Indépendance Cha Cha

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Indépendance Cha Cha

Single de Grand Kallé
Face A Indépendance Cha Cha
Face B Na Weli Boboto
Sortie
Enregistré
Bruxelles, Belgique
Durée 3:08
Genre Rumba congolaise
Format 45 tours
Auteur-compositeur Thomas Kanza, Kalle
Producteur Grand Kallé
Label African Jazz

Indépendance Cha Cha est une chanson interprétée par le chanteur congolais Grand Kallé accompagné de son groupe l'African Jazz.

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Écriture[modifier | modifier le code]

Joseph Kabasele, connu sous le pseudo de Grand Kallé, fonde en 1953 l'orchestre African Jazz avec lequel il révolutionne la musique congolaise[1], en électrifiant la rumba, y introduisant également les musiques cuivrées importées de Cuba et des Antilles par les marins. Tumbas et trompettes s'associent alors aux chants et tambours traditionnels. Or, depuis les années 1950, les musiques congolaises font danser toute l'Afrique grâce à la diffusion du lingala à la puissance des émetteurs des radios congolaises qui couvrent une grande partie du continent et la qualité indéniable de cette musique festive.

Kabasele est la première vedette africaine à se produire en Belgique et ce, à l'occasion de la fameuse Table ronde au cours de laquelle devait se décider l'avenir de l'ex-Congo belge. En , cette table ronde réunit à Bruxelles les leaders politiques indépendantistes congolais, dont Joseph Kasa-Vubu (futur président) et son rival Patrice Lumumba (futur chef du gouvernement), et les autorités belges afin de négocier les contours du futur Congo (actuelle République démocratique du Congo). A l'issue de la Table ronde, la date de l'indépendance est fixée au [1]. Pour l'occasion Grand Kallé compose Indépendance cha cha qui est diffusée au Congo par Radio Congo belge et c’est par elle que les Congolais apprennent l’indépendance de leur pays. Elle s'impose aussitôt comme l'hymne des mouvements anticolonialistes dans toute l'Afrique noire et devient le premier tube panafricain[1]. Le musicien Gilles Sala a déclaré plus tard que cela (avec les deux autres enregistrements de HMV) « avait envoyé une onde de choc musicale. C'était assez extraordinaire, cette musique spontanée et naturelle ».

Paroles[modifier | modifier le code]

Rumba congolaise au rythme entraînant et à la symbolique très riche, elle mixe les influences latines, jazz et africaines.

Les paroles sont chantées dans les trois langues principales du Congo (le lingala, le tshiluba et le kikongo) pour être comprises par le plus grand nombre:

Paroles de Indépendance Cha Cha Traduction (intégralement) en français
Independance Cha-cha to zuwi ye!

Oh Kimpwanza cha-cha tubakidi

Oh Table Ronde cha-cha ba gagner oh!

Oh Lipanda cha-cha tozuwi ye!


Independance Cha-cha to zuwi ye!

Oh Kimpwanza cha-cha tubakidi

Oh Table Ronde cha-cha ba gagner oh!

Oh Lipanda cha-cha tozuwi ye!


ASORECO na ABAKO

Bayokani Moto moko

Na CONAKAT na CARTEL

Balingani na FRONT COMMUN


Bolikango, Kasavubu mpe Lumumba na Kalondji

Bolya, Tshombe, Kamitatu, oh Essandja, Mbuta Kanza.


Independance Cha-cha to zuwi ye!

Oh Kimpwanza cha-cha tubakidi

Oh Table Ronde cha-cha ba gagner oh!

Oh Lipanda cha-cha tozuwi ye!


Na MNC, na UGECO

ABAZI, na PDC

Na PSA, na African Jazz na Table Ronde mpe ba gagner!


Independance Cha-cha to zuwi ye!

Oh Kimpwanza cha-cha tubakidi

Oh Table Ronde cha-cha ba gagner oh!

Oh Lipanda cha-cha tozuwi ye!


Independance Cha-cha to zuwi ye!

Oh Kimpwanza cha-cha tubakidi

Oh Table Ronde cha-cha ba gagner oh!

Oh Lipanda cha-cha tozuwi ye!

Indépendance cha cha nous avons gagné !

Nous sommes enfin libres

Oh Table ronde cha cha nous avons gagné !

Indépendance cha cha te voilà enfin entre nos mains !


Indépendance cha cha nous avons gagné !

Nous sommes enfin libres

Oh Table ronde cha cha nous avons gagné !

Indépendance cha cha te voilà enfin entre nos mains !


L'ASSORECO et l'ABAKO comme partis (politiques)

Comme un seul homme ils ont signé le pacte

Associant la CONAKAT et le CARTEL

Ils se sont unis en front commun


Bolikango, Kasavubu avec Lumumba et Kalondji

Bolya, Tshombe, Kamitatu, oh Essandja, Mbuta Kanza.


Indépendance cha cha nous avons gagné !

Nous sommes enfin libres

Oh Table ronde cha cha nous avons gagné !

Indépendance cha cha te voilà enfin entre nos mains !


Le MNC, l'UGECO

L'ABAZI, le PDC

Le PSA, avec African Jazz à la Table Ronde nous avons gagné !


Indépendance cha cha nous avons gagné !

Nous sommes enfin libres

Oh Table ronde cha cha nous avons gagné !

Indépendance cha cha te voilà enfin entre nos mains !


Indépendance cha cha nous avons gagné !

Nous sommes enfin libres

Oh Table ronde cha cha nous avons gagné !

Indépendance cha cha te voilà enfin entre nos mains !

Les principaux versets de la chanson comprennent les acronymes des principales factions politiques au sein du mouvement indépendantiste congolais. L'Association des Ressortisants du Haut-Congo (ASORECO), l'Alliance des Bakongo (ABAKO), la Confédération des associations tribales du Katanga (CONAKAT), le Cartel Katangais (Cartel), le Front Commun, le Mouvement National Congolais (MNC), le Parti National du Progrès (PNP), l'UGECO, l'Alliance des Bayanzi (ABAZI) et le Parti Solidaire Africain (PSA) sont tous mentionnés.

Un certain nombre de politiciens (dont certains chefs de parti) sont mentionnés par leur nom de famille. Dans l'ordre, ce sont: Jean Bolikango, Joseph Kasa-Vubu, Patrice Lumumba, Albert Kalonji, Paul Bolya, Moïse Tshombé, Cléophas Kamitatu, Ferdinand Essandja et Daniel Kanza.

Héritage[modifier | modifier le code]

Indépendance Cha cha est interprété dans l'une des scènes du film Lumumba de 2000, réalisé par Raoul Peck. Il est également apparu dans le documentaire de Peck Lumumba, la mort d'un prophète. Une adaptation a été réalisée par le musicien belgo-congolais Baloji, intitulée Le Jour d'Après / Siku Ya Baadaye dans l'album Kinshasa Succursale. Une autre adaptation a été réalisée par Gérard Addat, intitulée La Liberté Cha Cha.

Artistes ayant participé[modifier | modifier le code]

Tous les artistes ne sont pas répertoriés :

  • Grand Kallé — chant
  • Dr. Nico — guitare
  • Brazzos — basse
  • Izeidi Monkoy (Petit Prince) — maracas
  • Vicky Longomba — chant

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Alain Mabanckou et Abdourahman Waberi, Dictionnaire enjoué des cultures africaines, Fayard, , « Indépendance Cha Cha », p. 178-179