Ironie dramatique

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L'ironie dramatique est une forme d'ironie générée par certaines situations dramatiques lorsque le spectateur dispose d'informations essentielles aux personnages que ces derniers ignorent ou interprètent mal. Bien exploitée, elle constitue un puissant outil utilisé en dramaturgie pour maintenir l'intérêt du public au cours de sa découverte de l'œuvre, puisqu'elle pose une sorte de question à laquelle ledit public attend une réponse, ce qu'Yves Lavandier[1] appelle la question ironique : « Le personnage finira-t-il par découvrir ce qu'il ignore, et si oui comment ? ». Ce dispositif complète généralement la question dramatique mais peut même parfois, lorsqu'il est suffisamment solide, y suppléer entièrement. Dans le film Titanic, par exemple, un des enjeux majeurs pour le spectateur, qui sait dès le départ que le bateau éponyme va faire naufrage, est de découvrir comment les personnages montés à bord, qui eux sont ignorants de ce qui se prépare, vont finalement apprendre et gérer la catastrophe. L'autre suspense majeur est de savoir si Jack et Rose réussiront à vivre leur amour.

Une autre œuvre use de l'ironie dramatique, Star Wars, plus précisément la prélogie. En effet, pour le spectateur qui a normalement vu la trilogie avant la prélogie, sait pertinemment qu'Anakin Skywalker deviendra Dark Vador. Toute la mise en scène de la prélogie va dans ce sens. Le début de l'épisode 1 nous montre Obi-Wan ressentir un mauvais pressentiment qui ne concerne pas sa mission présente, mais un événement plus éloigné et plus diffus. Aussi, Yoda dira redouter un grand danger dans son initiation. L'épisode 2 nous montre aussi tout l'engrenage qui amènera à l'avènement de l'Empire, comme un tout qui aura de grandes conséquences (amour d'Anakin pour Padmé, création de l'armée de clone...etc). Nous savons tous que Dark Sidious deviendra Empereur, et que toutes ses actions depuis l'épisode 1 l'amèneront à ce poste. Citons encore dans l'épisode 2 le massacre des hommes des sables par Anakin qui nous illustre toute la colère qui l'amènera plus tard vers le côté obscur, ou encore l'ombre à la silhouette de Dark Vader quand Anakin et Padmé s'enlacent. L'épisode 3 nous fait sentir la fin proche des événements en cours amenant à l'avènement de l'Empire et la chute d'Anakin. La scène d'ouverture est faite pour nous tromper, tout parait calme a priori alors qu'une grande bataille est en train de se dérouler. Citons encore la scène du départ du croiseur quittant Coruscant pour Utapau, qui est l'exacte opposée de la scène d'ouverture de l'épisode 4. Le spectateur est censé connaitre la fin, le problème étant de savoir comment tout ceci s'est déroulé, comme le passage d'Anakin du côté lumineux vers le côté obscur qui est une accumulation de sentiments déjà cités dans la trilogie (peur, colère, haine), l'avènement de l'Empereur, l'origine des stormtroopers, la "guerre noire" qui n'est rien d'autre que la guerre des clones, ou la purge des Jedi et la fin de l'Ordre Jedi. Dans son ensemble, à chaque pas d'Anakin vers le côté obscur, Luke Skywalker fait exactement l'opposé en choisissant la voie du côté lumineux.

L'ironie dramatique peut générer de la tragédie (dans Œdipe roi, nous savons qu'Œdipe est lui-même l'assassin qu'il recherche, Œdipe l'ignore ; dans Othello ou le Maure de Venise, nous savons que Iago manigance la perte d'Othello, Othello, Desdémone et Cassio l'ignorent), du suspense (dans La Mort aux trousses, nous savons que Kaplan n'existe pas, Roger et Vandamm l'ignorent ; dans La Grande Évasion, nous savons que les protagonistes essaient de s'évader, leurs gardiens allemands l'ignorent) ou de la comédie (dans Certains l'aiment chaud, nous savons que Daphne et Josephine sont des hommes déguisés en femmes, les autres personnages l'ignorent ; dans Le Dîner de cons, nous savons que Brochant a invité Pignon pour s'en moquer, Pignon l'ignore).

Notes et références[modifier | modifier le code]