Aller au contenu

Intensité lumineuse

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Intensité lumineuse
Unités SI candela (cd)
Dimension J
Nature Distribution angulaire extensive
Symbole usuel ou
Lien à d'autres grandeurs

L’intensité lumineuse est une grandeur qui exprime la capacité d'une source ponctuelle de lumière à éclairer dans une direction donnée.

C'est une grandeur photométrique. Le rayonnement électromagnétique, qui constitue la lumière, n'est pas également perçu par la vision humaine ; l'expression de l'intensité lumineuse implique une pondération de la longueur d'onde par la fonction d'efficacité lumineuse spectrale, qui rend compte de la sensibilité visuelle humaine.

Dans le système international d'unités, l'intensité lumineuse se mesure en candelas (cd), une des unités de base ; elle se définit à partir de la luminance. L'intensité ne se mesure pas directement ; mais on a pu définir, de plusieurs manières au cours du temps, un étalon. Elle sert principalement pour le calcul de l'éclairement lumineux et pour préciser la répartition de la lumière qu'émet un luminaire ou une surface éclairée selon la direction.

Définition

[modifier | modifier le code]

Considérant la définition de la luminance et de l'étendue géométrique, l'intensité lumineuse s'exprime de la façon suivante[1],[2],[3],[4],[5] :

est l'intensité élémentaire correspondant à l'élément de surface , est l'angle entre la direction portant et la normale à la surface source et l'angle de longitude compté par rapport à une origine arbitraire.

L'intensité lumineuse moyenne dans l'intervalle fini d'angle solide s'exprime à partir du flux lumineux contenu dans cet angle par :

On trouve cette expression abusivement écrite sous la forme , suggérant ainsi une dérivation. Or est indépendant de (c'est un flux) et donc .

Perception humaine

[modifier | modifier le code]
La fonction d'efficacité lumineuse relative spectrale caractérise la sensibilité de l'œil de l'observateur de référence.

L'œil humain n'est sensible qu'à une petite partie du spectre électromagnétique (le domaine visible) et n'a pas la même sensibilité aux différentes longueurs d'onde auxquelles il est sensible. Dans un environnement lumineux (vision diurne, dite photopique), l'œil humain est le plus sensible au domaine de longueur d'onde correspondant à la perception du vert-jaune, vers 555 nanomètres. Ainsi, deux sources lumineuses de même puissance rayonnée en radiométrie et situées à égale distance d'un observateur n'ont pas forcément la même intensité lumineuse en photométrie. Une source monochromatique rayonnant dans le vert-jaune aura une intensité lumineuse perçue supérieure à une autre rayonnant dans le rouge ou dans le bleu.

Dans un environnement plus obscur, la vision humaine ne distingue plus les couleurs, et la sensibilité spectrale relative est décalée vers le bleu. On parle de vision scotopique. Entre les deux domaines de luminosité, on parle de vision mésopique.

Sauf précision contraire, l'intensité lumineuse concerne le domaine de la vision photopique.

Intensité et éclairement

[modifier | modifier le code]

On tire de la définition une relation entre l'intensité et l'éclairement lumineux d'un élément de surface , perpendiculaire à la direction du flux, à une distance d de la source. L'élément de surface intercepte un angle solide

donc

Comme l'éclairement est égal au quotient du flux élémentaire par l'élément de surface, le flux est le produit , et

Si l'élément de surface n'est pas perpendiculaire au flux, celui-ci se répartit obliquement, et l'éclairement devient

est l'angle entre la normale à l'élément de surface et la direction du flux lumineux.

Une source à l'infini a un éclat apparent, mais est nul, les rayons lumineux étant parallèles. La luminance est alors définie au sens des distributions sous forme d'un produit de distributions de Dirac pour un faisceau d'orientation . L'intensité lumineuse continue à être définie par :

C'est le cas en éclairage, avec la lumière du soleil ou de la lune ; on connaît alors l'éclairement lumineux des surfaces directement exposées, dans diverses conditions[6]. En astronomie, on repère la magnitude apparente des étoiles à partir de l'éclairement énergétique, sans considération de la part du rayonnement visible.

Indicatrice d'émission

[modifier | modifier le code]
Indicatrice d'intensité d'une lampe.

Les luminaires, les surfaces éclairées qui renvoient la lumière, et d'une façon générale les sources lumineuses n'éclairent pas avec la même intensité dans toutes les directions. L'indicatrice d'émission d'une source est proportionnelle à une surface dont la distance à la source est elle-même proportionnelle à l'intensité lumineuse dans la même direction[7]. La longueur d'un point de cette courbe à l'origine représente la luminance. À la normalisation près, ce diagramme correspond à la notion de distribution angulaire.

Pour l'établir pour une source réelle, il faut assimiler celle-ci à une source ponctuelle ; on mesure l'éclairement moyen d'un élément de surface placé suffisamment loin de la source, et on calcule à partir de cette valeur celle de l'intensité de l'émission. Le diagramme représente souvent une intensité relative par rapport à celle relevée dans la direction principale[3]. L'utilisation numérique requiert plutôt une normalisation dans un demi-espace, la norme étant définie par

Utilisation de l'indicatrice

[modifier | modifier le code]

La connaissance de l'intensité lumineuse dans une direction donnée permet de calculer l'éclairement d'un élément de surface situé à une distance de la source. La position de la surface dans le système de coordonnées polaires basé sur les axes de la source donne la direction et la distance. L'indicatrice d'émission pour la direction donne l'intensité.

La relation entre intensité et éclairement a déjà été indiquée. Si la surface éclairée n'est pas perpendiculaire à la direction de la source, il faut tenir compte de l'angle entre la perpendiculaire à l'élément de surface et la direction de la source.

Quand plusieurs sources contribuent à l'éclairement d'un élément de surface, on ajoute le résultat de chaque calcul.

Des logiciels, soit destinés aux éclairagistes, soit de modélisation tridimensionnelle effectuent ces calculs automatiquement.

Cas particuliers

[modifier | modifier le code]
Indicatrice d'intensité d'une source orthotrope.

Source lumineuse ponctuelle isotrope

[modifier | modifier le code]

Le flux lumineux issu d'une source lumineuse isotrope est uniformément réparti, son intensité lumineuse est la même dans toutes les directions. L'angle solide d'émission vaut stéradians, ce qui conduit à la relation suivante entre le flux et l'intensité lumineuse dans une direction quelconque[8] : . L'enveloppe de son indicatrice est une sphère, représentée généralement par sa section circulaire.

Source lumineuse orthotrope

[modifier | modifier le code]

Une source lumineuse orthotrope présente une luminance identique dans toutes les directions. L'indicatrice est définie par : . C'est le cas des sources diffusantes qui respectent la loi de Lambert.

Indicatrice parabolique

[modifier | modifier le code]

Certains systèmes d'éclairage à diode électroluminescente présentent une indicatrice de forme parabolique[9].

L'unité de l'intensité lumineuse est la candela (cd). La candela est l'une des sept unités de base du Système international (SI)[10].

« La candela, symbole cd, est l'unité du SI d'intensité lumineuse dans une direction donnée. Elle est définie en prenant la valeur numérique fixée de l'efficacité lumineuse d'un rayonnement monochromatique de fréquence 540 × 1012 hertz, Kcd, égale à 683 lorsqu'elle est exprimée en lm W−1, unité égale à cd sr W−1, ou cd sr kg−1 m−2 s3, le kilogramme, le mètre et la seconde étant définis en fonction de h, c et ΔνCs. »

Malgré le raffinement de la définition de l'unité, la mesure des grandeurs photométriques reste tributaire des moyens techniques employés. La réalisation des filtres pour atteindre la fonction d'efficacité lumineuse spectrale, la mesure de la température pour les mesures énergétiques du rayonnement, limitent la précision effective à environ 1 %[11]. Cette précision est largement inférieure à la capacité humaine de détecter la variation de l'éclairage d'une scène[12].

Ordres de grandeur

[modifier | modifier le code]

Une bougie présente une intensité lumineuse de l'ordre de la candela dans une direction horizontale.

Unités anciennes

[modifier | modifier le code]

Avant la définition de la candela établie en 1948, plusieurs unités se sont succédé ou ont co-existé, utilisant diverses sources lumineuses étalon comme référence : elles sont toutes obsolètes.

Concentration du flux et intensité

[modifier | modifier le code]
La concentration d'un flux lumineux dans un pinceau fin augmente l'intensité lumineuse de la source dans la direction du pinceau.

Si toute la puissance d'un flux lumineux d'un lumen est concentrée et uniformément répartie dans un cône d'angle solide un stéradian, l'intensité lumineuse dans ce cône sera égale à la valeur moyenne, et sera par définition d'une candela. Si l'on change le dispositif optique pour concentrer ce faisceau dans un dixième de stéradian, l'intensité lumineuse dans le cône sera portée à dix candelas. À flux lumineux constant, l'intensité lumineuse est d'autant plus grande que le faisceau lumineux est étroit.

Grandeurs et unités photométriques et radiométriques

[modifier | modifier le code]

Le tableau ci-dessous rassemble les grandeurs, symboles, unités et dimensions des grandeurs énergétiques ou radiométriques, ainsi que des grandeurs lumineuses ou photométriques qui leur sont associées[17] selon la norme ISO 80000-7[18].

Grandeurs et unités radiométriques et photométriques
Grandeur radiométrique Symbole Unité SI (symbole) Dimension[19] Grandeur photométrique Symbole Unité SI (symbole) Dimension
Énergie rayonnée joule (J) M L2 T−2 Quantité de lumière lumen seconde (lm s) J Ω T
Flux énergétique (puissance rayonnée)[20] watt (W) M L2 T−3 Flux lumineux[20] lumen (lm) J Ω
Intensité énergétique[20] watt par stéradian (W sr−1) M L2 T−3 Ω−1 Intensité lumineuse[20] candela (cd) J
Luminance énergétique / Radiance[21] watt par mètre carré et par stéradian (W m−2 sr−1) M T−3 Ω−1 Luminance lumineuse / Luminance[22] candela par mètre carré (cd m−2) J L-2
Éclairement énergétique / Irradiation / Irradiance[23] watt par mètre carré (W m−2) M T−3 Éclairement lumineux[20] lux (lx) J Ω L-2
Exitance / Émittance énergétique watt par mètre carré (W m−2) M T−3 Exitance / Émittance lumineuse[24] lux (lx) J Ω L-2
Exposition énergétique joule par mètre carré (J m−2) M T-2 Exposition lumineuse / Lumination[25] lux seconde (lx s) J Ω T L-2

Le tableau ci-dessous présente les relations entre les grandeurs radiométriques et les grandeurs photométriques.

Relation entre les grandeurs radiométriques et les grandeurs photométriques
Grandeur Symbole Unité SI (symbole) Dimension[19] Description
Efficacité lumineuse (d'un rayonnement) K lumen par watt (lm W−1) JΩM−1L−2T3 Quotient du flux lumineux sur le flux énergétique
Efficacité lumineuse (d'une source) η[26] lumen par watt (lm W−1) JΩM−1L−2T3 Quotient du flux lumineux sur la puissance consommée
Coefficient lumineux V 1 Efficacité lumineuse normalisée par l'efficacité maximale possible

Bibliographie

[modifier | modifier le code]

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. Richard Taillet, Loïc Villain et Pascal Febvre, Dictionnaire de physique, Bruxelles, De Boeck, , p. 235 « élémentaire 2. [Math] »
  2. « ISO 80000-7:2008(fr) — Grandeurs et unités — Partie 7 : Lumière », sur iso.org (consulté le )
  3. a et b Terrien et Desvignes 1972, p. 25.
  4. Radiométrie. Photométrie, Ed. Techniques Ingénieur (lire en ligne)
  5. Tamer Becherrawy, Optique géométrique, De Boeck Supérieur, , 404 p. (ISBN 978-2-8041-4912-3, lire en ligne)
  6. André Moussa et Paul Ponsonnet, Cours de physique : Optique, Lyon, Desvignes,
  7. Bernard Balland, Optique géométrique : imagerie et instruments, Lausanne, PPUR presses polytechniques, , 860 p. (ISBN 978-2-88074-689-6, lire en ligne) ;
    Logiciels de L'optique, Ed. Techniques Ingénieur (lire en ligne)
  8. Pierre-François Thomas, Précis de physique-chimie : cours et exercices, Rosny, Editions Bréal, , 224 p. (ISBN 978-2-7495-0591-6, lire en ligne)
  9. (en) E. Fred Schubert, Light-Emitting Diodes, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-139-45522-0, lire en ligne)
  10. Le Système international d'unités (SI), Sèvres, Bureau international des poids et mesures, , 9e éd., 216 p. (ISBN 978-92-822-2272-0, lire en ligne [PDF]), p. 24.
  11. Issa et Mercier.
  12. « Perception de la gradation de l'éclairage dans les bureaux » (consulté le ).
  13. a b c d et e Terrien et Desvignes 1972, p. 33.
  14. Loi du 2 avril 1919 sur les unités de mesure (lire en ligne)
  15. a et b Michel Dubesset, Le manuel du Système international d'unités : lexique et conversions, Paris, TECHNIP, , 169 p. (ISBN 2-7108-0762-9, lire en ligne), p. 41.
  16. « Résolution 5 de la 13e CGPM (1967) », sur www.bipm.org (consulté le ).
  17. Terrien et Desvignes 1972, p. 30 ; Sève 2009, p. 308-311.
  18. « ISO 80000-7:2008(fr) — Grandeurs et unités — Partie 7 : Lumière », sur iso.org (consulté le )
  19. a et b Les symboles dans cette colonne indiquent des dimensions : "M", "L", "T" et "J" correspondent à la masse, la longueur, la durée et l'intensité lumineuse, et non aux symboles des unités mètre, litre, tesla et joule.
  20. a b c d et e Bureau international des poids et mesures 2019, p. 28
  21. Le terme « radiance » est utilisé sous l'influence de la langue anglaise : Sève 2009, p. 308-311. Le terme « luminance énergétique » est conseillé par le Bureau international des poids et mesures 2019, p. 28.
  22. La plupart des auteurs utilisent le terme « luminance » bien que le Bureau international des poids et mesures conseille l'utilisation du terme « luminance lumineuse » : Bureau international des poids et mesures 2019, p. 28.
  23. Le Bureau international des poids et mesures 2019, p. 28 préconise l'expression « éclairement énergétique ».
  24. Le mot « exitance » remplace « émittance » ; le terme « radiance » a été abandonné pour éviter la confusion car il signifie luminance énergétique en anglais et est actuellement utilisé dans ce sens : Sève 2009, p. 308-311.
  25. Le terme « lumination » est essentiellement utilisé dans le domaine de la photographie où l'on utilise plutôt la notion d'indice de lumination IL (exposure value EV) : Bouillot 2005, p. 147-149.
  26. Le symbole alternatif ρ est parfois utilisé pour l'efficacité lumineuse d'une source.