Hunter S. Thompson

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Hunter Stockton Thompson
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Hunter Stockton Thompson en 1989
Nom de naissance Hunter Stockton Thompson
Naissance
Louisville, Kentucky
Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès (à 67 ans)
Woody Creek (en), Colorado
Drapeau des États-Unis États-Unis
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Anglais américain

Œuvres principales

Hunter Stockton Thompson [ˈhʌntɚ ˈstɑːktən ˈtɒmpsən][note 1], qui serait né le à Louisville (Kentucky)[note 2], et mort par suicide le [1] à Woody Creek (en), dans le comté de Pitkin au Colorado, est un journaliste et écrivain américain.

Hunter Thompson popularise le principe de « journalisme gonzo », inventé par Bill Cardoso, enquête journalistique axée sur l'ultra-subjectivité, faite de récits à la première personne, de rencontres et de prise de drogues, tout cela combiné à une plume féroce et à un fort engagement politique. Il est ami avec Oscar Zeta Acosta, et leur relation a inspiré la rédaction de Las Vegas Parano, récit déjanté d'une quête du rêve américain à travers le filtre de la prise de substances hallucinogènes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et début de carrière[modifier | modifier le code]

Hunter Stockton Thompson naît en 1937, à Louisville dans le Kentucky. Sa famille est conservatrice, typique du Sud américain[2]. Certains affirment qu'il serait en réalité né en 1939 car il aurait menti sur son âge pour pouvoir travailler. Très tôt il montre des capacités intellectuelles hors norme, lisant à 8 ans les classiques de la philosophie ou de la tragédie grecque[réf. nécessaire].

De nature athlétique dès son plus jeune âge, Thompson intègre le club sportif de Louisville où il excelle au baseball.

En , il est accepté comme membre de l'Association Littéraire Athenaeum, (club littéraire universitaire fondé en 1862 par la Louisville Male High School où il étudie) et dont les membres, généralement issus des familles d'aristocrates de Louisville, comprennent Porter Bibb, qui devient le premier éditeur de Rolling Stone.

Arrêté en 1956 pour vandalisme, il échappe à la prison en entrant dans l'Air Force[2]. Il obtient d'abord, en juin de cette année, un diplôme en électronique à la Scott Air Force Base, avant d'être affecté à la base aérienne d'Eglin à Pensacola en Floride[3]. Là, il commence une carrière de chroniqueur dans le petit magazine sportif de la base, Command Courrier. Il est renvoyé en pour son « attitude rebelle et supérieure », et sa « mauvaise influence sur le moral des troupes ». Il avait entre autres méfaits divulgué des informations relatives à l'armée de l'air à Playground News.

Après son service militaire, il devient rédacteur en chef sportif pour un journal de Jersey Shore, en Pennsylvanie. Il s'établit peu après à New York, où il prend des cours d'écriture à l'Université Columbia vers . Des courriers datant de cette période, ainsi que des témoignages d'amis de Thompson, attestent qu'il était un lecteur vorace des écrivains de la Beat Generation pendant ses premières années d'écriture, et qu'il s'est lui-même identifié à la culture beatnik pendant sa période new-yorkaise. Il devient d'ailleurs plus tard l'ami des écrivains Allen Ginsberg et William S. Burroughs.

Il se fait embaucher comme pigiste au Time et profite de sa machine à écrire pour recopier Gatsby le Magnifique de F. Scott Fitzgerald et L'Adieu aux armes d'Ernest Hemingway dans le but de se familiariser avec le style de ces ouvrages. À cette époque, il commence déjà à se saouler dans les soirées Time Life du dimanche.

En , il est licencié pour insubordination et travaille deux mois pour le Middletown Daily Record dont il est à nouveau licencié le pour avoir passé toute une nuit au boulot en chaussettes et avoir abîmé d'un coup de pied un distributeur de bonbons. À son renvoi, on lui tient ces propos : « Vous avez l'esprit vif [...] mais vous semblez ne pas vous soucier des liens à entretenir au sein de la communauté ».

D'août à , il demeure chez sa mère à Louisville, Kentucky. À cette époque, Thompson souhaite trouver un poste aux Caraïbes et postule donc auprès de l'hebdomadaire anglophone San Juan Star basé à Porto Rico, mais le rédacteur en chef William J. Kennedy ne donne pas suite. Après un échange de lettres d'insultes mémorables, les deux hommes deviennent amis après la démission de Thompson du journal El Sportivo. En , Thompson part pour San Juan (Porto Rico) afin de rejoindre le magazine El Sportivo, qui fait faillite peu de temps après son arrivée.

Thompson devient correspondant de presse du New York Herald Tribune et de quelques éditions antillaises anglophones dirigées par Kennedy. C'est principalement à cette époque qu'il expérimente le journalisme de terrain qu'il nomme plus tard « journalisme gonzo ». Après s'être attiré des ennuis, les Portoricains voulant le jeter en prison, il fuit avec Sandra Dawn Conklin, sa liaison de l'époque, le , vers l'Espagne où il passe quelques mois avec ses amis Eugene et Eleanor McCarr.

Hunter regagne les États-Unis, qu'il traverse en auto-stop jusqu'à Big Sur en Californie où en il travaille pendant huit mois comme gardien au Slates Hot Springs, juste avant qu'il devienne l'Institut Esalen. Un article sur la culture bohème et artisanale de Big Sur, publié dans le magazine national Rogue lui avait valu ce poste de gardien.

Durant cette période, il écrit deux romans : Prince Jellyfish et The Rum Diary, et soumet quelques nouvelles à des éditeurs. The Rum Diary, qui met en scène ses aventures à Porto Rico n'est publié qu'en .

En , Thompson gagne pour un an l'Amérique du Sud, en tant que correspondant du National Observer. Il passe plusieurs mois au Brésil et obtient un poste de reporter pour le Brazil Herald. Sandra Dawn Conklin, sa petite amie depuis 1958[2], le rejoint un peu plus tard à Rio de Janeiro. Il l'épouse en , peu après leur retour aux États-Unis. Ils s'installent à Aspen, Colorado et leur fils Juan Fitzgerald Thompson naît le . Le couple divorcera en 1978[2].

Hell's Angels et la mort du rêve américain[modifier | modifier le code]

En , Carey McWilliams, rédacteur en chef de The Nation, offre à Thompson l'occasion d'écrire un article sur le gang de bikers des Hells Angels de Californie[2]. Après la publication de l'article le , Thompson reçoit plusieurs offres de publication, et entre l'année suivante au sein de la communauté des Hell's Angels. La relation prend fin lorsque certains bikers le soupçonnent de vouloir faire de l'argent sur leur dos. Le gang exige alors sa part et passe l'écrivain à tabac. Il qualifie ce différend avec les Hells Angels de « querelle éthylique spontanée ».

En , Random House publie le livre Hell's Angels montrant ainsi un aperçu de ce qui devient le journalisme gonzo. Le livre est plutôt bien reçu par les critiques et connaît le succès auprès du public.

Thompson publie des articles dans un grand nombre de journaux reconnus, notamment le The New York Times Magazine, Esquire, Pageant, etc. Dans le Times magazine du , peu avant le Summer of Love, il publie un article sur le mouvement hippie, The Hashbury is the Capital of the Hippies, le décrivant comme largement dominé par des « nouveaux venus » dont le seul but est de se procurer de la drogue, et dénué selon lui de courage politique et de profondeur artistique, contrairement à la New Left et à la Beat generation. Il approfondit l'observation de la contre-culture dans Fear and Loathing in Las Vegas et dans d'autres articles.

Selon les lettres de Thompson et ses écrits postérieurs, à cette époque, il souhaite écrire un livre, The Joint Chiefs, au sujet de la fin du rêve américain. Il utilise une avance de 6 000 $ de Random House pour voyager. Il suit la campagne présidentielle de et participe à la Convention nationale démocrate de 1968 à Chicago. Le livre qu'il a planifié n'a pas été achevé, mais le thème de la mort du rêve américain est présent dans nombre de ses écrits ultérieurs, et le contrat signé avec Random House est honoré en avec le livre Fear and Loathing in Las Vegas. Thompson signa aussi un accord avec Ballantine Books en pour écrire un livre satirique, The Johnson File, sur Lyndon B. Johnson. Quelques semaines après la signature du contrat, Johnson annonce qu'il renonce à se représenter aux élections, et le contrat est annulé.

Fin , Thompson et sa famille retournent au Colorado et louent une maison à Woody Creek, une petite montagne près d'Aspen. Fin , Thompson touche ses royalties pour la vente de Hell's Angels et utilise les deux tiers de la somme pour acquérir dans la même ville une maison où il vit jusqu'à la fin de sa vie. Cette maison, il l'appelle Owl Farm.

Naissance du Gonzo[modifier | modifier le code]

Le poing à double pouces, symbole du Gonzo, réalisé par l'artiste Tom Benton.

En 1970, il participe à des élections en remportant presque la moitié des suffrages dans le but de devenir le shérif du comté de Pitkin. Parmi les mesures qu'il a souhaité mettre en place, on peut citer[4] :

  • Changer le nom de la ville d'Aspen et la renommer Fat City pour mettre fin à la spéculation et à la capitalisation faites sur le nom « Aspen ».
  • Interdire la circulation à l'intérieur de la ville sauf pour la desserte locale. Les déplacements devant se faire à pied ou via des vélos mis à disposition et entretenus par les forces de police.
  • Contrôler la vente des drogues. Punir sévèrement leur vente à profit.
  • Désarmer les forces de police.
  • « Harceler sauvagement » quiconque tenterait de tirer profit de la terre dans un but commercial.

Il est envoyé par le magazine Scanlan's Monthly couvrir le Derby du Kentucky de Louisville (ville natale de Thompson). Il y rencontre pour la première fois le dessinateur anglais Ralph Steadman, qui doit illustrer son article. Ils vivront une folle virée, teintée d'alcool, de drogues et de scandales, et n'assisteront au Derby que de très loin. Stressé et n'ayant rien à raconter sur la course, Thompson utilisera les notes sommaires de son carnet pour rédiger l'article. Intitulé The Kentucky Derby Is Decadent and Depraved[2], l'article est considéré comme révolutionnaire dans l'histoire du journalisme. Thompson y développe un style nouveau, ultra subjectif, autobiographique et sarcastique qui devient sa marque de fabrique. Bill Cardoso, rédacteur en chef du Boston Globe, décrira cet article comme le texte fondateur du journalisme Gonzo[5].

En , il écrit pour le magazine Rolling Stone l'article Strange Rumblings in Aztlan sur la mort de Rubén Salazar et les émeutes chicano à Los Angeles. C'est l'une des premières apparitions de l'avocat Oscar Zeta Acosta dans les écrits d'Hunter S. Thompson.

En 1972, il suit les élections présidentielles pour Rolling Stone, d'abord lors des primaires démocrates, puis le face à face entre George McGovern et Richard Nixon. Il en tire le livre Fear and Loathing: On the Campaign Trail '72.

En 1976, pendant la guerre du Vietnam, il manque de se faire tuer[2].

Décès[modifier | modifier le code]

Il met fin à ses jours avec son arme à feu à son domicile de Woody Creek (en) le . Sa famille, qui se trouve dans une pièce adjacente, entend le bruit d'un livre qui tombe, et ne vérifie que quelques minutes après. Devant lui (selon le rapport de police), se trouve sa machine à écrire où sont seulement écrits « Feb. 22 '05 » et « Counselor » ( et « conseiller »).

Thompson souhaite que ses cendres soient tirées d'un canon placé en haut d’une tour. L'année de sa mort, Johnny Depp, qui selon la veuve de Thompson, Anita, a financé la cérémonie, a exaucé le vœu de l'auteur en dispersant ses cendres depuis un canon placé en haut d'une tour que l'écrivain avait fait construire lors de sa campagne pour l'élection du sherif d'Aspen.

Fumeur, Hunter était amateur d'alcool, de drogues et d'armes[2].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Titre original Titre français Année 1re édition 2e édition ISBN Observations
Hell's Angels: The Strange and Terrible Saga of the Outlaw Motorcycle Gangs Hell's Angels 1966 Random House, 1966 réimpr. 1967, 1970, 1974, 1991, 1995, 1996, 1999, 2003, 2009, 2011 (ISBN 0-345-41008-4) 278 p.
Fear and Loathing in Las Vegas: A Savage Journey to the Heart of the American Dream Las Vegas Parano 1972 Random House, 1972 réimpr. 1973, 1982, 1988, 1989, 1996, 1998, 2005 (ISBN 978-0394464350) 206 p.
Fear and Loathing: On the Campaign Trail '72 Publié partiellement (des extraits) en France dans La Grande Chasse au requin (Le Nouveau Testament gonzo), puis dans Dernier tango à Las vegas. 1973 Straight Arrow Books, coll. « First Edition. States », 1973 réimpr. 1974, 1983, 1994, 2005, 2012 (ASIN B000Y960K6) 505 p.
The Great Shark Hunt: Strange Tales from a Strange Time (Gonzo Papers, Vol. 1) Publié en France en deux volumes dans La Grande Chasse au requin (L'Ancien/Le Nouveau Testament gonzo), puis dans Parano dans le bunker et Dernier tango à Las Vegas. 1979 Summit Books, 1979 réimpr. 1980, 1982, 1992, 1998, 2005, 2010 (ISBN 978-0671400460) 602 p.
The Curse of Lono Le Marathon d'Honolulu 1983 Taschen, 2005 (ISBN 978-3822848975) (Illustré par Ralph Steadman) - 205 p.
Generation of Swine: Tales of Shame and Degradation in the '80s (Gonzo Papers, Vol. 2) 1988 Summit Books, 1988 Simon & Schuster , 2003 (ISBN 978-0671661472) 304 p.
Songs of the Doomed: More Notes on the Death of the American Dream (Gonzo Papers, Vol. 3) Nouveaux commentaires sur la mort du rêve américain 1990 Simon & Schuster, 2002 (ISBN 978-0743240994) 384 p.
Silk Road: Thirty-three Years in the Passing Lane 1990
Better than Sex: Confessions of a Political Junkie (Gonzo Papers, Vol 4) 1994 Random House, 1994 (ISBN 978-0679424475) 245 p.
The Proud Highway: The Saga of a Desperate Southern Gentleman, 1955-1967 (Gonzo Letters, vol 1) Publié en France dans Gonzo highway 1997 Villard, coll.1997 (ISBN 978-0679406952) 683 p.
The Rum Diary: The Long Lost Novel Rhum express 1998 Simon & Schuster, 1998 réimpr. 1999, 2004, 2011 (ISBN 978-0684855219) 204 p.
Screwjack and Other Stories 2000 Simon & Schuster, 2000 (ISBN 978-0684873213) 64 p.
Fear and Loathing in America: The Brutal Odyssey of an Outlaw Journalist, 1968-1976 (Gonzo Letters, vol 2) Publié en France (choix d'extraits) dans Gonzo highway 2001 Simon & Schuster, 2001 (ISBN 978-0684873169) 784 p.
Kingdom of Fear: Loathsome Secrets of a Star-crossed Child in the Final Days of the American Century 2003 Simon & Schuster, 2003 (ISBN 9780684873237) 384 p.
Hey Rube: Blood Sport, the Bush Doctrine, and the Downward Spiral of Dumbness 2004 Simon & Schuster, 2004 (ISBN 978-0684873190) 272 p.
The Mutineer: Rants, Ravings, and Missives from the Mountaintop 1977–2005 (Gonzo Letters, vol 3) 2005 Simon & Schuster, 2005 (ISBN 978-0684873176) 752 p.
Fear and Loathing at Rolling Stone: The Essential Writing of Hunter S. Thompson 2011 Simon & Schuster, 2011 (ISBN 978-1439165959) 592 p.

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Un premier film adapté des livres de Hunter S. Thompson a été réalisé en 1980 sous le titre Where the Buffalo Roam.

L'adaptation au cinéma de Fear and Loathing in Las Vegas en 1998 (Las Vegas Parano en France) fait connaître Hunter S. Thompson au grand public.

The Rum Diary (Rhum express en français) est une adaptation cinématographique du roman éponyme.

Le film Fear and Loathing in Aspen sorti en 2021 aux États-Unis est une fiction biographique qui retrace ses aventures lorsqu'il tente de se faire élire au poste de shériff du comté de Pitkin.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API.
  2. Date officielle, mais des sources indiquent l'année de 1939 cela est dû au fait qu'Hunter Stockton Thompson aurait menti sur son âge pour pouvoir entrer plus tôt dans une rédaction

Références[modifier | modifier le code]

  1. François Forestier, « La vie Gonzo - Une biographie de Hunter Stockton Thompson », sur http://bibliobs.nouvelobs.com
  2. a b c d e f g et h Clémentine Goldszal, « Mon père, ce gonzo », Vanity Fair no 45, avril 2017, pages 100-105 et 143-144.
  3. [Gonzo Highway : Correspondance de Hunter S. Thompson (ISBN 978-2264044778)]
  4. Strange Tales From A Strange Time; The Gonzo Papers, Vol. 1; The Great Shark Hunt
  5. Hunter S. Thompson : itinéraire d'un journaliste sous LSD, Guillaume Renouard, Ragemag, 13 novembre 2013.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • William McKeen, Hunter S. Thompson : journaliste & hors-la-loi, Tristram, 2013 (publié aux États-Unis en 2009).
  • Juan F. Thompson (fils d'Hunter S. Thompson), Fils de gonzo, éditions du Globe, 2017 (publié aux États-Unis en 2015).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]