Hugo Santiago

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Hugo Santiago est un réalisateur d'origine argentine,Hugo Santiago Muchnik le 12 décembre 1939 à Buenos Aires. Auteur d'un cinéma expérimental, audacieux et d'une extrême rigueur, tant au niveau de la narration, du montage ou du traitement du son, il est considéré comme un réalisateur majeur dans son pays d'origine. Ainsi qu'en France, où il vit depuis 1959.

Biographie[modifier | modifier le code]

Au cours de ses études (littérature, philosophie, musique) à l'Université de Buenos Aires entre 1956 et 1958, il fait la connaissance de Jorge Luis Borges, qui enseigne les littératures anglo-saxonnes anciennes. Parallèlement, il étudie la mise en scène et le jeu de l’acteur avec Hedi Krilla, actrice et directrice de théâtre argentine d'origine autrichienne, également connue sous le nom de Hedwig Schlichter (et pour qui il écrira un rôle dans son premier long-métrage).

En 1957, il fait ses premiers pas dans le cinéma : il suit le tournage de El Secuestrador, du célèbre réalisateur argentin Leopoldo Torre Nilsson, (où il fait une brève apparition) ; mais surtout, il s’initie en tant que réalisateur, scénariste et interprète dans un projet de série : De padres y de hijos. En présentant le matériel de cette expérience télévisuelle au 1er concours du Fondo Nacional de las Artes, il obtient le Premier Prix, et une bourse pour voyager en Europe. 

En 1959, il débarque à Paris. Grâce à une lettre de recommandation de Ramón Gómez de la Serra, il s’approche de Jean Cocteau, qui termine le tournage du Testament d'Orphée, et qui lui permet de faire une rencontres capitale : celle du cinéaste Robert Bresson , dont il sera l'assistant jusqu'en 1966, travaillant notamment sur le Procès de Jeanne d'Arc (1962). Hugo Santiago dira du cinéaste français : "Bresson est et sera toujours mon maître. Si j'avais tenté de faire mon cinéma, tout seul, dès le début, j'aurais probablement été un cinéaste baroque, insensé, et peut-être de goût, par quelque opération divine. Mais le contact avec Bresson m'a obligé à un travail très intense, et à une rigueur formelle qui m’a transformé. » En même temps – l’autre but de son séjour en France –,  il assiste quotidiennement aux projections de la Cinémathèque, « les trois films obligatoires par jour ».

Premiers films[modifier | modifier le code]

De 1963 à 1968, il s'attelle à de nombreux projets, pour la plupart inaboutis : les scénarios de Cuchillo en France, et de El Hombre del bandonéon de retour à Buenos Aires, où il réalise 2 moyens métrages : Les contrebandiers (1967) et Les caïds (1968).  Entre la fin 68 et 1969, il réalise, dans son pays natal, l'Argentine, son premier long-métrage, Invasión. Au début 1968 il avait soumis aux deux écrivains argentins Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares un idée, qu'ils transforment en scénario, puis adapté par Hugo Santiago et Jorge Luis Borges, quotidiennement à la Bibliothèque Nationale, durant une année entière. "L'écriture d'Invasión fut un plaisir infini et un luxe extraordinaire. Un style défini – cette prose mémorable de Borges – traverse tout le film, et la force de ce style était telle que, pour moi, il devenait intouchable. J'ai simplement essayé, modestement, d’en faire du cinéma. »

Présenté en ouverture de la première édition de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes en 1969, le film est récompensé de très nombreux prix internationaux (Locarno, Barcelone, Mannheim, Harvard, Sante Fe...). Il est considéré en Argentine comme un véritable classique du cinéma.

Au moment de la sortie d’ Invasión, Jorge Luis Borges, qui se refuse à donner des interviews, envoie une lettre à la presse : "Deux expériences de caractère analogue, éloignées dans le temps, se rejoignent maintenant dans ma mémoire. La plus ancienne m’accompagne depuis 1923 ; je veux parler du soir où je tins entre mes mains le premier exemplaire de mon premier livre. L’autre, la plus récente, est celle de l’émotion que j’ai éprouvée à voir sur l’écran le film Invasión. Un livre imprimé ne diffère guère d’un manuscrit ; un film, c’est la projection visible, détaillée, écoutée, enrichie et magique, de quelque chose de rêvé, à peine entrevu. Puisque je suis l’un des auteurs, je ne dois point me permettre d’en faire l’éloge. Je tiens pourtant à consigner ici qu’Invasión est un film qui ne ressemble à aucun autre et pourrait bien être le premier exemple d’un nouveau genre fantastique."

Quant à Adolfo Bioy Casares, il écrit ceci : "Invasión rajeunit le thème de l' Illiade : il ne vante pas l’astuce et l’efficacité du vainqueur, mais le courage d’une poignée de résistants prêt à défendre leur Troie – qui ressemble par trop à Buenos-Aires – où il y a toujours une bande d’amis et un tango qui vous invitent à vous battre pour des causes nobles et justes. Homère me pardonne : le cœur est toujours du côté des résistants. Je crois que Hugo Santiago a réussi un film extraordinaire. »

Films en France[modifier | modifier le code]

Comme il ne parvient pas à monter son projet suivant – El señor Szun, à partir des écrits du plasticien Juan Andralis –, il reforme en 1972 le duo des écrivains Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares pour un nouveau film, Les Autres, réalisé cette fois en France. A partir d'une trame imaginée par Borges, tous trois s'attèlent au scénario : l’histoire d’un libraire parisien qui à l'occasion du suicide de son fils est entraîné dans une série de métamorphoses pendant l'enquête.

Présenté au Festival de Cannes en 1974, le film fait scandale et divise la critique, mais reçoit le soutien de nombreux artistes et intellectuels : Gilles Deleuze, mais aussi Marguerite Duras, Jean-Pierre Faye, Jacques Roubaud, Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet, Yannis Xenakis, Robert Bresson, Louis MalleJacques Rivette… 

En 1979, toujours en France, Hugo Santiago réalise Écoute voir, film dans lequel Catherine Deneuve enquête sur une secte qui cherche à contrôler les gens en utilisant des ondes radio. Le film incorpore de nombreuses innovations techniques : un son stéréophonique magnétique et des images en Panavision

En 1980 il propose au romancier argentin Juan José Saer, exilé comme lui à Paris, de composer un scénario qui allait devenir le deuxième volet de sa Trilogie de Aquiléa, après Invasion. Après quatre années d’écriture avec l'écrivain, Hugo Santiago tourne à Paris Les trottoirs de Saturne, récit fantastique et, en même temps, une réflexion sur l'exil.

Objets audiovisuels[modifier | modifier le code]

Parce que la production connut de graves difficultés pour parvenir à répondre aux exigences du cinéaste, Hugo Santiago se consacre alors à la conception de nouvelles formes d'écriture audiovisuelle : grâce au soutien de l’INA et d'Arte, il entreprend la réalisation de ce qu’il appelle « ses objets audiovisuels » : une douzaine de films de toute nature, de formes novatrices, sur de très nombreux sujets.

Il réalise ainsi des « films de théâtre » (adaptations visuelles d' Electre de Sophocle (1986) et de La Vie de Galilée de  Bertolt Brecht (1991), d'après les mises en scène d'Antoine Vitez) ; des « films de musique » (La Geste gibeline, en 1987, qui encapsule l'opéra de Iannis Xenakis l’Orestie, d’après la tragédie d'Eschyle, en une vaste réflexion narrative et poétique sur la Sicile ; La Voix Humaine (1989) de Poulenc et Cocteau ; deux œuvres conçues avec Georges Aperghis : Énumérations, recherche dont le sujet est la production même du son, et l'opéra La Fable des Continents (1992) composé spécialement pour le film). 

Il suit également pendant près d'un an le violoncelliste Christophe Coin dans tous les aspects de son travail (1995), ou le quatuor Mosaïques et leurs interprétations de Beethoven (1996 et 1999).

En 1998, il consacre un film à l'écrivain Maurice Blanchot, avec la collaboration de Christophe Bident, qui sera diffusé dans la collection Un siècle d’écrivains.

En 2001, il se rend à Rio de Janeiro pour réaliser un film sur Maria Bethânia do Brasil,  un essai documentaire sur l'interprète brésilienne, avec la participation de Caetano Veloso et de Chico Buarque.

Retour à la fiction[modifier | modifier le code]

Au même moment, Hugo Santiago entreprend, avec l’écrivain franco-argentin Santiago Amigorena, l’adaptation libre d’une nouvelle de l'auteur de polar américain Ross Macdonald, qu’il tourne en 2002 pour le cinéma, Le Loup de la Côte Ouest.

En 2002, l’Argentine lui rend hommage et lui consacre une rétrospective intégrale à Buenos Aires. Au cours de cette manifestation, est projetée la version restaurée de son 1er film, Invasión, dont  huit bobines du négatif original avaient été séquestrées pendant la dictature militaire.

En 2003 et 2004, il dirige des séminaires et travaux de recherche audiovisuelle, à Paris et à Buenos Aires, pour de jeunes cinéastes du monde entier.

Du 2004 à 2006, il entreprend différents scénarios : Mylène et l’Homme aux Milliards, Duchamp 1918, Buenos Aires n’existe pas, co-écrit avec Alan Pauls.

 En 2006, à la mort de sa mère, il entreprend finalement l’écriture d’ Adiós  troisième et dernier volet de La Trilogie de Aquiléa, (dont les deux premiers sont Invasion et Les trottoirs de Saturne), l’œuvre la plus vaste qu’il ait jamais tentée, dont le tournage doit avoir lieu à Buenos Aires. La préparation commence en 2010. Mais Hugo Santiago décide, subitement, d'abandonner son projet car, pour lui, il n’était pas raisonnable de revenir à Buenos Aires pour tourner une œuvre aussi considérable après 43 ans d’absence.

Il s'attèle à un film de dimension plus réduite, avec un autre jeune cinéaste argentin, Mariano Llinás,  Le Ciel du Centaure, un conte fantastique. Le scénario bilingue est écrit en un an. Sa réalisation mène Hugo Santiago à revenir à Buenos Aires. Achevé en 2015, Le Ciel du Centaure inaugure le Festival international du cinéma indépendant de Buenos Aires (BAFICI).

Avant de passer au cinéma en 1961, il a été chorégraphe et metteur en scène de l’Histoire du Soldat au Festival Stravinsky. Il a contribué au travail d'autres cinéastes au fil des ans, y compris la production Sérail par Eduardo de Gregorio (1976) et la narration dans le film de Raul Ruiz Les Trois Couronnes du matelot (1983).

Films réalisés[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]