Isaac Schneersohn

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Isaac Schneersohn (1879 ou 1881?  – 1969) est un Juif russe, tour-à-tour rabbin[1], industriel et archiviste.

Émigré en France après la Première Guerre Mondiale, il fonde à Grenoble en 1943 un centre de documentation qui, relocalisé dans le quartier du Marais après la Libération, devient le Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Schneersohn en demeure le directeur ainsi que le rédacteur en chef de sa Revue jusqu'à sa mort.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Isaac Schneersohn naît en 1879[2] ou en 1881 à Kamenetz-Podolsk[3], alors annexée par l’Empire Russe. Issu d’une illustre lignée hassidique qui remonte à Shneour Zalman de Liadi, le fondateur du hassidisme Habad, il est nommé rabbin à l'âge de seize ans et demi[4].

Officiant comme rabbin de la couronne (en) à Gorodnia puis à Chernigov, il est vite attiré par les idées de la Haskala, entamant une carrière dans les affaires et dans la politique, siégeant comme membre du conseil municipal et maire adjoint de Riazan dans la région occidentale de la Russie[5]. Membre du parti Kadet (constitutionnel démocrate)[6], il s’implique particulièrement dans l'éducation de la communauté juive russe, s’attachant à les faire franchir les quotas pour l’accès à l’enseignement supérieur en usant de ses contacts avec le Tsar et d'autres personnalités.

Immigration en France[modifier | modifier le code]

Suite à l’accession au pouvoir des bolchéviques, Isaac Schneersohn immigre en France en 1920[2],[5].

Ayant acquis la citoyenneté française durant l'entre-deux-guerres[3], il délaisse le rabbinat bien qu’il continue à observer les préceptes du judaïsme par égard pour sa femme. Devenu administrateur délégué de la Société anonyme de Travaux métalliques (SATM, sise 10 rue Marbeuf à Paris)[7],[8] et menant la vie d’un « grand seigneur hassidique », il tient un salon où se rencontrent de nombreux dirigeants juifs parmi les plus connus, dont Chaim Weizmann et Vladimir Jabotinsky, Isaac Schneersohn adhérant lui-même au sionisme révisionniste de ce dernier[5].

Il accueille aussi, à l’occasion, ses cousins Menachem Mendel Horensztajn et Menachem Mendel Schneerson, futur dirigeant des hassidim Habad. Celui-ci pourrait d’ailleurs avoir été influencé dans ses choix académiques par trois des fils de son cousin, Boris, Arnold, et Michel, étudiants à l'École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l'industrie.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Isaac Schneersohn se voit dépossédé de son poste en vertu des lois d’aryanisation. Ses fils sont mobilisés comme officiers de réserve de l'armée française. Arnold et Boris, sont fait prisonniers. Interné dans un Oflag, Arnold y organise un noyau de résistance, ce qui lui vaudra d’être transféré dans un camp disciplinaire de Lübeck. Quant à Boris, libéré en , il participera aux combats dans les maquis de Dordogne. C'est donc à Mussidan, en Dordogne[7],[9], qu'Isaac Schneersohn s'installe avec sa famille en 1941, après avoir quitté Paris pour Bordeaux. Il se réfugie ensuite à Grenoble, dans la zone d'occupation italienne.

À Grenoble, il conçoit le projet de créer un centre de documentation juive[7] en vue d’« amasser des preuves et des archives, constituer des dossiers aisément accessibles, préparer le travail des historiens ». Une réunion se tient à son domicile ; y participent son secrétaire Léon Poliakov et une quarantaine de délégués d'organisations juives[10] dont le philosophe Jacob Gordin[11],[12]. Le comité de direction est composé, outre Isaac Schneersohn lui-même, de deux représentants du Consistoire central israélite de France, deux représentants de la Fédération des Sociétés juives de France, un représentant de l'Organisation Reconstruction Travail et un représentant du rabbinat.

Les travaux du comité sont interrompus par l'invasion allemande de la zone italienne en . Isaac Schneersohn et Léon Poliakov rejoignent Paris lors de l'insurrection d'août 1944, réussissant à prendre possession des archives du Commissariat général aux questions juives, de l'ambassade d'Allemagne à Paris, de l'état-major et, surtout, du service antijuif de la Gestapo[13]. Le Centre de Documentation Juive Contemporaine est officiellement fondé peu après dans le Pletzl, centre de la vie juive avant la guerre ; il publie dès 1945 trois ouvrages et une quinzaine d’autres au cours des six années suivantes, permettant aux historiens de la Seconde Guerre mondiale de découvrir ce que fut la condition des Juifs de France au cours de la Shoah.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

En 1946, Isaac Schneersohn est nommé président du CDJC tandis que son fils Arnold en devient le trésorier à titre honorifique. Le 25 mars de cette année, il s'adresse au ministre de l'Information pour que son Bulletin, qui deviendra Le Monde juif, soit autorisé à paraître légalement. Il en sera le directeur jusqu'en 1969[7].

Proche du rabbin et historien David Feuerwerker qui participe en maintes occasions aux cérémonies annuelles du CDJC en présence des autorités, Isaac Schneersohn se voit remettre la Croix de Chevalier de la Légion d'honneur des mains de futur prix Nobel de la paix René Cassin le 8 octobre 1958[7]. De l’avis d’Éric de Rothschild, sans l’action d’Isaac Schneersohn,

« Bien des procès auraient été perdus, […] bien des livres n’auraient pas été écrits ou l’auraient été bien plus tard […], à une époque extrêmement difficile où le silence, la gêne étaient le lot des déportés survivants[14]. »

L’« archiviste de l'esprit contre la bureaucratie de la barbarie » meurt à Paris le 25 juillet 1969, à l'âge de 88 ou 90 ans[15].

Ouvrages et publications[modifier | modifier le code]

  • De Drancy à Auschwitz, avec Georges Wellers - (1946) Paris : Éditions du Centre. (OCLC 458932152)
  • Activités des organisations juives en France sous l'occupation - (1947) Paris : Ed. du Centre. (OCLC 313311271)
  • L'étoile jaune, avec Léon Poliakov, J. Godart - (1949) Paris : Éditions du Centre de documentation juive contemporaine (Impr. des Éditions polyglottes). (OCLC 459556534)
  • La persécution des juifs dans les pays de l'Est présentée à Nuremberg : recueil de documents, avec Henri Monneray; René Cassin et Telford Taylor - (1949) Nuremberg, Germany. Paris : Éditions du Centre. (OCLC 490644866)
  • Les juifs sous l'occupation italienne, avec Léon Poliakov, P. Hosiasson, J. Godart - (1955). CDJC; Paris : Ed́itions du Centre. (OCLC 490535438)
  • Dix ans après la chute de Hitler (1945-1955), avec René Cassin; J M Machover - (1957) Paris : Éditions du Centre de documentation juive contemporaine (Impr. des Éditions polyglottes), (OCLC 461240459)
  • Le Seder des 32 otages : l'histoire des otages en Russie pendant la première guerre mondiale et la lutte pour leur libération - (1966) Paris : Centre de Documentation Juive Contemporaine. (OCLC 13909240)
  • D'Auschwitz à Israël, vingt ans après la Libération - (1968) Paris, C.D.J.C.. (OCLC 1949208) (OCLC 313379406)
  • (yi) Lebn un kamf fun jidn in tzarišn Rusland, 1905-1917. (La vie et lutte des juifs en Russie tsariste) - (1968). (OCLC 164671895)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Isaac Pougatch, 1984, p. 107-140, lui consacre un chapitre intitulé: Isaac Schneersohn, un grand seigneur hassidique.
  2. a et b Benbassa 2001, p. 181.
  3. a et b Afoumado 2006, p. 14
  4. Wieviorka 1992, p. 414
  5. a, b et c Heilman & Friedman (2010), p. 115.
  6. Wieviorka 1992, p. 415
  7. a, b, c, d et e Afoumado 2006, p. 15.
  8. Shoah. Paris se souvient. Propos recueillis par Michèle Leloup. Entrevue avec Jacques Fredj. L'Express, 24 janvier 2005.
  9. Sur son séjour à Mussidan, voir Patrice Rolli, « Isaac Schneersohn ou l'archiviste de l'esprit contre la bureaucratie de la barbarie » : aux origines de la création du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC)", Le Périgord dans la Seconde Guerre mondiale, Chronique des années noires du Mussidanais et de l'Ouest de la Dordogne, Éditions l'Histoire en Partage, 2012
  10. Michel-Gasse, 1999, p. 28
  11. Cf. V. Kuperminc, 2001, pp. 3-7, & Léon Poliakov, témoignage du 28 avril 1997.
  12. La reconstruction de la bibliothèque de l'Alliance israélite universelle, 1945-1955. Jean-Claude Kuperminc. Les belles lettres, Archives juives, 2001, no 34, pp. 98-113. [PDF]
  13. Isaac Schneersohn, fondateur durant la guerre du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC).
  14. sous « Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l'inauguration du Mémorial de la Shoah, le 25 janvier 2005 ».
  15. (en) « French Bury Isaac Schneersohn; Founded Memorial to Unknown Jewish Martyr in Paris », sur jta.org, JTA,‎ (consulté le 16 mars 2015) : « Isaac Schneersohn, who founded the Memorial to the Unknown Jewish Martyr and a memorial museum of the Nazi Holocaust here, was buried Friday at services attended by Government officials and others. Mr. Schneersohn died last Wednesday at the age of 90. »

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Isaac Pougatch. Figures juives de Théodore Herzl à Ida Nudel. Ramsay: Paris, 1984[1].
  • Schlomo Brodowicz. L'âme d'Israël. Les origines, la vie et l'œuvre de Menahem M. Schneerson, Rabbi de Loubavitch. Préface d'Élie Wiesel. Éditions du Rocher, 2011. (ISBN 978-2-268-07198-5) (La première édition est de 1998)
  • André Kaspi, Les Juifs pendant l'Occupation, Paris, Éditions du Seuil, 1991. (ISBN 2-02-013509-4)
  • (en) Tzvi M. Rabinowicz. Encyclopedia Of Hassidism. Jason Aronson: Northvale, New Jersey, London, 1996. (ISBN 1-56821-123-6)
  • (en) David S. Wyman & Charles H. Rosenzveig, The world reacts to the Holocaust, Baltimore & London, The Johns Hopkins University Press, 1996, p. 21.
  • (en) Alvin Hirsch Rosenfeld, Thinking about the Holocaust after half a century, Indiana University Press, 1997. (ISBN 0-253-33331-8). p. 281.
  • Michel-Gasse, Dictionnaire-guide de généalogie, Éditions Jean-Paul Gisserot, 1999. (ISBN 2-87747-413-5)
  • Florent Brayard, Le génocide des juifs : entre procès et histoire, 1943-2000, Centre Marc Bloch (Berlin), Éditions Complexe, 2000. (ISBN 2-87027-857-8). p. 116.
  • (en) Esther Benbassa, The Jews of France: A History from Antiquity to the Present, Princeton University Press,‎ , 304 p. (ISBN 978-0691090146, OCLC 51580058, lire en ligne) traduit de (fr) :Esther Benbassa, Histoire des Juifs de France, Paris, Seuil, coll. « Point Histoire »,‎ , 373 p. (ISBN 9782020295048, OCLC 36309256)
  • (en) Julian Jackson, France: The Dark Years, 1940-1944, Oxford University Press, 2003. (ISBN 0-19-925457-5). p. 14.
  • Jean-Yves Boursier, Musées de guerre et mémoriaux : politiques de la mémoire, Éditions MSH, 2005. (ISBN 2-7351-1079-6). p. 53.
  • (en) Annette Wieviorka, The era of the witness, Translated by Jared Stark, Ithaca: Cornell University Press, 2006. p. 50. L'édition originelle avait pour titre : L'ère du témoin, Paris, Plon, 1998, réédité comme L'Ère du témoin, Hachette, « Pluriel », Paris, 2002. (ISBN 2-01-279046-1)
  • Annette Wieviorka, Déportation et génocide: Entre la mémoire et l’oubli, Plon,‎ , 506 p. (ISBN 978-2259024617, OCLC 406883216)
  • Patrice Rolli, « Isaac Schneersohn ou l'archiviste de l'esprit contre la bureaucratie de la barbarie » : aux origines de la création du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC)" (sur sa présence à Mussidan).Le Périgord dans la Seconde Guerre mondiale, Chronique des années noires du Mussidanais et de l'Ouest de la Dordogne, Éditions l'Histoire en Partage, 2012
  • (en) David B. Ruderman & Shmuel Feiner, Schwerpunkt: Early Modern Culture and Haskala, Vandenhoeck & Ruprecht, 2007. (ISBN 3-525-36933-6). p. 448.
  • (en) Samuel C. Heilman & Menachem M. Friedman. The Rebbe. The Life and Afterlife of Menachem Mendel Schneerson. Princeton University Press: Princeton and Oxford. 2010. (ISBN 978-0-691-13888-6)
  • (en) Lisa Moses Leff. The Archive Thief: The Man Who Salvaged French Jewish History in the Wake of the Holocaust. Oxford University Press, 2015. (ISBN 978-0-19-938095-4).
  1. Voir, Renée Poznanski. La création du centre de documentation juive contemporaine en France (avril 1943). Vingtième Siècle, Revue d'histoire, 1999, Volume 63, pp. 51-63, voir page 56 note 2.