de 2 ans, à laquelle il réchappe par miracle[1]. Dans les années 1970, il a déjà des fantasmes cannibales sur des jeunes femmes occidentales. Il tente de tuer une étudiante allemande au Japon en 1972 et est alors accusé de tentative de viol et de meurtre, mais son père fait classer l'affaire en dédommageant la victime et l'envoie étudier la littérature comparée à Paris en France en 1980[2].

Crime et cannibalisme[modifier | modifier le code]

Le 11 juin 1981, Sagawa attire Renée Hartevelt, une jeune Néerlandaise de vingt-quatre ans, étudiant tout comme lui la littérature comparée à l'Université Paris-III, dans son studio du n° 10 rue Erlanger, sous le prétexte qu'un de ses professeurs lui a demandé d'enregistrer des poèmes expressionnistes allemands[3].

Le jour-même, alors qu'elle lit un poème de Johannes Robert Becher, il la tue à la carabine 22 long rifle (il évoquera initialement un amour déçu entre les deux jeunes étudiants). Il réalise un enregistrement audio sur lequel on peut entendre la jeune fille réciter les vers en allemand sur la mort, puis le coup de feu étouffé par le silencieux de la carabine, suivi par le son de la chute de son corps sur le sol[4]. Il prélève de son corps plus de sept kilogrammes de chair, puis commet un acte de cannibalisme. Il consomme sa chair trois jours, en la conservant dans un réfrigérateur, prenant 39 photographies au fur et à mesure qu'il prélève les chairs de sa victime. Ne disposant pas d'un congélateur, pour se débarrasser de la dépouille, il la découpe et la cache dans deux valises puis le 13 juin 1981, fait appel à un taxi pour les transporter au bois de Boulogne où il trouve alors un caddie[5]. Dans une descente, il perd le contrôle du chariot avec lequel il transporte son chargement. Les valises se renversent devant un couple d'amoureux qui l'apostrophe en raison de son comportement étrange et du liquide s'échappant des valises. Il s'éloigne le plus rapidement possible et laisse le couple découvrir un drap ensanglanté dans la valise en carton. La brigade criminelle appelée sur les lieux découvre[6] « des morceaux de cadavre »[4].

Dès le lendemain, la police lance un appel à témoins qui est entendu par le chauffeur de taxi. Celui-ci appelle aussitôt la brigade criminelle dirigée par le commissaire Ange Mancini pour lui révéler qu'il a chargé un client asiatique avec deux valises. Arrêté trois jours après son crime, grâce au témoignage de ce chauffeur de taxi qui se rappelle son adresse, et avant même que sa victime ait été identifiée, Sagawa déclare aux policiers de la brigade criminelle de Paris « si j'avais eu un congélateur, vous ne m'auriez pas retrouvé… » et revendique son acte, qu'il considère comme un acte artistique[3]. Lors de la perquisition, les policiers découvrent les papiers de la victime, des taches de sang, la carabine 22 long rifle, une pellicule photo avec 32 clichés du dépeçage de la morte, un dictaphone, une shampouineuse pour nettoyer la moquette, une carabine, la couverture de Charlie Hebdo du 16 août 1979 ( avec écrit en premier titre « Le cul rôti aux herbes de Provence » où un cuisinier découpe les fesses d'une femme), des photos d'identités de Renée et 7 kilos de tissus humains dans de petits sacs-poubelles et sur des assiettes en carton dans le réfrigérateur. Placé en détention préventive, il est soumis un an durant à une expertise psychiatrique contradictoire, menée par trois experts indépendants, qui attribuent sa perte totale d'inhibition à son encéphalite de l'enfance et ses pulsions cannibales à ses rapports avec sa mère, cette dernière passant son temps à l'obliger à manger pour survivre durant sa petite enfance[3]. Les experts psychiatres concluent à son irresponsabilité pénale mais recommandent son internement, en raison de son extrême dangerosité. Le juge d'instruction, Jean-Louis Bruguière, se range à l'avis des experts : il prononce un non-lieu au titre de l'article 706-125 du code de procédure pénale[7]. Sagawa est interné un an à l'Unité pour malades difficiles de Villejuif, avant d'être transféré au Japon où ses parents le placent dans l'hôpital psychiatrique Matsuzawa de Tokyo le 21 mai 1984. Un nouveau collège d'experts japonais le déclare responsable de ses actes ; mais le non-lieu prononcé en France a un caractère définitif et interdit aux autorités japonaises de le juger. Sagawa bénéficie donc d'une des règles de droit international favorables aux prévenus et est libéré le [2].

Au Japon[modifier | modifier le code]

À la suite de cette affaire, il cherche à retrouver un travail normal. Il réussit à enseigner le français dans une école, mais lorsque son identité est connue par les élèves, il doit renoncer à ce poste. Il n'a d'autre recours que de tourner sa célébrité à son bénéfice : en 1989, sévit au Japon un tueur en série d'enfants, qui viole et dépèce ses victimes, si bien que la presse nationale engage Sagawa comme consultant. Cette médiatisation est telle qu'il devient célèbre dans le monde entier sous le nom de « Japonais cannibale » ou « l'étudiant français »[8].

Il vit alors à Yokohama, sous surveillance policière[9], mais sans suivi psychiatrique ; il prend juste un léger traitement anti-dépressif. Aucune récidive n'a été découverte ; mais Issei ne cache pas que des pensées cannibales l'habitent toujours de façon permanente, bien que ce ne soit plus les femmes de type occidental qui l'attirent dorénavant[10]. Exhibitionniste narcissique pour le psychiatre qui l'a suivi,il a écrit une douzaine de livres, tous centrés autour de son crime, est apparu dans des publicités pour des chaînes de restaurants de viande et a joué dans quelques films érotiques (dont un mettant en scène une jeune femme néerlandaise, dans un décor fortement inspiré d'architecture typiquement hollandaise)[11]. Jūrō Kara (唐 十郎, Kara Jūrō?) a écrit à son sujet un livre, dont le point de départ était la correspondance échangée par l'auteur avec Sagawa lors de sa brève incarcération en France : La lettre de Sagawa (佐川君からの手紙, Sagawa-kun kara no tegami?), publié en français en 1983 aux éditions Robert Laffont et récompensé par le prix Akutagawa[2]. Il vit aujourd'hui retiré et un peu oublié dans un appartement de la banlieue de Tokyo. Un directeur de la rédaction d'un magazine à scandale déclare cyniquement « il n'a plus de valeur marchande en tant que criminel »[12].

Musique[modifier | modifier le code]

En 1982, le groupe de rock anglais the Stranglers écrit une chanson sur ce fait divers : La Folie sur l'album éponyme. Également The Rolling Stones dans le morceau Too Much Blood (en).

Livres[modifier | modifier le code]

  • Kiri no naka (霧の中?, « Dans le brouillard »), janvier 1984 ;
  • Sante (サンテ?, « Santé »), novembre 1990 ;
  • Ikite ite sumimasen (生きていてすみません?, « Désolé d'être en vie »), décembre 1990 ;
  • Shinkirō (蜃気楼?, « Mirage »), février 1991 ;
  • Taberaretai (食べられたい?, « J'aimerais être mangé »), août 1993 ;
  • Hana no Pari ai no Pari (花のパリ愛のパリ?, « Paris la fleur, Paris l'amour »), septembre 1994 ;
  • Kanibaru (饗 カニバル?, « Cannibale »), février 1996 ;
  • Koroshitai yatsura (殺したい奴ら?, « Ceux que j'ai envie de tuer »), 1997 ;
  • Shōnen A (少年A?, « Le jeune garçon A »), septembre 1997 ;
  • Pari jinniku jiken (パリ人肉事件?, « L'affaire de la chair humaine de Paris »), février 1998.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pascal Ory, Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, Robert Laffont, , p. 87.
  2. a, b et c Patrick Duval, « Issei Sagawa », émission L'heure du crime, 5 juin 2012
  3. a, b et c Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos, « 11 juin 1981. Le cannibale japonais Issei Sagawa se découpe un steak dans sa copine d'université », sur Le Point.fr,‎
  4. a et b « Par goût des femmes », sur liberation.fr,‎
  5. Pascal Ory, Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, Robert Laffont, , p. 88.
  6. (en) Issei Sagawa Crime Scene Photos
  7. La PJ, de 1981
  8. Jacques Pradel, Côté crimes : 36 affaires qui ont passionné la France, SW Télémaque, (ISBN 978-273-8225580), p. 325-340
  9. Sagawa le cannibale, Haute tension, novembre 2008
  10. Kael Serreri, « Le cannibale japonais a encore faim », France Soir, le 4 juillet 2011
  11. Reportage Dans la tête du cannibale japonais par la chaîne Planète Justice
  12. Philippe Pons, « Le Japonais cannibale : les confidences d'un ogre », sur lemonde.fr,‎ .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrick Duval, Le Japonais cannibale, Éditions Stock, 2001.
  • Œuvre collective, L'affaire Issei Sagawa, Éditions Fleuve noir.
  • Jacques Vergès, Malheur aux pauvres, Éditions Plon, 2006.
  • Nicole Caligaris, Le paradis entre les jambes, Éditions Verticales, 2013.

Vidéographie[modifier | modifier le code]