Illuminés de Bavière

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Illuminés de Bavière
Symbole des Illuminés de Bavière, 1776, avec la chouette de Minerve
Symbole des Illuminés de Bavière, 1776, avec la chouette de Minerve

Autres appellations Illuminés de Bavière,
Illuminati de Bavière
Création
Dissolution 1785
Créateur(s) Adam Weishaupt
Personnes-clés Adolph Knigge

Les Illuminés de Bavière (ou parfois Illuminati de Bavière) (en allemand Illuminatenorden) furent une société secrète allemande du XVIIIe siècle qui se réclamait de l'Aufklärung et plus généralement de la philosophie des Lumières.

Fondée le par le philosophe et théologien Adam Weishaupt à Ingolstadt, elle eut à faire face à des dissensions internes avant d'être interdite par un édit du gouvernement bavarois en 1785 et de disparaître peu après.

De nombreux mythes et théories du complot ont prétendu que l'ordre survécut à son interdiction et qu'il serait responsable, entre autres, de la Révolution française, de complots contre l'Église catholique romaine ainsi que de la constitution du nouvel ordre mondial.

Histoire[modifier | modifier le code]

Adam Weishaupt, fondateur des Illuminés de Bavière

Création[modifier | modifier le code]

Cette société, mouvement éphémère de libres penseurs, rationalistes et progressistes, la mouvance la plus radicale du siècle des Lumières[1] a été fondée le 1er mai 1776 par Adam Weishaupt, professeur de droit canonique à l'université d'Ingolstadt, dans le royaume de Bavière, où l’Électeur conservateur Charles Théodore succéda en 1777 au progressiste et éclairé Maximilien III Joseph. Maximilien avait l'idée de créer un Ordre où le savoir serait partagé et où des connaissances ésotériques pourraient être transmises aux membres des grades les plus élevés. Tout d'abord École secrète[2], le groupe fut d'abord baptisé Bund der Perfektibilisten (Cercle des Perfectibilistes) puis Illuminatenorden (Ordre des Illuminés)[3].

Le but était le perfectionnement et progrès de l'humanité dans la liberté, l'égalité et la fraternité[4]. D'après l'historien Stéphane François, Adam Weishaupt avait pour objectif, dans une Allemagne catholique « dominée par l’ordre des Jésuites, très conservateur, qui formaient les futures élites de l’État », de « devancer [les] forces conservatrices en formant une élite progressiste », et en particulier de lutter contre la Rose-Croix d’or d’ancien système, société secrète « paramaçonnique de nature conservatrice »[5].

Organisation[modifier | modifier le code]

Cette organisation pyramidale ne se réclame pas de la franc-maçonnerie, que son fondateur observe avec un certain dédain. Weishaupt y porte le titre de « Général » et est assisté par un « Conseil Suprême » formé de ses premiers compagnons, qu'il appelle « aréopagites »[6]. Seule la direction de l'organisation connaît ses secrets et ses objectifs matérialistes et anticléricaux. Les nouveaux recrutés, les « Novices » doivent observer une période probatoire d'environ deux ans avant d'accéder au grade de « Minerval » après une initiation qui reprend des thèmes et des dénominations de l'antiquité. Le recrutement reste limité à la Bavière et ne dépasse pas quelques dizaines de membres jusqu'en 1780, date à laquelle Weishaupt décide de renforcer son organisation en reprenant certaines formes maçonniques et en infiltrant quelques loges allemandes, notamment la loge « A la Prudence » dans laquelle il entra en février 1777 bien qu'elle défendît des conceptions mystiques très différentes des siennes, et la loge « Théodore au Bon Conseil » de Munich à laquelle s'affilièrent deux autres membres dirigeants de son ordre[6].

Réorganisation : apport de Knigge[modifier | modifier le code]

Alors que le projet n'attire d'abord que « peu de personnes, surtout des proches et d’anciens élèves » d'Adam Weishaupt, le baron Adolf von Knigge, membre des Lumières, rejoint le mouvement en 1780[5]. Franc-maçon depuis 1773, il réorganise l'ordre des illuminaten en trois classes :

  1. Première classe – Pépinière :
    • Cahier préparatoire
    • Noviciat
    • Minerval
    • Illuminé Mineur
  2. Deuxième classe – Franc-maçonnerie :
    • Apprenti
    • Compagnon
    • Maître
    • Illuminé majeur ou Novice écossais
    • Illuminé dirigeant ou Chevalier écossais
  3. Troisième classe – Mystères :
    • Petits Mystères - Prêtre
    • Petits Mystères - Régent ou Prince
    • Grands Mystères - Mage
    • Grands Mystères - Roi

Knigge donne à l'ordre une direction philosophique moins anticléricale et plus rousseauiste, fondée sur un idéal d'ascétisme et de retour de l'homme à l'état de nature[réf. nécessaire].

De plus, « il décide qu’il faut investir les loges maçonniques pour y recruter de nouveaux membres », et « cible non pas de futurs fonctionnaires, mais des personnes qui sont déjà en poste », stratégie qui permet aux Illuminés de passer « de quelques dizaines de membres à plus de 1500 »[5].

Le est constituée une Grande Loge provinciale. La société atteint alors son apogée, se répandant dans les pays rhénans, en Autriche et en Suisse. Cependant, le conflit entre Knigge et Weishaupt s'envenime, et le premier, que le second accuse de « fanatisme religieux » se retire en avril 1784 en publiant un mémoire condamnant les conceptions anticléricales de Weishaupt et de la majorité des dirigeants de l'ordre[6].

Répression[modifier | modifier le code]

Charles Théodore de Bavière, prince-électeur et duc de Bavière. Il approuva l'édit ordonnant la dissolution des Illuminés de Bavière.

À partir de 1782, « certains francs-maçons hostiles aux Illuminés dénoncent leur présence au sein des loges »[5]. Le , l'électeur de Bavière, Charles Théodore, bannit toutes les sociétés secrètes, ce qui inclut les Illuminati et la franc-maçonnerie. En février 1785, Weishaupt est destitué de sa chaire universitaire et banni de Bavière. Il se réfugie alors à Gotha, sous la protection du duc de Saxe[6], l'électeur Frédéric-Auguste III, (que Napoléon fera Frédéric-Auguste Ier, roi de Saxe).

C'est alors le journaliste Johann Bode qui devient de fait le chef de l'Ordre. En 1787, il se rend en France, à Strasbourg, puis à Paris[7], où il rencontre des membres des « Philalèthes ». Selon son « Journal de voyage », certains d'entre eux constitueront alors un noyau secret de « Philadelphes », ressemblant aux Illuminaten allemands[pertinence contestée][8].[réf. insuffisante]

Traqués, assimilés à des criminels, les Illuminés de Bavière disparaissent totalement du Sud de l'Allemagne dès 1786, seuls quelques foyers résistent en Saxe jusqu'en 1789[6].

Membres[modifier | modifier le code]

D’après une liste complète des membres sûrs et supposés de l'ordre des Illuminés de Bavière (ne sont donnés ici que les noms de membres sûrs)[9].

Théories conspirationnistes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Théories du complot Illuminati.

Malgré la faible durée de vie de l’organisation (une décennie)[16], les Illuminati de Bavière ont toujours eu une image ténébreuse dans l’histoire populaire, à cause des écrits de leurs opposants. Les allégations lugubres de théories conspirationnistes qui ont façonné la vision de la franc-maçonnerie ont pratiquement occulté les Illuminati. En 1798, l’abbé Augustin Barruel publia les Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme qui soulignaient la théorie d’une grande conspiration regroupant les Templiers, les Rosicruciens, les Jacobins et les Illuminati. Simultanément et de manière indépendante, un Maçon écossais et professeur d’histoire naturelle, John Robison sortait en 1798 Les preuves d’une conspiration contre l’ensemble des religions et des gouvernements d’Europe. Quand il vit le travail similaire réalisé par Barruel, il ajouta une multitude de notes pour compléter son essai. Robison prétendait montrer la preuve d’une conspiration des Illuminati œuvrant au remplacement de toutes les religions par l’humanisme et de toutes les nations par un gouvernement mondial unique.

Genèse idéologique de la théorie du complot[modifier | modifier le code]

  • Dès 1786, Ernst August von Göchhausen, dans son livre Révélations sur le système politique cosmopolite, dénonça un complot maçonnique sous infiltration des Illuminés de Bavière manipulés par les jésuites et prédit d'« inévitables révolutions mondiales »[17] trois ans avant le déclenchement de la révolution française.
  • En 1789, Jean-Pierre-Louis de Luchet, marquis de La Roche du Maine, dit aussi « le marquis de Luchet », publie son Essai sur la Secte des Illuminés[18] où il dénonce les dirigeants des Illuminés de Bavière comme contrôlant l'espace maçonnique européen en général et français en particulier[19].
  • en 1798, l’abbé Augustin Barruel publia les Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme[20] qui soulignaient la théorie d’une grande conspiration regroupant les templiers, les rosicruciens,les francs-maçons, les jacobins et les illuminati[21]. Barruel attribue la paternité de la société des Illuminati autant à Adam Weishaupt qu'à Emmanuel Swedenborg, mystique suédois ; il affirme qu'elle existe toujours, qu'elle demeure très influente sur la franc-maçonnerie en qu'elle a pour projet la destruction de tout ordre et de toute religion[22]. Jean-Joseph Mounier lui apporte une réponse en 1801 en publiant De l'Influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la Révolution de France ; il se voit accuser par Barruel d'être un agent des Illuminati[22].
  • en 1798, simultanément et de manière indépendante, un Maçon écossais, professeur d’histoire naturelle, John Robison sortait Les Preuves d’une conspiration contre l’ensemble des religions et des gouvernements d’Europe[23]. Quand il vit le travail similaire réalisé par Barruel, il ajouta une multitude de notes pour compléter son essai. Robison prétendait montrer la preuve d’une conspiration des Illuminati œuvrant au remplacement de toutes les religions par l’humanisme et de toutes les nations par un gouvernement mondial unique.
  • Le marquis de Virieu, membre d'une loge maçonnique martiniste de Lyon, s'étant rendu au convent de Wilhelmsbad (1782), dénonça un complot en cours dans un état d'avancement tel que « ni la monarchie ni l'Église ne pourraient en réchapper »[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]


  1. Jacques Mitterrand, article « Franc-maçonnerie », Encyclopédie Universalis, 1992, t. 9, p. 935
  2. Les francs-maçons, une société secrète, Marco Carini. Parragon Books Ltd, Queen Street House. 4 Queen Street. Bath BH1 1 HE, Royaume-Uni. (ISBN 978-1-4054-9748-0), page 77.
  3. (de) Franz Xaver von Zwack, « Beurkundete Geschichte des Illuminaten-Ordens », Wikisource
  4. Cf. A. Weishaupt, Rede an die neu aufzunehmenden Illuminatos dirigentes (1782) : « Wer also allgemeine Freiheit einführen will, der verbreite allgemeine Aufklärung : aber Aufklärung heißt nicht Wort- sondern Sachkenntniß, ist nicht Kenntniß von abstracten, speculativen, theoretischen Kenntnissen, die den Geist aufblasen, aber das Herz um nichts bessern. » (« Que celui qui veut instaurer la liberté universelle diffuse les Lumières universelles. Or les Lumières ne désignent pas un savoir conceptuel, mais un savoir pratique, ce n'est pas un savoir fait de connaissances abstraites, spéculatives ou théoriques qui gonflent l'esprit d'orgueil, sans améliorer le cœur. »)
  5. a, b, c et d Stéphane François, « Un mythe contemporain : les Illuminati », dans Jean-Loïc Le Quellec & Catherine Robert, L’Anthropologie pour tous. Actes du colloque du 6 juin 2015, Saint-Benoist-sur-Mer, (lire en ligne), pp. 86-93
  6. a, b, c, d et e (Iafelice 2008, p. 417-419)
  7. "Arrivé le 24 juin 1787 à Paris, soit un mois après la clôture du Convent des Philalèthes", Les Illuminati : La réalité derrière le mythe, Bruxelles, , p. 84
  8. (Beaurepaire 2008, p. 89)
  9. (de) Franz Xaver von Zwack, Geschichte des Illuminaten-Ordens : Richard van Dülmen, Der Geheimbund der Illuminaten. Darstellung, Analyse, Dokumentation, Stuttgart : Bad Cannstatt, (lire en ligne), p. 329-341.
  10. (it) Massimo Lardi, Il barone de Bassus, L'ora d'oro, Poschiavo 2009, (ISBN 978-88-904405-1-9).
  11. Einige Originalschrifte des Illuminaten Ordens..., München, 1787
  12. Alain Marchiset et Pierre Mollier, "Martinès dans la quête maçonnique du XVIIIe siècle : le cas des Philalèthes", Renaissance traditionnelle, 2012, n. 165-166 janvier-avril, p. 16, n. 24.
  13. Massimo Lardi, Il barone de Bassus, L'ora d'oro, Poschiavo 2009, p. 285-293.
  14. (it) Furio Bacchini, La vita rocambolesca del conte Alessandro Savioli Corbelli (1742-1811), Pendragon éd., Bologne, 2011.
  15. "Sonnenfels est devenu un traître de l'Ordre", Lettre de Ignaz von Born à Friedrich Münter datée du 2 juillet 1786, citée par Jan Assmann, Religio duplex. Comment les Lumières ont réinventé la religion des Égyptiens, Paris, Aubier 2013, p. 297.
  16. Pierre-André Taguieff, La foire aux Illuminés : Ésotérisme, théorie du complot, extrémisme, Éditions Mille et une Nuits, 2005. ISBN 2-84205-925-5, p. 14
  17. Ernst August von Göchhausen, Enthüllungen des Systems der Weltbürger-Politik, Rom, 1786.
  18. Jean-Pierre Luchet, Marquis de la Roche du Maine, Essai sur la Secte des Illuminés, Paris, 1789, consultable sur google books
  19. Michel-André Iafelice, Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Le Livre de Poche,
    article « Illuminaten »
  20. consulter l'ouvrage sur le site de la BNF.
  21. Charles Porset, Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Le livre de poche, 2008, article "Barruel", p.66.
  22. a et b Philippe Huneman, « Illuminati, un complot mondial à l'état pur », Philosophie Magazine, no 96,‎ , p. 28-37
  23. En livre numérique gratuit (fr) : "Preuves de conspirations contre toutes les religions et… ", traduit de l'anglais d'après la troisième édition, 1798. Sur google.fr/books.
  24. Charles-Albert Costa de Beauregard, Le Roman d'un royaliste sous la Révolution. Souvenirs du Comte de Virieu (1892)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Les écrits originaux des Illuminés de Bavière ont été republiés en deux volumes:

ainsi que la correspondance:

  • (de) Die Korrespondenz des Illuminatenordens vol. 1, 1776-81, Édité par Reinhard Markner, Monika Neugebauer-Wölk et Hermann Schüttler, Tübingen, Max Niemeyer, 2005.

Un écrit de Weishaupt a été traduit en français:

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Labbé , Correspondances maçonniques 1777-1783. Franc-maçonnerie, Illuminisme, Rose-Croix d’Or, Stricte Observance, Paris, Honoré Champion, 2016.
  • Arnaud de la Croix, Les Illuminati. La réalité derrière le mythe, Editions Racine, 2014
  • Geneviève Béduneau, Arnaud de L'Estoile, Bernard Fontaine, Richard D. Nolane, Les Illuminati - Essai (broché). Paru en 03/2013.
  • Michel-André Iafelice, Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Le Livre de Poche, (ISBN 978-2-253-13032-1)
    article « Illuminaten »
  • Pierre-Yves Beaurepaire, Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Le Livre de Poche, (ISBN 978-2-253-13032-1)
    article « Bode »
  • René Le Forestier, Les Illuminés de Bavière et la Franc-maçonnerie allemande, Paris, Archè, Milan (réimpr. 2001) (1re éd. 1915) (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Illuminés de Bavière.

Liens externes[modifier | modifier le code]