I... comme Icare

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I… comme Icare
Réalisation Henri Verneuil
Scénario Henri Verneuil
Didier Decoin
Acteurs principaux
Sociétés de production Antenne 2 et V Films
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Thriller
Durée 122 minutes (h 2)
Sortie 1979

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

I… comme Icare est un film français réalisé par Henri Verneuil, sorti en 1979.

Synopsis[modifier | modifier le code]

L'ensemble du film se déroule dans un pays fictif qui évoque cependant fortement les États-Unis (notamment avec les drapeaux et la devise du pays, le dollar). On peut constater dans certains plans, l'insistance sur l’aspect international du scénario par la multitude des langues présentes, par exemple sur les panneaux indicateurs, et par un décor très neutre, rendant l'action possible dans n'importe quel pays.

À la suite de l'assassinat du président Marc Jary récemment réélu, une commission d'enquête dirigée par le président de la Haute Cour de Justice, Frédéric Heiniger, est instituée afin d'élucider les circonstances de l'attentat.

Le rapport final de cette commission conclue qu'il n'y a eu qu'un seul tireur, Karl-Erich Daslow, ayant agi seul, par folie et avec préméditation. Il a tiré 3 balles en direction de sa cible, du haut d'un immeuble et abandonné le fusil sur place. Il est retrouvé mort dans l'ascenseur qui descend, suicidé d'une balle dans la tête. Ces conclusions ne satisfont pas le procureur Henri Volney, à qui sont remis les pleins pouvoirs afin de continuer l'enquête.

Avec l'aide de ses quatre collaborateurs, Volney récupère des films amateurs de l'assassinat. Celui de Robert Sanio lui semble particulièrement intéressant. Sanio, accompagné de son avocat, vend son film à Volney à prix d'or et lui révèle qu'il en a déjà vendu une copie il y a quelque temps à une société, mais il est certain que son film n'a jamais été diffusé.

Sanio filmait d'une terrasse au pied de l'immeuble d'où aurait tiré Daslow. Sur le film, à une fenêtre du 2e étage de l'immeuble, l'équipe de Volney repère en zoomant la silhouette d'un 2e tireur. Sur le plan du film après les coups de feu, Volney repère neuf personnes autour de Sanio, regardant dans la direction de la fenêtre du 2e étage, donc neuf témoins potentiels.

Au moment des faits, les bureaux du 2e étage de l'immeuble étaient loués par une société fantôme. Volney interroge le témoin Nicky Farnese qui a affirmé avoir vu Daslow en haut de l'immeuble. Volney démontre que Farnese n'a pas pu voir Daslow et qu'il est donc un faux témoin. Volney réalise une reconstitution de l'assassinat. Un tireur d'élite reproduit les tirs du sommet de la tour. Les douilles éjectées hors du fusil sont dispersées loin de lui, contrairement aux 3 douilles des munitions qu'aurait utilisées Daslow, accréditant ainsi l'hypothèse d'une mise en scène dont Daslow serait le pantin destiné à couvrir le vrai tireur.

À l'issue des recherches de ses collaborateurs, Volney découvre que huit des neuf témoins se sont présentés pour témoigner à la commission d'enquête, mais leurs témoignages jugés inintéressants, avaient été écartés. Ils sont morts par la suite, rapidement et brutalement de causes très suspectes : accidents de la route, suicides, assassinat sous couvert de légitime défense. Le 9e témoin très discret, ne s'est jamais manifesté, il est donc inconnu.

Volney lance un appel à la télévision montrant la photographie du témoin inconnu pour le retrouver. Franck Bellony, convaincu par son épouse qu'il risque sa vie, finit par contacter Volney. Bellony n'identifie pas le tireur qu'il a aperçu à la fenêtre du 2e étage dans la longue série de photos des suspects, mais il identifie un homme, qui était sur le trottoir en contrebas tenant un parapluie, et qui curieusement l'a ouvert juste avant les coups de feu : Carlos de Palma, membre de la pègre.

Alarmé par la diffusion télévisée de la photo du témoin qui n'a pu être liquidé et qui donc risque de parler, le véritable tireur, Luigi Lacosta, rejoint Carlos de Palma dans son restaurant, désert. Lacosta annonce à de Palma que puisqu'il n'a pas été capable de supprimer tous les témoins qui l'ont vu tirer sur Jary, s'il est capturé, il le dénoncera. Carlos de Palma le fait abattre immédiatement.

Observant une photographie prise au mois de mars, montrant Daslow près d'un hortensia dans son jardin et tenant le fusil du meurtre, Volney établit que c'est un photomontage, car l'ombre ne correspond pas à l'éclairage et les hortensias ne fleurissent pas en mars.

Un an avant l'attentat, Daslow avait participé à une expérience sur la soumission à l'autorité. Elle avait montré que, comme la majorité des participants, Daslow est soumis aux ordres d'une autorité supérieure, s'il respecte celle-ci.

Volney trouve un lien entre Luigi Lacosta, Carlos de Palma, et Richard Mallory, le directeur des activités secrètes des services spéciaux, qui a permis la grâce de de Palma. Un de ses collaborateurs organise le cambriolage de l'appartement de Richard Mallory avec l'aide d'un cambrioleur professionnel, en échange pour ce dernier d'une réduction de peine. Volney, afin de protéger son adjoint, discute dans la rue avec Mallory pour retarder son retour chez lui. Le cambriolage permet de trouver une cassette audio codée.

Le procureur, après une nuit d'efforts, arrive à décoder la cassette en modifiant la vitesse de lecture. L'enregistrement retranscrit les détails d'une opération nommée « Zénith » gérée par un groupe de pression appelé « Minos », opération consistant à discréditer, déstabiliser, engendrer des révoltes puis assassiner le chef d'état du Tibéria, ayant pour capitale Kawar. À l'aide d'archives de presse, Volney arrive à retrouver le fil des événements tragiques de Kawar et découvre que Minos avait pour objectif de placer à la tête du pays un dictateur militaire. Il s'aperçoit que Carlos de Palma était rentré à Kawar, lors de l'élection du dictateur, recoupant ainsi toutes les pistes. À la fin de l'enregistrement, Minos donne des ordres de lancement d'une opération nommée « I comme Icare » devant se terminer le 17 juin avant minuit. Or il est 6 heures du matin, le 17 juin.

Vu la gravité des faits, Volney enregistre un message sur son dictaphone, pour le président de son pays, décrivant les preuves qu'il a trouvées. Il téléphone à sa femme, écrivain et philosophe, pour lui demander ce qu'évoque le mythe d'Icare. Pendant que celle-ci se renseigne en puisant dans son dernier livre, le procureur Volney se rend devant la fenêtre de son bureau et est assassiné d'une balle dans la tête tirée depuis une fenêtre allumée de l'immeuble d'en face. Pendant qu'il s'écroule, sa femme lui répond par le haut-parleur du téléphone à sa question sur Icare : « Qui cherche à atteindre la vérité se brûle les ailes ». Le film finit sur un plan du bureau à travers un couloir au fond duquel se trouve un ascenseur dont les portes s'ouvrent mais personne n'en sort.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

(Hormis pour Yves Montand, distribution par ordre alphabétique conformément au générique du film)

Production[modifier | modifier le code]

Lieux de tournage[modifier | modifier le code]

Tour EDF de Cergy-Pontoise

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Analyse[modifier | modifier le code]

  • Henri Verneuil mit deux ans pour écrire le scénario du film avec Didier Decoin. Son choix pour le rôle du procureur intègre s'était d'emblée porté sur Yves Montand qui accepta bien que le personnage qu'il devait interpréter fût assez éloigné par rapport à ses précédents qui étaient plus engagés.
  • Ce film imagine une situation fictive, fortement inspirée de la théorie d'un complot ayant conduit à l'assassinat de John F. Kennedy. Le nom du tueur, Daslow, est d'ailleurs l'anagramme du nom de l’assassin supposé de JFK, Lee Harvey Oswald. De nombreux autres éléments reprennent la thèse de Jim Garrison développée lors de son enquête sur l'assassinat de Kennedy. Ainsi on retrouve pour l'assassin :
    • la mise en scène possible de l'arme du crime,
    • la photo truquée avec le fusil,
    • le 22 du mois (JFK assassiné un 22 novembre et Jary le 22 mai).
  • Sont également évoqués :
    • la participation possible des services secrets,
    • l'utilisation de la mafia comme intermédiaire,
    • le rapport biaisé de la Commission Warren,
    • la représentation probable de Jim Garrison dans le personnage du procureur Volney,
    • le film de Zapruder,
    • l'homme au parapluie, Umbrella Man (dans le film, le personnage de Carlos de Palma).
  • Le film s'appuie sur l'allégorie d'Icare : à vouloir trop s'approcher de la vérité, on se brûle les ailes. Mais d'une manière générale, ce film est une critique féroce du pouvoir dans les sociétés modernes et approche particulièrement la manière dont un pouvoir, quel qu'il soit, peut amener un quidam à effectuer des actes d'une grande cruauté.
  • Un passage du film recrée, à l'Université de Layé (anagramme de Yale), l'expérience de Milgram, qui fut conduite au début des années 1960. Un psychologue américain, Stanley Milgram, montra que deux volontaires sur trois peuvent être amenés, pour une somme dérisoire, à infliger un choc électrique dangereux, voire mortel, à une personne qu'ils ne connaissent pas, qui ne leur a rien fait et dont la seule faute est de s'être trompé dans un test de mémoire. Le cadre sérieux de l'université et l'autorité présumée des organisateurs de l'expérience suffisaient à légitimer, aux yeux des volontaires, une telle barbarie. L'expérience était truquée et aucune décharge électrique n'était réellement infligée. Cela n'empêcha pas les volontaires de croire sincèrement qu'ils punissaient les simulateurs. Toutefois, les conditions expérimentales ayant donné plus de 63 % de sujets allant jusqu'au bout de l'expérience ne sont pas celles décrites dans le film (« Moniteur » et « Élève » dans des pièces séparées, pas de contact physique). Dans le cadre de sujets dans la même pièce, avec un contact physique entre « Moniteur » et « Élève » (comme dans le film), le taux d'obéissance n'était que de 30 %.
Le film permet en outre à Verneuil de mettre en scène ces expériences de Milgram qui l'ont fasciné (il a d'ailleurs mis plusieurs années et plusieurs versions pour arriver au scénario final). Le film semble beaucoup reposer sur cette démonstration scientifique de la capacité humaine à se soumettre à l'autorité. Mais selon des psychologues, Verneuil n'a pas interprété correctement l'expérience, en voyant la soumission à l'autorité comme caractéristique d'une personnalité, là où il faudrait l'envisager en termes situationnels[2].
  • Le final décrivant l'Opération Zénith s'inspire des événements ayant provoqué la chute du Président du Chili Salvador Allende et l'arrivée au pouvoir de la junte militaire dirigée par Augusto Pinochet.
  • Au tout début du film, la chaîne « International tv programs » rediffuse les images du président Jary interrogé, au moment de sa réélection, sur sa politique pour les années à venir. Celui-ci y déclare :

« Voyez vous... Bernard Shaw disait : « Il y a des gens qui voient les choses comme elles sont et qui se demandent pourquoi, et puis... il y a des gens qui rêvent les choses comme elles n'ont jamais été et qui se demandent… pourquoi pas ? » J'essaierai d'appartenir à cette deuxième catégorie. »

Cette citation est effectivement adaptée d'une réplique du serpent à Ève, dans Au commencement, la première pièce du cycle En remontant à Mathusalem (en), écrite en 1921 par George Bernard Shaw :

« You see things; and you say “Why?” But I dream things that never were; and I say “Why not?”. »

— Acte I, § i

John F. Kennedy a utilisé cette citation dans un discours devant le Parlement d'Irlande à Dublin le 28 juin 1963, et son frère Robert F. Kennedy en a utilisé une version légèrement modifiée lors de l'élection présidentielle américaine de 1968[3].
  • On peut observer un caméo de Henri Verneuil, il apparait au moment ou Volney, déstabilise le president de la haute cour, à la regie de la chaine de télé.
  • Le groupe de pression s'appelle "Minos", or dans le film Peur sur la ville, l'assassin s'appelle également "Minos".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « I COMME ICARE », sur Académie des Césars
  2. Jacques-Philippe Leyens et Nathalie Scaillet (préf. Ewa Drozda-Senkowska), Sommes-nous tous des psychologues ?, Wavre, Mardaga, coll. « Psy. Individus, groupes, cultures » (no 8), , 225 p. (ISBN 978-2-8047-0101-7), p. 89–90.
  3. (en) Bibliothèque du Congrès (préf. James H. Billington), Respectfully Quoted: A Dictionary of Quotations, Dover Publications, , 520 p. (ISBN 978-0-486-47288-1, lire en ligne), p. 93.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]