Ida Ougnidif

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Ida Ougnidif, ou Idagnidif (en tifinagh : ⵉⴷⴰⵡ ⴳⴳⵯⵏⵉⴹⵉⴼ , en : arabe: إداوكنظيـف) est une tribu berbère millennaire du Souss (ســوس الأقصــى) au sud du Maroc. Elle constitue aujourd'hui dans le cadre du découpage administratif du territoire marocain l'une des 20 communes rurales relevant de la province de Chtouka-Aït Baha, wilaya d'Agadir, dans la région de Souss-Massa.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme « Ida Ougnidif » est un terme composé de trois mots au moins. « Ida » est l'équivalent de « Ait » qui signifie littéralement « ceux de » ou « les gens de » et renvoie aux origines, aux sources.[Informations douteuses] [?] Quant à « Ougnidif ", l'explication la plus usitée dans la région est celle un brin péjorative qui y voit la conjonction amphibologique des mots « Iguen » (dormir) et « Idouf » (surveiller) ; autrement dit « Ida Ougnidif » signifierait « ceux qui surveillent en dormant », ce qui est contradictoire en soi et relève plus de l'anecdotique que de l'historique.

Une explication plus pertinente serait liée à l'idée de surveillance et de veille qui ressort clairement de la composition du nom et qui constitue d'ailleurs une vocation reconnue à la tribu de longue date, en raison notamment de sa position géographique idéale en haute montagne. En effet, il suffit de voir dans le mot composé « Ougnidif » non pas le dérivé « Iguen » mais plutôt le mot « Agwni » qui signifie en Amazigh « le site » pour lever ainsi toute ambiguïté, le sens d'« Idaougnidif » devenant dès lors « les gens du site de veille ou de surveillance ».

Histoire et population[modifier | modifier le code]

La tribu des Ida Ougnidif est composée de 65 villages ou douars. Elle compte une population sédentaire de 3 151 personnes, plus environ 5 000 personnes originaires réparties dans les autres villes du pays (selon dernier recensement national de 2004).

Elle couvre le territoire historique de la tribu des Ida Ougnidif, voisine des tribus des Illalen à l'ouest, des Aït Abdellah au nord, des Aït Toufaout[1] à l'est, et des Aït Souab [2] au sud en montant plus haut vers la montagne (Adrar). Elle comprend une partie du territoire montagneux dit "Jbel Lekst" connu par son point culminant appelé "Afa N'Timzgadiouine" (Col des mosquées), et qui est l'un des plus haut de l'Anti-Atlas avec plus de 2 300 mètres d'altitude.

L'histoire de la tribu des Ida Ougnidif est très ancienne et remonte à l'antiquité, la tribu fait probablement partie de la grande confédération tribale des Gétules Autololes[3] signalée par l'historien romain Salluste ainsi que Pline l'ancien. Au Moyen Âge la destruction de la ville fortifiée de Tamdoulte Aqqa a eu aussi des repercussions sur toute la région en termes de flux massif de populations fuyant la guerre et qui vont participer à la stabilisation de la configuration tribale de la région tel qu'elle apparait encore aujourd'hui. Politiquement, Idaougnidif aura toujours donné la Bey'a aux Sultans du Maroc, mais elle a aussi connu des périodes d'opposition au pouvoir central ayant notamment occasionné la destruction de la ville de Lekst par les Almohades une première fois, et ensuite l'offensive Saadide[Quoi ?] de Ahmed El Mansour Dahbi en personne en 1580[4] en raison de l'alliance des idaougnidif avec la confedération des Idaoultit chef-lieu de la future Imarat de Tazeroualte dans le cadre du Leff[Quoi ?] de "Tagouzoult". Par ailleurs, et à l'instar des autres régions du royaume, Idagounidif a payé son tribut pour l'indépendance du pays sous protectorat français de 1912 à 1956 ; une stèle commémorative érigée au lieu-dit "Ljamâa Akdim", témoigne à cet effet de l'attaque de l'aviation française en 1934, et des sacrifices consentis par les siens[5]. Idaougnidif est aussi connue par ses greniers collectifs multiséculaires, les fameux Igoudars (sing. Agadir), tels ceux de Sidi yaacoub, Imhilen et Guemzt [6]; en plus de la Casbah de Tizourgane classée patrimoine national. Les Igoudars au-delà de leur valeur historique et esthétique d'un point de vue architectural, sont surtout le révélateur d'une civilisation originale, et d'un mode d'organisation socio-politique et socio-juridique efficace et unique au monde. Ce mode d'organisation est au fond le fruit de la rencontre du génie berbère et de la religion islamique et s'est exprimé aussi bien dans l'architecture que dans l'adaptation des impératifs du droit musulman aux réalités locales donnant lieu à un droit coutumier berbère respectueux autant de la tradition islamique orthodoxe que de la culture berbère local. Cette synthèse s'est exprimée à travers l'usage des "Louhs" véritables recueils de lois dont l'application est conférée à des "Jemaas" démocratiquement élus et qui vont déléguer le pouvoir exécutif à des personnalités cooptées appelées "Inflass" (Sing. Anflous) à leur tête est désigné un Amghar sorte de chef de l'exécutif[7]. Pour mémoire l'État marocain post-indépendance a plus ou moins maintenu l'institution de l'Amghar. Ainsi Idaougnidif a encore aujourd'hui un Amghar en la personne de M. Hmad oulhajj Afilal descendant d'une illustre famille d'Amghars et de Ulémas de Tiguissas qui seraient Regraguis d'origine.

Idaougnidif est également connue par le Moussem annuel du saint patron des Ida ougnidifs, Sidi Messaoud Afoullous, qui se tient au début du mois d'octobre de chaque année, un des chérifs descendant de Sidi Messaoud Ou Brahim dont le tombeau est à Azgour, Toudma. Il s'agit de chorfas ayant fui, lors de la persécution des Idrissides par Moussa ben Abi El Afiya, de la ville de Fès, capitale du royaume fondé par Moulay Idris au cours du VIIIe siècle.

Idaougnidif est aussi connu par l'esprit d'entreprise de ses habitants : ils ont migré très tôt vers l'Europe (France, Benelux...), et vers les grandes villes du Maroc (Meknès, Fès, Casablanca, Agadir, Marrakech...) et y ont constitué de grandes fortunes, notamment grâce au commerce et à l'industrie agroalimentaire.

Commune rurale et tissu associatif[modifier | modifier le code]

La Commune rurale d'Ida Ougnidif est présidée par M. Moulay Messaoud Agnaou élu aux dernières élections communales de 2009 sous les couleurs du Parti de l'Istiqlal. La reconstruction et le réaménagement du Souk Lkhmis d'Ida Ougnidif est le principal dossier sur l'agenda de la commune. Un budget conséquent de plus de 10 millions de Dirhams (1 Millions d'Euros) a été alloué à ce projet vital pour la région et qui tarde toujours à voire le jour.

Le tissu associatif quant à lui connaît un dynamisme certain depuis quelques années; la commune compte à cet effet une quarantaine d'associations de développement très actives dans les domaines des infrastructures de base (Eau potable, routes...) et de la solidarité, notamment, l’association Aït Toufaoute qui a pu, par ses propres moyens, aménager l'infrastructure routière du douar Ikhoulane.

La genèse du mouvement associatif remonte notamment aux années 80 et 90 du siècle écoulé à l'initiative notamment de militants de la région tels M. Akhennouch Abdellah descendant d'une famille d'Inflass du Douar Imhiln, et M. Boufoussi Brahim du Douar Amzkhsane, militant syndicaliste au sein de l'UMT à Casablanca et président de la commune d'Idagnidif de 1992 à 1998. Ces pionniers furent notamment à l'origine de la création de l'Association Ida Ougnidif pour le Développement & la Coopération qui va initier les premiers projets d'envergure pour la mise en place des infrastructures de base concernant notamment la route, puis l’électrification et l'eau potable. Les associations de développement d'Idagnidif propres à chaque Douar vont ensuite prendre le relais avec plus ou moins de bonheur et beaucoup de bonne volonté. Au cours de la première décennie des années 2000 une nouvelle tentative de fédération des forces vives de la région sera tentée dans le cadre de la structure associative dénommée Union des associations d'Ida ougnidif. Cette fédération connaîtra dans un premier temps une certaine réussite avec des réalisations estimables sous la présidence de M. Moulay Ahmed Bouguern natif de la région (Douar Talat Mouss, Ikhalden) et surtout fin connaisseur du travail associatif. Depuis, la fédération s'est essoufflée et de nouvelles tentatives sont en cours pour la mise en place d'une structure associative dédiée aux activités sociales et solidaires.

Par ailleurs et depuis quelques années le Festival artistique bisannuel d'Ida Ougnidif connait un certain succès et arrive à drainer une population importante au mois d'août, permettant un certain rayonnement de la région à l'échelle locale et nationale; des tentatives sont en cours pour traduire ce rayonnement en revenus durables à investir dans la région.

Liste des villages[modifier | modifier le code]

Les 66 villages qui composent la commune sont les suivants :

Khmis Ida Ougnidif[modifier | modifier le code]

  • Tifraden
  • Ikhoulane
  • Ifoulloussen
  • Tigmmi Ouaf
  • Adarnou
  • Tiguissas
  • Aït Benaal
  • Tioulite
  • Aït Taleb
  • Tamjlouchte
  • Aït Sahnoun
  • Amzkhsane
  • Tassila Oumzkhsane
  • Aguerd Imoul
  • Tamayelt
  • Tifraden
  • Asseghrkiss
  • Tagadirt Ayoufiss
  • Tasguinte
  • Ayoufiss
  • Doudad
  • Asseldrar
  • Izouguayne
  • Aït Boulhaj
  • Iâadlane
  • Tahguate
  • Ifghel
  • Taourirt n'Boumouss
  • Tabnanate
  • Tizourgane
  • Tassila n'Tabnanate
  • Touchent
  • Tizirt
  • Imhilen
  • Sidi Yaâcoub
  • Aït El Aalim
  • Tinbikidouw
  • Taferbiounte
  • Igdamen
  • Ikioudne
  • Imouchiwne
  • Aït Oumzil
  • Aït Oubraim
  • Talat Mouss
  • Timghour
  • Aït Ouikhter
  • Iwal
  • Aguerd n'Tzek
  • Talgzaoute
  • Aït Benaïss
  • Tazka
  • Tarikit
  • Taourirte y'Irgh
  • Taghzoute
  • Ouitwourouyne
  • Aït Timzguid
  • Imi Ouglagual
  • Ighir Ifrane
  • Izaârine
  • Darwamane
  • Guemzt
  • Tighza
  • Aït Boust
  • Afrada
  • Aoudide
  • Tifghelt Ifrekhssen

Sources[modifier | modifier le code]

  1. [1]
  2. [2]
  3. Conf. Mohamed Handaine, Anti-Atlas Histoire & Société de l'Adrar Lekst; Éditions Bouregreg, Rabat 2009
  4. Conf. Omar Afa, Tahkik Diwan Kabail Souss de Ibrahim Ben Ali Al Hassani Al Irghi, Ed. Najah Al Jadida, Casablanca 1989,
  5. [3]
  6. Jaques Meunier:"Les Greniers Collectifs au Maroc.in Journal de la société des Africanistes 1944, tome 14.p. 1-16
  7. Robert Montagne, Les Berbères & le Makhzen dans le sud du Maroc, Essai sur la transformation politique des Berbères sédentaires; Librairie Félix Alcan, Paris, 1930