Houri

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Houris chevauchant des chameaux dans le paradis.

Les houris (masc. arabe ‫حور‬, ḥūr, fém. arabe ‫حورية‬, ḥūrīya, pl. ḥūrīyāt) sont selon la foi musulmane des vierges dans le paradis, qui seront la récompense des bienheureux[1]. Ce sont des personnages célestes[2].

Signification[modifier | modifier le code]

Le singulier ḥawrāʾ (« houri ») n'est pas attesté dans le Coran[3] mais le pluriel ḥūr (« houris ») y compte quatre occurrences[3],[4],[5], à savoir, selon le probable ordre chronologique des sourates[4] : les versets 52:20, 56:22, 55:72 et 44:54[3],[4],[6]. D'autres versets se réfèrent aux houris, à savoir : 2:25, 3:15, 4:57, 36:56, 37:44, 37:48-49, 38:52, 55:56, 55:58, 55:70-71, 55:73-74, 56:16, 56:23-24 ; 56:35-38, 78:33 et 88:13[7],[6]. Les sourates qui se rapportent aux houris sont des sourates mecquoises, antérieures à l'hégire ()[4].

La véritable signification et le sens du mot dans le contexte du Coran est inconnue, mais le sens le plus souvent donné est bien celui de vierge. En particulier, la sourate 55 parle au verset 56[8] d'êtres féminins qui « n'ont été déflorées ni par des hommes ni par des djinns ».

  • les « houris aux grands yeux » (les vierges du paradis) sont mentionnées à quatre endroits[9],
  • les « houris de même âge » sont mentionnées à deux endroits[10],
  • les houris en général, apparaissent dans deux versets[11], elles y sont décrites d'une beauté inouïe avec des perles, reposant sur des coussins verts, des beaux tapis, dans des jardins frais.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le substantif féminin[12],[13],[14] « houri » (prononcé en français : [uʀi][13]) est un emprunt au persan[12],[13],[15] ḥūrī[13],[15] (« jeune fille du paradis »[12]), dérivé[12], avec le suffixe d'unité persan [13], de l'adjectif arabe ḥūr, pluriel de ḥawrāʾ, féminin de aḥwar (« qui a le blanc et le noir des yeux très prononcés »)[13]. L'adjectif arabe est dérivé de la racine -w-r qui dénote la blancheur[16]. Il est employé pour qualifier les yeux d'une gazelle ou d'un oryx, dont la blancheur résulte du contraste de la sclère avec la noirceur de la pupille et de l'iris[16]. L'adjectif substantivé désigne, par extension, une femme dont les grands yeux noirs contrastent avec le blanc de ses yeux et la blancheur de sa peau[16].

Selon l'usage classique de l'arabe à l'époque où Mahomet récita le Coran, Hur'in est composé des deux mots : « hur » et ʿīn. Le mot 'hur est le pluriel des deux formes ahwar (masculine) et hawra (féminine) qui signifient « aux yeux blancs », ou bien qui désignent des personnes qui se distinguent par hawar, c'est-à-dire « une intense blancheur des orbites oculaires et des pupilles d'un noir brillant »[17], d'où la pureté. Le second mot, ʿīn, est le pluriel des deux formes ayan (masculine) et ainao (féminine). Ce mot désigne la beauté des yeux du buffle, qui sont blonds. En général, ce mot implique « les plus beaux yeux », quel que soit le sexe de la personne. Ainsi, la façon la plus fidèle de rendre le mot houri en français pourrait être : « compagnon/compagne pur(e), aux plus beaux yeux ».

En hébreu, autre grande langue sémitique, l'adjectif חיוור (hiwer) a la même racine h-w-r, signifiant pâle, blanchâtre. Le mot correspondant pour œil est עין (ayin).

Par ailleurs, le mot houri est entré dans la langue française en 1654[18] avec la signification de femme belle et voluptueuse. Il est aussi entré dans la langue anglaise en 1737.

Autre traduction[modifier | modifier le code]

Sous le pseudonyme de Christoph Luxenberg, un spécialiste allemand du Coran publie en 2000 un livre intitulé Lecture syro-araméenne du Coran : une contribution pour décoder la langue du Coran dans lequel une lecture syro-araméenne du Coran le conduit à penser à une utilisation erronée du mot houri. Le texte original ferait référence à des « raisins blancs » plutôt qu'à des « vierges » en guise de récompenses célestes[19].

Représentation[modifier | modifier le code]

Les descriptions des houris dans le Coran ont été enjolivées et remplies de détails dans la première période de la tradition et de l'exégèse. À partir du verset qui dit qu'elles n'ont été déflorées ni par des hommes ni par des djinns, certains commentateurs ont conclu à l'existence de deux sortes de houris, une de nature humaine, l'autre de la nature des djinns. Sur leur poitrine seraient inscrits deux noms : le nom d'Allah, et le nom de leur époux. Elles-mêmes sont nommées d'après la forme féminine du nom de leur mari. Leur jeune âge et leur virginité sans cesse renouvelée sont toujours mis en avant. Comme elle ne porte pas d'enfant, la houri, dans sa pureté, ne connaît pas les douleurs des règles, ni le besoin humain, ni les douleurs. (Source manquante)

Les représentations de la vie dans l'au-delà se différencient nettement dans les différentes branches de l'islam. Cela tient à ce que les houris (mot masculin dans la langue arabe), n'ont rien à voir avec la féminité dans les différentes branches de l'islam, ainsi qu'à ce que ce qu'on appelle les gilmans (arabe : غِلْمانُ الْجَنَّةٌ), qui seraient destinés réciproquement aux femmes pieuses. Des réflexions contre une signification à la fois matérialiste et spirituelle de la jouissance du paradis furent exprimées dès le début de l'histoire de l'islam. L'exégète chaféite du Coran Al Baidawi, au XIIIe siècle, est d'avis que les substances à la fois de ces femmes et des nourritures du paradis, se différencient fondamentalement de leur correspondances terrestres respectives. Une interprétation semblable est défendue par les philosophes musulmans et par les soufis : les indications concrètes du Coran cachent pour eux un sens ésotérique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sourate 44, verset 54, voir la traduction de Kazimirski sur Wikisource.
  2. Dictionnaire des symboles musulmans, Malek Chebel, Edition Albin Michel, 1995, p.205.
  3. a, b et c Jarrar.
  4. a, b, c et d Malcolm Clark (adapté de l'anglais par Malek Chebel), L'islam (pour les nuls) [« Islam (for dummies) »], Paris, First, coll. « Pour les nuls », , 1e éd., XX-485 p., 24 cm (ISBN 2-7540-0531-5 et 978-2-7540-0531-9, OCLC 300227617, notice BnF no FRBNF41225641, présentation en ligne), p. 134 : « Les femmes et les houris aux yeux de gazelle » [lire en ligne (page consultée le 29 août 2016)].
  5. Jacqueline Chabbi, Les trois piliers de l'islam : lecture anthropologique du Coran, Paris, Seuil, , 1e éd., 372 p., 24 cm (ISBN 2-02-123101-1 et 978-2-02-123101-4, OCLC 948108110, notice BnF no FRBNF45013606, présentation en ligne), p. 280, n. 60 [lire en ligne (page consultée le 30 août 2016)].
  6. a et b Jacques Berque (trad. de l'arabe, annoté et suivi d'une étude exégétique), Le Coran : essai de traduction, Paris, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes / au format de poche » (no 194), , 2e éd. (1re éd. 1990), 842 p., 18 cm (ISBN 2-226-13488-3 et 978-2-226-13488-2, OCLC 401582074, notice BnF no FRBNF38913605, présentation en ligne), p. 825 [lire en ligne (page consultée le 29 août 2016)].
  7. Malek Chebel, Dictionnaire encyclopédique du Coran, Paris, Arthème Fayard, , 1e éd., 498 p., 24 cm (ISBN 2-213-63392-4 et 978-2-213-63392-3, OCLC 470832109, notice BnF no FRBNF41441672, présentation en ligne), p. 34 [lire en ligne (page consultée le 29 août 2016)].
  8. Voir la traduction de Kazimirski sur Wikisource. .
  9. Sourate 37:48, sourate 44:54, sourate 52:20 et sourate 56:22.
  10. Sourate 38:52 et sourate 78:33.
  11. Sourate 55:72 et sourate 56:35.
  12. a, b, c et d Entrée « Houri » dans le Dictionnaire de l'Académie française, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales [consulté le 28 août 2016].
  13. a, b, c, d, e et f Définitions lexicographiques et étymologiques de « houri » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales [consulté le 28 août 2016].
  14. Entrée « *houri », sur Dictionnaires de français en ligne, Larousse [consulté le 28 août 2016].
  15. a et b Rippin.
  16. a, b et c Wensinck.
  17. D'après le site de lexicographie arabe Qamus.
  18. Voir l'article dans le Trésor de la langue française informatisé.
  19. La thèse et les références sont détaillées dans l'article Wikipedia sur Christoph Luxenberg.

Bibliographie[modifier | modifier le code]