Représentation des femmes en Occident

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Cet article est consacré aux images de la femme en Occident.

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Au Paléolithique supérieur ont été sculptées des figurines féminines que les archéologues ont surnommé Vénus paléolithiques. Elles datent pour la plupart du gravettien, comme les Vénus de Willendorf ou de Lespugue. Leurs formes rondes et ventrues ont conduit certains auteurs à y voir un culte de la fertilité ou de la Déesse-Mère, sans possibilité toutefois de démonstration scientifique ; d'autant plus qu'elles coexistent avec des représentations schématiques longilignes.

Durant les périodes plus récentes, des figures minces et dansantes sont représentées sur les parois des grottes ou sur les rochers. C'est le cas dans le Levant espagnol ou, au Néolithique, sur les parois sahariennes ornées de femmes sur leur monture.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Grecque[modifier | modifier le code]

Le patriarcat émergeant relègue les femmes dans le gynécée. L'image de la femme léguée à l'Occident est essentiellement un produit masculin. Strictement confinées au domaine de la reproduction de l'espèce, les Grecs idéalisèrent celles qu'ils ne considéraient pas exclusivement vouées à celle-ci : elles devinrent autant d'allégories sous forme de déesses, de nymphes et d'ondines. Ces représentations sont spécialisées dans une fonction sociale. La sévère et impérieuse Athéna est toujours représentée avec les deux robes superposées de la femme grecque ; Aphrodite, représentée comme une jeune femme et souvent avec son fils Éros, est « surprise » nue au sortir du bain ; Démeter, Artémis apparaissent nues, mais sans charge érotique. Les femmes humaines sont représentées, dans leur vêtement et attitude ordinaire, à l'âge de leur décès dans la sculpture funéraire, ou dansantes et dénudées dans le culte de Pan.

L'exploration, au XIXe siècle, de l'antiquité grecque sélectionne ces représentations, pour ne conserver que ce qui convient à l'époque. On apprécie alors surtout les nudités qui correspondent à l'idée de l'antique que les sculpteurs modernes ont produite depuis la Renaissance. L'idéalisation de la femme en fait un faire-valoir du héros, figure centrale et acteur principal des récits. Pénélope attend au foyer, et comme la Belle Hélène, prépare le « repos du guerrier ». C'est cependant sous des traits féminins allégoriques des « Victoires », comme celle de Samothrace, qu'ils nous légueront malgré eux l'image d'une féminité forte.

En remontant aux premières représentations de la sexualité occidentale, on trouve un satyre poilu et jubilant, aux pieds de bouc, poursuivant une nymphe gracieuse, tantôt joyeuse tantôt effarouchée ou apeurée, semblant parfois lui indiquer le buisson dans lequel elle va se cacher, exprimant souvent la crainte du viol imminent.

Celte[modifier | modifier le code]

Chez les Celtes, la femme possède un patrimoine dont elle a pu hériter et qu'elle peut léguer. En Irlande, elle semble tenue à des obligations militaires. Outre ces dispositions juridiques, la femme celte peut exercer un métier ainsi que la royauté et posséder des serviteurs. L'exemple le plus célèbre est celui de la reine Medb dans la mythologie, la reine Boadicée comme personnage historique. Elle a aussi accès à certaines fonctions sacerdotales relevant du druidisme, de la divination et de la prophétie, comme les Gallisenae de l'île-de-Sein (voir article Vate). Mais ceci relève davantage du mythe et des légendes que de l'histoire ; on n'en sait pas grand-chose sinon ce qu'il transparaît des témoignages des auteurs latins et l'on ne possède guère de représentations iconographiques d'elles. Mentionnons certaines pièces de monnaies celtes avec une femme, torse nue, sur un cheval[1]. On ne sait pas si ces personnages féminins sont des déesses ou des guerrières.

Romaine[modifier | modifier le code]

À la suite de la Grèce antique, dieux et déesses tutélaires peuplent le panthéon de la Rome Antique. La sexualité est bien assumée par le polythéisme romain. La christianisation va mettre un terme aux licences païennes.

Une certaine perception de la femme restera cependant en Italie, berceau de la pensée occidentale d'aujourd'hui. Jusqu'à la Renaissance, la seule représentation de femme autorisée par le dogme est celle de la Madone, seule rédemption à la faute originelle des filles d'Ève. Vierge à l'enfant qui va donner des dauphins infantiles, recherchant le sein nourricier qu'une image maternelle toute-puissante voudra bien leur donner.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Madone en gloire, par Carlo Dolci (1616-1686).

Dans l'Occident chrétien médiéval, le sens du péché originel et son expiation change la sexualité. Les ecclésiastiques moralisent considérablement les rapports de l'intersubjectivité sexuée en introduisant des thèmes de pureté[2] liée à la virginité et la vénération de la Sainte Vierge, creusant le fossé entre les hommes et les femmes de la société médiévale. L'image de la femme est ramenée à cette icône et à cette croyance fondatrice à laquelle aucune mère ne correspond : ce point de vue a pour effet de rendre responsable du péché originel la moitié de l'humanité. La seule aventure que peut vivre la femme est l'adultère, que la réprobation sociétale remplit de danger.

Articles connexes : Fatima, Mariologie et culte marial.

Renaissance[modifier | modifier le code]

Portrait de Simonetta Vespucci par Sandro Botticelli, Institut Städel (Francfort-sur-le-Main)
Le Printemps de Sandro Botticelli amène un regard nouveau sur l'être féminin
Article connexe : Renaissance.

Le printemps de Botticelli amène un regard nouveau sur la femme. Art profane ou sacré, Vénus ou Vierge Marie, la subtilité artistique nous fait douter. La Vénus de Botticelli apporte à l'Occident un sens nouveau de la beauté, sa naissance accompagne le printemps, archétype d'une belle jeune femme blonde aux cheveux longs, à la peau claire et aux mensurations proportionnées.

Contribuant également à cette fin du monopole de l'image de la femme liée à la religion, se développe la peinture de portraits de dames nobles, présentés dans les cours d'Europe afin de conclure mariages et alliances. Une fois mariée, la Dame est représentée avec un petit chien de compagnie ou une hermine (telle la dame du même nom de Léonard de Vinci), symbole de la fidélité de la dame. Le petit animal endormi symbolise une sexualité apaisée dans le mariage.

XVIIe siècle et XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Au fil du temps, les tableaux représentent moins une idée allégorique et davantage une femme réelle, la personnalité propre du sujet prend de l'essor. Les retours sur la mythologie classique sont néanmoins les passages obligés des artistes faisant leurs humanités. Assez tard, Rubens modifie la perception du corps avec ses trois grâces (1636-1638).

L'art de l'âge industriel (XIXe siècle)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nu (thème artistique).

Le dandysme provoquant représenté dans le tableau d’Édouard Manet Le déjeuner sur l'herbe (achevé en 1863) montre une licence nouvelle des mœurs dans la société bourgeoise « engoncée » du XIXe siècle. Des peintres néoclassiques se joignent alors aux impressionnistes pour explorer les émotions humaines et les traduire sur la toile. La féminité leur permet de trouver ces expressions, elle leur est une source d'inspiration permettant de sortir des clivages traditionnels sur l'image de la femme.

Deux représentations du corps féminin dominent : le portrait où se montre l'expression du visage et la richesse du vêtement, et le nu féminin représentant une figure lisse de jeune femme dans une pose classique.

Le XXe siècle[modifier | modifier le code]

Années 1910[modifier | modifier le code]

Années 1920[modifier | modifier le code]

Une femme occidentale et son vélo en 1929.

Années 1930[modifier | modifier le code]

Années 1940[modifier | modifier le code]

Photographie de l'actrice américaine Linda Darnell en pin-up pour le magazine Yank, hebdomadaire publié par les Forces armées des États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale et destiné aux soldats, marins et aviateurs servant en dehors des États-Unis.
Articles connexes : Pin-up, Seconde Guerre mondiale et Wonder Woman.

Années 1950[modifier | modifier le code]

Article connexe : Playmate.

Années 1960[modifier | modifier le code]

Gebra Kristos Desta, "Hausfrau" (femme au foyer), peinture à l'huile, 1961.

Par son rapport de copinage antiséduction, la garçonne brise les tabous entre les sexes et parle franchement à ses interlocuteurs. Elle préfigure la conquête des cénacles réservés aux hommes, la révolution est proche. Jeanne Moreau dans Jules et Jim sous la caméra de Truffaut fut une Gavroche insaisissable autant que convoitée, qui devint icône.

Années 1990[modifier | modifier le code]

Article connexe : Girl power.

Années 2000[modifier | modifier le code]

Article connexe : Girly.

L'image publicitaire[modifier | modifier le code]

Publicité dans le magazine National Geographic en 1921, utilisant l'image de la femme et son « sex-appeal ».
Publicité pour l'Absinthe Robette (1896), par Henri Privat-Livemont.

Aux États-Unis, le rapport à l'image est brut et direct : une Cindy Crawford distribue de grandes feuilles de papier blanc à un parterre de cadres réunis et gagnés à sa cause. L'image conquérante, au sourire carnassier et aux dents hyper blanches, où la femme triomphe d'un éclat de rire, connaît cependant un désenchantement en Europe.

Divers types féminins adulés des maîtres du marketing et de l'agit-prop : voir l'article publisexisme.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Placard à balais, Paris Roissy aéroport CDG1, 2008.

À travers les médias modernes, l'image de la femme est présente dans les arts, les productions commerciales, la communication, mais elle peut ne pas être conforme à la réalité, notamment avec les films X et aux publicités car elle véhicule un idéal, un fantasme sexuel, un symbole, et toute une multitude d'éléments.[réf. nécessaire]

La frontière entre érotisme et pornographie n'est pas toujours très nette, dépendant de plusieurs interprétations des sens de ces mots (art/commercial ; suggestion/représentation ; émotions/désir). L'image donnée de la femme dans la pornographie la présente comme un objet de désir, sans rendre compte d'une dimension affective.

The Dinner Party est une œuvre artistique réalisée par l'artiste féministe américaine Judy Chicago entre 1974 et 1979. Cette œuvre se présente sous la forme d'une table triangulaire de 39 convives (13 par côté). Chaque convive étant une femme, figure historique ou mythique. Les noms des 999 autres femmes figurent sur le socle de l'œuvre.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Virginie Barré, Sylvie Debras, Natacha Henry et Monique Trancart (préface Benoîte Groult), Dites-le avec des femmes, le sexisme ordinaire dans les médias, CFD/AFJ, 1999.
  • Françoise Collin, Evelyne Pisier et Eleni Varikas (éd.), Les Femmes de Platon à Derrida, anthologie critique, Paris, Dalloz, 2011.
  • Danielle Jonckers, Renée Carré et Marie-Claude Dupré (dir.), Femmes plurielles : représentations des femmes, Maison des sciences de l'homme, 2000.
  • Georges Duby et Michelle Perrot (dir.), Histoire des femmes en Occident, 5 tomes, Paris, Plon, 1990-1992 ; Perrin "tempus", 2002.
  • Brigitte Gresy, L'Image des femmes dans la publicité, La Documentation française, 2001.
  • Jean-Claude Kaufmann, Corps de femmes, regards d'hommes, Pocket, 1998.
  • Philippe Perrot, Le Corps féminin : XVIIIe et XlXe siècles, le travail des apparences, Seuil « Points Histoire », 1991.
  • Bruno Remaury, Le Beau Sexe faible, les images du corps féminin entre cosmétique et santé, Grasset, coll. « Partage du savoir », 2000.
  • Giulia Sissa, L'Âme est un corps de femme, Odile Jacob, 2000.
  • Onze nouvelles études sur l'image de la femme dans la littérature française du dix-septième siècle, éd. Wolfgang Leiner, (Tübingen : G. Narr), Paris, J.-M. Place, coll. Études littéraires françaises, 1984, 144 p.
  • Claudine Cohen, La Femme des origines : images de la femme dans la préhistoire occidentale, Paris, Belin-Herscher, DL 2003, 191 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul-Marie Duval, Monnaies gauloises et mythes celtiques, Paris, Herrmann, 1987.
  2. Uta Ranke-Heinemann, Des ennuques pour le Royaume des Cieux