Honoré d'Amiens

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Honoré d'Amiens
Image illustrative de l'article Honoré d'Amiens
Statue de saint Honoré par Eugène Aizelin, (1873), église Saint-Roch. (París)
évêque d'Amiens
Naissance début du VIe siècle
Port-le-Grand (Somme)
Décès 16 mai 600 
Port-le-Grand
Vénéré par Église catholique
Fête 16 mai
Attributs représenté en tenue d'évêque portant un pain dans la main
Saint patron meuniers, marchands de farine, boulangers et pâtissiers

Honoré d'Amiens (début du VIe siècle, mort le 16 mai, ca. 600) est, selon la tradition, le huitième évêque d'Amiens. Patron des boulangers et de la Picardie, il est vénéré comme saint dans l'Église catholique romaine et l'Église orthodoxe.

Biographie[modifier | modifier le code]

La principale source est une Vie de S. Honoré composée vers la fin du XIe siècle par un chanoine d'Amiens, d'après d'anciens manuscrits et les légendaires d'Amiens[1]. L'historicité des épisodes de la vie de ce saints reste souvent douteuse car ces épisodes se retrouvent dans l'hagiographie tels qu'ils apparaissent dans les coutumes ou dans le folklore. Ainsi la structure même du récit des vitae se rencontre dans d'autres Vies de saints dont les auteurs reprennent généralement des « conventions littéraires d'un modèle biblique qui façonnait leurs modes de pensée et d'expression »[2]. Ce saint bénéficie ainsi d'une légende hagiographique avec une vie semée de miracles et une puissance de thaumaturge qui se prolonge longtemps après sa vie[3].

Début de la légende[modifier | modifier le code]

Quand ce jeune homme dissipé annonça à sa nourrice qu'il voulait devenir prêtre, elle était en train de faire cuire son pain. « Et quand ma pelle aura des feuilles, tu seras évêque ! », se moqua la brave femme. Le jour où il devint évêque, joignant l'affirmation au geste, elle planta dans la cour la pelle de four embrasée qui s'épanouit en un mûrier porteur de feuilles et de fruits. En souvenir de ce miracle, en 1202, un boulanger parisien nommé Renold Théreins (ou Renold Chereins) offrit neuf arpents de terre pour construire une chapelle à saint Honoré qui devint ainsi le saint patron des boulangers fêté le 16 mai à travers toute la France : c'est la « fête du pain ». Selon la légende, l'occasion de célébrer une fois l'an, sur le lieu des moissons, au moulin et au fournil, le travail des céréaliers, des meuniers et des boulangers qui maintiennent la tradition du bon pain français, se développa à cette période[4].

Une vie édifiante[modifier | modifier le code]

Selon la légende, dès son jeune âge, l'enfant témoigna de pieuses dispositions : les prières et le jeûne faisaient ses délices. On lui donna pour maître saint Béat, évêque d'Amiens. À la mort de son père spirituel, survenue vers 554, le peuple et le clergé, édifiés par son zèle et ses vertus, le désignèrent pour lui succéder. Comme il refusait cet honneur, un rayon céleste et une huile mystérieuse descendirent sur sa tête, signe de la volonté divine. Il se trouva ainsi miraculeusement consacré[3].

La vie de saint Honoré fut simple, exempte de rigueurs et de supplices. Les miracles que la tradition chrétienne attribue au huitième évêque d'Amiens sont empreints d'une poésie toute humaine : nulle trace de ce merveilleux terrible ou suave qui illumine les récits de la Légende dorée dans laquelle pour cette raison sans doute Jacques de Voragine n'a point donné place à ce Saint qui fut peut-être heureux !

Cependant, le culte de saint Honoré est lié, dans toute la France, au symbole même de notre nourriture, à cet aliment qui figure dans la prière :

Notre Père qui es aux cieux(...) Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.

Saint Honoré, patron des meuniers, des marchands de farine, des boulangers et de tous ceux dont le travail assure l'essentiel de notre subsistance, est le saint dont la protection est la plus nectarifère, selon le vieil adage : "Jamais ne vienne demain / S'il ne rapporte du pain".

Un saint picard[modifier | modifier le code]

Honoré naquit au village de Port-le-Grand, dans le Ponthieu, au début du VIe siècle. Sa famille, selon les Bollandistes, était une des premières du pays. La légende rapporte qu'à ce moment même, sa nourrice était occupée à cuire le pain dans le fournil du château paternel. Au récit de ce prodige, surprise et incrédule, la vieille femme s'écria, en manière de défi, qu'elle croirait en ces paroles insensées si le fourgon qu'elle venait de jeter sur le sol prenait racine. Dans l'instant, il fut transformé en un mûrier qui se couvrit de feuillage et de fleurs. C'est pourquoi les fleuristes se sont mis sous la protection de Saint Honoré, tandis qu'en mémoire de ce miracle, associé à la préparation du pain, les boulangers l'ont choisi pour patron.

Lupicin, prêtre du diocèse d'Amiens, reçut un jour la révélation du lieu où étaient enterrés les martyrs Firmin, Victoric et Gentien, morts en l'an 303. Il creusa le sol et découvrit leurs corps. Dans sa joie, il entonna un hymne d'allégresse dont les accents atteignirent Honoré qui se trouvait à plus de deux lieues de là. L'évêque, accompagné du clergé et d'un grand concours de fidèles, arriva bientôt et procéda à l'invention des reliques[5].

La tradition rapporte qu'un dimanche de Pâques, comme Honoré célébrait la Messe à la cathédrale Notre-Dame des Martyrs, dans ce qui est aujourd'hui le quartier Saint-Acheul d'Amiens, il vit apparaître, dans une nuée lumineuse, la main du Christ qui, saisissant l'hostie, le communia, renouvelant ainsi, la grâce accordée, lors de la Cène, aux apôtres. Les armoiries de l'abbaye de Saint-Acheul portent une main en souvenir de ce miracle.

Saint Honoré évangélisa des contrées où la foi chrétienne était encore mal connue et il obtint d'innombrables conversions. Au cours d'une de ses visites épiscopales, il mourut à Port-le-Grand. C'était le 16 mai 600. Il fut enterré dans son village natal ; son corps fut placé sous le maître-autel d'une église bientôt bâtie en son honneur.

Reliques et culte[modifier | modifier le code]

Saint-Honoré.

Les reliques de saint Honoré demeurèrent au lieu de sa mort jusqu'à l'invasion des Danois et des Normands. Pour les préserver de toute profanation, elles furent, à cette époque, conduites à Amiens. Cette translation fut marquée par un nouveau miracle : le corps avait été déposé dans l'église Saint-Pierre et Saint-Paul. Lorsqu'on l'enleva, pour le porter à la cathédrale, le Crucifix, qui dominait le jubé, se pencha pour saluer la dépouille du Saint évêque et l'accompagna longuement du regard. Ce Christ, à la tête inclinée, connu sous le nom de Saint Sauve, se voit encore dans la cathédrale d'Amiens dont le portail méridional, dit de la Vierge Dorée est, en partie, consacré à saint Honoré.

A Amiens, une église moderne provenant de l'exposition universelle de 1937 fut réédifiée après 1945 à l'emplacement de l'église détruite par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, elle est placée sous le vocable de Saint Honoré.

À peu près dans toute la France, les boulangers et pâtissiers ont pris pour patron saint Honoré et le fêtent le 16 mai. Les artisans-professionnels du pain, associés à Jean-Pierre Raffarin (ayant hérité depuis d'un petit nom, « Raffarine »), Ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce et de l'Artisanat, créent en 1995[6] la « fête du pain ». Ayant pour but de revaloriser ce métier séculaire, inscrit dans la culture nationale, chaque année durant 7 jours, autour du 16 mai, la fête met à l'honneur la profession et son produit emblématique[7].
On a donné son nom à une pâtisserie, le saint-honoré.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jules Corblet, Hagiographie du diocèse d'Amiens, J.-B. Dumoulin, , p. 76.
  2. Nathalie Stalmans, Saints d'Irlande. Analyse critique des sources hagiographiques (VIIe-IXe siècles), Presses universitaires de Rennes, , p. 6.
  3. a et b Henri Peltier, Histoire religieuse de la Picardie, des origines aux croisades, C. Paillart, , p. 24.
  4. Jean-Robert Maréchal, Les saints patrons protecteurs, Cheminements, , p. 167.
  5. Henri Peltier, Histoire religieuse de la Picardie, des origines aux croisades, C. Paillart, , p. 25.
  6. La première édition se déroule en 1996 sur le thème « À la Saint-Honoré, tous les enfants sont boulangers ».
  7. Rosso Romain, « Le chouchou des fournils », L'Express, no 2654,‎ , p. 19.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]