Hugues de Lusignan (prince de Galilée)
| Prince titulaire de Galilée |
|---|
| Naissance |
V. 1335 Nicosie |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture |
Couvent Saint-Dominique de Nicosie |
| Époque |
XIVe siècle |
| Activité | |
| Famille | |
| Père |
Guy de Lusignan |
| Mère | |
| Conjoint |
Marie de Morpho |
| Postéité |
Sans |
| Statut |
| Grands-Parents | |
|---|---|
| Conflit |
Hugues de Lusignan, né vers 1335 à Nicosie et mort à Chypre en 1379, est un prince chypriote issu de la seconde maison de Lusignan.
Biographie
[modifier | modifier le code]Famille
[modifier | modifier le code]Hugues est le fils de Guy de Lusignan (1316-1343), connétable de Chypre, fils aîné du roi Hugues IV de Chypre (1293/96-1359), et de son épouse Marie de Bourbon (v. 1318-1387)[1],[2].
Enfance chypriote (1335-1347)
[modifier | modifier le code]À sa naissance, le jeune prince est destiné à monter sur le trône chypriote, comme le rappellent en particulier, les clauses du contrat de mariage de ses parents. Il reste donc second sur la liste de succession au trône jusqu'à la disparition brutale de son père en 1343.
À partir de ce moment, sa situation et celle de sa mère deviennent précaires à la cour de Chypre.
Sa mère, Marie de Bourbon, est alors en très mauvais terme avec son beau-père et souhaite retourner en Occident avec son fils. Devant le refus du roi, le pape Clément VI et divers seigneurs d'Occident se mêlent de l'affaire.
Cette volonté de quitter l'île alors que le jeune prince est formellement l'héritier du trône peut probablement s'expliquer par le fait que la mort de Guy de Lusignan (♰ 1343), avait fait naître des contestations sur sa légitimité à succéder à son grand-père. En effet, la coutume successorale chypriote semble ignorer la représentation d'un fils décédé par un petit-fils en matière d'héritage (un problème semblable s'est posé à Robert III d'Artois ou encore à l'infant Alphonse de La Cerda). Il est envisageable qu'un parti souhaitant l'accession au trône des enfants du second mariage du roi Hugues IV de Chypre ait rendu la position de Marie de Bourbon difficile et que cette dernière ait préféré soustraire son fils à de possibles dangers.
Les pressions pontificales finissent par avoir raison des réticences du roi, le prince a environ douze ans quand il quitte le royaume avec sa mère au printemps 1347. Cependant son départ ne règle en rien les incertitudes successorales et Hugues reste encore formellement l'héritier désigné de son grand-père.
Jeunesse nomade d'un prétendant (1347-1362)
[modifier | modifier le code]Le jeune Hugues de Lusignan suit sa mère dans ses pérégrinations. Après Naples, où elle épouse l'empereur Robert de Tarente, il l'accompagne à Avignon, puis en France. En 1352, il a alors 17 ans, Hugues retourne s'installer à Naples auprès de son beau-père récemment libéré des geôles hongroises.
Sa jeunesse est mal connue, on le signale en 1358 à Toulouse[1].
À Chypre, le vieux roi Hugues IV finit par régler la question de sa succession. En , de son vivant, il fait couronner roi à Nicosie par l'évêque de Limassol, son fils cadet Pierre alors comte de Tripoli. Hugues est ainsi écarté de la couronne au profit de son oncle[3].
Toutefois, lorsque le roi meurt en , Hugues porte l'affaire devant le pape, avec notamment l'appui de son parent le Dauphin Charles alors régent du royaume de France (époux de Jeanne de Bourbon sa cousine germaine). Le pape envoie une requête aux autorités chypriotes pour qu'elles s'expliquent sur la situation.
En 1360, une première ambassade menée par le maréchal de Chypre et l'auditeur du royaume ne parvient pas à trouver un compromis avec le prétendant, fortement soutenu par la cour de France. Le pape finit par convoquer le nouveau souverain chypriote devant sa cour pour qu'il règle en personne le différend avec son neveu.
Durant cette période, Hugues de Lusignan sert les intérêts de la papauté en Italie et se mêle de politique italienne. Il exerce de janvier à , la fonction de sénateur de Rome, c'est-à-dire d'administrateur de la ville. En 1363, il prétend à la main de la jeune duchesse Jeanne de Durazzo, richissime héritière napolitaine[4].
Fin 1362, le roi Pierre Ier de Chypre répond à l'appel du pape et rencontre son neveu à Avignon. Un compromis est trouvé, en échange de sa renonciation et de son hommage, Hugues obtient une pension annuelle de 50 000 besants blancs de Chypre en partie assise sur la seigneurie de Lefkara, ce qui fait de lui le plus riche seigneur de l'île après le roi[5].
Prince entre Orient et Occident (1362-1379)
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En 1365, Hugues de Lusignan participe à l'expédition contre Alexandrie organisée par le roi Pierre, au cours de laquelle il se distingue[7]. Durant l'été 1365, il est à Rhodes sur la galère royale. En octobre, il assiste à la prise d'Alexandrie par les armées royales. C'est à cette occasion que le roi lui accorde le titre de « Prince de Galilée », autrefois porté dans la famille de sa grand-mère paternelle.
Probablement en 1365, il épouse Marie de Morpho, fille de Jean de Morpho, comte de Rochas, puissant conseiller du roi Pierre Ier de Chypre[8],[9].
Il prend ensuite part au conflit pour la principauté d'Achaïe, qu'il revendique avec sa mère Marie de Bourbon contre Philippe de Tarente depuis la mort de son beau-père en . Après la médiation du comte de Savoie en permettant la levée du siège du château de Navarin par les troupes de l'archevêque de Patras, il rassemble une armée à Vostitza et assiège vainement Patras[10]. Il mène durant cette époque de nombreuses campagnes avec Manuel Cantacuzène, époux d'Isabelle de Lusignan[11], l'une de ses parentes.
Le conflit pour la principauté d'Achaïe est finalement réglé par un traité en 1370, par lequel Marie et Hugues cèdent leurs droits à Philippe de Tarente[12].
Après l'assassinat de Pierre Ier en 1369, Hugues est à Rome avec sa mère quand il renonce officiellement, le , à la tutelle du jeune roi Pierre II de Chypre[13],[7]. Il semble s'être installé dans le royaume de Naples après cette date.
Décès
[modifier | modifier le code]Hugues de Lusignan meurt dans l'île vers 1379 et est inhumé dans l'église du couvent Saint-Dominique de Nicosie. Sans enfant de son mariage avec Marie de Morpho[1], il laisse son titre et l'essentiel de ses biens, dont la seigneurie de Lefkara, à Louis II de Bourbon[7]. Cependant, le duc de Bourbon n'a semble-t-il jamais pu récupérer l'héritage de son cousin Lusignan[14]. En effet, le roi Jacques Ier dispose du titre de prince de Galilée en 1389[15].
Sceau et armoiries
[modifier | modifier le code]Sceau [1358]
[modifier | modifier le code]Description : Écu fascé au Lion rampant, brisé d'une bande parsemé de lys.
Légende : Inconnue
Armoiries
[modifier | modifier le code]Armoiries [1358]
[modifier | modifier le code]| Blasonnement :
Écu fascé d'agent et d'azur au Lion rampant de gueules, brisé d'une bande [d'azur / de gueules ?] parsemé de lys d'or
Commentaires : Blason d'Hugues de Lusignan, chevalier, d'après l'empreinte d'un sceau de 1358.
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Référence[16]
Les armes d'Hugues de Lusignan nous sont connues également grâce aux armoriaux de Gelre et Bellenville, datés des XIVe et XVe siècles[17],[18].
Armorial de Gelre
[modifier | modifier le code]| Blasonnement :
Écu mi-parti, d'argent à la croix potencée d'or cantonnée de quatre croisettes du même, et d'un fascé d'argent et d'azur de huit pièces au lion rampant de gueules, le tout brisé d'un lambel de trois pendants de sable
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Armorial Bellenville
[modifier | modifier le code]| Blasonnement :
Écu mi-parti, d'argent à la croix potencée d'or cantonnée de quatre croisettes du même brisé d'un lambel de trois pendants de sable, et d'un burelé d'argent et d'azur de seize pièces au lion rampant de gueules
Commentaires : Blason d'Hugues de Lusignan, prince de Galilée, d'après l'Armorial Bellenville (XVe siècle).
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Références
[modifier | modifier le code]- Louis de Mas-Latrie, Histoire de l'île de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan, t. II : Documents et mémoires servant de preuves à l'histoire de l'île de Chypre sous les Lusignans, Paris, Imprimerie impériale, (lire en ligne), Documents, p. 223-224.1358, Toulouse : Lettre de Hugues de Lusignan, fils de Marie de Bourbon, petit-fils du roi Hugues IV.
- ↑ Anselme de Sainte-Marie, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, des pairs, grands officiers de la Couronne, de la Maison du Roy et des anciens barons du royaume, t. 1, Paris, la compagnie des libraires, , 3e éd. (lire en ligne), no 7 : Marie de Bourbon, p. 298-299.
- ↑ Francesco Amadi et Diomede Strambaldi (éd. René de Mas Latrie), Chroniques d'Amadi et de Strambaldi, t. 1 : Chronique d'Amadi, Paris, Imprimerie nationale, (lire en ligne), p. 408
- ↑ Olivier Troubat, « La France et le royaume de Chypre au XIVe siècle : Marie de Bourbon, impératrice de Constantinople », Revue Historique, PUF, vol. 278, no 563, , p. 13 (lire en ligne).
- ↑ Olivier Troubat, « La France et le royaume de Chypre au XIVe siècle : Marie de Bourbon, impératrice de Constantinople », Revue Historique, PUF, vol. 278, no 563, , p. 10 (lire en ligne).
- ↑ Guillaume de Machaut, « Prise d'Alexandrie (1365) », dans Poésies (manuscrit français), Paris, BnF, coll. « Français / 1584 », 1372-1377 (lire en ligne), fo 309.
- Olivier Troubat, « La France et le royaume de Chypre au XIVe siècle : Marie de Bourbon, impératrice de Constantinople », Revue Historique, PUF, vol. 278, no 563, , p. 11 (lire en ligne).
- ↑ Francesco Amadi et Diomede Strambaldi (éd. René de Mas Latrie), Chroniques d'Amadi et de Strambaldi, t. 1 : Chronique d'Amadi, Paris, Imprimerie nationale, (lire en ligne), p. 418.
- ↑ Olivier Troubat, « La France et le royaume de Chypre au XIVe siècle : Marie de Bourbon, impératrice de Constantinople », Revue Historique, PUF, vol. 278, no 563, , p. 10-11 (lire en ligne).
- ↑ Antoine Bon, La Morée franque : Recherches historiques, topographiques et archéologiques sur la principauté d'Achaïe (1205-1430), vol. 213 : Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, Paris, Editions De Boccard, (lire en ligne), chap. VI (« La fin de la principauté d'Achaïe (1364-1430) »), p. 247-250.
- ↑ Fille de Guy de Lusignan (♰ 1344), roi d'Arménie de 1341 à 1344 sous le nom de Constantin IV.
- ↑ Olivier Troubat, « La France et le royaume de Chypre au XIVe siècle : Marie de Bourbon, impératrice de Constantinople », Revue Historique, PUF, vol. 278, no 563, , p. 12 (lire en ligne).
- ↑ Louis de Mas Latrie, Histoire de l'île de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan, t. II : Documents et mémoires servant de preuves à l'histoire de l'île de Chypre sous les Lusignans, Paris, Imprimerie impériale, (lire en ligne), XI : Pierre II de Lusignan, roi de Jérusalem et de Chypre, p. 346.1370, 16 janvier, Rome : Note d'une lettre d'Hugues de Lusignan, neveu du roi Pierre Ier, sur la tutelle de Pierre II.
- ↑ Louis de Mas Latrie, Histoire de l'île de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan, t. II : Documents et mémoires servant de preuves à l'histoire de l'île de Chypre sous les Lusignans, Paris, Imprimerie impériale, (lire en ligne), Documents I & II, p. 409-412.1387, 30 juin, Avignon : Instructions du duc de Bourbon à maître Jean Benoît, chargé de se rendre à Venise et en Chypre pour s'informer des biens ayant appartenu à feu Hugues de Lusignan, prince de Galilée, son cousin, et pour rechercher ce qu'était devenu le testament ou le prince Instituait le duc de Bourbon son héritier principal.1387, 30 juin, Avignon : Mémoire envoyé au chapelain de Marie de Bourbon par le confesseur du prince de Galilée, son fils, sur la soustraction du même testament, et sur les propriétés ou valeurs que te prince possédait à sa mort en Chypre et en Morée.
- ↑ Olivier Troubat, « La France et le royaume de Chypre au XIVe siècle : Marie de Bourbon, impératrice de Constantinople », Revue Historique, PUF, vol. 278, no 563, , p. 15-16 (lire en ligne).
- Sigillographie de l'Orient latin (éd. Gustave Schlumberger, Ferdinand Chalandon, Adrien Blanchet), t. XXXVII : Bibliothèque archéologique et historique, Paris, Paul Geuthner, (lire en ligne), XVI : Seigneurs de Tibériade ou de Galilée, chap. no 4 (« Hugues de Lusignan »), p. 58.
- ↑ Armorial de Gelre (éd. Claes Heynenzoon) (manuscrit), xive – xve siècle (lire en ligne), fo 104 vo, fig. 12.
- ↑ Armorial Bellenville (manuscrit français, original), Paris, BnF, coll. « Français / 5230 », xve siècle (lire en ligne), fo 2 ro, fig. 2.
Sources et bibliographie
[modifier | modifier le code]Source narrative
[modifier | modifier le code]- Francesco Amadi et Diomede Strambaldi, Chroniques d'Amadi et de Strambaldi, éd. René de Mas Latrie, t. 1 : Chronique d'Amadi, Paris, Imprimerie nationale, 1891. [lire en ligne]
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Louis de Mas Latrie, Histoire de l'île de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan, t. II : Documents et mémoires servant de preuves à l'histoire de l'île de Chypre sous les Lusignans, Paris, Imprimerie impériale, 1852. [lire en ligne]
- Olivier Troubat, « La France et le royaume de Chypre au XIVe siècle : Marie de Bourbon, impératrice de Constantinople », Revue Historique, PUF, t. 278, no 563, 1987, p. 3-21. [lire en ligne]