Immigration libanaise au Sénégal

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L'immigration libanaise au Sénégal est un mouvement de diaspora libanaise vers le Sénégal, et plus généralement l'Afrique de l'Ouest[1], remontant à la fin du XIXe siècle.

Les Libanais constituent une importante communauté et jouent traditionnellement un rôle significatif dans la vie économique du Sénégal, mais restent peu présents sur la scène politique. Leur nombre est aujourd'hui estimé à 25 000[2], sur une diaspora de 200 000 à 300 000 sur le continent africain, et d'environ 4 millions à travers le monde.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les « Libanais » – généralement des commerçants libanais effectivement, mais aussi syriens[3] – ont commencé à arriver en Afrique de l'Ouest dans les années 1890, tant dans les colonies françaises que britanniques[4]. Leur nombre s'accroît entre les deux guerres, alors que le Liban est lui-même sous mandat français. Moins de 100 en 1900, ils sont plus de 2 000 en 1930 et près de 4 000 à la veille de la Seconde Guerre mondiale[5].

Surtout présents dans les villes-marchés, ils parlent l'arabe, mais aussi les langues locales, et conservent des liens étroits avec les autres membres de la diaspora libanaise, en Afrique de l'Ouest ou au Moyen-Orient. Les maisons de commerce coloniales qui s'établissent à l'intérieur du pays au début du XXe siècle leur font plus volontiers confiance qu'à leurs concurrents wolofs ou peuls[4]. Les Libanais trouvent notamment leur place dans le commerce de l'arachide.

Au moment de l'indépendance, en 1960, ils sont environ 15 000. Ils doivent bientôt réorienter leurs investissements du fait de la nationalisation du commerce de l'arachide et se tournent vers d'autres secteurs, tels que l'immobilier, le transport, le commerce de gros et l'industrie légère[4].

La guerre du Liban (1975-1990) conduit un certain nombre de Libanais à trouver refuge auprès de leurs compatriotes en Afrique, notamment au Sénégal. Cette vague d'immigration concerne surtout des musulmans chiites venus du sud du pays[2].

Comme d'autres expatriés, les Libanais préfèrent envoyer des subsides dans leur pays, plutôt que d'investir sur place, ce qui conduit à des tensions avec le gouvernement sénégalais qui tente d'endiguer ces pratiques au milieu des années 1980[4].

Les frictions entre Libanais et Sénégalais se trouvent encore exacerbées à l'occasion du conflit sénégalo-mauritanien (1989-1991), car les Libanais sont souvent perçus par la population comme solidaires des Maures[4].

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

Alors qu'ils étaient près de 50 000 en 1970, le nombre de Libanais au Sénégal aurait chuté à 25 000 aujourd'hui, mais ces chiffres restent sujets à caution[2]. C'est néanmoins la plus forte communauté en Afrique, après la Côte d'Ivoire qui en compterait 60 000. La plupart sont nés au Sénégal, parlent le wolof et beaucoup ne sont jamais allés au Liban[6]. Malgré la bonne entente générale entre les communautés, les métissages et le sentiment d'appartenance nationale qui s'exprime notamment lors des matchs joués par les Lions de la Téranga, les Libanais restent considérés comme « des Sénégalais entièrement à part »[7].

Certes quelques réussites exemplaires émaillent l'histoire de la communauté, par exemple celles des familles Sharra, Omaïs, Gandour, Bourgi ou Fakhry qui ont fait fortune dans la pêche, l'agrolimentaire, les cosmétiques ou l'immobilier, mais globalement le niveau de vie des Libanais s'est dégradé depuis les années 1990, notamment lorsqu'ils ont dû subir la concurrence, dans les secteurs qu'ils dominaient traditionnellement, des Sénégalais wolofs de la confrérie mouride (Baol-Baol), très actifs dans le petit commerce[6]. Certains sont alors partis dans les pays limitrophes, en Gambie, en Guinée-Bissau, ou en Guinée. Désormais ceux qui sont confrontés aux préjugés ou à d'importantes difficultés financières retournent rarement au Liban où ils n'ont plus guère d'attaches, ils s'installent dans les villes de l'intérieur ou dans la banlieue dakaroise, à Pikine ou à Guédiawaye, des univers urbains plus anonymes et moins coûteux.

Pour le moment la communauté libanaise trouve encore difficilement sa place sur la scène politique, dans la haute administration ou dans le gouvernement. Cependant Haïdar El Ali, directeur de l'Oceanium de Dakar et deuxième vice-président du Conseil régional de Dakar, issu d'une famille d'immigrés libanais, est l'un des leaders de l'opposition qui ne manque pas de faire entendre sa voix dans le débat public[6]. Il a été ministre de l'Écologie dans le gouvernement Mbaye en 2012-2013, puis ministre de la Pêche dans le gouvernement Touré en 2013-2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Xavier Aurégan, « "Communauté" libanaise en Afrique de l'Ouest », sur Diploweb, 7 octobre 2012.
  2. a, b et c « Les Libanais d'Afrique », in Jeune Afrique, no 2544, du 11 au 17 octobre 2009, p. 25.
  3. Jean-Gabriel Desbordes, L'immigration libano-syrienne en Afrique occidentale française, Poitiers, Renault, 1938, 208 p.
  4. a, b, c, d et e (en) Andrew Francis Clark et Lucie Colvin Phillips, Historical Dictionary of Senegal, The Scarecrow Press, coll. « African Historical Dictionaries » (no 65), , 2e éd. (ISBN 0-8108-2747-6), p. 183-184.
  5. L'Homme et la Société, no 12-14, 1969, p. 35.
  6. a, b et c Cécile Sow, « Sénégal-Liban : La face cachée de l'intégration », Jeune Afrique, no 2544,‎ 11 au 17 octobre 2009, p. 28-30 (lire en ligne).
  7. Propos tenus par Fayçal Sharara, vice-président du patronat, issu d'une famille qui a connu une belle réussite économique (« Sénégal. La face cachée de l'intégration », loc. cit.).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Andrew F. Clark et Lucie Colvin Phillips, « Lebanese », in Historical Dictionary of Senegal, The Scarecrow Press, Metuchen (N. J.) et Londres, 1994 (2e éd.), p. 183-184 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Mara A. Leichtman, « The legacy of transnational lives: Beyond the first generation of Lebanese in Senegal », Ethnic and racial studies, 2005, vol. 28, no 4, p. 663-686
  • Jean Gabriel Desbordes, L'immigration libano-syrienne en Afrique occidentale française, Renault, Poitiers, 1938, 208 p. (thèse)
  • Charbel El Bcheraoui, Étude du vieillissement de la population libanaise vivant en milieu urbain, rural et émigrée au Sénégal, Université d'Aix-Marseille 2, Faculté de Médecine, 2007, 212 p. (thèse d'Anthropologie biologique)
  • Alexander Keese, « Colons français, politiciens africains et marchands libanais au Sénégal colonial », Africa, 2005, vol. 60, no 2, p. 221-259
  • Souha Taraf-Najib, L'espace en mouvement : dynamiques migratoires et territorialisation des familles libanaises au Sénégal, Université François Rabelais, Tours, 1994, 383 p. (thèse de Géographie)
  • Dossier « Les Libanais d'Afrique. Enquête sur une communauté secrète, enviée et influente », en particulier l'article de Cécile Sow, « Sénégal. La face cachée de l'intégration », in Jeune Afrique, no 2544, du 11 au 17 octobre 2009, p. 28-30 Document utilisé pour la rédaction de l’article

Filmographie[modifier | modifier le code]