Ilia Répine

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Ilia Répine
Ilya Efimovich Repin in the Photographers studio Rentz and Schrader.jpg
Naissance

Tchougouïev
Décès
Nom dans la langue maternelle
Илья́ Ефи́мович Ре́пинVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Илья́ Ефи́мович Ре́пин
Nationalité
russe
Activité
Formation
Domiciles
Tchouhouïv (à partir de ), Repino (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mouvement
Enfant
Juri Repin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
Legion Honneur Chevalier ribbon.svg
Œuvres réputées
signature d'Ilia Répine

signature

Ilia Iefimovitch Répine (en russe : Илья́ Ефи́мович Ре́пин, en ukrainien : Ілля Юхимович Рєпін, Illia Ioukhymovytch Riepine), né à Tchougouïv, près de Kharkiv, à l'époque dans l'Empire russe, aujourd'hui en Ukraine, le et mort le à Kuokkala (Finlande), est un peintre russe[1],[2]. Fils de soldat cosaque, il travaille dans sa jeunesse comme peintre d'icônes, étudie le dessin avec Ivan Kramskoï, et poursuit sa formation à l'Académie impériale des beaux-arts.

Il est membre, à partir de 1878, des ambulants (la camaraderie des expositions artistiques itinérantes), et est ensuite nommé académicien de l'Académie impériale des beaux-arts. Professeur - maître d'atelier (1894—1907) puis recteur (1898—1899) de l'académie, enseignant à l'école d'art et d'artisanat de Maria Tenicheva, il a parmi ses élèves Boris Koustodiev, Igor Grabar, Ivan Koulikov, Philippe Malsaine, Anna Ostroumova-Lebedeva et Nikolaï Fechine. Il est le maitre d'étude de Valentin Serov.

Dès le début de son activité créatrice, dans les années 1870, Répine devient une des figures clés du réalisme russe. Il réussit à refléter dans sa production picturale la diversité de la vie qui l'entoure, à embrasser dans son œuvre tous les dimensions de la contemporanéité, à aborder les thèmes qui traversent la société et à réagir vivement à l'actualité. Son langage pictural a une plasticité qui lui est personnelle, et il s'approprie différents styles, depuis celui des peintres espagnols et hollandais du XVIIe siècle jusqu'à ceux d'Alexandre Ivanov et des impressionnistes français qui lui étaient contemporains.

L'oeuvre de Répine s'épanouit dans les années 1880. Il compose une galerie de portraits de ses contemporains, travaille comme peintre d'histoire et de scènes de genre. Dans la peinture historique, il a l'habitude de révéler et d'exprimer émotionnellement la scène représentée. Le présent fournit ses éléments au peintre, et même quand il dépeint un passé légendaire, il reste le maître de la représentation de l'immédiat, en abolissant toute distance entre le spectateur et les héros de son oeuvre. Selon Vladimir Stassov, l'œuvre de Répine est ainsi une « encyclopédie de la Russie d'après l'abolition du servage ». Il passe les 30 dernières années de sa vie en Finlande, dans sa propriété des Pénates (ru), à Kuokkala. Il continue à travail, bien que moins intensément qu'avant. Dans ses dernières années, il se tourne vers des sujets bibliques. Il écrit des mémoires, dont une partie est publiée dans le livre de souvenir (ru) Далёкое близкое (Loin et proche).

Origines. Enfance, adolescence, jeunesse[modifier | modifier le code]

Portait de Iefim Vassilievitch, père de Répine (1879).
Portrait de Tatania Stepanovna, mère de Répine (1867).

Ilia Répine nait à Tchougouïv, dans le gouvernement de Kharkov. Son grand-père paternel, le cosaque hors-cadre Vassili Iefimovitch Repine, fait du commerce et tient une auberge. D'après les registres d'état-civil, il meurt dans les années 1830, et c'est alors à sa femme, Natalia Titovna Repine, qu'échoit la responsabilité de la propriété. Le père du peintre, Iefim Vassilevitch (1804—1894) est l'ainé des enfants[3]. Dans les esquisses de mémoires consacrées à son enfance, Ilia Iefimovitch indique que son père était un « soldat à billet », qui allait avec son frère chaque année au « service »[4], et, parcourant une distance de trois cent verstes, y amenait un taboun de chevaux pour les vendre[5]. Pendant son temps de service au 11e régiment de ulans de Tvchougouevsk, Iefim Vassilevitch participe à trois campagnes en temps de guerre et est décoré[3]. Ilia Répine s'efforcera de conserver jusqu'à la fin de sa vie un lien avec sa ville natale, avec la Slobojanchtchina et avec l'Ukraine, et les motifs ukrainiens prennent une place importante dans son œuvre[6].

Son grand-père maternel, Stepan Vassilievitch Botcharov, a également consacré beaucoup d'années au service de l'armée. Le nom de famille de sa femme, Pelageïa Minaïevna, ne nous est pas parvenu[3]. Leur fille Tatania Stepanova (1811—1880) se marie au début des années 1830 avec Iefima Vassilevitch. Ils vivent d'abord chez les parents de l'époux[3] ; ensuite, après avoir gagné de l'argent dans le commerce des chevaux, la famille s'installe dans une maison spacieuse sur les berges du Donets. Tatania Stepanovna, femme active, sait lire et écrire, et éduque ses enfants en leur lisant à haute voix des œuvres de Pouchkine, Lermontov et Joukovski. Elle crée aussi une petite école pour les paysans des environs, enfants et adultes. Elle dispose de peu pour enseigner : un manuel de calligraphie, une arithmétique et le (ru) Закон Божий (la loi de Dieu), l'équivalent d'un catéchisme. La famille est régulièrement confrontée à des difficultés financières, et Tatania coud pour les cendres des fourrures de lièvre[3].

Le premier à apporter dans la maison des Repine des couleurs d'aquarelle est le cousin d'Ilia Iefimovitch, Trofim Tchaplyguine. Le peintre écrira par la suite que sa vie change à ce moment même, quant il voit le « retour à la vie » d'une pastèque : le dessin en noir et blanc de l'abécédaire de l'enfant trouve subitement dans la couleur éclat et consistance. L'idée de transfigurer le monde par la couleur ne quittera plus l'enfant.

« Pour me consoler, Trofim me laissa son aquarelle, et depuis cette époque je m'agrippe à mes couleurs, collé à ma table, si bien qu'on doit m'appeller pour le diner et que l'on se moque de moi, quand j'arrive ému aux larmes ou excité comme une puce d'une journée assidue et hébétante passée avec elles[7]. »

En 1855, à 11 ans, Ilia est envoyé par ses parents dans une école de topographie — ce métier, prestigieux pour Tchougouïv, comporte des travaux de relevé et de dessin[8]. Mais au bout de deux ans l'établissement est fermé, et l'enfant entre dans l'atelier de peinture d'icônes d'I. M. Bounakov. La nouvelle du talent de ce nouvel élève circule vite dans les environs, et au delà, et le jeune maître est invité à se rendre en ville par les entrepreneurs du bâtiment, qui ont besoin de peintres et de doreurs[9]. A seize ans Ilia quitte et l'atelier, et la maison familiale : on lui propose 25 roubles par mois pour travailler dans un artel d'icônes itinérant, qui se déplace de ville en ville en fonction des commandes[10].

A l'été 1863, les compagnons de l'artel travaillent dans le gouvernement de Voronej, non loin d'Ostrogojsk, ville de natale d'Ivan Kramskoï. Ilia Répine apprend de compagnons locaux, que leur compatriote, qui a déjà reçu à cette époque une médaille d'or pour son tableau (ru) Моисей источает воду из скалы (Moïse fait jaillir l'eau du rocher) est parti il y a sept ans pour enseigner à l'Académie impériale des beaux-arts. Le récit des habitants d'Ostrogojsk décide Ilia Iefimovitch à changer de nouveau de vie : à l'automne, avec tout ce qu'il a gagné pendant les mois d'été, il se rend à Petersbourg[11].

Première période péterbourgeoise (1863—1871)[modifier | modifier le code]

L'Académie des beaux-arts[modifier | modifier le code]

Sa première visite à l'académie des beaux-arts est décevante pour Répine : le secrétaire des conférences, F. Lvov, feuilletant les dessins du jeune homme dans sa 19e année, trouve qu'il ne maîtrise pas l'estompage, et qu'il ne sait pas faire les traits et les ombres[12]. Cette déconvenue rend amer Ilia Iefimovitch, mais ne lui ôte pas le désir d'apprendre. Il prend pour 5 roubles et demi une chambre mansardée, s'impose un régime de sévères économies, et rentre dans une école de cours du soir de dessin, dont il devient vite le meilleur élève. Il passe à nouveau l'examen d'entrée à l'académie et le réussit. Après l'admission de nouvelles difficultés l'attendent ; il doit payer 25 roubles pour pouvoir suivre les cours en auditeur libre. Cette somme est apportée par un protecteur, Fiodor Prianichnikov (ru), directeur de la poste impériale, auquel il a demandé de l'aide[13].

Durant les huit années passés entre les murs de l'académie, Répine n'a que peu d'amis. Il y a néanmoins parmi eux Vassili Polenov, chez lequel le peintre débutant est toujours reçu avec chaleur[14], et Mark Antokolski, venu dans la capitale de Vilnius apprendre la sculpture, et qui écrira par la suite « qu'ils se sont vite rapprochés l'un de l'autre, comme seulement le peuvent des gens seuls dans un pays étranger »[15]. En 1869, Répine fait connaissance du critique d'art Vladimir Stassov, qui fera pour longtemps partie du « cercle des plus proches » du peintre[16]. Il considère Ivan Kramskoï comme son maître direct : Répine est à ses côtés lorsque qu'il crée l'Artel des artistes, et lui montre ses esquisses de débutant, attentif à ses conseils[17]. Après la mort de Kramskoï, Répine écrit qu'il était celui qui lui avait enseigné la peinture[18].

Ses années d'études valent à Répine, quelques prix, dont une médaille d'argent pour l'esquisse (ru) Ангел смерти избивает всех перворожденных египтян (L'ange de la mort frappe tous les premiers nés égyptiens - 1865), une petite médaille d'or pour (ru) Иов и его братья (Job et ses frères - 1869) et une grande médaille d'or pour le tableau (ru)Воскрешение дочери Иаира (La résurrection de la fille de Jaïre - 1871)[19].

La résurrection de la fille de Jaïre (1871)

Des années après, Répine racontera qu'il manquait d'argent lors qu'il s'était mis à la préparation de cette toile. Perdant espoir, il avait finalement composé une scène de genre à partir de ce qu'il voyait de sa fenêtre d'étudiant, quand il observait une jeune fille d'un appartement voisin. Il apporta ensuite cette œuvre à la galerie Trenti ((ru) Тренти), pour une vente en dépôt, et fût étonné de recevoir une somme non négligeable en avance « Je n'avais jamais éprouvé un tel bonheur, me semble-t-il, de toute ma vie »[20]. L'argent ainsi obtenu suffisait pour les couleurs et la toile, mais leur acquisition ne le délivrait pas des tourments de la création : le sujet de la fille de Jaïre n'était pas encore formé.

Un soir, revenant de chez Kramskoï, Répine s'efforce d'imaginer, comment réagiraient ses proches, si une personne « investie du pouvoir de guérir » faisait revenir à la vie Ousta, sa sœur récemment morte[21],[22]. Il décide alors d'incarner dans le sujet du programme évangélique de l'académie dans une « vivante peinture de la vie » décrite ainsi par Alekseï Fiodorov-Davydov[23] :

« L'ombrage de l'intérieur, au fond et vers la droite, compose une atmosphère de recueillement et de chagrin, et inspire un sentiment d'attente.... Là, devant nous, c'est le thème lyrique du sommeil et de l'éveil originels, que Répine fait surgir sur son chemin de création. »

Les Bateliers de la Volga[modifier | modifier le code]

Le premier tableau célèbre de Répine avait aussi pour projet de montrer la vie. En 1868, travaillant à des études, il voit des haleurs sur la Neva. Le contraste entre les passants désœuvrés et tranquilles, se promenant sur les berges, et ces hommes dont le corps est strié par les sangles, marque tant l'élève de l'académie, qu'il commence, dès son retour dans sa chambre, à composer des esquisses représentant « cette force vivante du trait »[24]. Le concours pour la petite médaille d'or de l'académie, qu'il est en train de préparer, ne lui donne pas la possibilité de se consacrer pleinement à ce nouveau projet, mais, de l'aveu du peintre, jamais alors, ni dans les sorties en ville avec ses camarades, ni dans les conversations avec les jeunes filles de sa connaissance, il ne peut libérer sa pensée de ce projet en train de mûrir[25].

A l'été 1870, il se rend sur la Volga, avec son frère et deux amis peintres, Fiodor Vassiliev et Ievgueni Makarov (ru). Ce sont de riches protecteurs de Vassiliev qui ont donné les 200 roubles nécessaires pour les frais[26]. Répine écrira ensuite que le voyage ne s'était pas limité à la contemplation des paysages, le carnet de croquis à la main[27] : les jeunes gens font la connaissance des habitants, passent quelquefois la nuit dans des isbas inconnues, ou leur soirée auprès d'un feu de camp[28]. Les immensités de la Volga enflamment les jeunes peintres par leur envergure épique ; la Kamarinskaïa de Mikhaïl Glinka[29] et le petit volume de l'Iliade d'Homère qu'il a pris avec lui[30] contribuent à l'atmosphère de la future toile. Un jour, le peintre aperçoit « le modèle le plus achevé du haleur » qu'il recherchait, un homme du nom de Kanine. Il figurera sur la toile dans la troïka de tête, « un trapèze de tissu sale noué autour de la tête »[31].

« Quel bonheur, que Kanine n'ait pas pensé à se baigner ou se couper les cheveux, comme cela était arrivé avec d'autres modèles, venus coiffés et rasés jusqu'à en être méconnaissables. Il se présenta en avance, et, comme tous les gens sérieux, il posa sérieusement : il savait prendre une position inhabituelle, et s'y adaptait facilement, sans me faire de problème. »

Selon l'historien de l'art allemand Norbert Wolf (de) la toile Les Bateliers de la Volga ((ru) Бурлаки на Волге) fit sensation dans la société internationale de l'art, parce que son auteur avait « monumentalisé la scène de genre », « inférieure » dans la hiérarchie académique. Chacun de ses héros portait complétement en lui son individualité ; et en même temps tout le groupe, placé dans un paysage « existentialiste et primordial », rappelait la procession des damnés de la Divine Comédie de Dante[32].

La commande du Bazar slave[modifier | modifier le code]

En 1871 Répine a déjà acquis une certaine célébrité dans la capitale. Il obtient aux examens de l'académie une première médaille d'or pour son tableau La résurrection de la fille de Jaïre, le titre de peintre de première classe et le droit à un voyage de 6 ans à l'étranger[33]. L'écho du talent de ce lauréat de l'académie arrive jusqu'à Moscou : le propriétaire du restaurant Le Bazar slave (ru), Alexandre Porokhovchtchikov (ru) propose à Ilia Iefimovitch de peindre une « réunion de compositeurs russes, polonais et tchèques », promettant 1500 roubles pour ce travail. Il y a déjà à cette époque dans la salle du restaurant de nombreux portraits de personnalités de l'art et de la culture, qui laissent à peine « une grande tache de vide à décorer »[34]. Le peintre Constantin Makovski, auquel s'était d'abord adressé Porokhovchtchikov, a estimé que cette somme ne suffisait à couvrir les frais, et a demandé 25 000 roubles[35]. Mais la commande de l'entrepreneur moscovite offre à Répine une chance de sortir enfin de longues années de privations[36] ; dans ses mémoires, il reconnaîtra que « la somme indiquée lui avait semblé énorme »[37].

Vladimir Stassov lui-même, grand amateur de musique, prend part avec Répine à ce travail, en rassemblant des éléments à la Bibliothèque publique impériale et en donnant des conseils professionnels. Nikolaï Rubinstein, Eduard Nápravník, Mili Balakirev et Nikolaï Rimski-Korsakov posent pour le tableau ; Répine peint les autres compositeurs, dont certains étaient déjà morts, à partir des gravures et des photographies trouvées par Stassov[38].

L'ouverture du Bazar slave a lieu en juin 1872. La présentation au public de la toile, Les compositeurs slaves (ru) (Славянские композиторы) est un succès, et son auteur est comblé de louanges et de félicitations. Parmi ceux qui restent insatisfaits figure Ivan Tourgueniev. Il dit à Répine qu'« il ne peut s'accommoder de l'idée de cette peinture »[39] ; l'écrivain qualifiera ensuite dans une lettre à Stassov la toile de Répine de « salade composée, froide, de vivants et de morts  — un galimatias guindé, qui n'a pu naître que dans l'esprit d'une sorte d'Ivan Khlestakov (ru)— un Porokhovchtchikov »[40],[41].

Première famille[modifier | modifier le code]

Vera Alexeïevna[modifier | modifier le code]

Korneï Tchoukovski, devenu ami de Répine, indiquera que la première femme du peintre « peu cultivée, n'avait que peu d'intérêt pour son oeuvre »[42]. Ilia Iefimovitch connait depuis leur enfance Vera Chevtsova, soeur d'un camarade de l'école de dessin, Aleksandr : jeunes, ils se retrouvaient souvent chez leur père, l'académicien et architecte Alekseï Chevtsov. Avec le temps ils commencent à se voir plus souvent. La critique d'art Aleksandra Pistounova (ru), commentant le portrait de la jeune fiancée de Répine, peint en 1869, dit d'elle qu'elle regarde vers le peintre comme si elle attendait d'être invitée à danser, mais aussi  :

« qu'elle était belle dans sa seizième année : une natte de jais, lourde et noire jusque sous de la taille, une frange d'enfant sur un front rond et un nez droit, l'arc des lèvres relevé en une fine gouttière, perchant ou tordant confortablement sa fine silhouette au fond d'un fauteuil jaune et douillet[43]. »

1882

Ilia Iefimovitch et Vera Alekseïevna se marient en 1872. Répine, plutôt qu'un voyage de noce, propose à sa jeune femme de l'accompagner dans son travail, d'abord à Moscou, pour le vernissage du Bazar slave, et ensuite pour des études à Nijni-Novgorod, où le peintre continue de chercher des modèles pour Les Bateliers de la Volga. Ils ont une fille à la fin de l'automne, qu'ils appellent aussi Vera. Vladimir Stassov et Modeste Moussorgski, « qui improvise, chante et joue beaucoup », sont à son baptème[44].

Le premier mariage de Répine dure quinze ans. Vera Alexeïevna donne naissance à quatre enfants : Véra, l'ainée, Nadejda, Iouri (ru) et Tatiana. Le couple, selon les historiens, n'est pas heureux : Ilia Iefimovitch aimerait vivre à maison ouverte, prêt à recevoir ses invités à tout moment, entouré de femmes qui souhaitent poser pour de nouveaux tableaux ; Vera Alexeïevna, pensant surtout à l'éducation des enfants, et n'est pas attirée par une vie de salon. Ils se séparent en 1887, et se partagent les enfants : les aînés restent avec leur père, les puinés partent avec leur mère. Cette rupture marque si sérieusement le peintre, que Stassov fait part à Mark Antokolski de son inquiétude sur l'état moral de son ami :

« Répine ne dit rien de l'exposition, cet été et cet automne il n'a fait que parler d'elle... Où sont le calme, la joie, le goût de peindre ses toiles ? Comment préparer une exposition, quand... tous ces désagréments, ces histoires, c'est un vrai malheur[45]. »

Suite de l'article (traduction en cours)[modifier | modifier le code]

Ilia Répine séjourne ensuite en Italie et à Paris, grâce à une bourse attribuée par l'Académie, de 1873 à 1876. Au contact des Impressionnistes français qui le marquent durablement dans son usage des lumières et couleurs, il peint des paysans, des poissonnières et des scènes de la vie marchande.

Il rejoint l'association des peintres ambulants (Société des Expositions artistiques Ambulantes) en 1878. À partir de 1882 il vit à Saint-Pétersbourg mais fait de nombreux voyages à l'étranger. Inspiré par les portraits de Rembrandt représentant des vieillards, il immortalise nombre de ses compatriotes les plus célèbres, tels que Léon Tolstoï, Mendeleïev, Pobedonostsev, et Moussorgski. En 1903, il est chargé par le gouvernement russe de réaliser son œuvre la plus grandiose, une toile de 400 × 877 cm représentant la Session protocolaire du Conseil d'État pour marquer son centenaire le 7 mai 1901.

Après la Révolution de 1917, son lieu de résidence, les Pénates, à Kuokkala, situé au nord de Saint-Pétersbourg, est incorporé à la Finlande. Il est invité par Lénine à revenir en Russie, mais il est trop vieux pour entreprendre le voyage. Il ne revient en Russie que sur les supplications du ministre de l'éducation de l'Union soviétique en 1926. Il meurt à Kuokkala, en Finlande (aujourd'hui russe : Repino, oblast de Léningrad) en 1930.

Les peintures les plus célèbres d'Ilia Répine sont Visiteur inattendu (1884-1888) Ivan le Terrible tue son fils (1885), Les Bateliers de la Volga (1870-73), et Les Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie (1880-91). Pour des générations d'écoliers, Les Bateliers de la Volga a longtemps représenté le symbole de l'oppression tsariste.

Ilia Répine a eu entre autres pour élèves Isaak Brodsky, Nikolaï Fechine, Elena Luksch-Makowsky, Valentin Serov, Konstantin Somov, Vassili Porfirevitch Timorev, Marianne von Werefkin, Alexei von Jawlensky.

Une part importante de sa création est consacrée à son Ukraine natale. Ses œuvres réalistes expriment souvent une critique cinglante de l'ordre social. Vers la fin des années 1920 furent publiés en Union soviétique des travaux détaillés sur l'artiste à tel point que se développa dans la décennie suivante un véritable culte pour lui. De ce fait, Répine fut retenu comme référence en termes de réalisme pour les artistes du courant réaliste socialiste soviétique en URSS.

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Репин // Краткая литературная энциклопедия. Т. 9. — 1978 (текст) », sur feb-web.ru (consulté le 17 mai 2017)
  2. (en) « Ilya Yefimovich Repin | Russian painter », Encyclopedia Britannica,‎ 20 juillet 1998, révisé le 14 juin 2002 (lire en ligne)
  3. a, b, c, d et e (ru) Светлана Бучастая, Елена Сабодаш, Ольга Шевченко (Svetlana Boutchastaïa, Elena Sabodach, Olga Chevtchenko), « Новые данные по генеалогии рода И. Е. Репина и новый взгляд на происхождение художника » [« Nouvelles données sur la généalogie d'I. E. Répine et l'origine du peintre »], Актуальні проблеми вітчизняної та всесвітньої історії: збірник наукових праць / Université nationale de Kharkiv, Kharkov,‎ , p. 182 - 185
  4. Les cosaques se distinguaient dans l'empire russe par un système particulier d'obligations militaires (ils étaient en retour exempts de la conscription), d'imposition et de taxation ainsi que d'utilisation des terres appartenant à l'état.
  5. Илья Репин (Ilia Répine) 1958, p. 8.
  6. Thomas M. Prymak. A Painter from Ukraine: Ilya Repin // Canadian Slavonic Papers. — Vol. 55 (2013). — Nos. 1-2. — PP. 19-43.
  7. Илья Репин (Ilia Répine) 1958, p. 48.
  8. Илья Репин (Ilia Répine) 1958, p. 64.
  9. Илья Репин (Ilia Répine) 1958, p. 67.
  10. Илья Репин (Ilia Répine) 1958, p. 68.
  11. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 53—54.
  12. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 17.
  13. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 21—23.
  14. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 29.
  15. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 30—32.
  16. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 51.
  17. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 58—59.
  18. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 53.
  19. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 409.
  20. Минченков Я. Д. (I. D. Mintchenkov) 1980, p. 255—256.
  21. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 74.
  22. Фёдоров-Давыдов А. А. (A. Fiodorov-Davydov) 1989, p. 8.
  23. Фёдоров-Давыдов А. А. (A. A. Fiodorov-Davydov 1989, p. 8—9.
  24. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 65—66.
  25. Илья Репин (Ilia Répine) 1958, p. 96.
  26. Илья Репин (Ilia Répine) 1958, p. 101.
  27. Илья Репин (Ilia Répine) 1958, p. 112.
  28. Илья Репин (Ilia Répine) 1958, p. 130.
  29. Фёдоров-Давыдов А. А. (A. A. Fiodorov-Davydov) 1989, p. 16.
  30. Татьяна Юденкова (Tatiana Ioudenkova) 2010.
  31. Пикулев И. И. (I. I. Pikoulev) 1977, p. 120.
  32. Norbert Wolf 2012, p. 188.
  33. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 78.
  34. Москвинов В. Н. (V. N. Moskvinov) 1955, p. 12.
  35. Москвинов В. Н. (V. N. Moskvinov) 1955, p. 1'.
  36. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 79.
  37. Репин И. Е. (I. I. Répine) 1953, p. 211.
  38. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 79—80.
  39. Репин И. Е. (I. I. Répine) 1953, p. 215.
  40. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 82.
  41. (ru) И. С. Зильберштейн (I.S. Zilberstein), Репин и Тургенев [« Répine et Tourgueniev »], Moscou - Leningrad, Издательство АН СССР,‎ , 16 p.
  42. Чуковский К. И. (K. I. Tchoukovski) 1969, p. 82.
  43. (ru) Александра Пистунова (Aleksandra Pistounova), Богатырь русского искусства, Moscou, Детская литература,‎ , 175 p., p. 46
  44. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 85—86.
  45. Пророкова С. А. (A. S. Prorokova) 1960, p. 253—254.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (ru) Репин И. Е. (I. I. Répine), Из воспоминаний [« Tirés des souvenirs »], Moscou, Советская Россия,‎ 1958, 174 p. 
  • (ru) Пророкова С. А. (A. S. Prorokova), Репин [« Répine »], Moscou, Молодая гвардия, coll. « Жизнь замечательных людей »,‎ 1960, 416 p. 
  • (ru) Минченков Я. Д. I. D. Mintchekov (ru), Воспоминания о передвижниках [« Souvenirs des ambulants »], Leningrad, Художник РСФСР,‎ 1980, 475 p., p. 239—269. 
  • (ru) Фёдоров-Давыдов А. А. (A. A. Fiodorov-Davydov), Илья Ефимович Репин [« Ilia Iefimovitch Répine »], Moscou, Искусство,‎ 1989 (ISBN 5-210-00014-1). 
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