Image du corps

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L’image du corps désigne la représentation du corps ; cette notion a cependant un sens qui varie selon l'auteur qui l'emploie. Elle est un héritage du schéma corporel.

La découverte du monde et des autres, passe par celle de soi et de son schéma corporel qui s'acquiert dans l'enfance, (Bronze Enfants à la découverte par Joanika Ring, Overlangel, 1995).
La bouche et le sens du goût sont un des premiers moyens d'exploration du corps par le bébé.


Schéma corporel[modifier | modifier le code]

Neurologie[modifier | modifier le code]

En 1911, le neurologue anglais Henry Head avance la notion de schéma corporel (ou schéma postural). Pour Head, le cerveau contiendrait un modèle interne représentatif des caractéristiques et grandeurs biomécaniques du corps qui nous permettrait notamment de situer notre corps dans l'espace, défini par ses coordonnées spatiales, d'avoir une représentation topographique de notre corps et partie du corps (voir la notion de proprioception), sans laquelle nous ne pourrions d'ailleurs pas nous mouvoir.

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

Françoise Dolto ajoute sur la base des dessins d'enfants une notion d'image inconsciente du corps, synthèse vivante de ses expériences émotionnelles ou encore « l’incarnation symbolique inconsciente du sujet désirant ». Cette image est unique, individuelle, et à ne pas confondre avec le schéma corporel, notion qu'elle utilise dans le même sens que dans d'autres disciplines, qui « spécifie l'individu en tant que représentant de l'espèce », « est en principe le même pour tous les individus de l'espèce humaine » et qui « se structure dès l'enfance par l'apprentissage et l'expérience »[1][réf. non conforme]

Julian de Ajuriaguerra, neuropsychiatre et psychanalyste propose dans les années 1970 la définition suivante du schéma corporel : « édifié sur la base des impressions tactiles, kinesthésiques, labyrinthiques et visuelles, le schéma corporel réalise dans une construction active constamment remaniée des données actuelles et du passé, la synthèse dynamique qui fournit à nos actes, comme à nos perceptions, le cadre spatial de référence où ils prennent leur signification ».

Neurosciences[modifier | modifier le code]

Les neurosciences renvoient aux notions d'homoncule moteur et d'homoncule sensitif. Quelques animaux (les éléphants notamment) sont capables de se reconnaître dans une glace et de repérer par exemple une tache posée sur leur corps.

Psychomotricité[modifier | modifier le code]

En psychomotricité, schéma corporel et image du corps sont distingués.

Le schéma corporel est selon Ajuriaguerra : « édifié sur la base des impressions tactiles, kinesthésiques, labyrinthiques, visuelles (etc.) le schéma corporel réalise, dans une construction active constamment remaniée des données actuelles et du passé, la synthèse dynamique qui fournit à nos actes comme à nos perceptions le cadre spatial de référence où ils prennent leur signification »[2].

L'image du corps est l'idée, en perpétuel remaniement, que chacun se fait de son corps. Elle traduit ce que nous percevons à chaque moment et dans la relation aux autres des qualités de notre corps. L'image du corps est liée à notre histoire personnelle (affective, psychologique, physiologique etc....). Selon Sanglade, « L'image du corps peut également être assimilée à la représentation de soi. Cette représentation de soi dépend des relations aux autres et de leur qualité. Elle peut s'éprouver solide ou détruite, désirée ou rejetée, elle est liée à l'épreuve du narcissisme et à la vie relationnelle »[2].

Le schéma corporel n’est pas une notion acquise à la naissance, mais se construit plutôt de façon progressive lors du processus de croissance chez l’enfant (Sève-Ferrieu, 2005). En effet, l’enfant développe son schéma corporel en fonction du développement de ses structures corporelles, perceptions, interactions avec l’environnement et intégrations sensorielles. Le schéma corporel a une influence importante sur le développement de plusieurs sphères de l’enfant soit au niveau psychosocial (émotions, image et estime de soi, personnalité, habiletés sociales), cognitif (compréhension des mots, lecture, apprentissage, développement intellectuel), perceptif et sensori-moteur (position spatiale du corps, habiletés motrices, orientation et mouvements volontaires) (Witt Mitchell, 1997). Au cours de l’apprentissage de son schéma corporel, l’enfant apprend d’abord à reconnaître l’autre, avant de se reconnaître devant un miroir. L’imitation aide aussi l’enfant à intégrer son corps dans l’espace et à s’orienter (Sève-Ferrieu, 2005). De plus, « l’intégration progressive des modalités sensorielles, visuelles, tactiles et kinesthésique permet à l’enfant de distinguer ce qui provient de son corps comparativement au monde extérieur » (Witt, et al., 1990). L’acquisition du langage lui permet de nommer où se situe son corps par rapport à l’espace qu’il occupe pour ainsi faciliter la connaissance de son schéma corporel (Sève-Ferrieu, 2005).

En psychomotricité, le schéma corporel est un référentiel de la psychomotricité (la façon d'être pour simplifier) de la personne : connaissance, ressenti (sensorialité, émotions) et utilisation de son corps pour se mouvoir (déplacement, communication non verbale, vécu du corps d'un point de vue émotionnel). Ainsi, la notion de schéma corporel est souvent associée à la notion d'image du corps.Le psychomotricien évalue et observe ces notions (dessin du bonhomme, somatognosie de Berges Lezine, Daurat Meljak...). Les troubles du schéma corporel peuvent avoir des origines psychiques ou corporelles (ex. : hémiplégie et hémi-asomatognosie, des troubles de type autistique, des pathologie psychiatriques type schizophrénie...). Le psychomotricien visera à favoriser la perception et la structuration du schéma corporel et de l'image du corps pour favoriser l'harmonie et l'équilibre psycho-corporel en s'appuyant sur des pratiques qui lui sont propres : balnéothérapie, relaxation, toucher thérapeutique... cf. décret de compétence[3].

Ergothérapie[modifier | modifier le code]

Selon l’American Occupational Therapy Association (AOTA), le schéma corporel est une « construction qui est définie par la conscience interne du corps et la relation entre les différentes parties du corps » (American Occupational Therapy Association, 1994). La notion de schéma corporel est souvent reliée à « l’image de soi » et la « connaissance de son corps » (Sève-Ferrieu, 2005), mais les ergothérapeutes utilisent plutôt « l’image du corps », « concept du corps » ou « perception du corps » lorsqu’ils parlent des concepts du corps (Witt, Cermak, & Coster, 1990).

Le schéma corporel se transforme par obligation lors des évolutions professionnelles. Il passe pour des raisons sécuritaires par un processus de désadaptation, c'est-à-dire qu'il rompt avec les process habituels. On parle alors d'"image corporelle de transfert" (Michel Gendrier 2004).

La notion de schéma corporel est donc un concept en lien avec l'ergothérapie puisque lorsqu’un enfant présente des retards ou des troubles dans plusieurs sphères développementales c'est le corps qui devient le point de référence pour les activités de la vie quotidienne (manger, s’habiller, écrire) (MacWhinney, Cermak, & Fisher, 1987). Cependant, pour l'évaluation et la prise en charge, l'ergothérapeute doit faire appel (orienter le patient) à son collègue psychomotricien, car le schéma corporel se construit lors du développement psychomoteur de l'enfant.

Certaines approches cognitivo-perceptives et sensorimotrices ont été prouvées efficaces pour aider les enfants ayant des problèmes au niveau du schéma corporel (Witt Mitchell, 1998). Notons enfin que l’atteinte du schéma corporel peut aussi être une condition associée à un accident vasculaire cérébral chez l'adulte (Sève-Ferrieu, 2005).

Philosophie[modifier | modifier le code]

L'un des principaux philosophes à s'être intéressé à la notion de schéma corporel, qu'il emprunte notamment aux travaux de Paul Schilder, est le philosophe français Maurice Merleau-Ponty. Dans la Phénoménologie de la perception, il oppose le corps propre, tel qu'on l'expérimente de l'intérieur, et le corps objectif tel que la science le décrit, c'est-à-dire comme un simple objet dans l'espace en 3 dimensions. Pour Merleau-Ponty, l'ensemble de notre perception est centralisée par l'expérience du corps propre. Les objets sont organisés au sein d'un champ perceptif, dont l'organisation interne est influencée par les projets moteurs que notre corps propre dessine dans l'espace alentours. Par exemple, je perçois déjà, dans la chaise que je vois, une anticipation du fait de m'asseoir sur cette chaise, comme si cette action était déjà contenue dans l'objet, comme sa possibilité implicite.

Représentation[modifier | modifier le code]

  • Paul Schilder invente l'expression Image du corps pour désigner une représentation à la fois consciente et inconsciente du corps. L'expression ne désigne pas seulement une connaissance physiologique, mais renvoie également au concept de libido et à la signification sociale du corps.
  • Daniel Lagache reprend le terme.
  • Michel Gendrier traite l'image corporelle dans son ouvrage l'ergomotricité.
  • Françoise Dolto mentionne une image inconsciente du corps : il s'agit dans un premier temps d'une notion de personnalité, mais Dolto en fera un concept lacanien (et Lacan approuvera cette notion). Dolto définira ensuite l'image inconsciente du corps comme incarnation symbolique inconsciente du sujet désirant.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Françoise Dolto, L'image inconsciente du corps, éd du Seuil, 1984.
  2. a et b « FMPMC-PS - Fondements théoriques et techniques de la relaxation - Psychomotricité première année », sur www.chups.jussieu.fr (consulté le 6 juillet 2019)
  3. « Décret n°88-659 du 6 mai 1988 relatif à l'accomplissement de certains actes de rééducation psychomotrice | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 6 juillet 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Schilder, L'Image du corps, Gallimard, 1968
  • Françoise Dolto, L'Image inconsciente du corps, Seuil, 1984
  • Gerard Guillerault, Le Corps psychique, 1989
  • Christine Hardy, Laurence Schifrine, Saverio Tomasella, Habiter son corps (La méthode Alexander), Eyrolles, 2006.
  • Michelle Bussillet : « Le Schéma corporel et l'Image du corps en Vittoz », in Habiter son corps Découvrir son être, Chronique Sociale, 2005. Site de l'auteure : http://m.bussillet.free.fr
  • Eric Pireyre, Clinique de l'Image du corps Du vécu au concept, Dunod, 2011
  • MacWhinney, K., Cermak, S., & Fisher, A. (1987). Body part indentification 1- to 4-year-old children. 41(7), 454-459.
  • American Occupational Therapy Association (1994). Uniform terminology for occupational therapy-third edition. American Journal of Occupational Therapy, 48, 1047-1054.
  • Sève-Ferrieu, N. (2014). Élaboration, troubles, évaluation et rééducation du schéma corporel In Massion-Elsevier (4e Ed.), Neuropsycholgie corporelle, visuelle et gestuelle du trouble à la rééducation (pp. 14-22). Paris: Masson-Elsevier.
  • Witt, A., Cermak, S., & Coster, W. (1990). Body part identification in 1- to -2-year-old children. American Journal of Occupational Therapy, 44(2), 147-153.

Articles connexes[modifier | modifier le code]