Aller au contenu

Hyène rayée

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Hyaena hyaena · Hyène (Stricto sensu)

Hyaena hyaena
Description de cette image, également commentée ci-après
L’Hyène rayée (Hyaena hyaena) à Bhigwan, état du Maharashtra, en Inde.
2.8–0 Ma
24 collections
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Infra-classe Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Feliformia
Famille Hyaenidae
Sous-famille Hyaeninae
Genre Hyaena

Espèce

Hyaena hyaena
(Linnaeus, 1758)

Statut de conservation UICN

( NT )( NT )
NT  : Quasi menacé

Répartition géographique

Description de l'image Striped Hyaena area.png.

Statut CITES

Sur l'annexe III de la CITES Annexe III, Rév. du 24/06/2014
(Pakistan)

Synonymes

L’Hyène rayée (Hyaena hyaena) est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Hyénidés. Bien que moins connue dans l’imaginaire populaire que la hyène tachetée, il s’agit de l’ « Hyène » au sens strict, unique représentant actuel de son genre Hyaena.

Elle est originaire d'Afrique du Nord et d'Afrique de l'Est, du Moyen-Orient, du Caucase, d'Asie centrale et du sous-continent indien.

Elle est classée par l'UICN comme quasi menacée, car la population mondiale est estimée à moins de 10 000 individus pouvant se reproduire. Cette population continue de subir des persécutions délibérées et accidentelles, parallèlement à une diminution de ses proies, ce qui pourrait entraîner un déclin de 10 % au cours des trois prochaines générations[2].

C'est la plus petite des hyènes et elle conserve de nombreuses caractéristiques primitives des Viverridés perdues chez les espèces plus grandes[3], possédant un crâne plus petit et moins spécialisé[4],[5]. Bien qu'elle soit principalement charognarde, de grands spécimens ont déjà été observés tuant leurs propres proies[6], et des attaques sur l'homme sont survenues dans de rares cas[7]. L'hyène rayée est un animal monogame, le mâle et la femelle s'aidant mutuellement pour élever leurs petits[8]. Animal nocturne, elle ne sort généralement que dans l'obscurité totale et regagne rapidement son terrier avant le lever du soleil[9]. Bien qu'elle ait l'habitude de pratiquer un simulacre de mort lorsqu'elle est attaquée, elle est connue pour tenir tête à des prédateurs plus grands lors de disputes pour de la nourriture[10].

L'hyène rayée occupe une place importante dans le folklore du Moyen-Orient et d'Asie. Dans certaines régions, les parties de son corps sont considérées comme magiques et sont utilisées comme charmes ou talismans[11]. Elle est mentionnée dans la Bible hébraïque, où elle est appelée tzebua ou zevoa, bien qu'elle soit absente de certaines traductions modernes[12]. Les Grecs anciens la connaissaient sous les noms de γλάνος (glános) et ύαινα (húaina) et l'observaient sur la côte égéenne de l'Asie Mineure[13]. L'hyène rayée est l'animal national du Liban[14].

Les fossiles d’hyène rayée sont fréquents en Afrique, avec des traces remontant jusqu’au Pléistocène inférieur[15]. L’espèce pourrait avoir évolué à partir de Hyaenictitherium namaquensis, une espèce du Pliocène africain. Comme les fossiles d’hyènes rayées sont absents de la région méditerranéenne, il est probable que cette espèce soit une immigrante relativement tardive en Eurasie, ne s’étant répandue hors d’Afrique qu’après l’extirpation des hyènes tachetées (Crocuta crocuta) d’Asie à la fin de la dernière période glaciaire.

L’hyène rayée a été présente en Europe pendant le Pléistocène, notamment en France où des restes ont été notamment exhumés à à Montmaurin, en Allemagne, Hollabrunn en Autriche, dans la grotte de Furninha au Portugal et dans les grottes de Genista à Gibraltar. La forme européenne était morphologiquement similaire aux populations actuelles, mais de taille plus imposante, comparable à celle de l’hyène brune (Parahyaena brunnea)[3].

Phylogénie moderne

[modifier | modifier le code]

Une analyse moléculaire récente (Koepfli et al., 2006[16]) a clarifié les relations phylogénétiques entre les cinq espèces actuelles de Hyaenidae. Ces résultats ont été complétés par une étude de 2021[17], qui propose l’arbre phylogénétique suivant :

Hyaenidae
Hyaeninae

Crocuta crocuta





Hyaena hyaena



Parahyaena brunnea




Protelinae
Proteles

Proteles cristata



Proteles septentrionalis



Description

[modifier | modifier le code]

Morphologie

[modifier | modifier le code]

L’hyène rayée possède un corps massif mais court, soutenu par de longues pattes. Les membres postérieurs sont nettement plus courts que les membres antérieurs, ce qui donne au dos une pente descendante. Les pattes sont relativement minces et peu robustes, les membres antérieurs étant fléchis au niveau des os du carpe. Le cou est épais, long et peu mobile, tandis que la tête est lourde et massive, avec une région faciale raccourcie. Les yeux sont petits, mais les oreilles, pointues et larges, sont très développées et implantées haut sur la tête. Comme toutes les hyènes, elle possède des coussinets plantaires volumineux et des griffes émoussées mais puissantes. La queue est courte et les poils terminaux ne descendent pas en dessous du tendon d’Achille[18].

Les organes génitaux de la femelle présentent une masculinisation transitoire[19], bien qu’elle ne possède pas le clitoris hypertrophié ni le faux scrotum observés chez la femelle de l’hyène tachetée[20]. La femelle possède trois paires de mamelles[21].

Le poids d’un adulte varie de 22 kg à 55 kg, avec une moyenne d’environ 35 kg. La longueur du corps (hors queue) est comprise entre 85 cm et 130 cm, et la queue mesure de 25 cm à 40 cm. La hauteur au garrot est de 60 cm à 80 cm[22],[23],[24],[25].

Le mâle possède une poche de peau nue autour de l’anus, où s’ouvrent de grandes glandes anales. Plusieurs glandes sébacées sont présentes entre ces ouvertures[26]. L’anus peut s’éverser jusqu’à 5 cm de longueur, notamment lors d’interactions sociales ou d’accouplements. En cas d’attaque, l’hyène rayée éverse son rectum et projette un liquide malodorant issu de ses glandes anales[27]. Son odorat est très développé, mais sa vue et son ouïe sont moins performants[28].

Le crâne est typique du genre : il présente une crête sagittale très marquée, une région faciale raccourcie et un os frontal bombé[29]. Il est moins massif que celui de l’hyène brune[5] ou de la hyène tachetée, mais reste robuste, adapté à des muscles mâchoires extrêmement puissants[4], capables de briser le fémur d’un chameau[28]. Bien que sa dentition soit globalement plus petite que celle de la hyène tachetée, sa molaire supérieure est bien plus grande[4].

Le pelage d’hiver est exceptionnellement long et uniforme pour un animal de cette taille, avec une crinière épaisse de poils durs s’étendant de l’occiput à la base de la queue. En hiver, le pelage est dense, doux et doté d’un sous-poil épais. Les poils de jarre mesurent 50 mm à 75 mm sur les flancs, 150 mm à 225 mm sur la crinière et 150 mm sur la queue. En été, le pelage est plus court, plus rude et sans sous-poil, mais la crinière reste imposante[18].

En hiver, la couleur dominante est un gris-brun sale ou gris terne. Les poils de la crinière sont gris clair ou blancs à la base, et noirs ou brun foncé à l’extrémité. Le museau est sombre (gris-brun à noir), tandis que le sommet du crâne et les joues sont plus clairs. Les oreilles sont presque noires. Une grande tache noire orne l’avant du cou, séparée du menton par une zone claire. Les flancs portent quatre rayures verticales indistinctes et des rangées de taches diffuses. Les cuisses présentent 3 à 4 bandes sombres verticales ou obliques, qui se transforment en rayures transversales sur le bas des pattes. L’extrémité de la queue est noire, avec un sous-poil blanc[18].

Variation géographique

[modifier | modifier le code]

Depuis 2005, aucune sous-espèce n’est officiellement reconnue. Pourtant, l’hyène rayée présente une grande variabilité géographique. Dans la péninsule Arabique, sa crinière dorsale est accentuée, avec des poils médians atteignant 20 cm. Le pelage y est gris à gris blanchâtre, avec un museau gris foncé et des reflets jaunâtres sous les yeux. En Israël, la crinière dorsale est grise et noire, plutôt que majoritairement noire[22]. Les plus grands individus vivent au Moyen-Orient, en Asie Mineure, en Asie centrale et dans le sous-continent indien, tandis que ceux d’Afrique de l’Est et de la péninsule Arabique sont plus petits[6],[30].

Comportement

[modifier | modifier le code]

Comportements sociaux et territoriaux

[modifier | modifier le code]
Hyène rayée dans le parc national de Gir, en Inde.

L'hyène rayée est un animal principalement nocturne, qui ne quitte généralement son terrier qu'à la tombée de la nuit noire pour y revenir avant le lever du soleil[9]. Elles vivent généralement seules ou en couples, bien que des groupes allant jusqu'à sept individus aient été observés en Libye. Elles ne sont généralement pas territoriales, les domaines vitaux de différents groupes se chevauchant souvent. Dans le Serengeti, des domaines vitaux de 44 à 72 km2 ont été enregistrés, tandis qu'un domaine dans le Néguev a été calculé à 61 km2[28].

Pour marquer leur territoire, les hyènes rayées utilisent la pâte de leur poche anale, appelée « beurre de hyène », pour effectuer un marquage odorant sur l'herbe, les tiges, les pierres, les troncs d'arbres et d'autres objets. La composition de ce beurre d'hyène varie selon l'âge de l'individu et sa population d'origine, et est en partie déterminée par la composition bactérienne fermentaire de la poche odorante, qui comprend de nombreuses bactéries anaérobies du phylum des Bacillota (également appelés Firmicutes)[31]. Alors que la composition bactérienne chez les juvéniles est variable, les adultes présentent des communautés bactériennes plus uniformes, avec des types et des quantités spécifiques pour chaque taxon[32].

Lors d'affrontements agressifs, la tache noire située près des vertèbres thoraciques et lombaires est érigée. En combat, les hyènes rayées mordent à la gorge et aux pattes, mais évitent la crinière, qui sert de dispositif de signalisation. Lors des salutations, elles se lèchent la région du milieu du dos, se reniflent le nez, extrudent leur poche anale, ou se donnent des coups de patte à la gorge[33]. L'espèce n'est pas aussi vocale que l'hyène tachetée ; ses vocalisations se limitent à un ricanement saccadé et des hurlements[28].

Reproduction et cycle de vie

[modifier | modifier le code]
Une hyène rayée en captivité au zoo de Delhi.

L'hyène rayée est monogame, le mâle établissant le terrier avec la femelle et l'aidant à élever et nourrir les petits à leur naissance. La saison de reproduction varie selon les régions ; en Transcaucasie, les hyènes rayées se reproduisent en janvier-février, tandis qu'au sud-est du Turkménistan, c'est en octobre-novembre. En captivité, la reproduction n'est pas saisonnière. L'accouplement peut avoir lieu à tout moment de la journée, le mâle saisissant alors la peau du cou de la femelle[8].

La période de gestation dure de 90 à 91 jours. Les petits naissent avec les marques de l'adulte, les yeux fermés et de petites oreilles. Cela contraste avec les petits d'hyène tachetée, qui naissent presque entièrement développés, bien qu'avec un pelage noir uni[34]. Leurs yeux s'ouvrent après 7 à 8 jours et les petits quittent le terrier après un mois. Le sevrage a lieu à l'âge de 2 mois, après quoi ils sont nourris par les deux parents. À l'automne, les petits font déjà la moitié de la taille de leurs parents. À l'état sauvage, l'hyène rayée peut vivre 12 ans, alors qu'en captivité, elle peut atteindre 23 ans[8].

L'hyène rayée peut creuser ses propres terriers, mais elle installe aussi ses repaires dans des grottes, des fissures rocheuses, des chenaux d'érosion ou des terriers autrefois occupés par des porcs-épics, des loups, des phacochoères ou des oryctéropes. Les terriers d'hyènes sont identifiables par la présence d'os à l'entrée. Durant la journée, elle se cache dans des grottes, des niches, des fosses, des fourrés d'herbes denses pour s'abriter des prédateurs, de la chaleur ou du froid hivernal. La taille et l'élaboration des terriers varient selon la localisation. Dans le désert du Karakoum, les entrées mesurent 0,67 à 0,72 m de large et s'étendent sur 4,15 à 5 m, sans extensions latérales ni chambres spéciales. En revanche, en Israël, les terriers sont beaucoup plus élaborés et vastes, dépassant parfois 27 m de longueur[33],[35].

Alimentation

[modifier | modifier le code]
Hyène rayée cherchant de la nourriture dans la division forestière de Mirzapur, en Inde.

L'hyène rayée est principalement un charognard qui se nourrit surtout de carcasses d'ongulés (tels que le zèbre, le gnou, la gazelle et l'impala) à différents stades de décomposition, ainsi que d'os frais, de cartilages, de ligaments et de moelle osseuse[36]. Elle broie les os longs en fines particules et les avale, bien que certains os soient parfois mangés entiers[37]. Elle n'est pas difficile, bien qu'elle ait une aversion pour la chair de vautour[38]. Elle attaque et tue occasionnellement tout animal qu'elle peut dominer, comme des lièvres, des rongeurs, des reptiles et des oiseaux[10],[36]. Elle chasse ses proies en les poursuivant jusqu'à épuisement, les saisissant aux flancs ou à l'aine pour leur infliger des blessures mortelles en arrachant les viscères[39].

Au Turkménistan, l'espèce se nourrit de sangliers, de koulans, de porcs-épics et de tortues. Une abondance saisonnière de fruits de l'olivier de Bohême constitue une source alimentaire importante en Ouzbékistan et au Tadjikistan, tandis que dans le Caucase, ce sont les sauterelles[37]. En Israël, l'hyène rayée se nourrit de déchets, de charognes et de fruits. En Jordanie orientale, ses principales sources de nourriture sont des carcasses de chevaux sauvages et de buffles d'eau, ainsi que des déchets de villages. Il a été suggéré que seules les grandes hyènes du Moyen-Orient, d'Asie mineure, d'Asie centrale et du sous-continent indien attaquent de grandes proies, sans preuve que les populations plus petites d'Arabie et d'Afrique de l'Est le fassent[6]. En raison de son régime charognard, l'hyène rayée nécessite plus d'eau pour survivre que la plupart des autres carnivores[37]. En raison de la forte teneur en calcium de son alimentation, les fèces de l'hyène rayée deviennent blanches très rapidement et sont visibles de loin[35].

Relations avec d'autres prédateurs

[modifier | modifier le code]
Hyène rayée observant des loups consommant une carcasse d'antilope cervicapre.

L'hyène rayée entre en compétition avec le Loup gris au Moyen-Orient et en Asie centrale. Dans cette dernière région, une grande partie de son alimentation provient de carcasses tuées par les loups. En Israël, l'hyène rayée domine le loup lors de confrontations individuelles, mais les loups en meute peuvent chasser une hyène isolée[33]. Les deux espèces ont été connues pour partager des terriers à l'occasion[40]. Rarement, des hyènes rayées ont été observées voyageant avec et vivant parmi des meutes de loups, sans que chaque espèce ne fasse de mal à l'autre. Les deux prédateurs pourraient bénéficier de cette alliance inhabituelle, l'hyène ayant un meilleur odorat et une plus grande force, tandis que les loups pourraient être meilleurs pour traquer de grandes proies[41].

Le Renard roux peut entrer en compétition avec l'hyène rayée sur de grandes carcasses. Les renards roux peuvent céder la place aux hyènes sur des carcasses non ouvertes, car les mâchoires des hyènes peuvent facilement déchirer la chair trop dure pour les renards. Les renards peuvent harceler les hyènes, utilisant leur plus petite taille et leur plus grande vitesse pour éviter les attaques des hyènes. Parfois, les renards semblent délibérément tourmenter les hyènes même lorsqu'il n'y a pas de nourriture en jeu. Certains renards peuvent mal évaluer leurs attaques et être tués[42].

L'espèce récupère fréquemment les restes de proies de félidés tels que les tigres, léopards, guépards et caracals. Un caracal peut chasser une hyène subadulte d'une carcasse. L'hyène l'emporte généralement dans les disputes individuelles sur les carcasses avec les léopards, les guépards et les jeunes tigres, mais est dominée par les tigres adultes[10],[33]. En outre, l'hyène est sympatrique avec le Lion d'Asie dans le parc national de Gir[43] et avec l'Ours lippu dans le sanctuaire de faune de Balaram Ambaji, dans l'État indien du Gujarat[44].

Dans la culture

[modifier | modifier le code]

Folklore, religion et mythologie

[modifier | modifier le code]
Hyène rayée représentée sous le nom de Krokotta sur la Mosaïque du Nil de Palestrina

Les hyènes rayées occupent une place marquante dans les traditions du Proche et Moyen-Orient, où elles incarnent à la fois la traîtrise et des pouvoirs surnaturels. Dans le folklore local, ces animaux sont souvent associés aux djinns[11]. Zakariya al-Qazwini (1204-1283) décrivait une tribu mythique appelée « Hommes-Hyènes » dont les membres pouvaient être identifiés et dévorés par les hyènes même au milieu d'une foule[51].

Dans Hawayan Al-Koubra (1406), Al-Doumairy décrivait les hyènes comme des créatures vampiriques nocturnes, tandis que le folklore arabe leur prête le pouvoir d'hypnotiser leurs victimes[51]. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, les Grecs croyaient que les corps des loups-garous non détruits hanteraient les champs de bataille sous forme d'hyènes vampiriques[52]. En Afghanistan, Inde, Pakistan et Palestine, l'image de la hyène est ambivalente : symbole de peur mais aussi d'amour et de fertilité, inspirant la création de philtres d'amour à partir de ses organes[11].

Dans le gnosticisme, l'Archon Astaphaios est représenté avec un visage de hyène[53]. Deux vallées en Israël, Shaqq al-Diba et Wadi Abu Diba, ont été interprétées comme la vallée biblique de Zeboim (1 Samuel 13:18). Le mot hébreu pour hyène, tsavoa, signifie « créature colorée », bien que la Bible du Roi Jacques l'interprète comme « oiseau tacheté » (Jérémie 12:9)[12].

Les Grecs et Romains croyaient que toutes les parties du corps des hyènes avaient des pouvoirs magiques pour éloigner le mal et assurer l'amour[11]. En Asie de l'Ouest et du Sud, leurs organes jouent un rôle important dans la magie amoureuse.

En Iran, une pierre trouvée dans leur corps servirait de charme protecteur. Au Sind (Pakistan), une dent placée sur les barattes préserve le *baraka* du lait. Une peau séchée est considérée comme un talisman d'attraction. En Afghanistan, des mollahs portent la vulve d'une hyène femelle sous leur aisselle pendant une semaine pour séduire une femme convoitée, d'où l'expression kus-e kaftar bay[11].

Attaques sur le bétail et les cultures

[modifier | modifier le code]
Hyène rayée dans le district de Dahod, Gujarat, Inde

L'hyène rayée est occasionnellement impliquée dans des attaques contre le bétail, ciblant principalement chèvres, moutons, chiens et volailles[54]. Bien que la plupart des attaques concernent du petit bétail, des cas de prédation sur du gros animaux ont été signalés en Égypte, Éthiopie, Inde, Irak et potentiellement au Maroc. Au Turkménistan, elles s'attaquent aux chiens et moutons, et des rapports historiques mentionnent même des attaques contre des chevaux et ânes en Irak au milieu du XXe siècle.

Ces animaux causent également des dommages aux cultures, notamment aux champs de melons et plantations de dattiers en Israël et Égypte, ainsi qu'aux cultures de pastèques et melons miel au Turkménistan[54].

Attaques sur l'homme et profanation de sépultures

[modifier | modifier le code]
Gravure du XIXe siècle montrant une hyène attaquant un homme

Bien que normalement très timides, les hyènes rayées peuvent manifester une audace lorsque la nuit tombe. Des cas rares d'attaques sur des humains ont été documentés : dans les années 1880, une hyène aurait attaqué des enfants endormis pendant trois ans dans le gouvernement d'Erevan (25 enfants et 3 adultes blessés en un an)[7]. En Azerbaïdjan, des enlèvements d'enfants par des hyènes ont été signalés dans les années 1930-1940.

En Inde, 9 enfants auraient été enlevés en 1962 à Bhagalpur (Bihar), et 19 enfants de moins de quatre ans tués en 1974 au Karnataka et Bihar[55]. Une étude dans le Madhya Pradesh a montré que les hyènes n'avaient attaqué que 3 personnes sur cinq ans, bien moins que les loups, gaurs ou tigres[56].

Bien que les attaques sur vivants soient rares, les hyènes se nourrissent de cadavres humains. En Turquie, des pierres sont placées sur les tombes pour les empêcher de déterrer les corps. Pendant la Première Guerre mondiale, des réfugiés fuyant la conscription ottomane sont morts et consommés par des hyènes au Liban[51].

L'Hyène (1739) par Jean-Baptiste Oudry

Les paysans égyptiens chassaient les hyènes pour protéger leurs cultures[57]. Les chasseurs algériens les dédaignaient en raison de leur réputation de couardise. Bien que capables de tuer un chien d'une morsure, elles simulent souvent la mort face aux chiens de chasse[28].

Dans le sud du Pendjab, à Kandahar et Quetta, des chasseurs les capturent pour des combats contre des chiens. À Kandahar, les chasseurs payloch entrent nus dans les terriers avec un lasso, utilisant des formules magiques pour hypnotiser l'animal[11]. Une méthode similaire était pratiquée en Mésopotamie.

Les peaux, grossières et clairsemées, étaient vendues comme fourrures de mauvaise qualité ou utilisées pour le cuir chamois. En URSS, leur prix variait de 45 kopecks à 1 ruble 80 kopecks[58].

Apprivoisement

[modifier | modifier le code]
Hyène rayée apprivoisée

La hyène rayée s'apprivoise facilement, surtout jeune. Les Égyptiens anciens les auraient dressées pour la chasse. Élevées avec fermeté, elles deviennent aussi affectueuses que des chiens bien éduqués[57],[59], bien qu'elles dégagent une odeur persistante[60]. En captivité, elles peuvent développer des liens avec les chiens[28].

Notes et références

[modifier | modifier le code]

Références

[modifier | modifier le code]
  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae af ag ah ai aj ak al am an ao ap et aq ASM Mammal Diversity Database, consulté le 31 décembre 2025.
  2. UICN, consulté le 2026-01-23.
  3. a et b Kurtén 1968, p. 66–68
  4. a b et c Rosevear 1974, p. 348
  5. a et b Heptner et Sludskii 1992, p. 16
  6. a b et c Mills et Hofer 1998, p. 22
  7. a et b Heptner et Sludskii 1992, p. 46
  8. a b et c Heptner et Sludskii 1992, p. 40–42
  9. a et b Heptner et Sludskii 1992, p. 36–37
  10. a b et c Pocock 1941, p. 72
  11. a b c d e et f (en) J. W. Frembgen, « The Magicality of the Hyena: Beliefs and Practices in West and South Asia », Asian Folklore Studies, vol. 57, no 2,‎ , p. 331-344 (DOI 10.2307/1178757, JSTOR 1178757, lire en ligne [archive du ], consulté le )
  12. a et b (en) Bright, Michael, Beasts of the Field: The Revealing Natural History of Animals in the Bible, Pavilion Books, , 127-129 p. (ISBN 1-86105-831-4, lire en ligne)
  13. Αριστοτέλης 4th century BCE: Των περί τα ζώα ιστοριών.
  14. (en) « What is the National Animal of Lebanon? » [archive du ], sur WorldAtlas, (consulté le )
  15. Patterson, D.B., Faith, J.T., Bobe, R. et Wood, B., « Regional diversity patterns in African bovids, hyaenids, and felids during the past 3 million years: the role of taphonomic bias and implications for the evolution of Paranthropus », Quaternary Science Reviews, vol. 96,‎ , p. 9–22 (DOI 10.1016/j.quascirev.2013.11.011, Bibcode 2014QSRv...96....9P)
  16. (en) Klaus-Peter Koepfli et et al., « Molecular systematics of the Hyaenidae: Relationships of a relictual lineage resolved by a molecular supermatrix », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 38,‎ , p. 603–620
  17. (en) Rémi Allio, Marie-Ka Tilak, Céline Scornavacca, Nico L. Avenant, Andrew C. Kitchener, Erwan Corré, Benoît Nabholz et Frédéric Delsuc, « High-quality carnivoran genomes from roadkill samples enable comparative species delineation in aardwolf and bat-eared fox », eLife, vol. 10,‎ , e63167 (DOI 10.7554/eLife.63167, lire en ligne)
  18. a b et c Heptner et Sludskii 1992, p. 11–14
  19. Wagner, Aaron Parker. Behavioral ecology of the striped hyena (Hyaena hyaena) Modèle:Archive-url. Thèse, Montana State University-Bozeman, College of Letters & Science, 2006.
  20. Heptner et Sludskii 1992, p. 8
  21. Pocock 1941, p. 67
  22. a et b Mills et Hofer 1998, p. 21
  23. « Mammifères : Hyène rayée » [archive du ], sur Zoo de San Diego
  24. Boitani, Luigi, Simon & Schuster's Guide to Mammals. Simon & Schuster/Touchstone Books (1984), (ISBN 978-0-671-42805-1)
  25. Awad, Simon (février 2008). Mythes et réalités sur les hyènes Modèle:Archive-url. thisweekinpalestine.com #118
  26. Pocock 1941, p. 62–63
  27. Heptner et Sludskii 1992, p. 38
  28. a b c d e et f Pocock 1941, p. 73
  29. Heptner et Sludskii 1992, p. 14
  30. Osborn et Helmy 1980, p. 427
  31. (en) K. R. Theis, A. Venkataraman, J. A. Dycus, K. D. Koonter, E. N. Schmitt-Matzen, A. P. Wagner, K. E. Holekamp et T. M. Schmidt, « Symbiotic bacteria appear to mediate hyena social odors », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 110, no 49,‎ , p. 19832–19837 (PMID 24218592, PMCID 3856825, DOI 10.1073/pnas.1306477110)
  32. (en) K. R. Theis, A. Venkataraman, A. P. Wagner, K. E. Holekamp et T. M. Schmidt, Chemical Signals in Vertebrates 13, Cham, Springer International Publishing, , 87–103 p. (DOI 10.1007/978-3-319-22026-0_7), « Age-Related variation in the scent pouch bacterial communities of Striped Hyenas (Hyaena hyaena) »
  33. a b c et d Mills et Hofer 1998, p. 24–25
  34. Rosevear 1974, p. 350
  35. a et b Heptner et Sludskii 1992, p. 33–36
  36. a et b « ADW: Hyaena hyaena: INFORMATION », sur Animal Diversity Web
  37. a b et c Heptner et Sludskii 1992, p. 31–33
  38. Rosevear 1974, p. 349
  39. Heptner et Sludskii 1992, p. 39
  40. Daniel Johnson (1827) Sketches of Indian Field Sports: With Observations on the Animals; Also an Account of Some of the Customs of the Inhabitants; with a Description of the Art of Catching Serpents, as Practised by the Conjoors and Their Method of Curing Themselves when Bitten: with Remarks on Hydrophobia and Rabid Animals, p. 45-46, R. Jennings, 1827
  41. Melissa Hogenboom, « Earth – The hyena that made its home in a wolf pack » [archive du ], BBC, (consulté le )
  42. Macdonald, David (1987) Running with the Fox, p. 77-79, Guild Publishing, London, (ISBN 0-8160-1886-3)
  43. (en) H. S. Singh et L. Gibson, « A conservation success story in the otherwise dire megafauna extinction crisis: The Asiatic lion (Panthera leo persica) of Gir forest », Biological Conservation, vol. 144, no 5,‎ , p. 1753–1757 (DOI 10.1016/j.biocon.2011.02.009, Bibcode 2011BCons.144.1753S)
  44. « Balaram Ambaji Wild Life Sanctuary » [archive du ], Forests & Environment Department (consulté le )
  45. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac et ad Mills et Hofer 1998, p. 67
  46. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae af ag ah ai aj ak al am an ao ap aq ar as at au av aw ax et ay Mills et Hofer 1998, p. 68–71
  47. « Appendices », sur CITES, (consulté le )
  48. Hyène rayée en Turquie. Iberianature.com.
  49. Ö. Emre Can, Yıldıray Lise Hyène rayée (Hyaena hyaena) capturée à Hatay, Turquie. WWF Turquie
  50. (en) Max Kasparek, Aygün Kasparek, Bülent Gözcelioğlu, Ercüment Çolak et Nuri Yiğit, « Sur le statut et la distribution de l'hyène rayée, Hyaena hyaena, en Turquie », Zoology in the Middle East, vol. 33,‎ , p. 93 (DOI 10.1080/09397140.2004.10638068, lire en ligne)
  51. a b et c (en) Mounir R. Abi-Said, Reviled as a grave-robber: the ecology and conservation of striped hyaenas in the human-dominated landscapes of Lebanon (Thèse de doctorat), Université du Kent, (DOI 10.22024/UniKent/01.02.86346, lire en ligne)
  52. Woodward, Ian, The Werewolf Delusion, Paddington Press, (ISBN 0-448-23170-0, lire en ligne Accès limité), p. 150
  53. (en) « The Apocryphon of John », sur gnosis.org, (version du sur Internet Archive)
  54. a et b Mills et Hofer 1998, p. 23-24
  55. Mills et Hofer 1998, p. 25
  56. (en) Linnel, J.D.C., The Fear of Wolves: A Review of Wolf Attacks on Humans, Norsk Institutt for Naturforskning, (ISBN 82-426-1292-7, lire en ligne [archive du ])
  57. a et b Osborn et Helmy 1980, p. 431
  58. Heptner et Sludskii 1992, p. 45
  59. Rosevear 1974, p. 351-352
  60. Smith, A. Mervyn (1904), Sport and adventure in the Indian jungle, p. 292, London: Hurst and Blackett

Bibliographie

[modifier | modifier le code]
  • (en) V. G. Heptner et A. A. Sludskii, Mammals of the Soviet Union: Carnivora (hyaenas and cats), vol. 2, Smithsonian Institution Libraries and National Science Foundation, (lire en ligne)
  • (en) Björn Kurtén, Pleistocene mammals of Europe, Weidenfeld and Nicolson,
  • (en) G. Mills et H. Hofer, Hyaenas: status survey and conservation action plan, Gland, IUCN/SSC Hyena Specialist Group, , 68–71 p. (ISBN 2-8317-0442-1, lire en ligne), « Striped hyaena: country accounts »
  • (en) D. J. Osborn et I. Helmy, The contemporary land mammals of Egypt (including Sinai), Field Museum of Natural History, (lire en ligne)
  • (en) R. I. Pocock, The Fauna of British India, vol. 2 Mammals, Londres, Taylor and Francis, (lire en ligne)
  • (en) D. R. Rosevear, The carnivores of West Africa, Londres, Trustees of the British Museum (Natural History), (ISBN 0-565-00723-8, lire en ligne)

Sur les autres projets Wikimedia :