Hydyne

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Hydyne
Carburant liquide
N1-(2-aminoethyl)ethane-1,2-diamine 200.svg1,1-Dimethylhydrazin.svg
Formule développée plane des constatuants
de l’Hydyne (1,1-diméthylhydrazine et diéthylènetriamine)
Diéthylènetriamine-3D-vdW.png1,1-dimethylhydrazine-3D-vdW.png
Représentation 3D de type "Van der Waals surface (en) de la structure de l’1,1-diméthylhydrazine et de la diéthylènetriamine
Identification
Synonymes

U-DETA, Mixed Amine Fuel No. 4, MAF-4, Bagel

Apparence Liquide clair et incolore à l’odeur ammoniacale[1]
Propriétés chimiques
Formule brute [2]
Propriétés physiques
fusion −84,4 °C[3]
ébullition 69,6 °C[4]
Miscibilité Eau : 100 %
Éthanol : 100 %
JP-4 : limitée
Essence : limitée
RP-1 : limitée[1]
Masse volumique 0,845 9 g cm−3[5]
d'auto-inflammation 279 °C[6]
Point d’éclair 7,8 °C[6].
Limites d’explosivité dans l’air 2 (LIE) à 90 % en vol. à temp. amb.[6]
Pression de vapeur saturante à 24,85 °C : 15,732 kPa[4]
Viscosité dynamique 1,4 cP[6]
Point critique 285 °C, 53,3 atm[7]
Thermochimie
ΔfH0liquide 51,455 cal/g à 24,85 °C
Cp 0,65 cal g−1 K−1[8].
Propriétés optiques
Indice de réfraction à 24,85 °C : 1,438[9]
Précautions
SGH
SGH01 : ExplosifSGH02 : InflammableSGH05 : CorrosifSGH06 : ToxiqueSGH08 : Sensibilisant, mutagène, cancérogène, reprotoxiqueSGH09 : Danger pour le milieu aquatique
SIMDUT
B2 : Liquide inflammableD1A : Matière très toxique ayant des effets immédiats gravesE : Matière corrosive
B2, D1A, D2A, E,

Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

L'Hydyne, ou Hydine, (prononcé en anglais : /ˈhaɪdaɪn/), initialement baptisé Bagel, est un mélange de 60 % 1,1-diméthylhydrazine (UDMH[a]) et 40 % diéthylènetriamine (DETA), en masse.

Pour réussir la mise en orbite d’un satellite artificiel lors de la course à l’espace, les États-Unis doivent s’approprier un carburant plus puissant pour l’utiliser dans ses missiles, ici alors reconvertis en lanceurs spatiaux. Pour cela, le développement de cette nouvelle substance vient à Mary Sherman Morgan (en), qui créée en 1956 l’Hydyne. Après quelques vols d’essai sur des fusées Jupiter-C, l’Hydyne permettra aux États-Unis, même avec le retard prit par les Soviétique, de placer en orbite terrestre basse le 1er février 1958 le satellite Explorer 1, lancé sur le lanceur Juno I, contenant ainsi de l’Hydyne comme carburant et de l’oxygène liquide comme comburant. Il est aussi utilisé sur des drones cibles avec de l’IRFNA. Mais l’Hydyne, avec ses effets toxiques et corrosifs, est retiré du service au profit de carburant moins toxique, comme le kérosène ou encore l’éthanol.

L’Hydyne est une substance hygroscopique, claire à température ambiante, et incolore, dégageant une odeur ammoniacale, miscible en toute proportion à l’eau et à d’autre substance. Comme l’Hydyne est composé essentiellement d’UDMH, les propriétés de l’Hydyne sont très semblables.

L’Hydyne faisant partit de la série de carburant Mixed Amine Fuel, il peut être désigné sous le nom de code Mixed Amine Fuel 4, abrégé en MAF-4, ou par U-DETA, contraction de UDMH-DETA.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot Hydyne vient problématique du mot Hydrazines (en), nom de classe des composés chimiques des constituants (UDMH et DETA) de l’Hydyne, donnant le préfixe -Hy, et du mot Dyne, une unité de mesure de puissance, le complétant comme suffixe[10]. Le carburant peut aussi être écrit « Hydine », mais aucune source précise l’origine de la variante d’écriture de cette substance.

Histoire[modifier | modifier le code]

V2 et opération Paperclip[modifier | modifier le code]

Réunion de comité du Project Orbiter (en).

Lors de la seconde Guerre Mondiale, une équipe de recherche allemande crée le missile V2, pour décimer des populations civiles, principalement au Royaume-Uni et en Belgique. Mais les V2, avec leur capacité d’emport très faible et une précision peu satisfaisante, sont un échec. Mais suite à la fin de la guerre, les Américains escortent la grande majorité des ingénieurs ayant développé le V2, dans le cadre de l’opération Paperclip, dont Wernher von Braun, étant à l’origine du projet du missile V2, pour le développement de missile. Dans le but de rattraper le retard constaté par rapport à l'Allemagne dans ce domaine, l’armée américaine engage la North American Aviation (NAA) pour l’américanisation par extrapolation du V2, aboutissant ainsi au PGM-11 Redstone[11].

Jupiter-C #3 sur son pas de tir, avec de l’Hydyne contenu dans son réservoir de carburant.

Course à l'espace[modifier | modifier le code]

Wernher von Braun a proposé en 1954 l'idée de mettre un satellite en orbite lors d'une réunion du comité de vol spatial de l'American Rocket Society. Il baptisait son projet « Orbiter », et son plan était d'utiliser une fusée Jupiter-C avec des grappes de petites propulseurs à propulsion solide au sommet[12].

En pleine Année Géophysique Internationale, qui doit s’étaler de et , Les États-Unis et l’Union des républiques socialistes soviétiques déclarent vouloir chacun placer un satellite artificiel en orbite terrestre basse. Aux États-Unis, deux camps de recherches voient le jour, pour réussir la mise en orbite d’un satellite avant les Soviétiques. Le premier, est le projet Orbiter, dirigé par Wernher von Braun et son équipe d’ingénieurs allemands, avec une étroite collaboration de l’US Army. L’autre camp est celui du Naval Research Laboratory, travaillant sur le programme Vanguard, une fusée sonde Viking modifiée qui permettra l’envoie d’un petit satellite d'un kilogramme. Pour se charger de sélectionner le vainqueur, le comité scientifique suit les directives présidentielles qui stipulent que le projet doit conserver un caractère civil.

Le , au détriment d’Orbiter pourtant plus abouti, le Président Eisenhower approuve le programme Vanguard.

Mais le , les Soviétiques réussissent la première mise en orbite d’un satellite, Spoutnik 1, suivie par Spoutnik 2 un moins plus tard, contenant la chienne Laïka. Les Américains répliquent le 06 décembre 1957, avec un vol d’une fusée Vanguard, ne volant seulement deux secondes avant d’exploser en se crashant sur le pas de tir[13]. Après cette défaite, les États-Unis se tournent vers Wernher von Braun et ses fusées Redstone, plus particulièrement son Jupiter-C, pour les transformer en lanceur. Mais un problème s’impose : tel que conçu, le Jupiter-C n'avait pas une capacité de levage suffisante pour atteindre l'orbite. Wernher von Braun avait calculé que si on augmentait l’efficacité du carburant de 8 %, la fusée serait capable de mettre un satellite en orbite. Avant la création de l’Hydyne, les fusées de la famille Redstone utilisées de l’éthanol coupé à 25 % d’eau comme carburant, et de l’oxygène liquide comme comburant (oxydant)[14]. Pour la conception d’un nouveau carburant, mais aussi un oxydant, l’armée insiste pour que la NAA mette à la tête du projet une personne. Ainsi, lorsqu’un colonel vient au bureau de la NAA avec des nouvelles du contrat, la NAA lui répondit sans hésiter que Mary Sherman Morgan (en) sera à la tête du projet. Le colonel s’en oppose, car Mary ne possède pas de diplôme universitaire, et se trouvait également être une femme. Mais après insistance, Mary est mise à la tête du projet, pour la conception du nouveau carburant, mais aussi d’un nouvel oxydant.

Développement[modifier | modifier le code]

Lancement du satellite Explorer 1 par une fusée Juno I le 01/02/1958, dont le premier étages était propulsés à l’Hydyne avc de l’oxygène liquide (LOx).

Durant le développement de l'Hydyne, Mary est aidée pour les calculs par Bill Weber et Toru Shimizu, qui venaient d'obtenir une maîtrise en génie chimique et avaient été embauchés lors d'un salon de l'emploi. Travaillant jour et nuit, ils essayent de faire des suppositions éclairées sur les combinaisons qui fonctionneraient, puis de faire le calcul pour prouver les résultats. Mis à part le carburant, la NAA et l’armée avaient aussi demandé à Mary de concevoir une alternative à l’oxygène liquide, mais sachant qu'il y avait des centaines de combinaisons de combustibles, mais peu d'options pour les oxydants, elle continue le développement du carburant, car elle savait qu'il y avait de bien meilleures chances de trouver une alternative pour le carburant.

Le lendemain, les trois chercheurs trouvent la masse volumique, et Mary commande quatre tonnes de diéthylènetriamine, mais le ratio n’est pas encore établi. En peu de temps, Mary suppose que le ratio UDMH/DETA est 60/40, confirmé par le calcul. Elle baptise sa substance « Bagel ». Le choix de ce nom est un jeu de mot avec l’oxydant utilisé, l’oxygène liquide, abrégé en « LOx », qui porte le même nom qu’un filet de saumon baptisé Lox (en), servi avec du bagel. Mais l’armée, n’acceptant pas ce nom, le renomme « Hydyne ». Grâce à ce nouveau carburant, le gain est augmenté de 8 % au minimum, et le moteur devrait continuer pendant 155 s dans trois tests distincts. Dans les premiers temps, des suppositions ont été établies. Un jour, la manière dont l’Hydyne est introduit et mélangé dans le moteur-fusée est légèrement modifié. Après trois essais, le moteur-fusée consommait le carburant pendant parfaitement 155 s. Le carburant est alors validé[11]. L’Hydyne pouvait produire une poussée de 83 000 lbf (369 kN) mélangé à de l’oxygène liquide, avec un ratio de 1,73[15], plus que l’alcool éthylique. De plus, son impulsion spécifique est supérieure à celui de l’éthanol, et est aussi plus dense, ce qui permettait une charge propulsive accrue.

Règne d’utilisation[modifier | modifier le code]

La première utilisation de l’Hydyne est sur un vol de recherche et de développement baptisé sous le nom de code de RS-22[b], lancé le , sur une fusée Jupiter-A[c],[16], un missile PGM-11 Redstone reconverti en une fusée expérimentale[17]. L'objectif principal du test était de tester le contrôle d'une configuration de missile instable en utilisant un compteur d'angle d'attaque dans la phase ascendante. Le point de visée est manqué de 157 200 mètres. Le vol fut un échec, car l'impulsion spécifique a dépassé les valeurs prévues[18],[19].

Par la suite, il fut utilisé à deux reprises sur les fusées Jupiter-C. En 6 décembre 1958, le pilote John B. McKay prend contrôle du Bell X-1 modèle E, un avion expérimental à moteur-fusée pour effectuer un vol de recherche pour tester les changements du moteur. Sur ce vol d’essai à basse altitude et et a vitesse basse, de l’Hydyne est utilisé comme carburant, Cela, permet d’atteindre la vitesse maximale du X-1E à près de Mach 3[20]. Par la suite, l’Hydyne est utilisé sur les six lancements du Juno I[17], dont celui de l’envoi d’Explorer 1, premier satellite américain.

Abandon[modifier | modifier le code]

À partir du programme Mercury, l’Hydyne ne fut plus utilisé.

Pour le programme Mercury, la NASA doit trouver un missile pour le reconvertir en lanceur spatial, pour lancer une capsule Mercury avec un astronaute à son bord. L’agence choisie le missile SM-65 Atlas pour l’envoi de l’astronaute, mais les essais en vols sont peu satisfaisants : au premier vol, il subit une défaillance structurelle peu après le lancement, elle n'a donc pu atteindre sa trajectoire prévue. Un autre échec a eu lieu lors du lancement en vol orbital de Mercury-Atlas 3. Par précaution, la NASA est forcée de désigner un nouveau lanceur pour le programme, en attendant que l’Atlas devienne opérationnel. La NASA se tourne alors vers le missile PGM-11 Redstone, et sa famille de fusée comprenant Jupiter-C et Juno I, fusées ayant fait leurs preuves grâce à l'Hydyne. Mais le carburant présente un défaut majeur : l’Hydyne est extrêmement toxique et corrosif. De plus, l’A-7, le moteur-fusée du Redstone, n'avait jamais volé avec l'Hydyne[14]. Si l’Hydyne est utilisé sur les vols habités du programme Mercury, cela pourrait mettre en danger l’astronaute en cas de défaillances. Les deux premiers vols habités ont bien eu lieu sur une fusée Redstone, renommé pour le programme Mercury-Redstone, sans l’utilisation de l’Hydyne, mais avec de l’alcool éthylique[21]. Après que les Atlas, alors renommés Atlas LV-3B pour le programme, deviennent opérationnels, la Mercury-Redstone est mise hors service.

Un AQM-37A sur un A-6E Intruduer. Ce modèle de AQM est celui qui donnera le AQM britannique utilisant de l’Hydyne et de l’IRFNA.

Néanmoins, l’entreprise britannique Short Brothers obtient et produit à hauteur de 75 exemplaires sous licence des drones cibles Beechcraft AQM-37 Jayhawk (en), ici renommé « SD.2 Stiletto », pour le compte de la Royal Air Force, entre 1976 et 1996[22]. Son moteur-fusée Rocketdyne LR64-NA-4 (ou P4-1 Booster[23]) utilise comme comburant de l’Acide nitrique fumant rouge (IRFNA) et de l’Hydyne comme carburant, produisant ainsi 850lb, autrement dit 3,781 kN[24].

Propriétés[modifier | modifier le code]

Apparence[modifier | modifier le code]

Le moteur-fusée A-7, le propulseur dans lequel l’Hydyne est injecté avec de l’oxygène liquide, provoquant une poussée élevée.

L’Hydyne se présente sous l’apparence d’un liquide hygroscopique, clair à température ambiante, et incolore, dégageant une odeur ammoniacale. Il est miscible en toutes proportions avec l’eau, l'UDMH, l'acétonitrile, la DETA, l'hydrazine, l'éthanol et le MMH. Sa miscibilité avec le JP-4 et le RP-1 n’est que partielle[1].

Propriétés physiques[modifier | modifier le code]

Point d'ébullition[modifier | modifier le code]

Le point d’ébullition a été mesuré à 69,57 °C, à partir de deux mesures rapportées par Rocketdyne et FMC Corporation. Rocketdyne a obtenu un résultat de 71,7 °C, alors que FMC Corporation trouve 64,4 °C. Pour arriver à une valeur unique, un ajustement de la courbe des moindres carrés de la pression de vapeur a été effectué, et indique une valeur de 69,57 °C[4].

Point de fusion[modifier | modifier le code]

Rocketdyne rapporte un point de fusion de l’Hydyne à −84,4 °C, mais cette valeur, dû à l’aspect visqueux et vitreux que l’Hydyne prend à cette température, présente une incertitude considérable[3].

Pression de vapeur[modifier | modifier le code]

La pression de vapeur a été mesurée et rapportée par Food Machinery and Chemical Corporation (FMC) et Rocketdyne. Cependant, la pureté et les données de composition faisaient défaut et relativement peu de points de données avec une dispersion considérable ont été obtenus. Basée sur les données disponibles, la pression de vapeur peut être décrite[4] :

Masse volumique[modifier | modifier le code]

La masse volumique a été mesurée par FMC et Reaction Motors Division (RMD) en trois ensembles de données, mais les ensembles de données comprennent des erreurs, des variations de composition, des impuretés de la DETA allant jusqu’au 9 %, faussant les données. Aucune tentative de correction des données n'a été effectuée, à cause du manque de savoir sur les conditions et les méthodes utilisées sur les mesures. Toutes les données disponibles, à l'exception d'un point manifestement en désaccord avec le reste, ont été utilisées pour dériver l'équation de masse volumique suivante[5] :

Indice de réfraction[modifier | modifier le code]

Deux valeurs de l’indice de réfraction de l’Hydyne ont été reportées. La première, mesurée par le Bureau des mines des États-Unis, a donné une fourchette entre 1,443 et 1,446 à 13 °C, alors que Cant Grant[Qui ?] a obtenu 1,438 à 25 °C[9].

Propriétés chimiques[modifier | modifier le code]

Les propriétés chimiques de l’Hydyne peuvent être déterminées grâce à ses deux composants : l'UDMH et la DETA. Ce mélange basique peut être lentement oxydé par le CO2, contenu par exemple dans l’atmosphère terrestre. L’hydyne attaque le cuivre et le laiton, grâce à l'UDMH. Bien qu’aucune donnée spécifique sur les réactions chimiques de l’Hydyne n’ait été reportée, on peut supposer que l’Hydyne possède les mêmes propriétés que l'UDMH[25].

Propriétés thermodynamiques[modifier | modifier le code]

Enthalpie standard de formation[modifier | modifier le code]

L’enthalpie standard de formation de l'Hydyne peut être calculée à partir de l’enthalpie standard de formation des deux ingrédients et de la fraction molaire. Sachant que la composition massique exacte de l’Hydyne est de 60 % en UDMH et de 40 % en DETA, l’enthalpie standard de formation (à 298,15 K) de l’Hydyne est de 3,70 kcal/mol. La mole est définie comme 72,149 8 g avec la formule brute[2] :

Composé Composition
massique (%)
Fraction molaire
(kcal/mol)
UDMH (C2H8N2, M = 60,1 g/mol) 60 0,72 12,339[2]
DETA (C4H13N3, M = 103,2 g/mol) 40 0,28 −18,5[2]

ou :

Constantes d'état critique[modifier | modifier le code]

Les valeurs de température et de pression critique, mesurées également par Rocketdyne, rapporte respectivement 285 °C et 784 psia. Les méthodes utilisées pour obtenir ces résultats ne sont pas connues car la source originale des données n'était pas disponible, donc, faisant de ces valeurs des valeurs non vérifiables. De plus, puisque l’Hydyne est un mélange, les données se réfèrent très probablement à un point « pseudocritique », donc ces valeurs doivent donc être considérées comme provisoires[7].

Décomposition radiolytique[modifier | modifier le code]

La décomposition radiolytique de l’Hydyne a été reportée à 149,4 millilitres de gaz d'échappement radiolytique, mesurée à 25 ° C et 1 pression atmosphérique, lorsqu'il est irradié à 8,5 x 106 rads avec des rayons gammas. Cette étude fut réalisée pour déterminer s'il est possible de supprimer la génération de gaz non condensables lorsque les carburants liquide Hydrazine, RP-1 et Hydyne sont soumis à un rayonnement gamma au Cobalt 60. Plus la suppression de cette génération de gaz d'échappement est grande, plus la capacité de stockage des combustibles par rapport aux rayonnements ionisants dans l'espace et des moteurs-fusées nucléaires est grande[26].

Propriétés avec oxydants[modifier | modifier le code]

Propriétés des combinaisons de l’Hydyne avec divers oxydants
Oxydant Rapport oxydant/Hydyne optimal Température de combustion Impulsion spécifique Impulsion spécifique
au niveau de la mer
Densité
Oxygène liquide (LOx[beta 1])[27] 1,73 3 585 K 359 s 306 s 1,02
L'oxygène liquide était le plus récent, le moins cher, le plus sûr et finalement l'oxydant de préférence des lanceurs spatiaux. C'est l'unique comburant qui était utilisé avec l'Hydyne.
Mixed Oxides of Nitrogen (MON[beta 1])[28] 2,84 3 475 K 335 s 287 s 1,19
Le MON ne fut jamais utilisé avec l’Hydyne.
Peroxyde d'azote (NTO[beta 1])[29] 2,71 3 395 K 330 s 282 s 1,22
Le peroxyde d’azote ne fut jamais avec l’Hydyne.
Pentafluorure de brome (BrF5)[30] 3,85 3 195 K 227 s 227 s 1,78
Les problèmes de manipulation et les risques pour la sécurité du pentafluorure de brome toxique l'emportaient sur les avantages de performance.
Trifluorure de chlore (ClF3)[31] 2,98 3 710 K 331 s 276 s 1,43
Le trifluorure de chlore a eu de meilleures performances en utilisant du carburant à hydrazine.
Fluorure de perchloryle (ClO3F)[32] 2,78 3 290 K 285 s 285 s 1,22
Le fluorure de perchloryle n'a eu aucune application avec l'Hydyne, car il a de meilleures performances en utilisant du carburant à base d'hydrazine.
  1. a b et c Dénomination en astronautique

Dangerosité[modifier | modifier le code]

Toxicité[modifier | modifier le code]

En absence d'informations détaillées pour des mélanges spécifiques, on peut déterminer la toxicité de l’Hydyne à partir de celle de ses deux composants. L’UDMH est le composant ayant la pression de vapeur la plus élevée, il est donc de considération primordiale. L'UDMH et la famille de combustibles aminés mixtes (MAF), comprenant l’Hydyne, représentent un danger humain par[33] :

  • contact avec les yeux à l’état liquide ou gazeux ;
  • inhalation de vapeur ;
  • exposition à la peau à l’état liquide ou à forte concentration de vapeur ;
  • explosion ou combustion.

Inflammabilité[modifier | modifier le code]

L'UDMH est inflammable dans l'air sur une très large gamme de concentrations mais la plage d'inflammabilité pour les MAF, comprenant l’Hydyne, peuvent être légèrement plus étroite que pour l’UDMH. Toutes ces substances sont hypergoliques avec certains oxydants, tels que les acides nitriques fumants, le tétroxyde d'azote, le peroxyde d'hydrogène, le trifluorure de chlore et le fluor. Les chiffons, déchets de coton, chutes de bois, excelsior et autres matériaux de grande surface, provoquent une inflammation spontanée à l’absorption de l’UDMH ou des MAF. Ils ne doivent en aucun cas être stockés dans des conditions qui empêchent la dissipation de la chaleur qui s'accumule lors de l'oxydation progressive. Lorsqu'ils entrent en contact avec de telles matières organiques, des incendies peuvent être provoqués. Deux types d’incendies se produisent : les feux supportés librement dans l'air et les feux supportés par un oxydant (ex. : combustion de type torche). Dans les espaces clos, le personnel se trouvant dans un environnement où la limite inférieure d'explosivité (LIE) atteint 20 % doit être évacué[34].

Explosion[modifier | modifier le code]

Les propriétés de l’UDMH et des combustibles aminés mixtes sont presque similaires, puisque la vapeur est principalement de l'UDMH. Une teneur d’UDMH supérieure à 2 % dans l’air peut initier une inflammation par une étincelle électrique ou une flamme nue. En raison de la pression de vapeur élevée et d'une large plage d'inflammabilité, la possibilité qu'un mélange explosif se forme sur le liquide est très élevée. L'UDMH doit être stockée et manipulée sous une atmosphère d’azote[35].

Logistique[modifier | modifier le code]

Conception[modifier | modifier le code]

L’Hydyne est un mélange massique de 60 % d’UDMH et de 40 % de DETA, la production se fait sous un rembourrage d'azote[36].

UDMH[modifier | modifier le code]

L'UDMH est fournie principalement aux États-Unis par Chemical Corporation et Food Machinery, dans l’usine de fabrication de Baltimore, dans le Maryland. La synthèse de l'UDMH est réalisée par FMC Corporation via la nitrosation de la diméthylamine (DMA) en N-nitrosodiméthylamine, suivie de la réduction de cet intermédiaire en (CH3)2 N2H2 (UDMH) :

La substance est ensuite purifiée et distillée, donnant ainsi l'UDMH presque anhydre.

Une autre méthode de fabrication est le procédé de Olin Raschig (en), utilisé pour la production de l'hydrazine et de la méthylhydrazine. Pour l'UDMH, le procédé est modifié par la substitution de la diméthylamine à l'ammoniac dans la réaction de deuxième étape avec la chloramine[37].

DETA[modifier | modifier le code]

La DETA est quant à elle disponible dans le commerce, fabriquée par Dow Chemical et Carbide and Carbon Chemicals Company ; elle est obtenue en traitant le dichlorure d'éthylène avec de l'ammoniac. Les conditions de réaction varient, mais dans tous les cas, un mélange est obtenu. À basse pression et température, elle est principalement produite avec un faible rendement ; si la pression et la température sont plus élevées, une plus grande proportion de diéthylènetriamine et d'autres polyéthylènepolyamines est produite[38].

Coût d'achat[modifier | modifier le code]

Le coût d’achat de l’Hydyne en 1959 était de 0,81 US $ par kilogramme[39],[40]

Historique d'utilisation[modifier | modifier le code]

Pour les neuf lancements ci-dessous, l'oxydant utilisé était l'oxygène liquide (LOx).

Chronologie d’utilisation de l’Hydyne sur les lanceurs spatiaux[16],[17]
No de
l’Hydyne
Lanceur No du
lanceur
Date de lancement
(UTC)
Résultat
de la mission
1 Jupiter-A 9 18 décembre 1956 Succès
2 Jupiter-C 2 15 mai 1957 ?
3 3 8 août 1957 Succès
4 Juno I 1 31 janvier 1958
5 2 5 mars 1958 Échec
6 3 26 mars 1958 Succès
7 4 26 juillet 1958
8 5 24 août 1958 Échec
9 Juno I (v. 5 étages) 6 23 octobre 1958

Culture populaire[modifier | modifier le code]

En 2013, le fils de Mary Sherman Morgan, George D. Morgan dramatise la création de l’Hydyne dans une pièce de théâtre intitulée « Rocket Girl », qui raconte une fiction historique de Mary Sherman Morgan et de sa création, l’Hydyne. Cet pièce de théâtre fut diffusée au California Institute of Technology, en novembre 2008[41]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour l'anglais Unsymmetrical DiMethylHydrazine
  2. RS-22 Signifie que la fusée est de construction de la Redstone Arsenal (Arsenal de Redstone)
  3. L’Hydyne fut utilisé pour la première fois sur le moteur-fusée North American Aviation/Rocketdyne LR-64-NA-4

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c (en) Walter R. Marsh et Bruce P. Knox, USAF Propellant Handbooks. Hydrazine Fuels, vol. 1, , 543 p. (lire en ligne), Section 2.9.2.1, p. 252 : Introduction.
  2. a b c et d (en) Walter R. Marsh et Bruce P. Knox, USAF Propellant Handbooks. Hydrazine Fuels, vol. 1, , 543 p., Section 2.9.5.1, p. 259 : Heat of Formation of Liquid.
  3. a et b (en) Walter R. Marsh et Bruce P. Knox, USAF Propellant Handbooks. Hydrazine Fuels, vol. 1, , 543 p., Section 2.9.5.2, p. 259 : Melting Point and Heat of Fusion.
  4. a b c et d (en) Walter R. Marsh et Bruce P. Knox, USAF Propellant Handbooks. Hydrazine Fuels, vol. 1, , 543 p., Section 2.9.3.1, p. 252 : Vapor Pressure and Normal Boiling Point.
  5. a et b (en) Walter R. Marsh et Bruce P. Knox, USAF Propellant Handbooks. Hydrazine Fuels, vol. 1, , 543 p., Section 2.9.3.2, p. 252 : Density of Liquid MAF-4.
  6. a b c et d (en) United States. Dept. of the Air Force, Air Force Manual, vol. 1 à 2 ; vol. 161 (lire en ligne), Table 10-4, p. ? : Physical Properties of MAF-4.
  7. a et b (en) Walter R. Marsh et Bruce P. Knox, USAF Propellant Handbooks. Hydrazine Fuels, vol. 1, , 543 p., Section 2.9.5.3, p. 259 : Critical State Constants.
  8. (en) Walter R. Marsh et Bruce P. Knox, USAF Propellant Handbooks. Hydrazine Fuels, vol. 1, , 543 p., Section 2.9.1, p. 251 : Property summary sheet.
  9. a et b (en) Walter R. Marsh et Bruce P. Knox, USAF Propellant Handbooks. Hydrazine Fuels, vol. 1, , 543 p., Section 2.9.3.9, p. 259 : Index of Refraction.
  10. (en) Woodford Agee Heflin, The Second Aerospace Glossary, , 146 p. (lire en ligne), Page 62 - H
  11. a et b (en) Kristina Panos, « Mary Sherman Morgan, rocket fuel mixologist », sur hackaday.com, (consulté le 31 décembre 2020).
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  41. (en) Soundings: She Put The High In Hydyne, Air & Space Smithsonian Magazine, , page 10

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) George D. Morgan, Rocket Girl: The Story of Mary Sherman Morgan, America's First Female Rocket Scientist, Prometheus Books, , 334 p. (ISBN 978-1616147396).  — Ce livre, écrit par le fils de Mary Sherman Morgan, retrace toute la vie de sa mère, de sa naissance à sa mort, et de ses exploits, comme la création de l’Hydyne

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [vidéo] (en) [1] — The Launch of Explorer 1
  • [vidéo] (en) [2] — The Woman Who Saved the U.S. Space Race (And Other Unsung Scientists)