Hiziya

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Tombe de Hiziya à Sidi Khaled

Hiziya ou Hizia (arabe : حيزية) est l'héroïne d'une élégie du poète algérien Mohamed Ben Guittoun écrite au XIXe siècle et immortalisée au XXe siècle lorsqu'elle fut interprétée par les chanteurs bédouins Abdelhamid Ababsa et Khelifi Ahmed.

Historique[modifier | modifier le code]

Selon la tradition orale, Hiziya, de la famille des Bouakkaz, de la puissante tribu des Dhouaouda, descendants des tribus de Beni Hilal qui avaient envahi le Maghreb au XIe siècle, était une jeune femme d'une beauté remarquable et à l'âme limpide qui vivait à Sidi Khaled dans les Zibans occidentaux.

La famille, comme la majorité des habitants de la région pratiquait la transhumance vers les Hauts Plateaux durant la saison chaude et retournait à l'oasis durant la saison froide. Le parcours de transhumance s'étendait depuis Bazer Sakhra, dans la plaine de Sétif au nord jusqu'à Ouled Djellal au sud.

Hiziya, fille de Ahmed Ben el Bey était amoureuse de son cousin Saïd, orphelin recueilli dès sa plus jeune enfance par son oncle, puissant notable de la tribu et père de la jeune fille. Elle aurait vécu une histoire d'amour mouvementée couronnée par un mariage qui dura à peine un mois.

Ben Guittoun dans son poème fixe la date de sa mort à 1295 de l'Hégire, soit 1878 de l'ère chrétienne ; elle avait 23 ans. Hiziya serait donc née en 1855[1].

La cause de son décès fut et reste une énigme. Le poème ne nous révèle rien sinon que la mort fut subite ; un mal soudain entre deux haltes, à Oued Tell, une localité à 50 km au sud de Sidi Khaled, au retour de la tribu de son séjour saisonnier dans le nord.

Saïd eut recours, trois jours après le décès, aux services du poète Ben Guittoun pour écrire un poème à la mémoire de sa bien-aimée.

Plus tard, le malheureux cousin s'exilera loin de sa tribu et vivra solitaire dans l'immensité du désert des Zibans jusqu'à sa mort.

Quant au corps de sa bien-aimée il repose au cimetière des Douaouda à Sidi Khaled.

Commentaires[modifier | modifier le code]

Le cimetière de Sidi Khaled

Pour le Dr Boudjemaa Haichour, chercheur universitaire, il y a beaucoup de ressemblance avec la structure poétique de l'imaginaire arabe de la période anté-islamique (jâhilîya). Dans cette merthia, sorte d'oraison funèbre, le poète pleure la belle, élégie d'une litanie sentimentale, et nous mène dans la profondeur des sentiments d'affection et d'affliction et tout le récit se résume à la volonté de Dieu et à la fatalité du destin.

Interprètes[modifier | modifier le code]

« Le poème a été achevé en 1295 de l'Hégire, soit 1878 J.C. Ould Seghir a composé, au mois de l'Aïd el-Kebir, cette chanson à Sidi Khaled Nen Sinan. Ben Guittoun a chanté celle que vous avez vue vivante. »

Ont aussi interprété le poème :

Traduction[modifier | modifier le code]

Constantin Louis Sonneck (1849-1904), interprète de l'armée d'Afrique[4], en poste en Algérie à partir de 1867[5], donne une traduction française du poème en 1899 dans Six chansons arabes en dialecte maghrébin[6], puis une autre en 1904 dans Chants arabes du Maghreb[7],[8]. Cette traduction est revue en 1969 par le professeur Hadjiat[9] puis reprise par Souhel Dib en 1987 dans son Anthologie de la poésie populaire algérienne d'expression arabe[10].

Télévision[modifier | modifier le code]

En 1977, l'histoire a été adaptée en long-métrage sous le titre Hiziya par le réalisateur Mohamed Hazourli[11].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Youcef Elmeddah, « Hizia, l'enchanteresse », sur HuffPost Algeria, .
  2. Youssef Zerarka, « Réda Doumaz revisite en chaabi le poème-chanson d'une vieille passion algérienne », sur HuffPost Algeria, .
  3. Achour Cheurfi, L'encyclopédie maghrébine, Casbah éditions, , 1180 p. (ISBN 978-9961-64641-0), p. 195.
  4. Laurent-Charles Féraud, Les interprètes de l'armée d'Afrique : Archives du corps, Alger, A. Jourdan, (lire en ligne), « Sonneck (Constantin-Louis) », p. 350.
  5. Introduction de Jérome Lentin à Marcelin Beaussier, Mohamed Bencheneb et Albert Lentin, Dictionnaire pratique arabe-français : Arabe maghrébin, Paris, Ibis Presse, (ISBN 978-2-910728-55-7), p. VII.
  6. Constantin Louis Sonneck, « Six chansons arabes en dialecte maghrébin – III. Saʿŷd et H̱ŷzyya », Journal asiatique, no XIII,‎ mai-juin 1899, p. 495–520 (lire en ligne).
  7. Constantin Louis Sonneck, Chants arabes du Maghreb : Étude sur le dialecte et la poésie populaire de l'Afrique du nord, vol. I : Texte arabe, Paris, J. Maisonneuve, (lire en ligne), chap. 41, p. 82–86.
  8. Constantin Louis Sonneck, Chants arabes du Maghreb : Étude sur le dialecte et la poésie populaire de l'Afrique du nord, vol. II, t. 1 : Traduction et notes, Paris, E. Guilmoto, (lire en ligne), chap. 41 (« Hyzyya »), p. 136–144.
  9. A. Hadjiat, « Hiziya, poème de Mohamed Ben Guittoun », Promesses, no 4 « Poésie populaire »,‎ novembre-décembre 1969, p. 59–68 (lire en ligne).
  10. Souhel Dib, Anthologie de la poésie populaire algérienne d'expression arabe, L'Harmattan, (ISBN 2-85802-771-4), « Hyzzya », p. 121–128.
  11. « Patrimoine immatériel : Vers la classification de Hizia », Le Temps d'Algérie,‎ (lire en ligne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Djamila Saadi-Mokrane, « Langages sahariens : Musique, corps et poésie dans Hiziya », dans Mohammed Habib Samrakandi (dir.) et Rachid Aous (dir.), Musiques d'Algérie : Mémoire de la culture maghrébine, Toulouse, Presses universitaires du Mirail et Centre d'information et d'action musicales (CIAM), coll. « Horizons maghrébins : Le droit à la mémoire » (no 47), (ISBN 2-85816-657-9), p. 63–72