Honoré d'Estienne d'Orves

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Honoré d’Estienne d’Orves
Monument d'Estienne d'Orves, à Paris (détail).
Monument d'Estienne d'Orves, à Paris (détail).

Naissance
Verrières-le-Buisson, France
Décès (à 40 ans)
Suresnes, France
Origine Drapeau de la France France
Arme Marine nationale française
Grade Capitaine de corvette, capitaine de frégate à titre posthume
Années de service 1923 – 1941
Conflits Seconde Guerre mondiale
Faits d'armes Héros de la Résistance
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur
Compagnon de la Libération
Hommages Un aviso de la marine nationale (aujourd'hui désarmé). Une station de métro à Paris Trinité - d'Estienne d'Orves

Henri Louis Honoré d’Estienne d’Orves ( à Verrières-le-Buisson - à Suresnes) est un officier de marine français, héros de la Seconde Guerre mondiale, martyr de la Résistance, mort pour la France[1].

Le réseau de renseignement de la France libre, qu'il a organisé avec Jan Doornik, Maurice Barlier et d'autres s'appelait Nemrod[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Honoré d’Estienne d’Orves naît à Verrières-le-Buisson, fief de sa famille maternelle, les Vilmorin (il était le cousin germain de Louise de Vilmorin). Sa famille paternelle (son père porte le titre de noblesse de comte), de vieille souche provençale est royaliste légitimiste ; il descend du général vendéen Charles d'Autichamp, et à la maison le drapeau blanc est, comme chez les Hauteclocque d’ailleurs, de rigueur.

Il entre, en 1910, au lycée Saint-Louis-de-Gonzague[3], puis rejoint Louis-le-Grand en 1919 pour préparer le concours d'entrée à l'École polytechnique, où il entre en 1921[4]. Parallèlement, il participe au groupement confessionnel catholique des Équipes sociales de Robert Garric[5]. Lycéen proche de l'Action française[5], il abandonne la politique en entrant à Polytechnique[6]. Sorti de l'École polytechnique en 1923[7], Honoré d'Estienne d'Orves s'engage dans la Marine nationale, élève officier à l'École navale. Il participe à la campagne d'application à bord du croiseur école Jeanne d'Arc.

En 1929, il épouse Éliane de Lorgeril, descendante de Louis de Lorgeril, maire de Rennes, avec qui il aura cinq enfants.

Lieutenant de vaisseau à partir de 1930, il est affecté en à bord du croiseur lourd Duquesne, en tant qu'officier d'ordonnance de l'amiral Godfroy[7], commandant la Force X. Cette escadre se trouvant internée à Alexandrie au moment de l'armistice de juin 1940, d'Estienne d'Orves ne se satisfait pas de l'inaction à laquelle il est contraint.

La volonté de continuer le combat[modifier | modifier le code]

En , avec plusieurs de ses camarades, il tente de rejoindre le général Legentilhomme, commandant supérieur des troupes de la Côte française des Somalis, qui a annoncé son intention de refuser l'armistice[7]. La colonie s'étant finalement ralliée au gouvernement de Vichy en évinçant le général Legentilhomme, d'Estienne d'Orves décide, en , de rejoindre l'Angleterre[7].

Il parvient à Londres à la fin de septembre après un long périple autour de l'Afrique, il prend le nom de « Chateauvieux » et se présente au quartier-général du général de Gaulle. Il est affecté au 2e bureau des Forces navales françaises libres[7].

Mission en France[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative du premier appel entre la France libre et la France occupée en décembre 1940.

Le , il est envoyé en mission en France : il traverse la Manche à bord d'un petit chalutier, accompagné du quartier-maître radiotélégraphiste « Georges Marty » (un alsacien dont le vrai nom est Alfred Gaessler[7]). Ils débarquent à Plogoff. Installé à Nantes dans le quartier de Chantenay[7], il organise un réseau de renseignement en France, le réseau Nemrod[7]. Il établit la première liaison radio entre la France occupée et Londres. Du 6 au , il est à Paris, où il séjourne entre autres chez Max André, une connaissance d'avant-guerre, qui accepte, à sa demande, de monter un réseau de renseignement dans la capitale.

Arrestation[modifier | modifier le code]

À son retour à Nantes, il est trahi par Alfred Gaessler[7] qui est en réalité un agent du contre-espionnage allemand. Il est arrêté le [7], ainsi que les époux Clément, chez qui il se trouvait, et, par la suite, les vingt-trois autres membres du réseau. Les accusés sont transférés à Berlin puis à Paris où, le , la cour martiale allemande condamne à mort d'Estienne d'Orves ainsi que huit de ses camarades[7] qui sont transférés à Fresnes. Cependant les condamnés ne sont pas immédiatement exécutés. Ce sursis peut s'expliquer par la volonté du général von Stülpnagel, commandant des forces d'occupation en France, de garder des otages pour une occasion spectaculaire[7]. Il est aussi possible qu'il ait été tenu compte de la forte émotion provoquée par la condamnation d'un officier de marine, au point de susciter l'intervention du gouvernement de Vichy auprès des autorités allemandes[7]. L'amiral Darlan, vice-président du Conseil, intervient, le , dans le cadre de ses tractations avec les Allemands concernant les Protocoles de Paris[8], pour demander la grâce de d'Estienne d'Orves à l'amiral Canaris, en proposant en échange la fourniture de renseignements provenant du centre d'écoutes secret des Oudaïas (Rabat), afin que les Allemands soient informés sur les mouvements de la Marine britannique[8] et le des militaires français, proches de la Résistance, sont arrêtés, dont André Beaufre, semble-t-il (selon Loustaunau-Lacau[8]) sur instructions de Darlan[8].

Exécution[modifier | modifier le code]

Proclamation de l'exécution de d'Estienne d'Orves et de ses compagnons par l'occupant.

Le , c'est l'entrée en guerre de l'URSS et le , le résistant communiste Pierre Georges, le futur colonel Fabien, abat l'aspirant d'intendance de la Kriegsmarine Alfons Moser au métro Barbès[9],[7]. Le lendemain, les Allemands promulguent une ordonnance transformant les prisonniers français en otages[7] et le général von Stülpnagel profite de l'occasion pour faire un exemple[7].

En représailles, cent otages sont exécutés dont d’Estienne d’Orves le au Mont-Valérien, en compagnie de Maurice Barlier, sous-lieutenant FFL et de Jan Doornik, officier hollandais[7].

D’Estienne d’Orves a laissé un journal où il exalte sa foi patriotique et sa ferveur religieuse, ainsi que des lettres émouvantes à sa famille.

Ses enfants sont recueillis par des camarades de l'X, dont Jean Freysselinard, gendre du président Albert Lebrun, installé à Vizille (Isère)[10].

Décorations[modifier | modifier le code]

Hommages posthumes et mémoire[modifier | modifier le code]

Monument à la mémoire d'Honoré d'Estienne d'Orves dans le square d'Estienne-d'Orves à Paris.

Publication[modifier | modifier le code]

  • Carnets de voyage, Paris, éditions Flammarion, coll. « Arthaud - L’Esprit voyageur », 2013 (ISBN 978-2-08-128997-0).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Militaires décédés durant la Seconde Guerre mondiale.
  2. Christian Bougeard, Histoire de la Résistance en Bretagne, Jean-paul Gisserot, coll. « Les Universels Gisserot »,‎ , 118 p. (ISBN 978-2877470919, lire en ligne), p. 29.
  3. Honoré d'Estienne d'Orves, pionnier de la Résistance : papiers, carnets et lettres, France-Empire, 1985, 284 p., p. 18.
  4. Honoré d'Estienne d'Orves, pionnier de la Résistance : papiers, carnets et lettres, op. cit., p. 39.
  5. a et b Olivier Forcade, « Les milieux militaires et l'Action française de 1898 à 1940 », dans Michel Leymarie, Jacques Prévotat (éd.), L'Action française : culture, société, politique, Presses universitaires du Septentrion, 2008, 434 p. (ISBN 9782757400432), p. 125.
  6. Michèle et Jean-Paul Cointet, Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, Paris, Tallandier, 2000, p. 286.
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q « Honoré d'Étienne d'Orves », sur le site cheminsdememoire.gouv.fr.
  8. a, b, c et d Marc Ferro, Pétain,  éd. Fayard, Paris, 1987, 789 p. (ISBN 2213018332 et 978-2213018331) ; rééd. Hachette littérature, coll. « Pluriel », Paris, 2009, 789 p. (ISBN 978-2-01-270518-0), p. 318-319.
  9. Marc Ferro, Pétain, op. cit., p. 340.
  10. Information obtenue par Éric Freysselinard de la fille d'Honoré d'Estienne d'Orves.
  11. « Estienne-d'Orves ouvre ses 15 hectares au public », Nice-Matin, . Consulté le .
  12. Centre de documentation pédagogique (CDDP) de l'Essonne, Lieux de mémoire en Essonne, CRDP de Versailles et conseil général de l'Essonne, 2005, travail d'élèves, d'un professeur et d'un parent d'élève du lycée de Vilgénis à Massy, primé au Concours national de la Résistance et de la Déportation.
  13. Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis un nom une rue, une histoire, AMNR 93 et Paris, éditions de l'Atelier, 2004.
  14. L'inventaire pour la région parisienne a été réalisé à partir du Répertoire de 300 communes autour de Paris, Paris, éditions l'Indispensable,1986.
  15. L'émission de cette série s'étale sur plusieurs années de 1958 à 1961. En 1958, sont honorés ainsi Jean Moulin, Robert Keller, Jean-Baptiste Lebas, Pierre Brossolette et Honoré d'Estienne-d'Orves.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]