Hors-la-loi (film, 2010)

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Hors-la-loi
Réalisation Rachid Bouchareb
Scénario Rachid Bouchareb
Musique Armand Amar
Acteurs principaux
Sociétés de production Tessalit Productions
Pays d’origine Drapeau de l'Algérie Algérie
Drapeau de la France France
Drapeau de la Belgique Belgique
Drapeau de la Tunisie Tunisie
Genre Drame historique
Durée 140 minutes
Sortie 2010


Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Hors-la-loi est un film algéro-français, un co-produit belgico-tunisien, réalisé par Rachid Bouchareb et sorti en 2010. Ce film fait suite au succès Indigènes qui avait reçu le Prix d'interprétation masculine lors du Festival de Cannes 2006, et est également sélectionné en compétition officielle pour le Festival de Cannes 2010[1]. Il représente l'Algérie aux Oscar 2011 dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. Le film créé une grande polémique médiatique et des manifestations en France en à cause de l'histoire des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata.

« Hors-la-loi » est la traduction française du terme arabe fellaga ou « rebelle »[2], qui a été employé en France pour désigner les combattants indépendantistes durant la guerre d'Algérie (1954-1962)[3],[4].

Synopsis[modifier | modifier le code]

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, sur le front de l'Ouest, les manifestations pour l'indépendance deviennent de plus en plus fréquentes en Algérie, jusqu'aux massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, dans le Constantinois, à partir du . Les scènes finales évoquent le massacre du 17 octobre 1961 à Paris.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Accueil[modifier | modifier le code]

Sorti le , le film fait un très mauvais démarrage malgré un nombre de copies important (plus de 550). Hors-la-loi n'attire en effet que 195 242 spectateurs sur la première semaine, démarrant ainsi 5e au box-office de la semaine[5].

Controverses[modifier | modifier le code]

Avant même sa première projection, le film suscite un début de polémique à la suite de la déclaration de Rachid Bouchareb, où il indique que son film pourrait « rétablir une vérité historique confinée dans les coffres »[6]. Le député UMP Lionnel Luca met en doute le film en s'appuyant sur une étude du service historique de la Défense, qui a relevé des erreurs historiques en se fondant sur un synopsis intermédiaire du film[7]. Luca déclare espérer que la Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie sera rapidement mise en place « afin de mieux approcher la vérité »[8]. Des cinéastes et des historiens écrivent, dans une tribune libre publiée dans Le Monde, que « le pire est à craindre quand le pouvoir politique veut écrire l'histoire que nos concitoyens iront voir demain sur nos écrans »[9].

Le secrétaire d'État aux Anciens combattants, Hubert Falco, écrit « veiller, au nom de la défense de la mémoire, à ne pas cautionner ce film »[10]. En réaction, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, est interpellé à l'Assemblée nationale par le député Daniel Goldberg, qui juge que l'État n'a pas à dicter une histoire officielle[11].

En réaction à la diffusion du film, Thierry Mariani entre dans la polémique en déposant une proposition de loi (mort-née) pour faire reconnaître par la France « les souffrances subies par les citoyens français d'Algérie victimes de crimes contre l'humanité commis du au du fait de leur appartenance ethnique, religieuse ou politique »[12],[13],[14].

Critiques par les historiens[modifier | modifier le code]

Pour Benjamin Stora, historien spécialiste de la guerre d'Algérie, « la distorsion discrète de la vérité historique a beau répondre à un impératif de cinéma spectaculaire, à mi-chemin entre western et film policier d'action, elle noie la complexité des situations politiques dans la contemplation sidérée d'une violence pure. Mais cette critique à caractère historique, qui est sévère, je le concède, ne doit pas nous empêcher de voir que Hors-la-loi a le mérite de faire entendre un point de vue nouveau, différent, celui de l'ancien colonisé ou de l'immigré ; qu'il tente d'établir une généalogie de la violence coloniale en évoquant la dépossession des terres et la misère paysanne […] ; et qu'il installe dans son ancienneté l'immigration ouvrière algérienne en France »[15].

Pour Guy Pervillé, autre historien du nationalisme algérien[16] et de la guerre d'Algérie, la distorsion entre la liberté du scénariste et la réalité historique est plus préoccupante, tout particulièrement dans la mise en scène du 8 mai 1945 à Sétif : « cette œuvre de « fiction », mais qui sera sans aucun doute perçue comme la révélation d'une vérité historique trop longtemps cachée par une bonne partie de son public, effacera tous les repères qui permettent encore, difficilement, de différencier ces deux genres. En conséquence, la vérité historique sera remplacée par le mythe »[17].

Un autre docteur en histoire, le spécialiste de la colonisation Daniel Lefeuvre, connu pour son combat contre la « repentance coloniale », considère également que ce film n'est pas honnête et qu'il a des enjeux idéologiques et politiques[18].

Maurice Faivre, docteur en histoire, historien des armées, membre de l'Académie des sciences d'outre-mer, général français impliqué dans la guerre d'Algérie et politologue, écrit à propos du scénario : « Contrairement à ce que disent les historiens cités dans Le Monde du 5 mai, il ne s'agit pas d'une guerre des mémoires, mais d'erreurs historiques grossières, conformes à la vérité historique du pouvoir algérien »[19].

Jean Monneret, docteur en histoire et défenseur ardent de l'Algérie française, publie un livre intitulé La désinformation autour du film hors la loi, dans lequel il affirme que le film est « une désinformation très précisément orientée », rejoignant d'une part « la propagande constante du FLN » et visant d'autre part à « mettre en condition [la population française] pour accepter les flux migratoires ininterrompus », dans le but de « faire croire que [la France] a à l'égard de l'Algérie et des autres territoires de l'empire une dette et que l'installation [en France] de leurs ressortissants est une nécessaire réparation historique »[20].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • Prix d'or lors du Festival du film arabe à Damas ;
  • Prix d'or lors du Festival du film mondial à Damas.

Nominations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Bouchareb s'attaque à Hors-la-loi », sur commeaucinema.com, (consulté le 16 juillet 2020).
  2. Serge Bromberger, Les rebelles algériens, Paris, Libraire Plon, , 278 p.
  3. Rémy Madoui, J'ai été fellagha, officier français et déserteur : du FLN à l'OAS, Paris, Éditions du Seuil, , 400 p. (ISBN 978-2-020-63909-5), p. 10.
  4. Mohammed Maarfia, La passion du fellagha, Paris, La Pensée universelle, , 375 p., p. 64.
  5. « Box office du 29 septembre : Des hommes et des dieux atteint des sommets », sur premiere.fr, (consulté le 16 juillet 2020).
  6. Interview donnée par Rachid Bouchareb au journal algérien El Watan en juin 2009, via « Débat en France autour d'un film sur l'Algérie présenté à Cannes »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur lexpress.fr, .
  7. « Débat en France autour d'un film sur l'Algérie présenté à Cannes »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur lexpress.fr, .
  8. Yannick Vely, « Hors-la-loi, chronique d'une polémique annoncée », sur parismatch.com, (consulté le 16 juillet 2020).
  9. Yasmina Adi, Didier Daeninckx, François Gèze, Guy Seligman, Pascal Blanchard, Mohammed Harbi, Gilles Manceron, Gilbert Meynier, Gérard Noiriel, Jean-Pierre Peyroulou, Benjamin Stora et Sylvie Thénault, « Le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb : les guerres de mémoires sont de retour, par Yasmina Adi, Didier Daeninckx... », sur lemonde.fr, (consulté le 16 juillet 2020).
  10. Frédéric Pons, « De l'argent public devait-il financer cette œuvre de fiction qui dessert l'histoire ? »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur valeursactuelles.com, .
  11. « Film Hors-la-loi : il faut refuser une écriture de l'Histoire par l'État »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur danielgoldberg.fr, .
  12. « Proposition de loi de M. Thierry Mariani visant à établir la reconnaissance par la France des souffrances subies par les citoyens français d'Algérie, victimes de crimes contre l'humanité du fait de leur appartenance ethnique, religieuse ou politique », sur assemblee-nationale.fr (consulté le 16 juillet 2020).
  13. Arnaud Folch, « Pieds-noirs : la blessure toujours ouverte », sur valeursactuelles.com, (consulté le 26 mai 2016).
  14. « La mémoire des “nostalgériques” et l'histoire »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur ldh-toulon.net, .
  15. Benjamin Stora, « Il a le mérite de faire entendre un point de vue nouveau »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur lexpressiondz.com, .
  16. Guy Pervillé, « Histoire et mémoires de la relation franco-algérienne », L'ivreScQ, no 22,‎ , p. 43-53 (lire en ligne).
  17. Guy Pervillé, « Réponse à Thierry Leclère (2010) », sur guy.perville.free.fr, (consulté le 16 juillet 2020).
  18. Daniel Lefeuvre, « À propos du film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb et d'une pétition d'historiens », sur etudescoloniales.canalblog.com, (consulté le 16 juillet 2020).
  19. Maurice Faivre, « Scénario de Hors-la-loi par le Général Maurice Faivre »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur clan-r.org.
  20. Jean Monneret, La désinformation autour du film Hors-la-loi, Anet, Atelier Fol'fer, coll. « Étoile du Berger », , 102 p. (ISBN 978-2-35791-021-8), p. 10-13.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]