Homosexualité dans la chanson française

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

L'homosexualité dans la chanson française peut prendre plusieurs formes. Au fil des époques les chansons peuvent caricaturer, ignorer, défendre ou militer pour cette préférence sexuelle, quelle que soit l'orientation sexuelle de ses auteurs ou de ses interprètes. Mode d'expression populaire par excellence, la chanson permet à la fois le divertissement et le débat, la culture gay et lesbienne en a fait un médium privilégié d'expression. Mais elle peut être également utilisée pour la railler ou la parodier.

Histoire[modifier | modifier le code]

André Claveau lors du Concours Eurovision de la chanson 1958 à Hilversum.

Déjà présente à une époque où le terme « homosexuel » n'existait pas encore, le thème de l'homosexualité a véritablement éclos dans la chanson française à l'avènement de la Troisième République grâce à l'explosion des cafés-concerts — suite aux décrets de 1867 et de 1880 —, lieux de toutes les licences (qu'elles soient alcooliques ou morales) malgré une censure toujours attentive. Il s'agissait à l'époque plus de caricaturer la « tante » comme sujet de moquerie parmi tant d'autres (soldats, belles-mères...), même si peu à peu des artistes et auteurs ouvertement homosexuels tendent à donner une image plus troublante, sortant de la moquerie pour évoquer la vie homosexuelle de l'époque et l'ivresse de ces amours interdites.

Du sous-entendu grivois distillé par Yvette Guilbert, Suzanne Lagier ou Charlotte Gaudet à l'apparition du style « tapette » popularisé par Mayol (et rapidement parodié, parfois de façon non subtile), le XXe siècle franchit allègrement le pas. À l'image des milieux littéraires qui voient s'épanouir Marcel Proust, André Gide, Colette ou Jean Cocteau, les music-halls deviennent des pépinières d'artistes « invertis », ainsi que des lieux de drague très courus. C'est le règne de la chanson interlope. Bien sûr, le voile de l'ambiguïté plane toujours la plupart du temps sur les textes, mais la vie privée des vedettes des « années folles » est de notoriété publique : les producteurs Henri Varna et Oscar Dufrenne, le compositeur Gaston Gabaroche, les auteurs Jean Lorrain, Maurice Aubret et Louis Amade ne cachent pas leurs préférences. Le bal du Magic-City, inauguré en 1922 rue de Lappe, organise chaque année au Mardi gras un grand concours de travestis. Charpini ou O'dett triomphent en précurseurs des drag queen dans des parodies d'opérette ou des imitations de comédiennes célèbres. Les chanteurs Reda Caire, Max Trébor, Jean Lumière, André Claveau, Jean Tranchant ou Jean Sablon font rêver les femmes sans qu'elles soient dupes. Côté femmes, Fréhel, Damia, Suzy Solidor ou Yvonne George profitent de la brèche ouverte par le roman à scandale La Garçonne de Victor Margueritte pour s'approprier des textes « masculins[1]. »

La Seconde Guerre mondiale incite à plus de discrétion, qui plus est à partir de la loi du sur l'incitation à la débauche[2], même si le style zazou de Charles Trenet véhicule toujours quelques sous-entendus. La Libération en revanche est une période de remise aux normes assez brutale que l'arrivée du « rock », symbole de virilité, ne contredira pas. Luis Mariano, Jean-Claude Pascal, Mick Micheyl ou Colette Mars se retranchent prudemment derrière les convenances face à l'expansion d'un discours homophobe sous le masque de la caricature. D'autres comme Gribouille se réfugieront dans l'alcool et les barbituriques, elle en mourra le .

C'est paradoxalement grâce à des chanteurs « hétéros » que l'homosexualité va peu à peu devenir un sujet plus anodin à partir de 1968. Juliette Gréco, Régine ou Mouloudji interprètent des auteurs ouvertement gays comme Frédéric Botton ou Jean Genet, et surtout des textes qui évoquent l'homosexualité sans en faire un objet de condamnation ou de moquerie. Charles Aznavour aborde le sujet en 1972 avec Comme ils disent de façon plus ambiguë, tout en prêchant la tolérance.

Dalida sur scène en 1980.

Les années disco imposent la mode androgyne personnifiée par les Bee Gees, ou Patrick Juvet, tandis que des chanteurs comme Dave continuent à chanter les amours hétérosexuels sans dissimuler leurs propres préférences, et que les Village People[3], ou Boys Town Gang prêchent l'hédonisme décomplexé de certains milieux gays de l'époque, véhiculé par des chanteurs et danseurs dont la plastique est mise en valeur. Dans les années 1990, les boys band garderont leur principe de présenter des hommes comme objets sexuels, mais sans connotation homosexuelle affichée. Au début des années 1980, plusieurs artistes prennent ouvertement la défense de la cause homosexuelle comme Dalida qui soutient la Radio Fréquence Gay et participe dès 1985 à un gala pour aider la recherche contre le virus du SIDA[4]. À ce propos, elle déclare publiquement à l'antenne en direct : « Moi je trouve ça merveilleux, les homosexuels ça existe et ça a toujours existé depuis toujours et c'est merveilleux que maintenant c'est au grand jour en liberté. Je pense que chacun est libre de faire ce qu'il veut de son corps. »[5].

Parallèlement, des artistes plus discrets comme Dick Annegarn ou Yann-Fañch Kemener trouvent également leur terrain d'expression[6].

L'épidémie de sida qui se répand à partir du milieu des années 1980 chasse les paillettes et le discours devient plus politique. Alors que Mylène Farmer construit sa notoriété sur (entre autres) le thème de la bisexualité, Jean Guidoni choque en développant un univers d'une noirceur et d'une crudité rarement évoquées jusque-là. D'autres ne cachent pas leur homosexualité, sans en faire un sujet central de leur art, comme Juliette. Ce n'est qu'avec les années 2000 (et la relative normalisation de l'homosexualité grâce à des lois comme le PACS) que, sans renoncer à un certain militantisme, la chanson homosexuelle retrouve un peu de légèreté grâce à des artistes comme Mouron, Nicolas Bacchus ou Laurent Viel et qu'on voit même apparaître des artistes ouvertement gays dans des milieux jusqu'alors plutôt fermés comme le rock ou le rap, genre qui cristallise également depuis quelques années les attaques les plus homophobes.

Chansons traitant de l'homosexualité ou de la bisexualité[modifier | modifier le code]

Entre 1900 et 1950[modifier | modifier le code]

Années 1950 et 1960[modifier | modifier le code]

Années 1970[modifier | modifier le code]

Années 1980[modifier | modifier le code]

Années 1990[modifier | modifier le code]

Années 2000[modifier | modifier le code]

Années 2010[modifier | modifier le code]

Années 2020[modifier | modifier le code]

Parodies[modifier | modifier le code]

Cette section regroupe les chansons abordant l'homosexualité de façon parodique ou stéréotypée.

Chansons ouvertement homophobes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Eribon, Haboury et Lerch 2003, p. 103-104.
  2. Cette loi ne sera abrogée qu'en 1982.
  3. Bien que composé de chanteurs américains, ce groupe est l'idée de deux Français : Jacques Morali et Henri Belolo.
  4. « Ces icônes de la pop culture qui sont caricaturées de façon sexiste », sur Les Inrocks (consulté le 3 août 2019)
  5. « Interview de Dalida », Radio FG,‎ (lire en ligne)
  6. Eribon, Haboury et Lerch 2003, p. 105-106.
  7. a b c d e f g h i j et k Chansons interlopes, 1906-1966 Labelchanson, 2006 (2CD)
  8. Malgré la « mise en garde finale », la chanson ne peut être considérée comme homophobe.
  9. a b c et d Perreau, Bruno., Homosexualité : dix clés pour comprendre : vingt textes à découvrir, Paris, EJL, , 93 p. (ISBN 2-290-34136-3 et 978-2-290-34136-0, OCLC 77035626, lire en ligne)
  10. Bien qu'écrite initialement pour un homme, la chanson devint un hymne lesbien en raison de son interprète.
  11. Foerster, Maxime, 1979- ..., Elle ou lui? : une histoire des transsexuels en France, Paris, La Musardine, impr. 2012, 222 p. (ISBN 978-2-84271-400-0 et 2-84271-400-8, OCLC 798388722, lire en ligne)
  12. « "La grande Zoa" de Régine, une ode à la figure du travesti et à l'archétype de la folle… », sur La Première, (consulté le 17 avril 2020)
  13. a b c d e f et g Lootgieter, Léa, Les dessous lesbiens de la chanson, , 213 p. (ISBN 979-10-90062-53-5, OCLC 1142673198, lire en ligne)
  14. « VIDÉO - Quand Aznavour abordait l'homosexualité dans "Comme ils disent" », sur RTL.fr (consulté le 17 avril 2020)
  15. Régine, Gueule de nuit, Flammarion, (ISBN 978-2-08-142814-0, lire en ligne)
  16. (en) Bertrand Dicale, Brassens ?, Flammarion, , 285 p. (ISBN 978-2-08-126358-1, lire en ligne)
  17. a et b Chanson sur la bisexualité.
  18. (ar) Catherine Chantepie, L'histoire cachée des tubes de la chanson française : Culture musicale, La Boîte à Pandore, , 236 p. (ISBN 978-2-39009-345-9, lire en ligne)
  19. Yves Bigot, Un autre monde. Les amours de la chanson française et du rock -, Don Quichotte, , 416 p. (ISBN 978-2-35949-604-8, lire en ligne)
  20. Version française de l'original espagnol Mujer contra mujer.
  21. Thomas JOUBERT, Les années Top 50, edi8, , 240 p. (ISBN 978-2-324-01017-0, lire en ligne)
  22. Chanson sur l'homoparentalité.
  23. Chanson sur le coming out.
  24. Le Figaro fr avec AFP, « «De l'amour»: une chanson et un clip contre l'homophobie », sur Le Figaro.fr, (consulté le 17 avril 2020)
  25. « Pomme : "Si je dis que je suis lesbienne, ça va être le titre de l'article" », sur TÊTU, (consulté le 17 avril 2020)
  26. Le Figaro, « Qui sont les artistes en lice pour être sacrés «révélation» aux Victoires de la Musique? », sur Le Figaro.fr, (consulté le 17 avril 2020)
  27. « « J’avais peur de perdre une partie de mes auditeurs » : quand les chanteuses revendiquent leur homosexualité », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 17 avril 2020)
  28. https://www.indiemusic.fr/kompromat-de-mon-ame-a-ton-ame/
  29. Selon les critères actuels, cette chanson pourrait être qualifiée d'homophobie mais elle est conforme à l'imagerie traditionnelle de la « tapette » de l'époque.
  30. « Chanson française et homosexualité », sur joannic-arnoi.over-blog.fr, (consulté le 18 avril 2015).
  31. Qualifié un temps d'homophobe, le texte ne sort cependant pas de l'imagerie traditionnelle de la « tapette ».
  32. a et b Cette chanson, avant tout anti-allemande, fait écho aux procès intentés en Allemagne contre une série de responsables militaires soupçonnés de « mœurs contre nature », à la tête desquels on trouve le prince Philip von Eulenburg (de) et le comte Kuno von Moltke (de).
  33. « Communiqué de l'association Tjenbé Rèd », sur over-blog.com.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

  • Martin Penet, « L'expression homosexuelle dans les chansons françaises de l'entre-deux-guerres : entre dérision et ambiguïté », », Revue d'histoire moderne et contemporaine, vol. 53, no 4,‎ , p. 106-127
  • Didier Eribon, Frédéric Haboury et Arnaud Lerch, Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Paris, Larousse, , 548 p. (ISBN 2-03-505164-9 et 9782035051646, OCLC 300482574)
  • Léa Lootgierter, Pauline Paris, Les dessous lesbiens de la chanson, (œuvre littéraire), Éditions iXe, Voir et modifier les données sur Wikidata

En anglais[modifier | modifier le code]

  • Philip Brett, Queering the Pitch: The New Gay and Lesbian Musicology, Routledge, (ISBN 0415907535)
  • James T. Sears, Walter L. Williams, Overcoming Heterosexism and Homophobia Strategies that Work
  • Ivan Raykoff, Robert Deam Tobin, A Song for Europe Popular Music and Politics in the Eurovision Song Contest
  • Raymond-Jean Frontain, Reclaiming the Sacred The Bible in Gay and Lesbian Culture
  • George E. Haggerty, Gay Histories and Cultures An Encyclopedia
  • Gerard Sullivan, Peter A. Jackson, Gay and Lesbian Asia Culture, Identity, Community
  • De Corey K. Creekmur, Alexander Doty, Out in CultureGay, Lesbian and Queer Essays on Popular Culture
  • David Ciminelli et Ken Knox, Homocore: the Loud and Raucous Rise of Queer Rock, Boston, Alyson, 2005.
  • John Gill, Queer Noises: Male and Female Homosexuality in Twentieth Century Music, Londres, Cassell, 1995.
  • Mark Simpson, Saint Morrissey, SAF Publishing, Rev Ed, 2004.
  • Richard Smith, Seduced and Abandoned: Essays on Gay Men and Popular Music, Londres, Cassell, 1996.
  • Wayne Studer, Rock on the Wild Side: Gay Male Images in Popular Music in the Rock Era, Leyland Publications, 1994.
  • Sheila Whiteley (dir.), Sexing the Groove: Popular Music and Gender, Londres et New York, Routledge, 1997.
  • Sheila Whiteley et Jennifer Rycenga (dir.), Queering the Popular Pitch, Londres et New York, Routledge, 2006.

Discographie[modifier | modifier le code]

Documentaire télévisé[modifier | modifier le code]

  • Émission L'Œil du cyclone (Canal +) du  : Karaogay : Rétrospective historique des chansons traitant de l'homosexualité, de Charpini & Brancato à Céline Dion. (réalisation : Jean-Baptiste Erreca)

Articles connexes[modifier | modifier le code]