Ida B. Wells

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Ida B. Wells
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Ida B. Wells vers 1893.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 68 ans)
ChicagoVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Oak Woods Cemetery (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Université Fisk
Rust College (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Conjoint
Ferdinand Lee Barnett (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Alfreda Duster (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Domaine
Parti politique
Membre de
Distinctions

Ida Bell Wells-Barnett, plus connue sous le nom Ida B. Wells (née à Holly Springs, Mississippi - morte à Chicago, Illinois ), est une journaliste afro-américaine, rédactrice en chef et avec son mari propriétaire d'un journal. Elle est un chef de file au début du mouvement des droits civiques ; elle a documenté l'ampleur du lynchage aux États-Unis. Elle a également été active dans le mouvement des droits des femmes et le mouvement pour le suffrage des femmes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Ida Bell Wells est née le à Holly Springs, dans le Mississippi, en condition d'esclavage[1] pendant la Guerre de Sécession, elle est l'aînée de huit enfants, son père, James Wells, est le fils de son maître et d'Elizabeth, une de ses esclaves[2]. La famille Wells est affranchie grâce la Proclamation d'émancipation du président des États-Unis Abraham Lincoln promulguée le 1er janvier 1863 qui abolit l'esclavage sur l'ensemble du territoire des États-Unis et au Treizième amendement de la Constitution des États-Unis du 6 décembre 1865 abolissant l'esclavage[3].

Après la guerre de Sécession, menuisier et maçon de formation, James Wells est devenu actif dans la politique et l’éducation Il a siégé au premier conseil d’administration du Rust College (en) qui a été renommé ultérieurement Université Shaw, le premier établissement pour affranchis. Ses parents lui ayant inculqué l'importance de l'instruction, Ida s'inscrit au Rust College[4], mais est expulsée à cause d'un litige avec le président de l'université.

En 1878, une épidémie de fièvre jaune emporte ses deux parents et son petit frère[5]. Elle reste seule pour élever ses frères et sa soeur, elle devient institutrice pour assurer les besoins de sa famille[6].

Carrière[modifier | modifier le code]

L'événement qui conduit Ida B. Wells à avoir une existence publique se produit le sur une ligne de chemin de fer de la Chesapeake and Ohio Railroad Company. Ce jour-là, le conducteur du train lui ordonne d’abandonner sa place dans le compartiment non fumeur pour s’installer dans un de ceux qui étaient réservés aux fumeurs, dans lesquels sont confinés les passagers afro-américains. Profitant des Civil Rights Cases (en), par lesquels la Cour Suprême s’est prononcée contre le Civil Rights Act de 1875, qui garantissait l'égalité civile, plusieurs compagnies ferroviaires du Sud maintenaient ainsi la ségrégation raciale de leurs passagers.

Wells protesta et refusa de quitter son siège, mordant au passage le conducteur qui tentait de la déloger. En ce sens, son refus est antérieur à celui, plus notoire, de Rosa Park. De retour à Memphis, sa ville de résidence, elle engage immédiatement une procédure judiciaire contre la compagnie ferroviaire. À l’issue du procès, la compagnie fut condamnée à lui verser 500 dollars. La cour suprême du Tennessee cassa cependant ce premier jugement en 1885, condamnant Wells à payer les frais de justice. L’épisode, largement relayé dans la presse, lui assure une notoriété locale, et lui permet de faire ses premiers pas de journaliste. Immédiatement après l’incident, elle écrit un article pour The Living Way, un hebdomadaire publié par une église fréquentée par la majorité par la communauté noire. Cette première collaboration avec le journal, qui avait rencontré un large écho, devient une chronique hebdomadaire, signée du nom de plume Iola. Peu de temps après, elle se voit offrir une position dans un journal local, l’Evening Star. Sa réputation nationale grandit doucement. En 1889, elle devint copropriétaire et éditrice de Free Speech and Headlight, un journal anti-ségrégationniste abrité par l'Église méthodiste de Beale Street à Memphis[7],[8],[9].

Ida B. Wells Barnett.jpg

En , dans un contexte de tensions raciales attisées par des terroristes du Ku Klux Klan, une émeute nocturne visa la People's Grocery Company, une épicerie prospère, tenue par des Noirs, accusée de faire de l'ombre à un commerce similaire, mais tenu par des Blancs. Trois hommes sont blessés par balle et les trois propriétaires du commerce - Thomas Moss, Calvin McDowell et Henry Stewart sont emprisonnés. Dans la nuit, la foule prend d’assaut la prison et les tue. Wells, qui connaissait bien les trois hommes, était absente cette nuit-là, occupée à vendre des souscriptions pour son journal dans le comté de Natchez. Apprenant la nouvelle, elle exprime sa colère dans le Free Speech sous la forme d'un article dans lequel elle presse ses concitoyens noirs de quitter la ville : « Il n’y a qu’une seule chose à faire ; prendre notre argent et quitter une ville qui ne protégera jamais nos vies et nos biens, ne nous rendra pas justice devant les tribunaux, mais nous prend et nous tue de sang froid quand nous sommes accusés par des personnes blanches. »[10].

Couverture de son ouvrage, Southern Horrors : Lynch Law in all its phases (1892).

L'assassinat de ses amis pousse Wells à mener un travail d'investigation sur le lynchage pratiqué à l'encontre des Afro-Américains dans le Sud des États-Unis. Après trois mois de recherches, son premier article sur le sujet conclut que l'accusation de viol, souvent avancée comme justification du lynchage, n'est en réalité qu'un prétexte utilisé pour punir les Noirs surpris à avoir des relations sexuelles consenties avec des Blanches[11]. La réaction à la publication son article est immédiate : le , alors que Wells est à Philadelphie, son journal est détruit et son assistant chassé de la ville. Effrayée, elle refuse de retourner à Memphis et s'installe à New York, où le New York Age de Timothy Thomas Fortune accepte de publier ses articles consacrés au lynchage. Elle peut à cette période mesurer ses qualités d'oratrice lorsqu'on lui demande d'intervenir publiquement dans un meeting contre le lynchage. Elle s'affirme dès lors comme l'une des principales protagonistes de la croisade contre le lynchage[12]. Elle organise notamment en compagnie du vétéran de la lutte contre l'esclavage Frederick Douglass un boycott de l'exposition universelle de 1893 à Chicago qui nulle part ne mentionnait l'histoire des Afro-Américains dans les pavillons officiels. Wells, Douglass, Irvine Garland Peen et Ferdinand L. Barnett rédigent à cette occasion un pamphlet distribué à l'entrée de l'exposition : « Les raisons pour lesquelles l'américain de couleur n'est pas à l'exposition universelle. » (Reasons Why the Colored American Is Not in the World's Columbian Exposition) détaille le parcours des Noirs depuis leur arrivée en Amérique. Elle confia plus tard à Albion W. Tourgée que 20 000 copies du pamphlet avait été distribuées. À l'issue de l'exposition, Wells décide de rester à Chicago et trouve une place dans la rédaction du Chicago Conservator, le plus vieux journal afro-américain de la ville.

Travaux sur le lynchage[modifier | modifier le code]

Ida B. Wells a publié deux ouvrages sur le lynchage. Southern Horrors : Lynch Law in all its phases est un long pamphlet qui reprend et développe un article paru le dans le New York Age. The Red Record (1892-1894) est d'une autre nature puisqu'il s'appuie sur un travail de compilation statistique.

L'analyse développée par Wells se présente plus largement comme une critique de la masculinité des hommes blancs du Sud. Wells conçoit en effet leur focalisation sur la question du viol des Blanches comme une manifestation de leur insécurité face à l'union consentie des Noirs et des Blanches. Cette obsession est à la fois le produit de leur volonté de contrôler les femmes blanches, dans tous les domaines et plus particulièrement celui de la sexualité, et de leur impuissance à exercer ce contrôle. Mais ses pamphlets s'en prennent également aux femmes blanches, qui préfèrent laisser leurs amants noirs être accusés de viol, et même parfois tués, plutôt que de révéler leur désir pour un homme noir[13].

Hommage[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Editions américaines contemporaines[modifier | modifier le code]

  • The Red Record, Dodo Press, 1895, rééd. 2 janvier 2009, 116 p. (ISBN 9781409916031),
  • Southern Horrors: Lynch Law in All Its Phases, Dodo Press, 1892, rééd. 2 janvier 2009, 48 p. (ISBN 9781409916048),
  • On Lynchings, Humanity Books, 1969, rééd. 1 avril 2002, 204 p. (ISBN 9781591020080),
  • On Lynchings: Southern Horrors, a Red Record, Mob Rule in New Orleans, Arno Press, , 200 p. (ISBN 9780405018497, lire en ligne),
  • co-écrit avec Ada B. Well, Crusade for Justice: The Autobiography of Ida B. Wells, University of Chicago Press, 1970, rééd. 23 juillet 1991, 466 p. (ISBN 9780226893440, lire en ligne),
  • The Memphis Diary of Ida B. Wells, Beacon Press, 1994, rééd. 31 octobre 1995, 240 p. (ISBN 9780807070659),
  • Southern Horrors and Other Writings, Bedford/St. Martin's, , 228 p. (ISBN 9780312116958, lire en ligne),
  • The Light of Truth: Writings of an Anti-lynching Crusader, Penguin Classics, , 568 p. (ISBN 9780143106821)

Traduction francophone,[modifier | modifier le code]

  • Les horreurs du sud (trad. Alexandre Fachard), Markus Haller éditions, , 232 p. (ISBN 9782940427253), (traduction de Southern Horrors, A Red Record et Mob Rule in New Orleans),

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

  • (en-US) Elizabeth Van Steenwyk, Ida B. Wells-Barnett: Woman of Courage, Franklin Watts, , 150 p. (ISBN 9780531130148, lire en ligne),
  • (en-US) Richard M. Haynes, Ida B. Wells : antilynching crusader, Raintree Steck-Vaughn, , 136 p. (ISBN 9780811423250, lire en ligne),
  • (en-US) Steve Klots, Ida Wells-Barnett/Civil Rights Leader, Chelsea House Publications, , 136 p. (ISBN 9780791018859, lire en ligne),
  • (en-US) Elaine Slivinski Lisandrelli, Ida B. Wells-Barnett: Crusader Against Lynching, Enslow Publishers, , 134 p. (ISBN 9780894909474, lire en ligne),
  • (en-US) Patricia A. Schechter, Ida B. Wells-Barnett and American Reform, 1880-1930, University of North Carolina Press, , 412 p. (ISBN 9780807849651, lire en ligne),
  • (en-US) Helen Frost, Let's meet Ida B. Wells-Barnett, Chelsea Clubhouse, , 40 p. (ISBN 9780791073209, lire en ligne),
  • (en-US) Anne Schraff, Ida B. Wells-Barnett: Strike a Blow Against a Glaring Evil, Enslow Publishers, , 136 p. (ISBN 9780766027046, lire en ligne),

Articles[modifier | modifier le code]

  • (en-US) David M. Tucker, « Miss Ida B. Wells and Memphis Lynching », Phylon (1960-), Vol. 32, No. 2,‎ second trimestre 1971, p. 112-122 (11 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Melba Joyce Boyd, « Canon Configuration for Ida B. Wells-Barnett », The Black Scholar, Vol. 24, No. 1,‎ , p. 8-13 (6 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Simone W. Davis, « The "Weak Race" and the Winchester: Political Voices in the Pamphlets of Ida B. Wells-Barnett », Legacy, Vol. 12, No. 2,‎ , p. 77-97 (21 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) William F. Pinar, « Black Protest and the Emergence of Ida B. Welles », Counterpoints, Vol. 163,‎ , p. 419-486 (68 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Paula Giddings, « Missing in Action Ida B. Wells, the NAACP, and the Historical Record », Meridians, Vol. 1, No. 2,‎ , p. 1-17 (17 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Maurice Hamington, « Public Pragmatism: Jane Addams and Ida B. Wells on Lynching », The Journal of Speculative Philosophy, New Series, Vol. 19, No. 2,‎ , p. 167-174 (8 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Gary Totten, « Embodying Segregation: Ida B. Wells and the Cultural Work of Travel », African American Review, Vol. 42, No. 1,‎ , p. 47-60 (14 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Caroline C. Nichols, « The "Adventuress" Becomes a "Lady": Ida B. Wells' British Tours », Modern Language Studies, Vol. 38, No. 2,‎ , p. 46-63 (16 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Tommy J. Curry, « The Fortune of Wells: Ida B. Wells-Barnett's Use of T. Thomas Fortune's Philosophy of Social Agitation as a Prolegomenon to Militant Civil Rights Activism », Transactions of the Charles S. Peirce Society, Vol. 48, No. 4,‎ , p. 456-482 (27 pages) (lire en ligne),
  • (en-GB) Hollie Pich, « Various, Beautiful and Terrrible : the Life and Legacy of Ida B. Wells-Barnett », Australasian Journal of American Studies, Vol. 34, No. 2,‎ , p. 59-74 (16 pages) (lire en ligne),

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Ida Bell Wells-Barnett | Biography & Facts », sur Encyclopedia Britannica (consulté le 16 juin 2019)
  2. (en-US) « Ida Bell Wells-barnett | Encyclopedia.com », sur www.encyclopedia.com (consulté le 16 juin 2019)
  3. (en-US) « Ida B. Wells », sur Biography (consulté le 16 juillet 2020)
  4. (en-US) Wilma Peebles-Wilkins, « Wells-Barnett, Ida Bell », Encyclopedia of Social Work,‎ (DOI 10.1093/acrefore/9780199975839.013.818, lire en ligne, consulté le 16 juin 2019)
  5. (en-US) « Ida B. Wells-Barnett », sur National Women's History Museum (consulté le 16 juin 2019)
  6. (en-US) Randal Rust, « Ida B. Wells-Barnett », sur Tennessee Encyclopedia (consulté le 16 juillet 2020)
  7. (en-US) Tyina Steptoe, « Ida Wells-Barnett (1862-1931) • », sur Black Past, (consulté le 16 juillet 2020)
  8. (en-US) Kenneth W. Goings, « Memphis Free Speech | Tennessee Encyclopedia », Tennessee Encyclopedia,‎ (lire en ligne, consulté le 16 juillet 2020)
  9. (en-US) « History: Ida B. Wells », sur The Lynching Sites Project of Memphis, (consulté le 16 juillet 2020)
  10. Cité in Samuel L. Adams, « Ida B. Wells : A founder who never knew her place », Crisis, janvier 1994, p. 43.
  11. Linda O. McMurry, « Wells-Barnett, Ida Bell », American National Biography Online, février 2000, [lire en ligne].
  12. (en-US) Becky Little, « When Ida B. Wells Took on Lynching, Threats Forced Her to Leave Memphis », sur HISTORY (consulté le 16 juillet 2020)
  13. (en)G. Mehera Gerardo, « Antilynching movement », in Paul Finkelman (dir.), Encyclopedia of African American history, 1896 to the present : from the age of segregation to the twenty-first century, Oxford university press, 2009, vol. 1, p. 80.
  14. (en-US) « Wells-Barnett, Ida B. », sur National Women’s Hall of Fame (consulté le 16 juillet 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]