Hymne du MLF

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

L'Hymne du MLF, parfois appelé Hymne des femmes, ou encore Femmes debout, est une chanson créée collectivement en mars 1971 par des militantes féministes à Paris. Elle est devenue un emblème du Mouvement de libération des femmes (MLF) et plus généralement des luttes féministes francophones. Les paroles sont interprétées sur l'air du Chant des marais[1].

Son refrain « Levons-nous femmes esclaves Et brisons nos entraves Debout, debout, debout ! » est parfois repris comme slogan au cours de manifestations.

Genèse[modifier | modifier le code]

Lors d'une des réunions informelles du MLF — en l'occurrence celle de la préparation du rassemblement du au Square d'Issy-les-Moulineaux en mémoire et à l'honneur des femmes de la Commune de Paris —, la dizaine de personnes présentes co-écrivent ce texte. Entre autres, Monique Wittig, Hélène Rouch, Cathy Bernheim, Catherine Deudon, M.-J. Sinat, Gille Wittig, Antoinette Fouque, Josiane Chanel et Josée Contreras auraient été présentes à cette réunion[2].

C'est Josée Contreras qui aurait suggéré d'adopter l'air du Chant des marais (composé par Rudi Goguel) pour cette chanson[2].

La chanson n'avait pas vocation à devenir l'hymne d'un mouvement mais seulement d'être entonnée lors du rassemblement du . À ce propos, Josée Contreras précise : « J'ignore quand la chanson Nous qui sommes sans passé, les femmes... a été promue au rang d'Hymne du MLF, mais une telle perspective aurait suscité stupéfaction et hilarité chez les quelques femmes du Mouvement qui l'ont improvisée un soir de mars 1971[2]. »

Notoriété[modifier | modifier le code]

Immédiatement repris au cours de diverses manifestations féministes, l'Hymne du MLF voit ses paroles et sa partition (celle du Chant des marais) publiés dans un numéro du Torchon brûle de février 1972[3].

Depuis, cet hymne est traditionnellement chanté dans les manifestations du 8 mars, journée internationale du droit des femmes, dans les pays francophones[4],[5], mais aussi dans les mouvements féministes spontanés ou organisés[6],[7],[8], notamment syndicaux[9].

L'association Encore Féministes chante cet hymne chaque année le 6 décembre, Place du Québec à Paris, pour la Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes qui a été instaurée en référence à la tuerie de l'École polytechnique de Montréal de 1989[10].

Il est repris en 2015 par Cécile de France pour le film La Belle Saison de Catherine Corsini[11],[12], qui relate les débuts du MLF et la relation amoureuse de deux personnages féminins qui sont inspirés par deux figures emblématiques du MLF, Delphine Seyrig et Carole Roussopoulos[13].

Il est également repris en 2016 par l'auteure et comédienne Typhaine Duch dans sa pièce Contes à rebours, où elle chante les paroles de l'hymne sur des airs musicaux de dessins animés produits par Walt Disney Pictures[14].

À la veille de la grande marche du à l'appel du Collectif #NousToutes, contre les violences faites aux femmes, l'hymne a été repris par 39 musiciennes menées par le duo Brigitte. L'enregistrement réunit notamment Olivia Ruiz, la Grande Sophie, Jennyfer Ayache, Elodie Frégé, Agnès Jaoui, ou encore Barbara Carlotti.

L'hymne a encore connu un moment de popularité à l'occasion de la Coupe du Monde féminine de football 2019 en France, le 11 juin 2019 au Roazhon Park à Rennes, pour l'ouverture du match Chili-Suède. À l'initiative de la ville un groupe de 600 personnes a entonné l'Hymne des Femmes, suivi du gospel Ain’t gonna let nobody turn me around sous la conduite de la compagnie rennaise Dicilà[15],[16].

Controverses[modifier | modifier le code]

L'hymne est critiqué par des militantes afroféministes pour intégrer des concepts racistes et minimiser la domination raciale dans deux passages en particulier[17], "femmes esclaves" et "continent noir".

"Levons-nous femmes esclaves et brisons nos entraves" s'appuie sur la métaphore de l'esclavage alors que les femmes blanches, principales autrices du texte, ont fait partie du système de domination. "Depuis la nuit des temps, les femmes, Nous sommes le continent noir" reprend une métaphore raciste empruntée par Sigmund Freud à H.M. Stanley (Through the Dark Continent) pour désigner la sexualité féminine. Ce passage témoigne de l'influence du courant psychanalytique dans la création du MLF autour d'Antoinette Fouque[18],[19].

Pour prendre en compte ces critiques, depuis environ 2018 lors des manifestations féministes fleurissent de nouvelles versions du chant qui corrigent ces passages, en supprimant les références aux "femmes esclaves" et au "continent noir"[20],[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Bourdin, Mathias Bernard et Jean-Claude Caron, La voix & le geste : une approche culturelle de la violence socio-politique, Presses Univ Blaise Pascal, , 381 p. (ISBN 978-2-84516-276-1, lire en ligne), p. 265
  2. a b et c « 40 ans de MLF en chansons », sur lehalldelachanson.com.
  3. « LA LA LA… LES FEMMES ET LA CHANSON », sur pointsdaccroche.com, .
  4. « L'hymne des femmes - 8 mars », sur 8mars.info (consulté le 5 novembre 2016)
  5. Les Gaperons Rouges, « Hymne des femmes - Le blog des Gaperons Rouges », Le blog des Gaperons Rouges,‎ na (lire en ligne, consulté le 5 novembre 2016)
  6. « Villes/Paris/Féministe/Chanson féministes — NuitDebout », sur wiki.nuitdebout.fr (consulté le 5 novembre 2016)
  7. Collectif Sarka-SPIP, « Archives du féminisme - Collectif et Réseau Féministe "Ruptures" », sur www.reseau-feministe-ruptures.org (consulté le 5 novembre 2016)
  8. Bagnolet en Vert, « La manifestation féministe en photos et en chanson - Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet », Bagnolet en Vert- L'Ecologie à Bagnolet,‎ (lire en ligne, consulté le 5 novembre 2016)
  9. paris13, « Rassemblement #BringBackOurGirls | Paris 13 » (consulté le 5 novembre 2016)
  10. « Encore féministes ! », sur encorefeministes.free.fr (consulté le 5 novembre 2016)
  11. Pascal Gavillet, « Cécile de France: «J'ai même appris l’hymne du MLF» », tdg.ch/,‎ (lire en ligne, consulté le 5 novembre 2016).
  12. Serge Kaganski, « "La Belle Saison": une beau mélo entre amour saphique et émancipation féministe - Critique et avis par Les Inrocks », Les Inrocks,‎ (lire en ligne, consulté le 5 novembre 2016)
  13. Franck Nouchi, « « La Belle Saison » : un fervent désir de libération », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 5 novembre 2016)
  14. Olivier, « Typhaine D., comédienne de combats », mensuel,‎ (lire en ligne)
  15. Virginie Enée, « Rennes. L’hymne des femmes en 600 voix au Roazhon Park », Ouest France,‎ (lire en ligne)
  16. Par R. R. Le 12 juin 2019 à 17h24, « Mondial 2019 : comment un hymne féministe a résonné dans le stade de Rennes », sur leparisien.fr, (consulté le 11 juillet 2020)
  17. Anne Charlotte Husson, « Sexe / race et féminisme universaliste: splendeurs et misères d’une analogie », sur (Dis)cursives (consulté le 15 juillet 2020)
  18. Le Torchon brûle, no 3, p. 18, 1971.
  19. Catherine Clément, « Entretien avec A. Fouque », Le Matin de Paris, 16 juillet 1980, republié dans Génération MLF, éditions des femmes, p. 579-581.
  20. « Nos chants », sur Monsite (consulté le 15 juillet 2020)
  21. Collectif vaudois, Parolier de la Grève des femmes du 14 juin 2019 (lire en ligne), p. 8

Lien externe[modifier | modifier le code]