Incubation (rite)

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L'incubation est un rite pratiqué dans de nombreuses cultures anciennes ou contemporaines, traditionnelles ou non. Sa forme la plus connue a été pratiquée sous sa forme divinatoire dans les religions antiques et de certains chrétiens consistant le plus souvent à dormir dans ou près d'un sanctuaire pour obtenir, sous la forme d'un rêve ou d'une vision, les prescriptions d'un dieu guérisseur. Parfois, au lieu d'un temple, il peut s'agir d'un lieu sacré, une source, une grotte, un rocher ou un arbre remarquable, un puits, mais aussi, autant dans ses formes anciennes que contemporaines, de tombes isolées, ou situées dans un cimetière, une église, un temple, une cathédrale, un château ou toute autre construction. Même si sa forme institutionnalisée est la plus connue, car publique, le rite d'incubation peut être d'ordre strictement privé et mettre en jeu les ancêtres ou mânes[1] personnels ou claniques de l'officiant.

Une inscription, somno jussus, prouvant le rite d'incubation à Grand.

Description[modifier | modifier le code]

L'incubation a beaucoup été pratiquée à l'époque romaine : il y avait environ 400 temples où l'on pratiquait ce rite dans le bassin méditerranéen, dont celui d'Esculape, l'équivalent romain d'Asclépios.

  • Au Japon, par exemple, trois temples sont réputés pour leurs rêves d'incubation : Ishiyama-dera, près du lac Biwa, Hase-dera, au sud de Nara, et Kiyomizu-dera, à Kyōto[2]. Le maître guérisseur qui apparaît dans les rêves d'incubation est Yakushi Nyorai.
  • Dans l'islam, l'istikhàra est la récitation d'une prière pour obtenir une réponse à un problème donné ou de faire le bon choix[3].

L'incubation est, en fait, répandue partout dans le monde et pratiquée sous des formes variables selon les cultures locales, villageoises ou urbaines : Amérique centrale, Amérique andine, Afrique du nord, Australie, Bornéo, Chine, Inde, Iran, etc.

Souvent utilisée pour la guérison de la stérilité, elle peut être aussi une méthode pour guérir d'autres maladies comme la paralysie, la cécité, la claudication et a été également un moyen de prédire l'avenir. L'étude des inscriptions gravées sur les stèles des temples a permis de montrer l'évolution des pratiques de l'incubation. Aux premières cures miraculeuses survenant pendant le rêve succéda l'indication de remèdes, puis des prescriptions qui produisaient une guérison ultérieure[4].

L'incubation dans la Grèce antique[modifier | modifier le code]

L'incubation se pratiquait dans les grottes d'Amphiaraos et de Trophonios[5]. Puis, à partir du Ve siècle av. J.-C. dans le sanctuaire d'Epidaure en Argolide, sous l'égide d'Asclépios, au niveau duquel des stèles ont été retrouvées, relatant 43 histoires de guérisons de patients. Dans l'incubation thérapeutique, les malades se rendaient dans un temple dédié au dieu de la médecine et s'étendaient sur une peau d'animal, dans l'Abaton, pour y dormir, après avoir reçu les instructions des prêtres leur recommandant d'être particulièrement attentifs à l'aspect qu'aurait le visage du dieu si celui-ci leur apparaissait en rêve. Le dieu pouvait apparaitre barbu, ou jeune garçon, accompagné ou non d'une de ses filles Hygieía, Panákeia ou Iaso, mais aussi sous la forme d'un chien ou sous forme d'un serpent. Lorsqu'il touchait la partie malade, ce dernier guérissait. Si le malade n'était pas visité par le dieu, il devenait donc incurable. La coïncidence entre le rêve du malade et celui du prêtre était le sumptôma. Le dieu pouvait apparaitre onar (c'est-à-dire dans le rêve), ou upar (dans une vision à l'état de veille)[6]. La guérison de la stérilité était l'une des principales tâches de l'incubation. Les exemples les plus connus sont Andromaque d'Épire qui se rendit à Épidaure et qui raconte : « le dieu souleva sa robe et toucha son abdomen, ce qui eut pour conséquence la naissance d'un fils »[5], mais également Andromède de Chios qui « fut visitée par le dieu sous la forme d'un serpent qui reposa sur elle : elle porta cinq fils »[5]. D'après Patricia Garfield[7], l'incubation avait justement pour but principal la guérison de la stérilité. Ceci était possible par l'union sexuelle, pendant le sommeil, entre le pèlerin et le dieu ou la déesse. Cette union sexuelle avait réellement lieu dans le cas de la prostitution sacrée. La psychanalyse s'est beaucoup intéressée à l'incubation et à la méthode interprétative antique. Pour Ernest Jones, l'incubatio était l'union pendant le sommeil entre une personne et un dieu ou une déesse, et il vit un rapprochement avec la peur de l'incubus[5]. Le psychiatre Carl Alfred Meier réalisa une étude symbolique de l'incubation dans les rêves modernes[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les mânes sont des ancêtres transformés en divinités.
  2. Stéphane Labat, La poésie de l'extase et le pouvoir chamanique du langage, Maisonneuve & Larose, 1997, (ISBN 2706812982).
  3. Edmond Doutté, La société musulmane du Maghrib, Magie et Religion dans l'Afrique du Nord, A.Jourdan, Alger, 1909.
  4. R. de Becker, Les machinations de la nuit, Éd. Planète, 1965.
  5. a b c et d Ernest Jones, Le Cauchemar, Payot, 1973, (ISBN 2228896608), p. 211-212.
  6. Pierre Cheymol, Les Empires du rêve.
  7. (en) Patricia Garfield, Creative dreaming: plan and control your dreams to develop creativity, overcome fears, solve problems, and create a better self, Simon & Schuster, 1995, (ISBN 9780684801728). Garfield se réfère à Norman MacKenzie, in Les Rêves, J. Tallandier, 1966.
  8. (en) Carl Alfred Meier, Healing Dream and Ritual: Ancient Incubation and Modern Psychotherapy, Daimon, 2003, (ISBN 9783856306298).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • I. Gessler, "Note sur l'incubation et ses survivances", Museon, Mélanges L. Th. Lefort, 1946, pp. 661-670.
  • M. Hamilton, Incubation, or the cure of desease in Pagan temples and Christian churches, 1906.
  • Th. Lefort, "Notes sur le culte d'Asclépios. Nature de l'incubation dans ce culte", Le Musée belge, 1906, pp. 21-37; pp.201-126.
  • Carl Alfred Meier, Antike Inkubation und moderne Psychotherapie, Zürich, Rascher, 1949.
  • A. Taffin, "Comment on rêvait dans les temples d'Esculape", Bulletin de l'Association G. Budé, 1960, pp. 325-366.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Grèce antique[modifier | modifier le code]

Médecine[modifier | modifier le code]

Neurobiologie[modifier | modifier le code]

Divers[modifier | modifier le code]