Immeuble De Heug

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Immeuble De Heug
Pianos De Heug
Image dans Infobox.
L'immeuble en cours de restauration (avril 2019)
Présentation
Destination initiale
Style
Architecte
Construction
Restauration
Commanditaire
De Heug
Hauteur
19,8 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Surface
860 m2Voir et modifier les données sur Wikidata
Propriétaire
Iret Development
Usage
BureauxVoir et modifier les données sur Wikidata
Patrimonialité
Icône du bouclier bleu apposé sur un immeuble classé de la Région wallonne Patrimoine classé (1995, Façades, toitures et cage d'escalier, no 52011-CLT-0055-01)
Localisation
Adresse
Quai Arthur Rimbaud 5Voir et modifier les données sur Wikidata
6000 Charleroi, Hainaut
Flag of Belgium (civil).svg Belgique
Accès et transport
Gare
Tramway
Coordonnées

L’immeuble De Heug, également appelé Pianos De Heug et Piano De Heug, est un immeuble de style moderniste construit en 1933 à Charleroi en Belgique par Marcel Leborgne pour le fabricant de pianos De Heug. Il sert alors de salle de vente et d'auditorium. Lors de la disparition de cette société, l'immeuble est essentiellement affecté au logement. Après avoir été menacé de démolition, le bâtiment est minutieusement restauré entre 2015 et 2020.

L'immeuble fait un usage particulier des courbes qui soulignent l'aspect vertical — c'est le cas pour la cage d'escalier cylindrique — et horizontal pour l'angle arrondi de la verrière et du balcon de chaque étage.

Histoire[modifier | modifier le code]

Carte postale publicitaire présentant la fabrique De Heug à Marcinelle dans les années 1930.

« De Heug » est une société fondée fin du XIXe siècle à Marcinelle. Comme fabricant de pianos, elle jouit d'une renommée internationale et reçoit plusieurs prix. Elle connaît sa plus grande prospérité dans les années 1920, époque où elle dispose d'une salle de vente à la place de la Ville-Basse de Charleroi. À la mort du fondateur en 1932, la société est reprise par ses trois fils qui décident de construire une nouvelle salle de vente dans la même ville[1].

L'immeuble, situé à l'angle du quai Arthur Rimbaud[a] et de la rue du Bastion d'Egmont[b], en bord de Sambre, est construit en 1933-1934 par Marcel Leborgne, vraisemblablement en collaboration avec son frère Henri[2],[c].

Installée dans ses nouveaux locaux, la société connait rapidement le déclin à la suite de la crise des années 1930 d'abord, de la Seconde Guerre mondiale ensuite, et finalement par le fait que le piano perd sa place dans l'ameublement des maisons bourgeoises. Un des trois frères, Paul, continue l'activité seul. Son fils Pierre lui succède en 1958. À la suite de la concurrence des instruments électriques, il se reconvertit en fabricant de meubles de cuisine durant les années 1960. La société cesse ses activités en 1981[3].

En dehors du duplex commercial au rez-de-chaussée, tous les étages sont alors affectés au logement[4]. À cette époque, l'enseigne « Pianos De Heug » est remplacée par l'inscription « Dolisy », nom d'une agence en douane, nouvel occupant du rez-de-chaussée[5].

En 1985, le bâtiment subit des dégâts à la suite d'un attentat des Cellules communistes combattantes contre une agence de la Manufacturers Hanover Bank (en), institution financière alors installée au rez-de-chaussée[6].

Le bâtiment est classé en 1995 et fait l'objet, fin 2002, d'une restauration de la verrière courbe de la façade abîmée lors d'une tempête[6].

L'immeuble en juillet 2013.

L'immeuble voit cependant son enveloppe extérieure se détériorer au point que des étançons et filets de sécurité doivent être mis en place[7]. Les propriétaires, avertis par l'Institut du patrimoine wallon en 2006, sont d'accord pour procéder à la restauration de la façade[8],[d].

Le bâtiment est racheté début des années 2010 par la société anonyme Saint-Lambert Promotion/Iret Development dans le cadre d'un projet de création d'un centre commercial appelé « Rive gauche ». L'immeuble De Heug était initialement appelé à devenir une auberge de jeunesse[9],[e], mais c'est finalement à l’accueil de bureaux qu'il est dédié[10].

Au début de 2014, son état est tellement dégradé que la survie de l'immeuble est compromise. Deux expertises, l'une à la demande du propriétaire, l'autre à la demande de la Région wallonne, indiquent qu'une restauration serait excessivement coûteuse. Un temps, une reconstruction du bâtiment est même envisagée[9], ne conservant de l'original que la cage d'escalier et l'ascenseur d'époque[f]. Solution que les tenants de la protection considéraient comme un « pastiche de l’œuvre de Leborgne »[7]. Une mobilisation citoyenne soutenue par des architectes et des historiens permet la sauvegarde du bâtiment. Finalement, c'est la solution de la restauration minutieuse qui est décidée[5].

Lors de cette restauration, les éléments présents ont été conservés au maximum. Les châssis d'époque ont été rénovés et équipés de doubles vitrages. La technique d'origine a été reproduite pour remplacer les dalles intérieures en béton rongées par l'humidité. Les accès aux terrasses ont été condamnés car les garde-corps sont trop bas par rapport aux normes de sécurité actuelles. La câblerie et le moteur d’origine de l'ascenseur cage, lui aussi classé, ont également été restaurés. La restauration du gros œuvre s'est terminée en 2018, celle des aménagements intérieurs en 2020[11],[12].

Architecture[modifier | modifier le code]

L'immeuble, d'une hauteur de 19,80 mètres[2], comporte sept niveaux et un toit plat[13]. C'est un exemple très abouti de la maîtrise des courbes par Marcel Leborgne[14].

Le programme initial prévoyait un rez-de-chaussée et un entresol formant un duplex commercial, trois étages d'appartements, un étage de studios pour professeurs de piano et le dernier servait d'auditorium pour tester les pianos[2]. L’immeuble compte au total 860 m2 dont un rez-de-chaussée de 112 m2 avec une mezzanine de 85 m2, cinq plateaux de 120 m2 et le sixième étage de 130 m2[12].

Le bâtiment est construit en béton avec un revêtement en marbre travertin. Lors de la construction, les plaques de travertin des balcons ont été placées avant le bétonnage. Maintenues par un coffrage plus léger, elles ont servi de coffrage incorporé dans la masse[15]. En façade, les plaques sont fixées par plots de ciment et fil de cuivre.

La disposition intérieure nécessite une cage d'escalier en saillie vers l'extérieur. En , l'architecte sollicite du Collège des bourgmestre et échevins un débordement de 1,75 mètres[g]. Le Collège tolère à titre spécial un débordement de maximum 1,50 mètres à condition que la hauteur libre sur le trottoir soit de 3 mètres. Cette colonne de verre et d'acier, à la fois esthétique et fonctionnelle, souligne l'aspect vertical du côté du quai[16].

La façade de la rue adjacente présente une dominante horizontale, accentuée par l'alternance des surfaces claires en travertin sur l'extérieur des balcons et l'aspect foncé des fenêtres, accentué par l'utilisation de marbre noir de Mazy sur les trumeaux[16]. La situation d'angle demande qu'un maximum de luminosité vienne de ce côté. Les verrières sont conçues à cet effet pour les pièces principales des appartements[17].

Selon Anne-Catherie Bioul et Chantal Mengeot, le bâtiment fait penser à l'esthétique industrielle prônée par le mouvement du Bauhaus marquée par le dépouillement et la rationalité[14],[16]. Maurice Culot estime, lui, que l'immeuble « s'inscrit dans le droit fil des meilleures réalisations du rationalisme italien »[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Anciennement quai de Brabant.
  2. Ancienne rue du Canal.
  3. Mais les plans conservés aux Archives de la ville de Charleroi sont signés uniquement par Marcel Leborgne (Bioul et Debecker 2004, note 48, p. 223).
  4. Mais aucune restauration ne sera faite.
  5. L'auberge de jeunesse a finalement été installée dans l'immeuble voisin et est accessible depuis le 1 octobre 2018.
  6. En Wallonie seuls quatre ascenseurs sont protégés par classement dont trois à Charleroi : celui desservant les étages du bâtiment Gramme de l'Université du Travail Paul Pastur et ceux conçus par Marcel Leborgne pour la Résidence Albert et l'immeuble De Heug (Amormino 2019).
  7. La demande de Marcel Leborgne précise : « Partant du fait que vis-à-vis de cette construction, jamais d'autres constructions ne seront érigées et d'autre part, le recul étant immense et la saillie transparente puisqu'elle sera construite en acier et glace, cela ne pourra nuire aucunement à l'esthétique de la rue ; et comme cette construction sera érigée suivant la technique moderne, cela ne pourra qu'augmenter l'intérêt que présente l'entrée de la Ville en y construisant un bâtiment qui sera certainement digne d'intérêt d'autant plus que cette colonne en verre sera constamment éclairée le soir » (Mengeot et Bioul 2015, p. 52).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Wintgens, Haine et Meeùs 1986, p. 112.
  2. a b et c Bioul et Debecker 2004, p. 223.
  3. Wintgens, Haine et Meeùs 1986, p. 112-113.
  4. Bioul et Debecker 2004, p. 224.
  5. a et b Strauven, Le Maire et Dailly 2017, p. 174.
  6. a et b « Maison De Heug - Piano, piano, la cure de jouvence... », La Nouvelle Gazette,‎ (lire en ligne)
  7. a et b Didier Albin, « De Heug : bâtiment classé en péril », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne)
  8. « L'immeuble «Piano De Heug» à Charleroi », La Lettre du Patrimoine, Namur, Institut du patrimoine wallon, no 5,‎ , p. 18.
  9. a et b Didier Albin, « Vers une reconstruction de l’immeuble De Heug ? », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne)
  10. Didier Albin, « Charleroi: le vaisseau amiral des auberges de jeunesse dominera la Sambre », Le Soir,‎ (lire en ligne)
  11. Elisabeth Mathieu, « Charleroi: l’immeuble De Heug à vendre pour 4,5 millions € », La Nouvelle Gazette,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  12. a et b Elisabeth Mathieu, « Charleroi: l’intérieur de l’immeuble De Heug fini au printemps », La Nouvelle Gazette,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  13. Patrimoine monumental de Belgique, tome 20, p. 83.
  14. a et b Bioul 2009, p. 84.
  15. Flouquet 1934, p. 781.
  16. a b et c Mengeot et Bioul 2015, p. 52.
  17. Bioul et Debecker 2004, p. 223-224.
  18. Culot et Warzée 1999, p. 116.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20 : Wallonie, Hainaut, Arrondissement de Charleroi, Liège, Pierre Mardaga, éditeur, , 602 p. (ISBN 2-87009-588-0).
  • Anne-Catherine Bioul et Anne Debecker (photographies), Vivre aujourd'hui dans un intérieur d'autrefois, à Charleroi, Namur, Ministère de la Région wallonne, coll. « Études et documents / Monuments et sites » (no 10), , 245 p. (ISBN 2-87401-171-1).
  • Vanessa Amormino, « Les ascenseurs anciens, un patrimoine à préserver », La Lettre du Patrimoine, Namur, Agence wallonne du Patrimoine, no 54,‎ , p. 4 (lire en ligne [PDF]).
  • Anne-Catherine Bioul, « Marcel Leborgne ou le choix de la modernité «humaine» », Les Cahiers de l'Urbanisme, Service public de Wallonie/Éditions Mardaga, no 73,‎ , p. 81-85 (ISBN 978-2-8047-0029-4).
  • Maurice Culot et Gaëtane Warzée (coordinatrice), « L'œuvre de Marcel Leborgne », dans Le patrimoine moderne et contemporain de Wallonie : De 1792 à 1958, Namur, Division du Patrimoine, DGATLP, , 423 p. (ISBN 2-87401-070-7), p. 114-116.
  • Pierre Louis Flouquet, « Les frères Leborgne », Bâtir, no 20,‎ , p. 778-781 (lire en ligne [PDF]).
  • Chantal Mengeot et Anne-Catherine Bioul, Le patrimoine de Charleroi : Les fleurs de l'industrie : Art nouveau, Art déco et Modernisme, Namur, Institut du patrimoine wallon, coll. « Carnets du Patrimoine » (no 128), , 64 p. (ISBN 978-2-87522-148-3).
  • Ivan Strauven et Anne Van Loo (dir.), « Leborgne Marcel », dans Dictionnaire de l'architecture en Belgique de 1830 à nos jours, Anvers, Fonds Mercator, , p. 390-391.
  • Iwan Strauven (dir.), Judith Le Maire (dir.) et Marie-Noëlle Dailly (dir. et photogr.), 1881-2017 Charleroi métropole, Bruxelles, Mardaga et Cellule architecture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, coll. « Guide d'architecture moderne et contemporaine » (no 4), , 367 p. (ISBN 978-2-8047-0367-7).
  • Véronique Wintgens, Malou Haine (dir.) et Nicolas Meeùs (dir.), « De Heug », dans Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie et à Bruxelles du 9e siècle à nos jours, Liège, Pierre Mardaga, éditeur, (ISBN 2-87009-250-4), p. 112-113.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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