Insertion par l'activité économique

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L'insertion par l'activité économique (IAE) est un secteur d'activité et une pratique apparus dans les années 1970 consistant à employer des personnes sans emploi depuis longtemps. L'économie et l'entreprise sont utilisées comme outils de socialisation et de pédagogie dans la construction du parcours professionnel. L'IAE est une des composantes de ce que l'on appelle aujourd'hui l'Économie Sociale et Solidaire (ESS). L'insertion par l'activité économique est reconnue par l'article L5132-1 du code du travail[1] :

« L'insertion par l'activité économique a pour objet de permettre à des personnes sans emploi, rencontrant des difficultés sociales et professionnelles particulières, de bénéficier de contrats de travail en vue de faciliter leur insertion professionnelle. Elle met en œuvre des modalités spécifiques d'accueil et d'accompagnement.
L'insertion par l'activité économique, notamment par la création d'activités économiques, contribue également au développement des territoires[1]. »

L'insertion par l'activité économique représente 5 300 structures en France. Ces structures emploient entre 250 et 300 000 personnes (chiffres 2006-2010, source CNAR-IAE[2]), encadrées par 17 000 permanents. Toutefois, elle continue à constituer un secteur à part. En raison de sa relation étroite avec les politiques publiques de l'emploi, de son modèle économique et de sa place dans le tissu économique et social.

Des initiatives privées devenues un axe des politiques publiques de l'emploi[modifier | modifier le code]

L'IAE est née de la nécessité de redonner un emploi à des personnes qui se trouvaient durablement écartées du marché du travail, notamment dans des quartiers périphériques des grandes villes où l'activité économique s'était raréfiée. L'absence d'activité professionnelle crée le plus souvent une exclusion de fait de la société, de graves difficultés sociales (paupérisation, problèmes de santé, éclatement de la cellule familiale, violence). En embauchant ces personnes, les SIAE créent un « sas » de retour à l'emploi et leur permettent le plus souvent de reprendre pied sur les sujets connexes (santé, logement, démarches administratives). L'IAE se fonde ainsi sur le principe selon lequel le fait d'occuper un emploi et de travailler est un facteur essentiel d'insertion sociale. Elle constitue un des volets de la réinsertion, avec le retour à un logement autonome, le suivi médical ou psychique, etc.

Avec cet objet, l'insertion par l'activité économique est strictement encadrée par l'État, au titre des politiques publiques de l'emploi. En effet les contrats de travail des salariés sont dérogatoires au droit commun. Ils peuvent durer deux ans au maximum, tout en pouvant se renouveler de nombreuses fois pendant cette période. Les structures qui appartiennent à l'IAE sont agréées par les services de l'État (Direccte, ex-Direction du travail). Elles reçoivent des fonds publics pour mener cette mission d'accompagnement au retour à l'emploi. Il faut noter ici que les fonds publics en question n'ont connu aucune revalorisation depuis la création de l'IAE. Ils ne constituent aujourd'hui, dans la majorité des SIAE, qu'un peu plus de 10 % des recettes. Ces fonds visent à couvrir le surcroît d'encadrement nécessaire au retour à l'emploi traditionnel du public visé, ainsi qu'à compenser la productivité supposée moindre des salariés bénéficiaires.

L'insertion par l'activité économique concerne un public très hétérogène. Pôle emploi établit des critères et octroie des agréments pour que des demandeurs d'emploi puissent travailler dans les SIAE. Ces critères – demandeurs d'emploi de longue durée (plus de 1 an), bénéficiaires de minima sociaux, jeunes de moins de 26 ans sans emploi –, on le constate, renvoient à une multitude de situations : jeunes sortis de l'école sans bagage, personnes titulaires du RSA, cadres seniors sans emploi depuis un an, etc. Le point commun à toutes ces personnes est la faiblesse ou l'absence de qualification, voire la difficile transposition de leurs compétences dans le contexte du marché de l'emploi. Il s'agit là d'un frein majeur qui les empêche de retrouver un travail. L'expérience au sein des SIAE va leur permettre de retrouver un salaire, de reprendre confiance et de définir un (nouveau) projet professionnel.

Le modèle économique de l'IAE[modifier | modifier le code]

Les activités exercées par les SIAE sont le plus souvent à faible valeur ajoutée. Elles nécessitent de la main d'œuvre et ne requièrent par voie de conséquence que peu d'investissement matériel. En revanche, elles supposent – notamment au regard de la mission première qui est de rapprocher leurs salariés de l'emploi traditionnel – un fort investissement dans la formation au poste de travail et formation professionnelle, dont l'entreprise assume la majorité des coûts, y compris le maintien du salaire durant la formation.

Il n'y a pas de structure type. Personne morale de statut privé, les statuts peuvent être ceux de l'entreprise (SARL, SAS, etc.) ou sur le modèle associatif. Tous les types de gouvernance coexistent, du bénévolat désintéressé au management purement concurrentiel épaulé par des fonds d’investissement spéculatifs. La dimension insertion devient dans ce dernier ce cas un élément de marketing et de communication.

L'intégration des SIAE dans le tissu économique et social[modifier | modifier le code]

L'IAE est mal connue du tissu économique traditionnel. Paradoxalement elle n'est guère mieux identifiée par les pouvoirs publics, hors les services et les élus qui suivent spécifiquement cette activité. A priori elle est quasiment inconnue du grand public. Cette situation est à la fois le fruit d'une action publique qui vise à garder dans un champ dérogatoire au droit commun l'IAE et celui d'une représentation sociale autour du mot « insertion ». Si les SIAE parviennent à tisser quelques liens – au niveau très local – avec des entreprises dans des relations de clients à fournisseurs, plus rarement dans une relation de partenariat, elles sont marginalement intégrées au tissu économique. Quelques rares expériences sont menées pour interfacer le tissu économique avec l'IAE ; elles sont souvent le fruit de club d'entreprises, soit associé spécifiquement à un SIAE, soit de leur propre initiative - réseau des clubs FACE[3], PASS en Rhône-Alpes[4].

L'expérience de l'IAE[modifier | modifier le code]

La plupart des connaisseurs du sujet[Lesquels ?] reconnaissent le bien-fondé de l'IAE et sa relative efficacité. Relative car il est difficile – faute d'outils statistiques adaptés – d'évaluer l'impact à moyen terme du passage en IAE sur le parcours professionnels des demandeurs d'emploi. À court terme il apparaît que près de % des personnes retrouvent un contrat de travail ou entrent en formation au terme de leur expérience en SIAE (rapport CNIAE 2009[5]). En revanche, à moyen terme, il semble n'exister aucune évaluation. Dans le même registre, on consultera avec intérêt le rapport rendu en 2010[6] sur l'impact de l'IAE dans les quartiers prioritaires. Malgré ce manque d'évaluation, le cadre d'intervention des SIAE évolue. En 2014, le modèle des chantiers d'insertion est bouleversé par une nouvelle loi. Une des conséquences pratiques est de pousser à la concentration des acteurs et à la disparition des petits chantiers.

Les structures d'insertion par l'activité économique (SIAE)[modifier | modifier le code]

Les structures d'insertion par l'activité économique (SIAE) partagent des valeurs communes et un même métier qui placent l'humain au centre de leur activité. Il s'agit de permettre à des personnes en difficulté sociale de retrouver un emploi. Le terme SIAE regroupe :

Le rapport de la CNIAE établit en 2009 la répartition des SIAE comme suit[5] : 65 % d'AI, 18 % d'ACI, 7,5 % d'EI et 9,5 % d'ETTI.

Les champs d'activités des SIAE[modifier | modifier le code]

La majorité des structures proposent des emplois à faible qualification afin de permettre l'accessibilité au plus grand nombre de personnes :

  • bâtiments, travaux publics ;
  • entretien des espaces verts ;
  • services à la personne ;
  • traitement des déchets, ménagers ou électroniques ;
  • restauration ;

Cependant il existe des expérimentations positives vers des métiers plus qualifiés comme le service informatique aux entreprises.

En France[modifier | modifier le code]

Le cadre réglementaire des structures de l'insertion par l'activité économique se base sur quatre axes d’action définis lors du Grenelle de l'insertion en 2008 par Martin Hirsch, Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, dans le cadre de la réforme du Revenu de solidarité active (RSA) :

  1. l’accueil et intégration des salariés en insertion ;
  2. l’accompagnement social et professionnel ;
  3. la formation des salariés en insertion ;
  4. la contribution à l’activité économique et au développement territorial.

Le secteur de l'insertion par l'activité économique est soutenu par l'État (directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, DIRECCTE), les Conseils régionaux, les Conseils généraux, les communautés de communes, les communes et le fonds social européen (FSE).

Approche comparée - Les critères de définition au Québec[modifier | modifier le code]

Les entreprises d'insertion doivent répondre à sept critères de définition qui leur permettent de recevoir l'accréditation d'Emploi-Québec soit[7] :

  1. mission d'insertion sociale : elles offrent une passerelle vers le marché du travail ou la formation ;
  2. caractéristiques des participants en difficulté : les participants sont des personnes en situation d’exclusion, connaissant des échecs répétés et pour lesquels les ressources existantes s’avèrent inadaptées. Elles sont fortement désavantagées à plusieurs égards, dépendantes des ressources de l’État ou sans revenu et ont nécessairement besoin d’une passerelle pour accéder au monde du travail. Elles s’engagent dans une démarche d’insertion sur une base volontaire ;
  3. entreprise véritable : l’entreprise d’insertion est un organisme sans but lucratif qui emploie des salariés et commercialise les biens ou services qu’elle produit. Elle présente des garanties raisonnables d’opération sur deux ans. Elle offre une expérience de travail réelle et significative. L’activité économique se veut au service de la démarche des participants. Lorsqu’elle produit des excédents budgétaires, l’entreprise les investit au service de sa mission ;
  4. statut de salarié aux travailleurs en formation : l'EI s’engage à accorder un statut de travailleur salarié à durée déterminée (environ 26 semaines) aux participants, selon les normes du travail en vigueur ;
  5. accompagnement personnalisé : L’entreprise d’insertion offre aux participants un suivi individualisé tout au long du parcours d’insertion et après leur passage (environ deux ans). C'est ici qu'un logiciel de suivi de l'insertion prend tout son sens ;
  6. formation globale (personnelle, sociale et technique) centrée sur les besoins des participants, et lie autant les aspects personnels, sociaux que professionnels dans un parcours d’insertion individualisée. L’encadrement des participants est structuré, suffisant et compétent ;
  7. partenariat avec les acteurs de son milieu. L'entreprise d'insertion s’inscrit dans les objectifs de la Politique active du marché du travail. Elle est issue du milieu local avec lequel elle entretient des liens de partenariat étroit. Elle fait une promotion active de sa main-d’œuvre, en particulier auprès de l’entreprise privée. Elle démontre que ses services conduisent à des emplois ou de la formation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrick Macquaire Le quartier Picassiette, un essai de transformation sociale Ed L'harmattan, Paris 2008, 192 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]