Institut de médecine tropicale du service de santé des armées

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Les anciens bâtiments marseillais de l'Institut de médecine tropicale du service de santé des armées

Fondé à Marseille en 1905, l’Institut de Médecine Tropicale du Service de Santé des Armées (IMTSSA), plus connu sous le nom de l'École du Pharo, est le seul institut militaire en Europe spécialisé dans le domaine de la médecine tropicale. Le 16 septembre 2005, l’École du Pharo a célébré son centenaire.

Elle a 3 missions :

  • une mission de formation en médecine tropicale, de médecins, pharmaciens, infirmiers et techniciens de laboratoire, militaires et civils,
  • une mission de recherche sur les maladies tropicales (paludisme, méningite cérébro-spinale et arboviroses),
  • une mission de surveillance épidémiologique pour les armées françaises.

Elle organisait tous les ans, avec l'hôpital militaire de Marseille (HIA Laveran), des journées de Médecine Tropicale, les actualités du Pharo.

En juillet 2013, l'IMTSSA quitte Marseille et rejoint Brétigny-sur-Orge[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte d'origine[modifier | modifier le code]

La formation de l'empire colonial français a posé le problème de sa gestion sanitaire par des professionnels de santé. Leurs ancêtres pourraient être les médecins, chirurgiens et apothicaires de la marine royale, en exercice dans les colonies de l'Ancien Régime. Le Consulat organise un « Service de Santé colonial » de la Marine, mais qui fait souvent double emploi avec la santé militaire des troupes terrestres engagées dans les conquêtes coloniales[2].

Le 7 janvier 1890, est créé par décret le « corps de Santé des colonies et des pays de protectorat », dans le cadre d'une réforme plus vaste de la santé militaire (école militaire de Lyon en 1888, école navale de Bordeaux en 1890). Les « coloniaux », comme leurs confrères des autres armes, doivent être titulaires de diplômes universitaires. La formation de ce corps de santé est attribué à l'école de Bordeaux. À l'origine, le décret prévoyait d'ouvrir cet enseignement aux civils, afin de couvrir l'ensemble des missions, civiles et militaires, consacrées à la « civilisation » de l'empire colonial[2].

Cette première politique se solde par un échec, à cause des problèmes de recrutement. La carrière d'un médecin colonial est peu avantageuse, dangereuse et ingrate. Très peu de civils s'engagent, à l'exception notable d'Alexandre Yersin. Dans les honneurs, la préséance et les avancements, les coloniaux sont désavantagés et la crise des effectifs s'aggrave. Dans la pratique, le recrutement reste quasi-exclusivement militaire[3].

Pour résoudre ces difficultés, la loi du 7 juillet 1900 accorde l'autonomie aux Troupes Coloniales (nouveau nom des Troupes de Marine). Le 4 novembre 1903, un « décret d'entente » répartit les rôles entre le ministère de la guerre et celui des colonies. Le ministère de la guerre s'occupe de la discipline générale des médecins coloniaux (en métropole et outre-mer). Ils sont placés « hors-cadres » lorsqu'ils sont mis à disposition du ministre des colonies pour les missions civiles outre-mer (police sanitaire, lutte contre les épidémies...). Compte-tenu de la répugnance des médecins civils à être fonctionnaire dans des conditions difficiles, la santé dans les colonies tropicales françaises a toujours été une affaire de médecins militaires[3].

L'ampleur des problèmes sociaux et sanitaires des pays tropicaux, et l'explosion des méthodes et connaissances (microbiologie, parasitologie...), font aussi ressentir la nécessité d'une école spéciale pour les officiers du Service de santé des troupes coloniales[4].

Création[modifier | modifier le code]

Le lieu de cette école est très disputé, car à cette époque toutes les villes de France cherchaient l'honneur d'accueillir une garnison ou une institution militaire. Dès août 1900, Marseille se porte candidate en proposant une aile du Palais du Pharo, où se trouvait déjà une École de médecine et de pharmacie, que la ville espère, grâce à cela, transformer en Faculté.

Finalement, en avril 1905, la ville offre un terrain à l'ouest du parc du Palais du Pharo. Après le décret d'octobre 1905 établissant une école dite « École d'application du Service de Santé des Troupes coloniales », le premier bâtiment de la nouvelle école est construit dans l'année qui suit[4].

L'encadrement de l'école est nommé le 1er août 1906. Le premier directeur est le médecin-colonel Albert Clarac, assisté d'un sous-directeur Paul-Louis Simond. L'enseignement théorique comportait à l'origine 6 sections[4] :

  1. Maladies des pays chauds.
  2. Chirurgie d'armée et maladies spéciales.
  3. Bactériologie, parasitologie, hygiène et prophylaxie des maladies tropicales.
  4. Police sanitaire, médecine légale, administration des services de santé.
  5. Anatomie chirurgicale, médecine opératoire et appareils.
  6. Chimie, toxicologie, pharmacie.

L'enseignement pratique est assuré dans les services des hôpitaux de Marseille, civils ou militaires.

L'admission des élèves se fait selon leur rang de sortie des écoles de Bordeaux ou de Lyon. Les médecins ou pharmaciens civils, engagés volontaires, peuvent être admis sur concours. Le stage d'enseignement dure huit mois, de février à octobre, en se terminant par un classement de sortie. Le travail était donc intensif et les stagiaires astreints à la discipline militaire[5].

La première promotion sort en 1907, en prenant symboliquement le nom de « Marseillaise ». L'École du Pharo devient la maison-mère des médecins et pharmaciens servant en Outre-Mer (santé publique) ou dans les troupes coloniales (métropole et outre-mer).

De 1907 à 1914, l'École forme 241 médecins et 17 pharmaciens, alors que l'Empire colonial français comptait en 1911, 11 millions de km2 et 45 millions d'habitants[5]. Les structures sont en place, mais le recrutement reste insuffisant, les carrières étant jugées peu attrayantes. Ceux qui choisissent de devenir « médecin colonial », le font à cause de leurs difficultés en métropole, et aussi par vocation et esprit d'aventure. Beaucoup de médecins coloniaux viennent de milieux modestes (souvent de Bretagne) attirés par la gratuité des écoles militaires[6].

Du premier au deuxième conflit mondial[modifier | modifier le code]

La guerre de 1914-1918 entraine la fermeture de l'École, et une longue crise jusque à sa réouverture en 1922 et à sa réorganisation en 1928. Le corps de santé colonial est touché par les départs et les démissions. Malgré les actions de propagande vantant la carrière de médecin colonial : « on accepte l'Indochine, de rares candidats se présentent pour le Cameroun, le Togo, l'AOF, aucun ne veut l'AEF »[7].

Dès 1924, Édouard Daladier, ministre des colonies, et son successeur André Hesse, augmentent les avantages de carrière. De 1929 à 1939, l'École du Pharo forme 732 médecins et 64 pharmaciens. Le recrutement est amélioré, quoique toujours insuffisant, pour les 70 millions d'habitants de l'Empire français de cette époque[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marseille : au Pharo, la médecine rend les armes. La Provence, 24 mai 2013.
  2. a et b Marc Michel 1985, p. 186-187.
  3. a et b Marc Michel 1985, p. 188-189.
  4. a, b et c Marc Michel 1985, p. 190-191.
  5. a et b Marc Michel 1985, p. 192-193.
  6. Marc Michel 1985, p. 212.
  7. a et b Marc Michel 1985, p. 194-195.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marc Michel, Le corps de santé des troupes coloniales, Toulouse, Privat, coll. « Bibliothèque historique Privat », (ISBN 2-7089-5322-2). 
    dans Histoire des Médecins et Pharmaciens de Marine et des colonies, chap. 7, Pierre Pluchon (dir.).