Homo homini lupus est

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Homo homini lupus est : locution latine signifiant « l'homme est un loup pour l'homme », autrement dit : « l'homme est le pire ennemi de son semblable, ou de sa propre espèce ». Homo est un mot de la troisième déclinaison au nominatif et le cas de homini est au datif. Lupus est un nom de la deuxième déclinaison.

La première occurrence de cette locution est chez Plaute, dans sa comédie Asinaria (La Comédie des Ânes, vers 195 av. J.-C, II v495 : « Lupus est homo homini, non homo, quom qualis sit non novit »[1] « Quand on ne le connaît pas, l'homme est un loup pour l'homme »). Dans cette formule initiale, elle signifie que l'homme prend pour un loup l'homme qu'il ne connait pas. Plaute vise la peur de l'inconnu et non la violence des humains.

Elle fut reprise, parfois modifiée, par Pline l'Ancien dans Histoire naturelle, Érasme dans Adagiorum Collectanea, par Rabelais dans le Tiers Livre (chapitre III), par Montaigne dans les Essais[2], par Agrippa d'Aubigné, dans Les Tragiques (Livre I), par Francis Bacon dans De Dignitate et augmentis scientiarum et Novum Organum, puis par Hobbes dans le De cive (épître dédicatoire)[3] – seule occurrence connue dans toute l'œuvre du philosophe anglais (elle ne figure donc pas dans le Léviathan) ; elle est accompagnée de la caractérisation de l'homme comme dieu pour l'homme : « Et certainement il est également vrai, et qu’un homme est un dieu à un autre homme, et qu’un homme est aussi un loup à un autre homme. » (De Cive, Épître dédicatoire). Elle fut aussi reprise par Arthur Schopenhauer dans Le Monde comme volonté et comme représentation , ainsi que dans son εἰς ἑαυτόν, Eis Heauton[4] et par Sigmund Freud dans Malaise dans la civilisation (chapitre V dans lequel Freud évoque le penchant naturel de l'homme à l'agression, rendant très difficile la réalisation du précepte de l'amour du prochain ou amour universel).

D'un point de vue philosophique, cette locution porte une vision pessimiste de la nature humaine : l'homme ne ressemble pas au « bon sauvage » (décrit par exemple par le Supplément au voyage de Bougainville de Diderot) mais bien à un être sans scrupules, poursuivant si besoin ses intérêts au détriment des autres. De même, chez Freud, l'homme est par instinct un être doté d'« une forte somme d'agressivité »[5].

Également : « L'homme est un loup pour l'homme, ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup[6]. » Les loups, en effet, s'il faut en croire le proverbe – et contrairement peut-être aux hommes – « ne se mangent pas entre eux ».

Par opposition, traduisant le proverbe grec selon lequel « anthrôpos anthrôpou daïmonion », Sénèque écrit que « l’homme est une chose sacrée pour l’homme[7] » – Cæcilius Statius, que « l'homme est un dieu pour l'homme[8] ». Cette ambivalence des relations humaines, antithèse dont les énoncés sont proverbiaux, est souvent reprise dans la tradition intellectuelle occidentale. Dans la lignée de Montaigne ou Hobbes, Spinoza s’y réfère dans le scolie de la proposition 35 de la 4e partie de l'Éthique. Bergson écrit également dans Les Deux Sources de la morale et de la religion : « Les deux maximes opposées homo homini deus et homo homini lupus se concilient aisément. Quand on formule la première on pense à quelque compatriote. L’autre concerne les étrangers. »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Plautus: Asinaria », sur www.thelatinlibrary.com (consulté le 30 octobre 2015).
  2. « Socrate, enquis qui estait plus commode prendre ou ne prendre point de femme : lequel des deux on face, dit-il, on s’en repentira. C’est une convention à laquelle se rapporte bien à point ce qu’on dict : homo homini ou deus ou lupus », Livre III, chap. 5.
  3. François Tricaud, "Homo homini Deus", "Homo homini Lupus" : Recherche des Sources des deux formules de Hobbes, in R. Koselleck, and R. Schnur, éds., Hobbes-Forschungen, Berlin, Duncker & Humblot, 1969, p. 61-70.
  4. Arthur Schopenhauer (préf. Franco Volpi), L'Art de se connaitre soi-même, Eis heauton, Paris, Rivages Payot, , 160 p. (ISBN 978-2-74362-961-8), p. 66.
  5. Sigmund Freud Sigmund, Malaise dans la civilisation, Paris, PUF, 1971.
  6. Serge Bouchard, Quinze lieux communs, Montréal, Boréal, , « Les armes », p. 177.
  7. Sénèque, Lettres à Lucilius, XCV, 33 : « Homo, sacra res homini […] ».
  8. Cæcilius Statius, Fabula incognita, v. 265 Ribbeck : « homo homini deus est, si suum officium sciat » (« l'homme est un dieu pour l'homme, s'il connaît son propre devoir »).