Islam en Belgique

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La pratique de l'islam en Belgique est relativement nouvelle et est plus particulièrement observée dans les communautés d'immigrations belges. C'est la deuxième religion la plus répandue en Belgique après le christianisme

Suivant l'étude démographique du sociologue Jan Hertogen, publiée le 18 mai 2016[1], la Belgique compte alors 781 887 musulmans, soit 7 % de la population[2]. La majorité des musulmans de Belgique vivent dans la Région de Bruxelles-Capitale.

Histoire et contexte[modifier | modifier le code]

En 2012, la grande majorité des musulmans en Belgique est originaire du Maroc (plus de 450 000 personnes avec leurs descendants) et de la Turquie (220 000 individus)[3]. dont la plupart sont venus comme travailleurs immigrés à partir des années 1960. Les lois Jean Gol (1984, d'application le 1er janvier 1985) facilitant l'acquisition de la nationalité belge par un regroupement des différentes options (naissances, mariages…) et accordant automatiquement la nationalité par filiation maternelle transformeront l'immigration de travail en immigration de peuplement.

Pour Pierre Vermeren, « l'histoire, l'origine et les activités des Marocains de Belgique » expliquent la particularité de l'islam en Belgique. Venant pour leur plus grande partie du Rif marocain, la religion de ces fidèles serait caractérisée par une « hostilité viscérale au régime marocain et à son islam » et, de fait, verserait plus facilement dans « le salafisme voire le chiisme, en rupture complète » avec le sunnisme malékite marocain[4].

La grande mosquée de Bruxelles est en grande partie liée à l’implantation de l’islam en Belgique[5]. Elle conférait principalement à ce moment, en plus de son rôle de célébrations religieuses, un lieu de rassemblement pour les personnes issues de l’immigration de pays musulmans. Les pratiquants de ce culte y trouvaient un regroupement de personnes de la même ethnie avec qui ils pouvaient forger des liens[6]. Aujourd’hui, dans les quartiers Nord et Nord-Ouest de la capitale, figure la majorité de la population musulmane de Bruxelles[7].

La Belgique fut le premier pays d’Europe à reconnaître l’islam par l’inscription du culte dans la loi du 19 juillet 1974 modifiant la loi du 4 mars 1870 sur le temporel des cultes[8]. La conséquence immédiate fut l’organisation de cours de religion musulmane dans les écoles publiques, dont la prise en charge était organisée par le CIC (Centre Islamique et Culturel), organe de chef de culte informel abrité dans la grande mosquée. Suite aux problèmes rencontré due à la complexité du culte islamique, un Commissariat royal à la Politique des immigrés (CRPI) fut créé et c’est dans son premier rapport de 1989 qu’une élection fut jugée indispensable. En parallèle le CIC avait également mis en place une procédure électorale pour la création d’un Conseil supérieur des musulmans de Belgique. C'est à ce moment que de nombreuses controverses firent surface, le gouvernement et le CRPI considérant le scrutin du CIC comme nul, tandis que l’imam-directeur du CIC estimait que l’État n’avait pas à se mêler des affaires religieuses comme indiquées dans la Constitution belge. Bien que les élections du CIC se poursuivirent, le gouvernement décida de créer un Conseil provisoire des sages pour l’organisation du culte islamique de Belgique, invitant les membres du CIC à y siéger, mais ceux-ci refusèrent et maintinrent leur propre procédure électorale. Une fois élu, ce Conseil supérieur des musulmans ne fut pas reconnu par le gouvernement belge et il déchargea le CIC de certaines de ses prérogatives.

Toutefois, le Conseil provisoire des sages n’étant pas un organe de chef de culte, il représentait d'avantage les piliers belges que la diversité musulmane du pays[9]. Ce n’est qu’en 1994 que la situation fini par sortir de l’impasse avec la création de l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB). Cet organe provisoire, composé d’aucun représentant religieux, suscita de vives critiques de la communauté musulmane[10]. En 1998, l’EMB proposa une assemblée de 68 membres, qui seraient définis par quatre catégories : “Marocains”, “Turcs”, “Belges” et “autres”, avec comme objectif de considérer l’EMB comme l’organe de chef de culte[11].

Démographie[modifier | modifier le code]

La communauté musulmane est largement urbaine et réside principalement dans la Région de Bruxelles-Capitale. Ainsi, suivant l'étude de Hertogen de janvier 2015, 23,6% des Bruxellois sont musulmans[12], avec de grandes disparités entre les communes : si l'on dénombre une proportion de 49,3% à Saint-Josse, de 41,2% à Molenbeek-Saint-Jean ou encore de 38,5% à Schaerbeek, des communes affichent des proportions de moins de 12% à l'instar de Berchem-Sainte-Agathe (11%), Ganshoren (10,7%) et Uccle (6%)[13].

Dans son ouvrage L’iris et le croissant (2011), le sociologue Felice Dassetto avance des chiffres semblables et affirme qu’un quart des Bruxellois serait d’origine musulmane, « soit entre 250 000 et 300 000 personnes, dont une moitié de pratiquants »[14].

La Flandre et la Région wallonne affichent, les deux, des moyennes de 4% de musulmans, avec des concentrations dans les agglomérations comme Anvers qui avec 81 933 personnes représentant 17,1% de la population accueille la première communauté musulmane de Belgique[13]. En chiffres absolus, après Anvers, on dénombre les plus importantes communautés du pays à Schaerbeek (45 781), Bruxelles (44 599), Molenbeek-Saint-Jean (34 083), Gand (29 926), Liège (28 341), Anderlecht (27 227) et Charleroi (25 962)[13].

La moitié de la communauté turque habite en Flandre[15]. Les villes les plus influencées par la communauté turque sont, à part Bruxelles, les villes néerlandophones d'Anvers, de Gand et de Genk[16].

Les centres de la communauté marocaine sont situés à Bruxelles et en Wallonie francophone, particulièrement dans les villes industrielles comme Liège et Charleroi.

La proportion de musulmans dans l'ensemble de la Belgique est passée, en 4 ans, de 6,3 % à 7 % de la population belge[12].

Le sociologue Jan Hertogen a réalisé des études en 2011, 2013 et 2015 dont les principaux résultats sont indiqués dans les tableaux ci-dessous :

Pourcentage de musulmans par région[17]
Région 2011 2013 2015
Drapeau de la Région de Bruxelles-Capitale Région de Bruxelles-Capitale 22,4 % 22,6 % 23,6 %
Drapeau de la Région flamande Région flamande 4,5 % 4,7 % 5,1 %
Drapeau de la Région wallonne Région wallonne 4,4 % 4,5 % 4,9 %
Drapeau de la Belgique Belgique 6,3 % 6,5 % 7,0 %
Pourcentage de musulmans dans quelques communes[17]
Commune 2011 2013 2015
Anderlecht 27,6 % 28,6 % 30,2 %
Anvers 16,7 % 17,5 % 18,8 %
Bruges 1,2 % 1,6 % 1,8 %
Charleroi 14,3 % 15,2 % 16,3 %
Molenbeek-Saint-Jean 39,1 % 38,5 % 41,2 %
Saint-Josse-ten-Noode 47,0 % 43,7 % 45,0 %
Schaerbeek 37,2 % 37,1 % 37,3 %
Ville de Bruxelles 29,3 % 29,8 % 31,0 %

Projections[modifier | modifier le code]

D'après les extrapolations de Jan Hertogen, corroborées par une étude du Pew Forum of Religion and Public Life menée en 2011, la Belgique pourrait compter 1 149 000 de musulmans en 2030, représentant alors 10,2 % de la population[18]. Cependant des chercheurs comme Felice Dassetto récusent la pertinence de cette approche quantitative accusée de « souleve[r] un épouvantail démographique » en réduisant tout individu d’origine musulmane à des « religieux », en ignorant les indifférents, les agnostiques et autres athées[19].

Impact politique et social[modifier | modifier le code]

Avec plus de 200 associations, l’islam serait, selon Dassetto, « après le soccer [football], la réalité organisée la plus mobilisatrice à Bruxelles. Plus que l’Église catholique, plus que les partis politiques, plus que les syndicats. »[14]

Perception[modifier | modifier le code]

À la suite d'un sondage effectué par l'institut Ipsos en 2014[20], il apparaît que les Belges sont, avec les Français, parmi les occidentaux qui sur-évaluent le plus le nombre de musulmans et d'étrangers dans leur pays : les Belges interrogés estiment que la population serait composée de 29 % de musulmans, ce qui représente une perception éloignée de près de 23% supérieure à la réalité[21].

Formation des imams[modifier | modifier le code]

Selon le quotidien Le Monde, une des particularité de l'islam en Belgique serait qu'en grande partie des imams seraient formés en Arabie saoudite, les autres viendraient des pays d’origine des populations immigrées, formant ainsi des mosquées « marocaines », « turques »[22].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Migratieachtergrond in mijn gemeente: % per nationaliteit. Voor elke nationaliteit, EU, continent... een gemeentekaart, l'étude de Jan Hertogen sur laquelle se basent ces chiffres.
  2. Riccardo Guiterrez, « 781.887 musulmans vivent en Belgique: découvrez la carte, commune par commune », sudinfo,‎ , p. 7 (lire en ligne)
  3. http://www.npdata.be/BuG/159-Verkiezingen-2012/Verkiezingen-2012.htm
  4. Comment la Belgique est devenue le sanctuaire du désastre, Pierre Vermeren, lefigaro.fr, 16 novembre 2015
  5. MANÇO U. (sous la direction de), Voix et voies musulmanes de Belgique, Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, 2000, p. 17-23.
  6. TORREKENS C., “Espace de la Mosquée à Bruxelles : nouveaux liens sociaux et investissement politique”, REMMM, no 125, p. 151 à 152.
  7. TORREKENS C., “Espace de la Mosquée à Bruxelles : nouveaux liens sociaux et investissement politique”, REMMM, no 125, p. 145.
  8. Loi du 19 juillet 1974 modifiant la loi sur le temporel des cultes du 4 mars 1870, M.B., 29 juillet 1974.
  9. SÄGESSER C., TORREKENS C., “La représentation de l’islam”, Courrier hebdomadaire du CRISP, no 1996-1997, 2008, p. 7-15.
  10. TORREKENS C., L’islam à Bruxelles, Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles, 2009, p. 80.
  11. SÄGESSER C., TORREKENS C., “La représentation de l’islam”, Courrier hebdomadaire du CRISP, no 1996-1997, 2008, p. 15-18.
  12. a et b http://www.sudinfo.be/1580627/article/2016-05-24/781887-musulmans-vivent-en-belgique-decouvrez-la-carte-commune-par-commune
  13. a, b et c Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Guitterez.2FHetogen_Le_Soir.2C_20101117.
  14. a et b Bruxelles est aussi une ville musulmane, lactualite.com, 24 mars 2016
  15. Blommaert, Jan; Verschueren, Jef (1998), Debating Diversity: Analysing the Discourse of Tolerance, Routledge, (ISBN 0-415-19138-6)
  16. (en) Moutsou, Christina (2006), "Merging European Boundaries: A Stroll in Brussels", in Stacul, Jaro; Moutsou, Helen (eds.); Kopnina, Crossing European Boundaries: Beyond Conventional Geographical Categories, Berghahn Books, (ISBN 1-84545-150-3).
  17. a et b (nl)Moslims in België per gemeente 2011, 2013, 2015 par Jan Hertogen
  18. (en) The Future Global Muslim Population : Projections for 2010-2030, Pew Research Center, (lire en ligne), p. 15, 124
  19. Riccardo Guiterrez, « Bruxelles, musulmane en 2030 ? », Le Soir,‎ , p. 12 (lire en ligne)
  20. Ipsos MORI, « Perils of Perception », sur http://fr.slideshare.net,
  21. Perils of Perception cité par « Les Belges surestiment fortement le nombre de musulmans en Belgique », Le Soir,‎ (lire en ligne)
  22. A Molenbeek, « il est facile d’échapper à la police », lemonde.fr, 18 novembre 2015

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Felice Dassetto, L'iris et le croissant : Bruxelles et l'islam au défi de la co-inclusion, Presses universitaires de Louvain, coll. « Islams contemporains », , 376 p. (ISBN 9782875580009)

Voir aussi[modifier | modifier le code]