Hyperhidrose

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L'hyperhidrose (du grec ἱδρώς qui signifie « sueur »[1]) est le terme médical désignant une sudation excessive. Touchant 1 à 3% de la population, il en existe deux principaux types : l'hyperhidrose localisé primaire (d'origine génétique) et l'hyperhidrose secondaire (qui peut être locale ou générale). Elle a presque toujours des conséquences sociales et est responsable de plus de ¼ des cas de phobie sociale. Les malades qui en sont atteints présentent des difficultés dans le cadre professionnel et la moitié d'entre eux sont sujets à des dépressions.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

Répartition[modifier | modifier le code]

Ce symptôme toucherait environ 3 % de la population aux États-Unis[2], de 1 à 3% en Allemagne[3], environ 1 % au Royaume-Uni[4] et près de 5,5% au Brésil (étude menée sur des étudiants en médecine et qui peut être relié à la température équatoriale du pays)[5]. Enfin, d'après certaines études, les populations d'Asie du Sud-Est seraient plus touchées par l'hyperhidrose que les autres[6]. Il n'existe pas de chiffres concernant sa prévalence en France toutefois on peut l'estimer aux alentours de 3%[5].

Au niveau mondial, le chiffre du nombre de personnes atteintes d'hyperhidrose varie entre 178 millions et 220 millions de personnes et représente environ entre 1% et 3% de la population mondiale[7],[8].

L'hyperhidrose est plus rare chez la personne âgée[9].

Conséquences sociales[modifier | modifier le code]

Ses effets délétères sur les relations sociales, les activités de la vie quotidienne et certaines activités professionnelles ont été mis en évidence ; ils conduisent à une moindre qualité de vie pour les patients atteints [10],[11],[12].

De plus, l'hyperhidrose est responsable de plus de ¼ des cas de phobie sociale (aussi nommé anxiété sociale, elle correspond à une timidité exagérée, gênante et handicapante). En effet, la sueur excessive étant vécue de manière gênante, cela provoque de l'anxiété qui elle-même est responsable d'une augmentation de la sudation en enclenchant ainsi un cercle vicieux[6]. L'hyperhidrose touche ainsi entre 25% et 32% des personnes atteintes de phobie sociale[13].

Enfin, elle est handicapante aussi bien pour la vie sociale que professionnelle du patient. Ainsi, 48% en sont très dérangés dans le cadre professionnel et 20% n'ont pu suivre la carrière qu'ils désiraient en raison de celle-ci. L'hyperhidrose augmente aussi les risques de dépressions (presque la moitié des malades sont déprimés) et de manque de confiance (jusqu'à 71% d'entre eux)[14].

Description[modifier | modifier le code]

Par définition, la production de sueur en cas d'hyperhidrose dépasse les quantités nécessaires à la thermorégulation[15]. Les régions anatomiques les plus souvent concernées sont les aisselles, les mains, les pieds et le visage[16].

Types d'hyperhidrose[modifier | modifier le code]

La médecine reconnait généralement deux ou trois types différents d'hyperhidrose. Ceux-ci sont : l'hyperhidrose localisée primitive et l'hyperhidrose secondaire (généralisée ou localisée et régionale)[17].

L'hyperhidrose localisée primitive (ou « essentielle », c'est-à-dire, sans cause retrouvée[15]) est définie généralement par une transpiration excessive sur une durée de plus de 6 mois et sans présenter de cause. Il apparait le plus souvent avant l'adolescence (la plupart du temps dès la naissance), avec des crises de sudation au minimum hebdomadaire et avec des zones touchées presque toujours symétriques (elle peut donc être palmaire, plantaire ou cranio-faciale). Son origine est alors presque toujours génétique[17],[6].

L'hyperhidrose secondaire est, quant à elle, soit généralisée (elle touche toutes les parties du corps) soit localisée et régionales mais elle est alors le plus souvent asymétrique contrairement à l'hyperhidrose primaire. Elle est alors due à des facteurs externes le plus souvent des maladies ou des infections[17].

Causes[modifier | modifier le code]

Elle peut être favorisée par une fièvre, une intoxication à certains produits, ou, au contraire, un sevrage à d'autres (alcool, héroïne…), une anxiété, une obésité.

Elle peut être vue dans certaines affections endocriniennes : diabète sucré, hyperthyroïdie, syndrome carcinoïde, phéochromocytome, acromégalie… Certains lymphomes ou leucémies peuvent se manifester ainsi[9].

Les glandes sudoripares, qui secrètent la sueur, semblent être en nombre normal mais produisant un volume plus important de liquides[9].

Il existe des formes familiales suggérant une participation génétique[18].

Traitements[modifier | modifier le code]

Il existe des recommandations publiées par le National Institute for Health and Care Excellence (Grande-Bretagne) mise à jour en 2013[19].

Il convient d'éviter les plats épicés, l'alcool et les situations à stress, d'utiliser des vêtements larges, avec des tissus aux propriétés absorbantes[9].

Il existe des traitements différents en fonction de la localisation de la transpiration excessive. Il est admis par l'ensemble de la communauté médicale que l'on devra toujours commencer par le traitement le moins agressif pour passer au suivant, si le premier n'est pas assez efficace.

Certains médicaments, à effet anticholinergique, ont été essayés avec une bonne efficacité mais avec un taux d'effets secondaires importants : oxybutynine[20], glycopyrollate[21] ou méthanthéline[22].

Pour le traitement des aisselles :

  • en première intention, commencer par des traitements locaux antitranspirants à base de sels d'aluminium hexahydratés en solution alcoolique, en général suffisants pour régler les problèmes les plus communs[15]. ces sels sont absorbés par les cellules des canaux sudoripares qui se gonflent par effet osmotique, bouchant ces derniers[9] ;
  • si c'est insuffisant, il est possible de traiter ce symptôme avec des injections de toxine botulique[15], qui nécessitent une anesthésie locale. Ce produit inhibe la sécrétion d'acétylcholine responsable de la stimulation des glandes sudoripares. Les résultats sont bons, sans effets secondaires notables[23]. L'injection peut agir jusqu'à neuf mois[24] ;
  • une autre solution consiste à utiliser des protections axillaires qui seront collées sur la peau ou sur les vêtements. Il ne s'agit pas dans ce cas de traiter la transpiration excessive, mais de prévenir une partie des effets indésirables.

Pour les mains et pieds :

  • il est parfois proposé un traitement détranspirant à base de chlorure d'aluminium relativement efficace ;
  • un traitement souvent proposé par les dermatologues pour l'hypersudation des pieds est à base d'acide borique, soit sous forme de poudre (de couleur blanche) à saupoudrer sur la semelle, soit sous forme de semelle qui diffuse à la chaleur du pied l'acide borique ;
  • c'est dans ces localisations que la iontophorèse donne ses meilleurs résultats[15],[25]. Cette technique consiste à plonger une extrémité (main ou pied) dans un bac d'eau et de faire passer un courant électrique d'intensité très modérée. le mode d'action n'est cependant pas clair. il existe des systèmes permettant d'utiliser cette technique à domicile avec une amélioration chez 85 % des patients traités[26]. Des essais, portant sur un très petit nombre de patients ont été faits en rajoutant une toxine botulique à l'eau du bain avec des résultats positifs[27] ;
  • en cas d'échec, les injections de toxine botulique peuvent être essayées, en sachant qu'en France pour ces localisations, cette pratique est hors AMM (non remboursée) et que, douloureuse[15], elle doit être effectuée sous la responsabilité du médecin, qui la pratique en milieu hospitalier et sous anesthésie générale ou loco-régionale.

Dans les cas les plus résistants et les plus désespérés, avant de recourir à la chirurgie, les radiologues interventionnels proposent la sympatholyse chimique[28]. Pour les membres supérieurs cette technique consiste à placer une aiguille au contact de la troisième vertèbre dorsale à droite et à gauche. Et à injecter un produit neurolytique (alcool ou phénol) ; même technique pour les membres inférieurs, cette fois au niveau de la 2e et de la 4e vertèbre lombaire. Les effets secondaires possibles (moins fréquents que dans la chirurgie) sont le syndrome de Claude Bernard-Horner et l'hypersudation compensatrice.

En dernier lieu le recours à la chirurgie est envisageable. On pratique une sympathectomie, c'est-à-dire la section des fibres sympathiques qui contrôlent la transpiration au niveau de la zone considérée. Cette technique se fait par voie endoscopique, par ouverture de la plèvre, le lieu de la section dépendant de la zone que l'on veut traiter[29]. Cette opération donne de bons résultats immédiats qui sont définitifs[30]. Elle est malheureusement accompagnée d'effets secondaires dans plus de 70 % des cas. Parmi ces effets secondaires le plus fréquent est l'hyperhidrose compensatrice (jusqu'à 85 % des cas[31]), qui peut être grave, plus invalidante que la localisation d'origine (soit ventre, dos, pubis, fesse, visage, genou) et irréversible.

Le laser ne semble pas efficace[32].

Reconnaissance de la maladie[modifier | modifier le code]

L'International Hyperhidrosis Society ou IHHS (Société Internationale de l'Hyperhidrose) est une organisation indépendante, non-gouvernementale et sans but lucratif basée aux États-Unis, plus précisément dans la ville de Charleston, et consacrée à la lutte contre l'hyperhidrose. Elle a été fondée en 2003 notamment par David Pariser, aussi président de l'Académie américaine de dermatologie[7],[33],[34].

Remarques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. d'après le TLFi : [1]
  2. (en) Haider A, Solish N. « Focal hyperhidrosis: diagnosis and management » CMAJ 2005;172(1):69-75. PMID 15632408
  3. http://www.aestheticum-praxisklinik.de
  4. http://www.hyperhidrosisuk.org
  5. a et b Modèle:Len web
  6. a, b et c « L'hyperhidrose (Transpiration excessive) », sur Passeport Santé (consulté le 15 octobre 2016).
  7. a et b « Hyperhidrose, une maladie orpheline ? », sur Transpiration excessive, (consulté le 14 octobre 2016).
  8. (en) « International Hyperhidrosis Society », sur Sweathelp.org (consulté le 14 octobre 2016).
  9. a, b, c, d et e (en) Benson RA, Palin R, Holt PJE, Loftus IM. « Diagnosis and management of hyperhidrosis » BMJ 2013;347:f6800. PMID 24277380
  10. (en) Weber A, Heger S, Sinkgraven R. et al. « Psychosocial aspects of patients with focal hyperhidrosis: marked reduction of socialphobia, anxiety and depression and increased quality of life after treatment with botulinum toxin A » Br J Dermatol. 2005;152:342–5; PMID 15727649
  11. (en) Kuo CH, Yen M, Lin PC. « Developing an instrument to measure quality of life of patients with hyperhidrosis » J Nurs Res. 2004;12:21–30. PMID 15136960
  12. (en) De Campos JR, Kauffman P, Werebe Ede C. et al. « Quality of life, before and after thoracic sympathectomy: report on 378 operated patients » Ann Thorac Surg. 2003;76:886–91. PMID 12963223
  13. (en) J.R. Davidson, E.B. Foa, K.M. Connor et L.E. Churchill, Hyperhidrosis in social anxiety disorder, US National Library of Medicine, .
  14. Élise Bernier, « Hypersudation », sur EB (consulté le 16 octobre 2016).
  15. a, b, c, d, e et f Campanelli A, Salomon D, « Hyperhidrose localisée : clinique et traitements [Focal hyperhidrosis: disease characteristics and treatments] », Rev Med Suisse, vol. 5, no 200,‎ , p. 870-5. (PMID 19438086, lire en ligne [html]) modifier
  16. (en) Lear W, Kessler E, Solish N, Glaser DA. « An epidemiological study of hyperhidrosis » Dermatol Surg. 2007;33:S69-75 PMID 17241417
  17. a, b et c H. Maillard et M. Lecouflet, Prise en charge d'une hyperhidrose, Annales de dermatologie et de vénéréologie, (lire en ligne).
  18. (en) Ro KM, Cantor RM, Lange KL, Ahn SS. « Palmar hyperhidrosis: evidence of genetic transmission » J Vasc Surg. 2002;35:382 PMID 11854739
  19. (en) National Institute for Health and Care Excellence, Hyperhidrosis. Clinical knowledge summary
  20. (en) Wolosker N, Milanez de Campos JR, Kauffman P, Yazbek G, Neves S, Puech-Leao P. « Use of oxybutynin for treating plantar hyperhidrosis » Int J Dermatol. 2013;52:620-3. PMID 23590378
  21. (en) Bajaj V, Langtry JA. « Use of oral glycopyrronium bromide in hyperhidrosis » Br J Dermatol. 2007;157:118-21. PMID 17459043
  22. (de) Hund M, Sinkgraven R, Rzany B. « [Randomized, placebo-controlled, double blind clinical trial for the evaluation of the efficacy and safety of oral methantheliniumbromide (Vagantin) in the treatment of focal hyperhidrosis »] J Dtsch Dermatol Ges. 2004;2:343-9. PMID 16281522
  23. (en)Naumann M, Lowe NJ. « Botulinum toxin type A in treatment of bilateral primary axillary hyperhidrosis: randomised, parallel group, double blind, placebo controlled trial » BMJ 2001;323:596-9. PMID 11557704
  24. (en) Doft MA, Hardy KL, Ascherman JA. « Treatment of hyperhidrosis with botulinum toxin » Aesthet Surg J. 2012;32:238-44. PMID 22328694
  25. (en) Solish N, Bertucci V, Dansereau A. et al. « A comprehensive approach to the recognition, diagnosis, and severity-based treatment of focal hyperhidrosis: recommendations of the Canadian Hyperhidrosis Advisory Committee » Dermatol Surg. 2007;33:908-23. PMID 17661933
  26. (en) McAleer MA, Collins P. « A study investigating patients’ experience of hospital and home iontophoresis for hyperhidrosis » J Dermatolog Treat. 2014 Aug;25(4):342-4. DOI:10.3109/09546634.2012.757287 PMID 23356798
  27. (en) Davarian S, Kalantari KK, Rezasoltani A, Rahimi A. « Effect and persistency of botulinum toxin iontophoresis in the treatment of palmar hyperhidrosis » Australas J Dermatol. 2008;49:75-9. PMID 18412805
  28. Horma Babana H, Lucas A, Marin F, Duvauferrier R, Rolland Y., « Évaluation de l’efficacité thérapeutique de la sympatholyse thoracique dans l’hyperhidrose palmaire sous contrôle tomodensitométrique [Evaluation of the efficacy of CT guided thoracic sympatholysis to treat palmar hyperhidrosis] », J Radiol., vol. 85, no 1,‎ , p. 21-4 (PMID 15094635, lire en ligne [html]) modifier
  29. (en) Cerfolio RJ, Milanez De Campos JR, Bryant A. et al. « The Society of Thoracic Surgeons expert consensus for the surgical treatment of hyperhidrosis » Ann Thorac Surg. 2011;91:1642-8. PMID 21524489
  30. (en) Askari A, Kordzadeh A, Lee GH, Harvey M. « Endoscopic thoracic sympathectomy for primary hyperhidrosis: a 16-year follow up in a single UK centre » Surgeon 2013;11:130-3. PMID 23153766
  31. (en) Dewey TM, Herbert MA, Hill SL, Prince SL, Mack MJ. « One-year follow-up after thoracoscopic sympathectomy for hyperhidrosis: outcomes and consequences » Ann Thorac Surg. 2006;81:1227-32. PMID 16564248
  32. (en) Bechara FG, Georgas D, Sand M. et al. « Effects of a long-pulsed 800-nm diode laser on axillary hyperhidrosis: a randomized controlled half-side comparison study » Dermatol Surg. 2012;38:736-40. PMID 22273498
  33. (en) « International Hyperhidrosis Society », sur National Organization for Rare Disorders (NORD), États-Unis (consulté le 14 octobre 2016).
  34. (en) International Hyperhidrosis Society (IHHS), « About the International Hyperhidrosis Society », sur Sweathelp.org (consulté le 14 octobre 2016).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]