Hypersensibilité (psychologie)

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L'hypersensibilité, en psychologie, est une sensibilité plus haute que la moyenne, provisoirement ou durablement, pouvant être vécue avec difficulté par la personne concernée elle-même ou perçue comme « exagérée », voire « extrême », par son entourage[1].

Cette notion renvoie à un tempérament, à une caractéristique individuelle qui permet d'identifier un ensemble clinique défini en 1996 par Elaine Aron[2] et rattaché à une présentation empirique faite par Carl Gustav Jung[3].

Selon les recherches qui ont suivi, les « individus hautement sensibles » représenteraient environ 15 à 25 % de la population. Les caractéristiques de cet ensemble découlent d'une plus forte réactivité à une même stimulation, ce qui a des aspects positifs – Jung parle de « caractère enrichissant » – et des aspects négatifs, comme une sensibilité accrue à la peur.

Le terme « individu hautement sensible » est ici traduit par « hypersensible ». D'autres traductions rencontrées sont « hautement sensible » ou « sensibilité élevée ». Marie-France de Palacio et Saverio Tomasella proposent d'utiliser les termes « ultrasensible » et « ultrasensibilité », censés se départir de la connotation péjorative d'excès[4].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

En anglais, Elaine Aron propose un moyen mnémotechnique pour retenir les caractéristiques principales des hypersensibles, DOES, pour :

  • Depth of processing : la profondeur de traitement ;
  • Over aroused : plus suscité, plus mobilisé que les autres pour une même stimulation ;
  • Emotional reactivity and high empathy : réactivité émotionnelle forte et empathie élevée[Note 1].
  • Sensitivity to subtle stimuli : sensibilité aux stimuli subtils.

D'après Elaine Aron, la timidité et l'introversion ne doivent pas être confondues avec l'hypersensibilité, même si ce sont des réponses possibles, car il existe des hypersensibles extravertis et la thérapie peut révéler une tendance refoulée à l'extraversion chez certains hypersensibles[5].

Cependant, les personnes hypersensibles n'ont pas une réaction linéaire aux stimulus déclenchant une réponse émotionnelle : les ressentis et réactions sont perçus de manière exagérée par rapport à un individu neurotypique, mais la courbe d'intensité a tendance à suivre un effet de seuil. Comparativement à un individu normal, une situation perçue comme de faible intensité ne déclenchera aucune réaction chez l'hypersensible, donnant l'image sociale au premier abord d'une personnalité froide et détachée. Cependant, rapidement, à partir d'une certaine importance dans la stimulation, la réaction émotionnelle va croître jusqu’à niveau comparable a une personne normale et rester stable sur un nouvel intervalle de stimuli, jusqu’à ce que l'intensité émotionnelle perçue se mette à croître exponentiellement et dépasser excessivement celle qu'aurait fournie un individu « neurotypique ».

Cette sensibilité serait associée à un mode particulier de traitement des données sensorielles[6]. Par exemple, certaines opérations perceptives reconnues comme étant influencées par la culture du sujet percevant semblent être perçues de la même manière par les hypersensibles d'origines diverses, ce qui indique que les facteurs sociaux qui modifient la perception ont moins d'emprise sur les hypersensibles[Note 2],[7],[8].

Difficultés liées[modifier | modifier le code]

Selon certains auteurs américains, parmi les caractères associés à l'hypersensibilité on trouverait une prédisposition aux troubles phobiques et paniques[9]. Les observations des auteurs français sont plus nuancées[réf. nécessaire].

Les techniques et thérapies existantes sont jugées adéquates si elles ne tentent pas de réprimer l'hypersensibilité mais, au contraire, permettent à l'hypersensible de vivre avec son « excès » de sensibilité, de l'assumer et de trouver des occupations mettant en valeur ce qui a pu lui sembler une source de problèmes[3],[10],[5].

Une sensibilité élevée n'est pas une pathologie[modifier | modifier le code]

Selon Jung, qui l'a évoquée le premier, c'est un caractère enrichissant, qu'on ne peut pas considérer en lui-même comme pathologique, ou alors il faudrait faire de même avec « un quart de l’humanité » (15 à 20 % selon des études réalisées bien plus tard[réf. nécessaire]). C'est sans aucune ambiguïté, ce qui ne l’empêche pas de préciser la chose en contexte : « Néanmoins, si cette sensibilité a des conséquences destructrices pour le sujet, on doit bien admettre qu'on ne peut pas la considérer comme bien normale »[Note 3]

Pour Saverio Tomasella, l'hypersensibilité n'est ni une pathologie, ni une anomalie[11]. Elle n'a donc pas besoin d'être soignée. « Devenir humain est une conquête quotidienne, affirme-t-il, et celle-ci passe par la fierté d'être sensible »[12].

Pathologies qui peuvent être révélées par l'hypersensibilité[modifier | modifier le code]

En tant que telle, l'hypersensibilité n'est pas une pathologie. Toutefois, elle peut être cause de souffrance et nécessiter dans ce cas une prise en charge psychiatrique. Elle peut également entraîner des difficultés liées à l'entourage, notamment une incompréhension.

Toutefois, l'hypersensibilité peut également révéler une pathologie psychiatrique authentique[13]. Les plus fréquentes sont les troubles de personnalité borderline, la bipolarité (trouble bipolaire) et les troubles anxieux.

Régulation[modifier | modifier le code]

Puisqu'il ne s'agit pas d'une maladie, il n'y a pas lieu de parler de thérapie destinée à soigner ou corriger l'hypersensibilité à proprement parler. On mentionnera des thérapies exclusivement pour des troubles identifiés distinctement à côté de l'hypersensibilité, comme la phobie, l'angoisse, le stress post-traumatique, etc., troubles pour lesquels les indications thérapeutiques sont multiples.[réf. nécessaire]

Origine[modifier | modifier le code]

Selon Elaine Aron, l'hypersensibilité serait liée à un trait génétique conservé pendant l'évolution par un grand nombre d'espèces animales, laissant supposer qu'il a certains avantages[14] ; mais elle subodore également l’existence d'« interaction » avec l'environnement durant l'enfance comme cause de ce tempérament hypersensible[15]. Toujours d'après Elaine Aron, en règle générale, après une enfance difficile, un hypersensible s'est construit un ensemble de protections psychologiques lui permettant de se blinder ou d'éviter un monde perçu comme excessivement violent. Ces mécanismes d'adaptation, à leur tour, peuvent générer une mauvaise adaptation sociale[9], des difficultés relationnelles[16], de la souffrance et de la frustration[5].

Pour Saverio Tomasella, l'hypersensibilité n'est pas génétique, mais découle de l'histoire singulière de chaque personne, depuis sa vie intra-utérine, sans oublier les influences possibles du contexte familial, de la généalogie et de la société[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Outre quatre études effectuées par Aron en 2005, une étude reproduite en 2012 semble confirmer une activité accrue des neurones miroirs (associée à l'empathie) des sujets lors du visionnage de séquences émotionnellement « fortes ».
  2. « A functional study comparing brain activation in Asians recently arrived in the United States to European-Americans found that in the nonsensitive, different areas were activated according to culture during a difficult discrimination task known to be affected by culture, but culture had no impact on the activated areas for highly sensitive subjects, as if they were able to view the stimuli without cultural influence. »[3]
  3. Retranscription libre d'après le texte suivant :

    « This excessive sensitiveness very often brings an enrichment of the personality and contributes more to its charm than to the undoing of a person’s character. Only, when unusual situations arise, the advantage frequently turns into a very great disadvantage, since calm consideration is then disturbed by untimely affects. Nothing could be more mistaken, though, than to regard this excessive sensitiveness as in itself a pathological character component. If that were really so, we should have to rate about one quarter of humanity as pathological. Yet if this sensitiveness has such destructive consequences for the individual, we must admit that it can no longer be considered quite normal. »

    — Jung, 1913, para. 398)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Entrée « hypersensibilité », dictionnaire Larousse.
  2. (en) Elaine Aron, The highly sensitive person : How to Thrive When the World Overwhelms, New York, Birch Lane Press, .
  3. a b et c (en) Elaine Aron, « The clinical implications of Jung's concept of sensitiveness », Journal of Jungian Theory and Practice, vol. 8, no 2,‎ , p. 11-43 (lire en ligne).
  4. Marie-France de Palacio, « Hypersensible ou ultrasensible ? », sur Observatoire de l'ultrasensibilité, (consulté le 12 avril 2019).
  5. a b et c (en) Aron, E. N., « Temperament in psychotherapy: Reflections on clinical practice with the trait of sensitivity. » dans M. Zentner & R. Shiner (Eds.), Handbook of temperament (p. 645-670), New York, Guilford, 2012.
  6. (en) Jagiellowicz, J., Xu, X., Aron, A., Aron, E., Cao, G., Feng, T., & Weng, X. (2010) « The trait of sensory processing sensitivity and neural responses to changes in visual scenes. », Social Cognitive and Affective Neuroscience, 6, p. 38-47.
  7. (en) Ketay, S., Hedden, T., Aron, A., Aron, E., Markus, H., & Gabrieli, G., « The personality/temperament trait of high sensitivity: fMRI evidence for independence of cultural context in attentional processing » (poster), colloque de la Society for Personality and Social Psychology (en), Memphis (TN), janvier 2007.
  8. (en) Aron, A., Ketay, S., Hedden, T., Aron, E. N., Markus, H. R., & Gabrieli, J. D. E., « Temperament trait of sensory processing sensitivity moderates cultural differences in neural response. Social Cognitive and Affective Neuroscience », 6, p. 38-47, 2000.
  9. a et b (en) Aron, E. N., « High sensitivity as one source of fearfulness and shyness: Preliminary research and clinical implications. » In L. Schmidt & J. Schulkin (Eds.), Extreme fear, shyness, and social phobia: Origins, biological mechanisms, and clinical outcomes (p. 251-272). New York, Oxford University Press, 2000.
  10. (en) Aron, E. N., « Revisiting Jung's concept of innate sensitiveness », Journal of Analytical Psychology, 49, 337-367, 2004.
  11. « « Aucune émotion n'est néfaste », entretien avec Saverio Tomasella », Le cercle Psy,‎ (présentation en ligne).

    « Je ne crois pas que l'hypersensibilité puisse être une pathologie en elle-même, mais elle peut venir compliquer d'autres troubles ou disposer à les vivre autrement. »

  12. « Tous hypersensibles ? », sur L'Express, (consulté le 12 avril 2019).
  13. « Hypersensibilité émotionnelle et hyperémotivité : la reconnaître et la soigner », sur Psychiatre Paris TCC, TIP, EMDR (consulté le 11 septembre 2019), site consacré à la santé mentale.
  14. (en) Aron, E., Aron A., and Jagiellowicz, J. « Sensory processing sensitivity: A review in the light of the evolution of biological responsivity », Personality and Social Psychology Review, 16, 262-282, 2012.
  15. (en) Aron, E. N., Aron, A., & Davies, K., « Adult shyness: The interaction of temperamental sensitivity and an adverse childhood environment. » Personality and Social Psychology Bulletin, 31, 181-197, 2005.
  16. (en) Aron, E. N., « The impact of temperament on intimacy and closeness. » Dans The Handbook of Closeness and Intimacy. Eds. D. Mashek et A. Aron (p. 267-283). Mahwah, NJ, Erlbaum, 2004.
  17. Saverio Tomasella, Hypersensibles, Eyrolles, 2012.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles scientifiques[modifier | modifier le code]

  • (en) M. Bruch, J. Gorsky, T. Cullins et P. Berger, « Shyness and Sociability Reexamined: A Multicomponent Analysis », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 5, no 57,‎ , p. 904–15 (DOI 10.1037/0022-3514.57.5.904)
  • (en) Elaine Aron, « Counseling the highly sensitive person », Counseling and Human Development, vol. 28,‎ , p. 1-7
  • (en) Elaine Aron et Athur Aron, « Sensory-processing sensitivity and its relation to introversion and emotionality », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 73,‎ , p. 345-368 (DOI 10.1037/0022-3514.73.2.345)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

liens externes[modifier | modifier le code]