Ilse Koch

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Ilse Koch
Ilse Koch

Surnom « La chienne de Buchenwald », « La sorcière de Buchenwald »
Naissance
Dresde, Allemagne
Décès (à 60 ans)
Aichach, Allemagne
Allégeance Flag of Germany (1935–1945).svg Troisième Reich
Conflits Seconde Guerre mondiale
Autres fonctions Épouse du premier commandant du camp de concentration nazi de Buchenwald, Karl Koch

Ilse Koch (née Margarete Ilse Köhler le à Dresde et morte le ), surnommée « la chienne de Buchenwald » ou « la sorcière de Buchenwald » (Die Hexe von Buchenwald), fut l'épouse de Karl Koch, le premier commandant du camp de concentration de Buchenwald. Elle fut condamnée à la prison à perpétuité lors du procès de Buchenwald en 1947 par les Américains, et lors du procès d'Augsbourg en 1951 par les Allemands.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issue d'un milieu populaire, son père était chef d'atelier, elle fait une école de commerce et devient secrétaire sténotypiste dans plusieurs sociétés commerciales. Elle adhère au parti nazi en 1932, dont elle devient l'employée[1].

Le 29 mai 1937, elle épouse le colonel SS Karl Otto Koch, qui fait partie des commandants brutaux et efficaces du système concentrationnaire en train de se former. L'été suivant, son mari est nommé commandant du nouveau camp de Buchenwald. Ils auront trois enfants, un garçon Artwin, et deux filles Gisele et Gudrun (décédée peu après sa naissance)[2].

Karl et Ilse font partie d'une nouvelle «aristocratie» allemande. Il adoptent des attitudes, un comportement et des loisirs de la haute société, avec des goûts de luxe, plus un penchant vers la corruption et l'adultère, allant au-delà des « normes » de l'univers concentrationnaire[1].

En camp de concentration[modifier | modifier le code]

À Buchenwald, elle forme avec son mari, un couple redouté, qui loge dans une belle maison, la «villa Koch» à l'intérieur du camp. Leur train de vie est somptueux : repas gastronomiques et soirées arrosées et libertines, Ilse ayant la réputation d'être nymphomane[2].

Karl Koch se livre à un trafic personnel de bijoux et devises, et Ilse Koch à une collection personnelle de préparations anatomiques[3], notamment des abat-jour en peau humaine tatouée[4]. Sous le règne du couple Koch, un beau tatouage valait condamnation à mort pour le tatoué[4]. Elle invitait souvent l'ami du couple, et son amant probable, le médecin Waldemar Hoven, à visiter sa collection « d'estampes humaines »[4].

Elle est connue pour sa cruauté vis-à-vis des prisonniers. Outre sa collection, sa deuxième passion était l'équitation. Quand il fait beau, Ilse Koch chevauche à travers le camp en interdisant aux détenus de la regarder. Les fautifs sont condamnés à la schlague[5] et au cachot. Quand il pleut, elle effectue des tours de manège dans une salle édifiée pour elle[2].

En 1943, lorsque son mari Karl Koch est accusé de détournements de fonds et de meurtres de témoins gênants (dont celui d'un officier SS dont le témoignage aurait pu lui nuire), elle est accusée de complicité devant un tribunal SS. Elle est acquittée, son mari étant condamné à mort et finalement exécuté par les SS le 5 avril 1945.

En prison[modifier | modifier le code]

Après la guerre, Ilse et ses enfants vivent à Ludwigsburg, une banlieue de Stuttgart, où elle est capturée par les alliés. Emprisonnée, elle est jugée par le Tribunal militaire international de Dachau lors du procès de Buchenwald en 1947.

Ilse Koch écoutant la sentence. 14 août 1947.

En dépit du témoignage de plusieurs détenus obligés de fabriquer les objets en peau humaine, le tribunal n'a pu prouver l'implication d'Ilse Koch dans de tels crimes. Elle est condamnée à perpétuité pour sa participation à la maltraitance des prisonniers[2].

En octobre 1947, dans la prison de Landsberg, elle donne naissance à un garçon Uwe, dont le père est probablement un co-détenu[2].

Deux ans plus tard, dans un contexte de guerre froide, les allemands de l'ouest souhaitent contrôler eux-mêmes la question des criminels nazis. Sous l'égide du général Lucius Clay, gouverneur militaire américain, une commission de révision réduit sa peine. Elle sort de prison le 17 octobre 1949, malgré une vive opposition aux États-Unis[2].

Elle est arrêtée immédiatement le même jour par les autorités ouest-allemandes, et déférée devant la Justice de son pays. Au procès d'Augsbourg, qui s'ouvre en novembre 1950, elle est condamnée à la prison à vie en janvier 1951, pour dénonciation et incitation au meurtre sur 135 prisonniers allemands[2].

Elle se suicide par pendaison dans la prison bavaroise pour femmes de Aichach, le .

Un mythe ?[modifier | modifier le code]

L'historien Benoît Cazenave retrace l'histoire d'un « mythe Koch » comme une construction sociale faisant d'Ilse Koch l'incarnation féminine de l'ignominie nazie, de la libération des camps jusqu'aux années 1970. Ce mythe se baserait d'abord sur les articles de presse des reporters accompagnant l'armée américaine, reprenant les rumeurs plus ou moins fondées qui existaient déjà dans ces camps et qui servaient d'avertissement pour les prisonniers entre-eux. C'est ainsi que des survivants d'Auschwitz parleront des agissements d'Ilse Koch dans ce camp où elle n'a jamais mis les pieds.

Son procès américain s'inscrirait dans un processus de démocratisation de l'Allemagne, où 8,5 millions de membres du parti nazi ne peuvent être tous poursuivis. Il faut en amnistier le plus grand nombre et condamner les autres de façon exemplaire : les «loups qui ont conduit les agneaux». Ilse Koch est la seule femme du procès de Dachau. Pour les détenus de Buchenwald, il n'est plus possible d'obtenir justice après la mort de Karl Koch, mais il reste la « femme du boucher », accusée de sadisme et de fétichisme (peaux humaines)[6].

Pour les Allemands, ce procès permet de reconstruire leur société par « distanciation et auto-déculpabilisation »[7], les exactions ayant été commises par des déviants. Lors du procès d'Augsbourg, le mythe Koch se sexualise en « féminisation du mal », l'accent est mis sur la sexualité débridée (nymphomane, violeuse, hystérique, ...), le mal nazi est incarné par une femme rousse en uniforme SS maniant le fouet et circulant à cheval. La presse française en revanche s'intéresse peu au procès en étant plus préoccupée par la guerre de Corée[8].

Benoit Cazenave présente Ilse Koch comme une femme ayant des goûts de luxe et un niveau de vie nettement supérieur à celui des autres femmes d'officiers SS, avec « une vie sexuelle en avance sur son temps », profiteuse opportuniste du système nazi, mais partiellement instigatrice des crimes dont on l'a accusé : si il est avéré qu'elle a provoqué et dénoncé des prisonniers, la thèse des abat-jour produits à sa demande et collectionnés par celle-ci est très vite abandonnée lors des procès. L'abat-jour retrouvé et présenté au début du procès n'était pas en peau humaine et la collection de tatouages avait été constituée à l'initiative d'un médecin, Erich Wagner, pour les besoins de sa thèse liant le « besoin de se faire tatouer » avec « le caractère génétiquement criminel »[9].

Au début du XXIe siècle, malgré une faible notoriété, le cas Ilse Koch est devenu « le baromètre de la violence féminine en uniforme et d'actes de sadisme exceptionnels »[10].

Postérité[modifier | modifier le code]

L'historien Benoît Cazenave retrace l'ensemble des œuvres artistiques s'appuyant sur et contribuant au mythe Ilse Koch :

Sa libération américaine en 1949 suscite une chanson de protestation de Woody Guthrie, célèbre guitariste et chanteur de folk américain[11] : Ilsa Koch[12].

D'anciens prisonniers la mettent en scène dans des romans, comme Jorge Semprun dans Le Grand Voyage (1963).

Ilsa, la louve des SS.

Durant la période 1950-1970, Ilse Koch est dépeinte dans une littérature populaire, vendue en kiosque[13] :

  • 1952, Domenica di Costanza publie le roman pseudo-biographique La Chienne de Buchenwald.
  • 1956, le magazine américain Male publie les aventures de la Bitch of Buchenwald.
  • 1959, le mensuel Battlefield publie un récit sur la chienne de Buchenwald.
  • 1961-1963, les romans Stalag, à pornographie grand public, s'inspirant des récits sur Ilse Koch, connaissent un grand succès en Israël.

Dans les années 1970, elle représente l'érotisme sadique dans plusieurs films de nazisploitation, dont les titres français sont[13] :

À partir des années 1980, apparaissent des études historiques[13] :

  • 1982, Pierre Durand, La Chienne de Buchenwald, éditions Messidor.
  • 1983, Arthur L. Smith, Die Hexe von Buchenwald (la sorcière de Buchenwald), Böhlau Verlag.
  • 1995, Die Kommandeuse, pièce de théatre par Gilla Cremer (de), monologue titré en français Ilse Koch, confrontation avec le profil psychologique fragmenté d'un bourreau.

Dans les années 1990, le cas Ilse Koch est revu par des historiennes féministes qui mettent en avant le rôle du genre dans sa condamnation judiciaire, comme Alexandra Przyrembel (de) ou Claudia Koonz[11].

En musique moderne, elle est source d'inspiration en rock gothique et en dark ambient[11].

Pour les négationnistes, et sur des sites islamistes, antisémites ou néonazis, la « légende Koch » sert « à ouvrir la brèche à la négation de la Shoah »[14].

En 2004, la soldate américaine Lynndie England, pour des sévices contre des prisonniers irakiens, est présentée comme une nouvelle Bitch of Buchenwald[14].

L'exposition itinérante mondiale Body worlds de Gunther von Hagens suscite une controverse, notamment lors de son passage en France en 2008. La mise en scène voyeuriste de cadavres humains en plastination est comparée à la collection d'Ilse Koch[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Benoit Cazenave 2008, p. 25-26.
  2. a b c d e f et g (en) « Ilse Koch | German war criminal », sur Encyclopedia Britannica (consulté le 14 mars 2019)
  3. Les collections de préparations anatomiques, à visée artistique (esthétisme baroque, perfection technique...), étaient très prisées au XVIIIe siècle.Christian Girod, Histoire de l'histologie, Albin Michel / Laffont / Tchou, , p. 301.
    dans Histoire de la Médecine, tome V, J. Poulet et J-C Sournia.
    Loisir de personnes distinguées, la collection se présentait dans un cabinet de curiosités.
  4. a b et c Philippe Aziz, Les médecins de la mort, t. 3 : Des cobayes par millions, Genève, Famot, , partie III, « Buchenwald : « la clinique de luxe » », p. 112-113.
  5. Châtiment corporel en usage dans l'armée allemande et autrichienne. Dans les camps de concentration, la schlague consistait en 25 coups (bâton, cravache, nerf de bœuf...) que le supplicié devait compter lui-même. Yves Ternon et Socrate Helman, Histoire de la médecine SS ou le mythe du racisme biologique, Casterman, , p. 101.
  6. Benoit Cazenave 2008, p. 29-30
  7. Benoit Cazenave 2008, p. 31.
  8. Benoit Cazenave 2008, p. 32-33.
  9. Benoit Cazenave 2008, p. 28-29 et 33.
  10. a et b Benoit Cazenave 2008, p. 38.
  11. a b et c Benoit Cazenave 2008, p. 36.
  12. (en) « Woody Guthrie - Ilsa Koch lyrics », sur lyricstranslate.com (consulté le 14 avril 2019)
  13. a b et c Benoit Cazenave 2008, p. 34-35.
  14. a et b Benoit Cazenave 2008, p. 37.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Benoit Cazenave, « La Mégère de l'Armaggedon - Ilse Koch », Revue pluridisciplinaire de la Fondation Auschwitz, Éditions Kimé, Paris,‎ , p. 25-42 (lire en ligne).
  • Pierre Durand, La chienne de Buchenwald, Temps Actuels, 1985
  • (en) Alexandra Przyrembel, « Transfixed by an Image: Ilse Koch, the ‘Kommandeuse of Buchenwald’ », German History, vol. 19, no 3,‎ , p. 369–399 (ISSN 0266-3554, e-ISSN 1477-089X, DOI 10.1191/026635501680193915).

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