Incendie de la tour Grenfell

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Incendie de la tour Grenfell
La tour Grenfell en feu, à 4 h 43 BST le 14 juin 2017.
La tour Grenfell en feu, à h 43 BST le .

Type Incendie
Pays Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Localisation North Kensington, Londres
Coordonnées 51° 30′ 50″ nord, 0° 12′ 57″ ouest
Date
Victimes
Blessés ≥74
Morts ≥79

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L'incendie de la tour Grenfell est un incendie survenu le dans la tour Grenfell, un immeuble de logements sociaux de 24 étages, situé dans le district de North Kensington à Londres au Royaume-Uni, faisant au moins 79 morts.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'immeuble[modifier | modifier le code]

La Grenfell Tower en 2009, avant rénovation

La tour Grenfell, située dans le district de North Kensington, dans l'ouest de Londres, est un complexe de logements sociaux dont la majorité des occupants appartiennent à la classe ouvrière[1]. Il fait partie de l'ensemble Lancaster West Estate (en)[2]. Il est situé dans une zone relativement aisée[1].

L'immeuble de 24 étages est d'architecture brutaliste. Il est conçu en 1967 et sa construction est avalisée par le conseil de Kensington et Chelsea en 1970, dans le cadre du projet de développement de l'ensemble Lancaster Ouest[3],[4]. La construction de la tour débute en 1972 et s'achève en 1974[5].

L'immeuble comporte à sa construction 120 logements de une et deux chambres à coucher (six appartements par étage sur vingt étages, les quatre restants étant affectés à d'autres utilisations) répartis sur 23 étages[3].

Selon le droit britannique, il est géré par une Tenant management organisation — un syndic comportant des représentants de locataires. En 2017, il est géré par la Kensington and Chelsea Tenant Management Organisation (en), la principale organisation du pays pour la gestion de bâtiments avec (co)locataires. Le conseil de Kensington et Chelsea supervise cette gestion. Le conseil de gestion des colocataires comprend huit membres habitant l'immeuble, quatre nommés par le conseil, et trois indépendants[6].

Rénovation[modifier | modifier le code]

La rénovation de mai 2016, d'un montant de 10 millions de livres (soit environ 11,5 millions d'euros), vise l'isolation thermique extérieure, l'installation de fenêtres à double vitrage et d'un nouveau système de chauffage communautaire.

La rénovation a ajouté un impressionnant nouveau foyer[Quoi ?], avec de nouvelles installations pour le Dale Youth Amateur Boxing Club et la Grenfell Under 3s Nursery. Ce projet, d'une durée de deux ans, s'est déroulé tout en maintenant habitable les 120 logements. Des nouveaux logements ont également été construits en utilisant des espaces inutilisés du bâtiment[7]. Le nombre de nouveaux logements est compris entre sept [2] et neuf[7].

Pour la façade, du métal a été utilisé en surface et un expansé[pas clair] dans la façade. Ce polyéthylène — un plastique — est moins protecteur au feu que d'autres alternatives. Toutefois, d'après la Fire Protection Association, le polyéthylène devrait résister au feu s'il est bien encapsulé, alors que dans le cas contraire il pourrait créer un effet de cheminée[2].

Les panneaux de revêtement utilisés étaient économiques : ils ne coutaient que 22 livres sterling chacun contre 24 livres sterling pour la version « résistante au feu », soit une économie de 8 % environ, ce qui a permis d’économiser 6 000 livres sterling environ, soit environ 7 000 euros[8].

D'après les avertissements du fabricant, l'isolant thermique utilisé n'est pas adapté à un immeuble de plus de dix mètres de hauteur[9].

Menaces[modifier | modifier le code]

Deux femmes habitant la Grenfell Tower ont été menacées de poursuites pour avoir fait campagne en faveur de l'amélioration de la sécurité incendie : Mariem Elgwahry, 27 ans, et Nadia Choucair, 33 ans, ont en particulier reçu des lettres leur ordonnant de stopper leur campagne. Elles intervenaient avec l'aide du Radical Housing Network[10].

La sécurité anti-incendie en Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]

Au Royaume-Uni, de nombreux matériaux combustibles sont utilisés dans les assemblages muraux commercialisés pour améliorer les performances énergétiques, réduire les infiltrations d'air et d'eau et permettre une plus grande flexibilité de la conception esthétique. Ces matériaux sont notamment utilisés dans les finitions des systèmes d'isolation extérieure, les revêtements (cladding) en métal composite, les laminés à haute pression, et les barrières résistant aux intempéries (weather-resistive barriers, WRB). La combustibilité des matériaux impacte directement les risques d'incendie[11],[12]

Les matériaux combustibles utilisés dans les assemblage muraux concernent un faible pourcentage des bâtiments en prise au feu, mais ont des conséquences significatives en termes de blessures et de décès[13].

Les États-Unis et la Grande-Bretagne disposent de lois sur l'inflammabilité potentielle des matériaux internes utilisés dans le revêtement, mais d'autres facteurs peuvent entrer en jeu, comme le mode de fabrication et l'installation[14].

Des matériaux retardant les flammes sont utilisés, ce qui évite que le feu prenne facilement. Toutefois, lorsque les températures atteignent 900 ou 1 000 °C, tous les matériaux ont tendance à brûler. Les matériaux isolants peuvent générer des fumées noires assez opaques[14].

D'après le journal britannique The Times, les matériaux utilisés en Grande-Bretagne sont interdits aux États-Unis dans les bâtiments d'une hauteur supérieure à 12 mètres[15].

La crise immobilière a tellement fait augmenter les prix de l'immobilier à Londres que les pouvoirs publics n'ont plus le budget nécessaire pour loger les Londoniens et délèguent donc ces activités au secteur privé, avec des budgets limités[16]. Par ailleurs, la publication de rapports d'inspection incendie reste assez contrainte, ce qui limite l’information disponible[16].

Par ailleurs, en raison de la conception du bâtiment, la porte d'entrée de chaque appartement doit théoriquement maintenir le feu hors de l'appartement pendant 30 minutes, le temps que les pompiers interviennent. De ce fait, les consignes de sécurité communiquées aux résidents ont été — comme dans d'autres pays — de rester à l'abri à l'intérieur ("stay put") en cas d'incendie[réf. souhaitée]. Par chance, de nombreuses personnes, n'ayant pas eu connaissance de ces consignes ou ne les ayant pas respectées, ont pu se sauver[16].

La loi anglaise ne nécessite l'installation d'extincteur automatique à eau que pour les bâtiments construits après 2007 lorsqu'ils ont une hauteur supérieure à 30 mètres ; mais cette loi n'est pas rétroactive[17].

La sécurité anti-incendie dans l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Une Directive du Conseil du relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres concernant les produits de construction (89 / 106 / CEE) donne un cadre aux législations et réglementations techniques relatives à la sécurité incendie dans les États membres de l'Union européenne.

D'après cette directive, l'ouvrage doit être conçu et construit de manière que, en cas d'incendie :

  • la stabilité des éléments porteurs de l'ouvrage puisse être présumée pendant une durée déterminée,
  • l'apparition et la propagation du feu et de la fumée à l'intérieur de l'ouvrage soient limitées,
  • l'extension du feu à des ouvrages voisins soit limitée,
  • les occupants puissent quitter l'ouvrage indemnes ou être secourus d'une autre manière,
  • la sécurité des équipes de secours soit prise en considération[18].

L'incendie[modifier | modifier le code]

Secours[modifier | modifier le code]

L'incendie s'est déclaré le , vers h heure locale et a duré jusqu'à l'après-midi. Deux cents pompiers et 40 camions d'incendie de la brigade des pompiers de Londres ont été mobilisés. L'appel a été reçu par les pompiers à h 54 heure locale et le premier camion est arrivé sur les lieux 6 minutes plus tard[19]. La tour a été gravement endommagée par l'incendie mais ne s'est pas effondrée.

Une échelle de 30 mètres — la plus haute de Londres — est arrivé 24 minutes (d'après The Independant [20]) ou 32 minutes (d'après la BBC[21]) après les premiers secours. L'échelle de Surrey de 42 mètres — la plus haute d'Angleterre — est arrivée sept heures après[22]. D'autres pays ont des échelles de 100 mètres.

La pression de l'eau utilisée pour lutter contre l'incendie est remise en question. Cela a conduit les pompiers à contacter[pourquoi ?] la société gestionnaire du réseau de distribution d'eau, la Thames Water[réf. souhaitée].

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Un bilan provisoire au 19 juin 2017 fait état de 79 morts ou disparus présumés morts[23] et 77 blessés, dont 17 sont dans un état critique. De nombreuses personnes restent portées disparues[24],[25]. Le 17 juin 2017, la police britannique annonce qu'au moins 58 personnes disparues sont considérées comme mortes dans l'incendie[26].

Enquête[modifier | modifier le code]

La cause du feu n'a pas été officiellement déterminée dans un premier temps[27]. Selon une rumeur lancée par un résident du quatrième étage, le feu aurait pris dans un réfrigérateur vers h heure locale au cours de la nuit. Les résidents ont alors frappé à la porte de leur voisins pour les alerter[28]. Dans la demi-heure suivante, le bâtiment était entièrement pris par les flammes.

Selon une évaluation des risques d'incendie, des matériaux combustibles auraient été entreposés dans les parties communes, ce qui laisse supposer une gestion d'ensemble défaillante[29].

Selon des documents officiels, l'isolation anti-incendie a en partie été retirée au cours des travaux de rénovation du système de chaufferie[30].

La London Fire Brigade (LFB) doit émettre un rapport public sur cet incendie, mais sans délai, la publication d'un tel rapport pouvant prendre des années[31].

Des manifestations ont demandé la réalisation d'une enquête juridique ou criminelle au lieu d'une enquête technique[31].

Le 23 juin, lors d'une conférence de presse, la Metropolitan Police Service confirme[32],[33] que le sinistre a bien pour cause première l'embrasement accidentel d'un réfrigérateur défectueux de marque Hotpoint[34] (filiale du groupe Whirlpool) situé dans un appartement du quatrième étage. Ceci exclut une intention criminelle.

Réactions[modifier | modifier le code]

Certains résidents ont indiqué qu'aucune alarme incendie ne s'est déclenchée lorsque le feu a démarré[28]. Des résidents ont déclaré n'avoir été avertis de l'incendie que par les appels au secours de leurs voisins, ou les frappements aux portes[28]. D'autres ont indiqué avoir survécu en ignorant les consignes de sécurité, qui recommandaient de se mettre à l'abri[35].

Le London-wide Radical Housing Network, un groupe d'action citoyen « combattant pour un logement juste partout dans Londres »[36], à laquelle adhère le Grenfell Action Group, indique que « le feu était une tragédie horrible et évitable, qui résulte d'une combinaison de rabais gouvernementaux, de gestion défaillante par les autorités locales, et d'un mépris pour les représentants des résidents et pour leurs logements ».

Pour le chancelier de l'Échiquier Philip Hammond, si le revêtement extérieur utilisé est interdit à la fois aux États-Unis et dans l'Union européenne, deux questions se posent : la réglementation britannique est elle bonne d'une part et la réglementation est-elle correctement appliquée d'autre part[8] ?

Effets sur la politique britannique[modifier | modifier le code]

En réaction à la découverte par le grand public de l'existence de panneaux inflammables, des politiques de vérification des revêtements déjà déployés ont été entreprises, dans les régions de Manchester, Plymouth et Portsmouth. Elles ont révélé l'existence de plusieurs dizaines de tours d'habitations enrobées de panneaux inflammables[37],[38].

Pour Jeremy Corbyn l'échelle croissante de la menace demande une action nationale — au maillon de l'Angleterre — coordonnée avec une réunion de la commission d'urgence Cobra.

La politique de réduction des coûts qui voulait supprimer pour atteindre des règles de sureté suffisante l'ajout de gicleurs dans les écoles nouvelles a été reconsidérée à la suite des évènements de la tour de Grenfell. Les réalités nouvelles mènent à penser qu'il serait inacceptable d'essayer de réduire les normes de sureté pour rendre les écoles meilleur marché, ou pour permettre aux promoteurs de réaliser des bénéfices plus importants[39].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Everyone was helping », The Telegraph,‎ (lire en ligne)
  2. a, b et c (en) « London fire: A visual guide to what happened at Grenfell Tower », BBC News,‎ (lire en ligne)
  3. a et b (en) Miles Glendinning et Stefan Muthesius, Tower block: modern public housing in England, Scotland, Wales, and Northern Ireland, Yale University Press, (ISBN 0-300-05444-0, lire en ligne), p. 355
  4. (en) « Concerns raised about Grenfell Tower 'for years' », BBC News Online (consulté le 14 juin 2017)
  5. (en) « Buildings of London – Grenfell tower », emporis.com (consulté le 14 juin 2017)
  6. (en) « Kensington and Chelsea Tenant Management Organisation - The Board », sur www.kctmo.org.uk (consulté le 14 juin 2017)
  7. a et b (en) « Grenfell Tower », sur www.buildington.co.uk (consulté le 14 juin 2017)
  8. a et b (en) « Grenfell Tower cladding is banned in the UK, Chancellor says », The Independent,‎ (lire en ligne)
  9. (en) « Housing Minister says Tories failed to update fire safety », The Independent,‎ (lire en ligne)
  10. (en) « Two women feared dead in Grenfell Tower were 'threatened with legal action' for raising alarm about fire safety », The Independent,‎ (lire en ligne)
  11. Fire Hazards of Exterior Wall Assemblies Containing Combustible Components
  12. (en) Nathan White, CSIRO, Highett, VIC Australia et Michael Delichatsios, FireSERT, University of Ulster, Jordanstown, Northern Ireland, Fire Hazards of Exterior Wall Assemblies Containing Combustible Components, Jordanstown, Northern Ireland, (lire en ligne)
  13. (en) Nathan White, Michael Delichatsios, Marty Ahrens et Amanda Kimball, « Fire hazards of exterior wall assemblies containing combustible components », MATEC Web of Conferences, vol. 9,‎ (ISSN 2261-236X, DOI 10.1051/matecconf/20130902005, lire en ligne)
  14. a et b (en) Dan Bilefsky, Danny Hakim et Mark A. Walsh, « The London Fire: What We Know », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne)
  15. AFP, « Incendie de Londres: 30 morts selon un nouveau bilan », sur Le Journal de Montréal (consulté le 17 juin 2017)
  16. a, b et c (en) Heather Brooke, « London Fire Shows Why Britons Don’t Trust the System », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne)
  17. http://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/grenfell-tower-fire-latest-croydon-council-sprinklers-25-blocks-high-rise-safety-residents-london-a7798641.html
  18. http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:1989:040:0012:0026:FR:PDF
  19. « Incendie de la tour Grenfell: ce que l'on sait », sur Site internet de la revue belge « Le Vif l'Express ».
  20. http://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/grenfell-tower-firefighters-sent-fire-correct-equipment-high-ladder-aerial-water-pressure-a7830281.html
  21. http://www.bbc.com/news/uk-40535417
  22. https://www.nytimes.com/2017/07/08/world/europe/grenfell-fire-london-ladder.html
  23. Le Point, magazine, « Incendie de la tour Grenfell: 79 morts et peut-être davantage », Le Point,‎ (lire en ligne)
  24. « Plusieurs morts dans l'incendie de la Grenfell Tower de Londres », Paris Match,‎ (lire en ligne)
  25. « Incendie à Londres : au moins 12 morts et de nombreux disparus », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  26. « Incendie de Londres: 58 disparus sont présumés morts », sur BFM, nil
  27. Steven Erlanger et Stephen Castle, « Fire Engulfs Apartment Tower in London », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  28. a, b et c (en) Victoria Derbyshire, Victoria Derbyshire 14 June 2017, « started on the fourth floor... my neighbour said his fridge exploded... no alarm until half-past one »
  29. (en) Geoff Wilkinson, « Grenfell Tower: residents had predicted massive fire », sur Architects' Journal, (consulté le 14 juin 2017)
  30. « Après l’incendie de la Grenfell Tower, Londres brûle de colère », Tribune de Genève,‎ (lire en ligne)
  31. a et b (en) Greg Wilford, « Grenfell Tower fire: Investigation findings may not be published for years : There is no timeframe for when the inquest will be, but certainly not in the short term », sur The Independent, (consulté le 17 juin 2017)
  32. (en) « Grenfell Tower fire investigation », sur Met-Police.uk,
  33. « Londres : un réfrigérateur à l'origine de l'incendie de la tour Grenfell », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  34. Suite à cette catastrophe, Hotpoint procède à un rappel des réfrigérateurs de modèle FF175BP et FF175BG incriminés dans ce sinistre et qui ont été fabriqués à 64 000 exemplaires entre 2006 et 2009.
  35. (en) « London fire: Six killed as Grenfell Tower engulfed », BBC News,‎ (lire en ligne)
  36. (en) « Radical Housing Network », sur www.landforwhat.org.uk (consulté le 14 juin 2017).
  37. lefigaro.fr et A. F. P. agence, « Grande-Bretagne : des dizaines d'immeubles ne sont pas aux normes incendie », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne)
  38. (en) « Thousands of residents could be evacuated from tower blocks across UK », The Independent,‎ (lire en ligne)
  39. (en) « Government ministers U-turn on plans to ease school fire safety standards after Grenfell Tower disaster », The Independent,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]