Invasion du Val d'Aran

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Invasion du Val d'Aran
Description de cette image, également commentée ci-après
Tombe de soldats de l'armée franquiste tués lors de l'invasion. Cimetière de Vielha
Informations générales
Date 1924 octobre 1944
Lieu Val d'Aran (Catalogne, Espagne)
Issue Victoire franquiste
Belligérants
Drapeau de l'État espagnol État espagnolFlag of Spain (1931–1939).svg Unión Nacional Española (es)
Commandants
José Moscardó
Rafael García Valiño
Juan Yagüe
Vicente López Tovar
Forces en présence
50 000 hommes4 000 à 7 000 hommes
Pertes
248 morts[1]588 morts[1]

Guérilla anti-franquiste

Coordonnées 42° 43′ 21″ nord, 0° 50′ 14″ est
Géolocalisation sur la carte : Espagne
(Voir situation sur carte : Espagne)
Invasion du Val d'Aran

L'Invasion du Val d'Aran, connue sous le nom de code Operación Reconquista de España (« Opération Reconquête de l'Espagne »), est une opération militaire lancée en octobre 1944 par la Unión Nacional Española (es) (UNE). Selon l'historienne Geneviève Dreyfus-Armand, la UNE est alors une « structure de large alliance, (qui) rassemble non seulement des communistes, mais aussi des Espagnols d’autres horizons politiques – socialistes, républicains ou anarchistes – que la dispersion de leurs organisations et le silence de leurs dirigeants poussent à rejoindre la seule structure de lutte organisée contre le nazisme[2] ».

Cette opération visait à établir un gouvernement provisoire républicain dans le Val d'Aran, une vallée pyrénéenne de Catalogne située à la frontière entre la France et l'Espagne, par l'intermédiaire d'une attaque de guérilleros antifranquistes ayant participé à la Seconde Guerre mondiale au sein de la Résistance française et vétérans de la guerre d'Espagne sur ce territoire[3]. Elle fut un échec total.

Contexte : fin de la Seconde Guerre mondiale en France[modifier | modifier le code]

Le débarquement allié en Normandie le puis l'avancée rapide de la division du général Leclerc sur Paris et le fait qu'une grande partie du Midi de la France avait été libéré de l'occupation nazie par la Résistance laissa penser à certains groupes de Républicains espagnols réfugiés en France à la suite de la Guerre d'Espagne que la fin du régime franquiste était imminente. Ils répondirent en conséquence positivement à l'appel à l'invasion du général de division José Riquelme relayé par Radio Toulouse.

Operación Reconquista de España[modifier | modifier le code]

Jesús Monzón, personnalité du Parti communiste espagnol en France, dirigeait la résistance républicaine en France occupée et essayait de rétablir une infrastructure du parti en Espagne. Mis en confiance par le succès des actions de guérilla menées par la Résistance contre les Nazis, il pensait qu'il serait possible d'amorcer une reconquête républicaine de l'Espagne en passant par les Pyrénées, ce qui susciterait un soulèvement de la population civile contre le régime. Cette position allait à l'encontre de ce que disaient les informateurs du parti en Espagne et de ce que pensaient beaucoup de dirigeants et de militaires communistes qui penchaient pour la formation de noyaux de résistance endogènes grâce à l'envoi de résistants aguerris chargés de monter des maquis à la manière de ce qu'avaient fait les partisans Yougoslaves.

Afin de préparer l'invasion, les guérilleros, 13 000 vétérans de la guerre d'Espagne et de la Résistance française rallièrent les points de recrutement à Foix et à Toulouse. Parmi eux, entre 4000[4],[5] et 7000[6] se portèrent volontaires pour participer à l'opération.

La stratégie consistait à lancer une série d'attaques sur toute la frontière, tâche dévolue à la division 102 et à mener une percée dans le val d'Aran, véritable objectif de l'opération dont la particularité est d'être situé sur le versant nord des Pyrénées, côté français et qui n'était à l'époque relié au reste de l'Espagne que par le port de la Bonaigua (2 072 m). L'imposant massif de la Maladetta constituait un barrage naturel vers le sud. Cette invasion menée par la division 204 devait mener à la formation d'un gouvernement provisoire protégé par l'isolement de la vallée, ce qui serait censé mener à une démoralisation du régime, à un soulèvement populaire[7] et une invasion alliée provoquant la fin du franquisme.

En prévision d'une invasion alliée depuis la France, le gouvernement franquiste avait chargé le chef de l'état-major de l'armée Rafael García Valiño d'assurer la défense de la frontière franco-espagnole. Il disposait pour cette tâche de 50 000 hommes commandés par les généraux José Moscardó et Juan Yagüe.

Le la division 102 lança l'offensive, la 45e brigade de la UNE composée de 250 hommes[8] pénétra à Roncevaux en Navarre et se retrouva face à un corps de police armée au col de Laza, entre le massif de l'Abodi et celle d'Uztárroz. Deux policiers ainsi qu'un garde civil trouvèrent la mort. Le 5, la 153e brigade forte de 400 hommes pénétra dans la vallée de Roncal. Ce fut le début d'une série d'incursions dans les Pyrénées espagnoles au niveau de la Navarre, et des provinces de Huesca et de Lérida menées par plusieurs brigades qui revenaient quelques jours plus tard en France. Le 8 octobre, le bataillon Legazpi XXIII de l'armée franquiste rejoignit les Pyrénées navarraises depuis Saint-Sébastien afin de contrer les actions de la guérilla.

La division 204 des guérilleros, nouvellement créée, menée par le colonel Vicente López Tovar et structurée en douze brigades divisées en bataillons et en compagnies d'une trentaine d'hommes fut chargée de mener l'opération principale en Val d'Aran. Les objectifs militaires étaient triples, établissement d'une ligne de communication sûre avec la France passant par le Pont du Roy à Fos afin de pouvoir faire venir des renforts ou le cas échéant de battre en retraite, prise de Vielha, chef-lieu du Val d'Aran afin d'y établir une capitale provisoire et prise du port de la Bonaigua afin d'empêcher la venue de renforts franquistes.

L’invasion[modifier | modifier le code]

Le à six heures du matin, les hommes de la division 204 armés de fusils français, allemands et tchèques ainsi que de pistolets mitrailleurs Sten, de mitrailleuses BREN, de quelques mortiers de calibre 81 et d'une pièce d'artillerie antiaérienne commencèrent à se mettre en marche, divisés en trois colonnes devant converger au sud de Vielha.

  • la principale composée des brigades 7e, 9e, 11e, 15e, 410e, 471e, 526e et 551e[9] entra en Espagne par la vallée centrale avec l'objectif de prendre Vielha
  • la seconde composée des brigades 21e et 468e prit par la vallée de la rivière Gállego.
  • la troisième composée des brigades 3e et 402e entra en Espagne par le Port Vell dans la province de Lérida

Dans la partie inférieure du Val d'Aran la progression de la division fut très rapide, la brigade 11e entra par le port de Vénasque, opérant un mouvement tournant vers l'Hospital de Viella afin de couper la route aux renforts de l'armée espagnole. La 551e passa le port de Era Roqueta (port de la Hourquette) et se divisa en trois colonnes, l'une se dirigea sur Bausen et Canejan provoquant la fuite de la garde civile, la seconde se dirigea vers Les, occupant au passage Porcingles et faisant 10 gardes civils prisonniers, et la troisième entra par les passages de Estiuera et Cuma et se dirigea vers Bossòst où la garde civile retranchée dans sa caserne offrit une résistance. La 410e brigade passa par le port de Tavascan en direction de Es Bòrdes où elle dut affronter la seconde compagnie du bataillon Albuera.

Dans le Naut Aran (« Haut-Aran »), la résistance fut plus intense. La 9e brigade passa le port d'Orle en direction de Salardú, et occupa Bagergue tandis que l'un des bataillons s'installa sur des collines depuis lesquelles il pouvait contrôler la route Tremp-Vielha. Le reste de la brigade essaya de prendre le village de Salardú, sans succès.

Les débuts de l'opération furent donc couronnés de succès, la guérilla occupa les localités de Bausen, Canejan, Porcingles, Pradell, Les, Bossòst, Era Bordeta, Vilamós, Benòs, Bòrdes, Aubèrt, Betlan, Vilach, Mont, Montcorbau et Vila établissant son état-major à Bossòst le 20 octobre où elle resta jusqu'à la retraite, stoppant l'offensive le 23 aux environs de Vielha où José Moscardó à la tête de l'armée et la garde civile étaient retranchés. Les principaux combats eurent lieu à Bossòst et à Salardú le 19 ainsi qu'à Era Bordeta et Bòrdes, le 20.

D'ailleurs, comparativement à leur nombre, peu d'anarchistes avaient rejoint ce combat, comme il était inféodé aux staliniens dont ils avaient été déjà bien victimes. Après-coup, cette opération leur sembla même être plutôt une opération de purge.

Les premiers renforts de l'armée espagnole, le 5e bataillon de chasseurs de montagne et la légion espagnole, arrivèrent le 19 au port de la Bonaigua qui n'avait pu être pris par la guérilla et sans lequel la défense des positions prises était impossible, face à la supériorité des troupes franquistes. Le soulèvement populaire tant espéré ne se produisit pas non plus et très peu d’Aranais se joignirent aux guérilleros antifranquistes.

Les troupes espagnoles stationnées le long de la frontière furent prises par surprise, puis réagirent par un important déploiement militaire, menaçant de cerner les guérilleros : l'arrière-garde de la 42e division franquiste était en position de les attaquer tandis que des troupes les attendaient de l'autre côté du tunnel de Vielha.

« À la sortie du tunnel de Vielha nous attendait le général Moscardó et plusieurs dizaines de milliers de soldats, des tanks et de l'artillerie ; mise ensemble, une force contre laquelle nous n'avions aucune issue. Rester dans le val d'Aran n'aurait eu aucun sens ; ils nous délogeraient facilement et avancer par le tunnel de Vielha, comme certains l'envisageaient, c'était foncer tête baissée dans un piège. »

— Santiago Carrillo[10]

Le , Santiago Carillo et l'état-major de la guérilla en France décidèrent de quitter Vielha et d'amorcer une retraite.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Selon les chiffres officiels, l'Opération Reconquête de l'Espagne fit 588 morts parmi les membres de la guérilla. Son échec eut d'importantes répercussions au sein du parti communiste espagnol ; Jesús Monzón vit sa carrière politique brisée. Capturé à Barcelone[11], il resta emprisonné jusqu'à ce qu'il soit gracié en 1959, et s'exila alors au Mexique. Santiago Carrillo en revanche vit sa carrière prendre un envol. Charles de Gaulle fit désarmer les guérilleros après avoir reconnu le gouvernement franquiste le 16 octobre.

Le parti communiste continua ses opérations de guérilla en Espagne, créant plusieurs maquis en plusieurs points du territoire espagnol mais, en 1948 il abandonna cette stratégie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (Juliá 2005: 373)
  2. Geneviève Dreyfus-Armand, Exil des Républicains espagnols en France, Albin-Michel,
  3. (Sanchez Agustí :95-96)
  4. Raymond Carr, (2003) España 1808-1975. Ariel Historia, Barcelona. (ISBN 84-344-6615-5)« El PCE organizó entonces a 4.000 voluntarios para invadir España a través de los Pirineos. »
  5. Alfonso Domingo, (2002), El canto del búho. La vida en el monte de los guerrilleros antifranquistas. OberonMemoria, Grupo ANAYA, Madrid. (ISBN 84-96052-03-6)« En total, de los 13.000 españoles que estaban en el maquis francés, unos 4000 se alistaron. »
  6. Secundino Serrano (2001), Maquis. Historia de la guerrilla antifranquista. Editorial Temas de Hoy, Madrid. (ISBN 84-8460-103-X)« (...) en el conjunto de las invasiones habían participado entre 6.000 y 7.000 hombres. A los 3.000 que entraron en España en las operaciones adicionales — por las zonas gerundense, guipuzcoana, aragonesa o navarra — hay que añadir los 3.000 ó 4.000 que lo hicieron por el valle de Arán, considerada el área de invasión propiamente dicha. »
  7. « Le passage des Pyrénées », Les Cahiers de la Shoah,‎
  8. Juan Carlos Jiménez de Aberasturi, Cronología de historia contemporánea del País Vasco (1944)
  9. Antonio Gascón Ricao Octubre 1944: La "Reconquista de España" empezó en el valle del Roncal
  10. Santiago Carrillo, (1993), Memorias.
  11. Pedro G. Cuartango Jesús Monzón, el comunista que nunca existió

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Joseph Peyronne, "La tentative d'invasion du Val d'Aran en 1944 par les Guérilleros (depuis Saint-Girons) d'après des carnets de route". "D'un versant à l'autre des Pyrénées" 1999. Actes du 51e congrès de la Fédération des sociétés académiques et savantes Languedoc-Pyrénées-Gascogne, tenu à Saint-Girons en .
  • Sánchez Agustí, Ferran (1999), Maquis a Catalunya. De la invasió de la vall d'Aran a la mort del Caracremada. Lleida: Pagès Editors, S. L. (ISBN 84-7935-612-X)
  • Antonio Gascón Ricao Octubre 1944:La "Reconquista de España" empezó en el valle del Roncal
  • Evelyn Mesquida (2011) La Nueve, , Ces républicains espagnols qui ont libéré Paris Édition Le Cherche Midi. (ISBN 978-2-7491-2046-1). Titre Original (2008) La Nueve, los españoles que liberaon Paris Ediciones B.
  • Santos Juliá (coord.) (2005). Víctimas de la Guerra Civil. Tercera parte: Cap. IV. La escalada hacia el «trienio del terror» (1947-1949). Barcelona: Planeta de Agostini. (ISBN 978-8-4846-0333-7)
  • Charles et Henri Farreny, 1942-1944, Résistance Espagnole dans le Sud-Ouest, l'Affaire Reconquista de España, 2e édition, Éditions Espagne au Cœur, 2010, (ISBN 978-2-913055-25-4)
  • Eduard Pons Prades, (1977), Guerrillas españolas (1936-1960). Barcelona:Planeta. (ISBN 978-8-432-05634-5)
  • Alfonso Domingo, El Canto del Buho Ed. Oberon, (ISBN 978-8-4960-5203-1)
  • Fernando Martínez Baños, Hasta su total aniquilación. El Ejército contra el Maquis en el Valle de Aran y el Altoaragón, 1944-1956
  • Fernando Martínez Baños, Maquis y Guerrilleros. Del Pirineo al Maestrazgo
  • El maquis de Catalunya 1939-1963, Ricard Vargas Golarons.
  • Reconquista, Serge Legrand-Vall éditions In8. 2020