Histoire locale

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L’histoire locale concerne les recherches et publications historiques centrées sur un territoire particulier, en général volontairement limité à une localité ou à une zone géographique très restreinte.

Les études d’histoire locale sont souvent publiées par des revues de sociétés savantes locales. Nombreux contributeurs sont des historiens amateurs travaillant indépendamment d’une institution. Pour cette raison, l’histoire locale est souvent mal considérée par les universitaires.  

Les « études » en histoire locale ne se basent qu’en partie sur la science historique et incorporent généralement une multitude de disciplines avec l’archéologie en premier lieu, mais aussi la géographie, la démographie, la généalogie, la dialectologie et la toponymie.

Objectifs et méthodologie[modifier | modifier le code]

Objets d'études[modifier | modifier le code]

L’histoire locale est indissociablement liée à son lieu d’étude. Les événements locaux stimulent l’érudition comme l’ouverture inattendue de fouilles archéologiques, des menaces sur un monument en ruine ou un site remarquable, voire un redécoupage administratif. Les commémorations d’événements et période mémorable telle, en France, la Révolution entraînent, elles aussi, l'étude de leur expression locale. Le topos peut être alors d’une diversité et d’une extension variable, allant de l’histoire d’un quartier à celle d’une ville ou d’une région.

À l’instar du lieu d’étude, la période embrassée par une histoire locale est très variable, cela peut aller de la naissance d'une commune à la période contemporaine, ou bien ne concerner qu'une période précise de l'Histoire, qui peut par la suite servir de point de départ à une étude de l'histoire locale plus vaste dans le temps. Une période particulièrement pertinente au moins comme étape initiale est celle qui sollicite les témoignages des anciens. Elle sert immédiatement la connaissance historique tout en assurant pour les historiens futurs la transmission d'informations sans qu'elles soient irrémédiablement perdues.

Son cadre géographique et temporel étant fixé, l'histoire locale est encline à suivre la chronologie des événements. Cependant, si cela est pertinent par méthode et pour la clarté surtout au niveau des recherches, le résultat risque de rester superficiel et demander au lecteur - une fois une première curiosité satisfaite - un travail de synthèse et de prise de distance hors de sa portée. Selon la richesse et quantité des données accumulées, l'historien doit faire des choix et trouver des compromis entre l'exposition des faits et des synthèses thématiques.

Du point de vue thématique, le terme d’histoire locale ne renvoie pas seulement à des recherches exclusivement liées à la discipline historique, mais aussi à d’autres disciplines, sciences auxiliaires et humaines telles que les beaux-arts, l’architecture, la géographie, la littérature, le folklore, l’archéologie, etc., si bien que certains spécialistes parlent alors « d’érudition locale » plutôt que « d’histoire locale ». Par cet ancrage géographique, les historiens locaux (nous appellerons ainsi les personnes appliquant leurs recherches au domaine de l’histoire locale) participent à l’affirmation d’une identité locale. Ainsi, étudier le passé local, c’est par la même prouver que le lieu est digne d’intérêt[1].

Quels que soient l’élément déclencheur, le lieu, la période chronologique et le thème, sa fonction essentielle est de satisfaire la curiosité d’un public qui souhaite connaitre le passé d’un village ou d’un bourg. Son objet spécifique fait que l'histoire locale est à l'origine de nombreuses monographies, permettant des comparaisons régionales, nourrit des synthèses plus vastes ou est encore à la base d'ouvrages de vulgarisation ou localement d'informations touristiques.

Apports, spécificités et méthodologie[modifier | modifier le code]

Parfois reléguée au second plan de la pratique historique par opposition aux courants historiographiques encouragés dans les institutions universitaires (histoire globale, histoire intellectuelle, etc.), la pratique de l’histoire locale et régionale semble être considérée comme inférieure à d’autres types d’histoire. Ce prétendu rapport hiérarchique repose sur la distinction des producteurs : d’une part, un savoir produit par des historiens universitaires, expert de la discipline historique et d’autre part, celui issu d’historiens « amateurs », non-initiés aux complexités de la pratique. Les uns se tournent vers la communauté scientifique internationale, les autres vers le public intéressé de leur région. Les critiques à l’égard de l’histoire locale de la part des universitaires sont alors d’ordre méthodologique : critique historique douteuse, détails trop précis, manque de recul, bibliographies peu exhaustives, etc[2]. Toutefois, malgré cette distinction apparente, de nombreux travaux d’histoire locale sont pourtant dérivés d’exercices universitaires, de mémoire de maîtrises ou de thèses[3]. De plus, certains historiens de niveau universitaire se retrouvent à la tête des comités de rédactions des sociétés savantes locales. Ainsi, amateurs et professionnels de l’histoire locale travaillent en collaboration ce qui entraîne pour conséquence, la coexistence de très bonnes recherches et de moins bonnes. Toutefois, les historiens amateurs obtiennent alors, toute légitimité lorsque leur auteur est introduit aux bonnes méthodes de la science historique. En effet, un chercheur laïc intelligent peut acquérir les compétences nécessaires à la recherche. Les archivistes et les sociétés peuvent fournir des conseils, des encouragements et des informations ; des formations sont également largement disponibles. Ces historiens locaux, non spécialistes, peuvent alors produire un savoir tout à fait pertinent et complémentaire aux études plus « générales » des universités[4]. Il faut alors souligner comme le dit Jacques Gelis : « qu’il est faux de considérer l’histoire locale comme une histoire au rabais dès lors qu’elle obéit aux règles de toute recherche sérieuse[5] ».

En effet, l’histoire locale met l’accent sur les variations du terrain par rapport aux épisodes historiques nationaux. Par cela, elle montre de façon plus concrète la diversité des particularismes locaux (coutumes, traditions) face au pouvoir central. Elle permet de comprendre l’écart entre la « grande histoire » et ce qui se passait réellement. Par ses recherches, l’histoire locale donne des travaux de première main, explorant quelquefois des champs novateurs de la discipline qui nourriront par la suite les réflexions futures des historiens universitaires. En d’autres mots, elle se présente comme une recherche en attente de futurs travaux nationaux ou généraux[6].

L’histoire locale comme tout courant historiographique doit répondre aux méthodes rigoureuses de la pratique historique pour acquérir son crédit scientifique (notons ici que la critique doit être renforcée quand il s’agit de travaux d’amateur, parfois formés depuis peu à la discipline historique). En réalité, même si l’histoire locale à tendance à l’égard d’autres courants à moins se penser, à moins s’interroger sur ses méthodes, sur son but, sa pratique détient néanmoins quelques spécificités propres qu’il s’agit d’éclairer.

Ainsi, outre le fait de focaliser son étude sur un espace restreint dont l’historien amateur est souvent issu, l’histoire locale loin des modèles et des querelles universitaires use d’une démarche beaucoup plus souple. Elle a en plus la particularité d’être l’œuvre, en partie, de professionnels (notaires, banquiers, médecins, etc.) qui mettent leurs connaissances pratiques actuelles au service de la compréhension d’un phénomène passé. Étant donné, sa restriction géographique, l’histoire locale est davantage qualitative que quantitative. En effet, les études statistiques à une échelle locale perdent de leur puissance. Elle est aussi plus concrète, c’est-à-dire plus proche d’une reconstitution d’une vie quotidienne vécue par les anciens d’un quartier ou d’une ville. Par cela, elle montre l’écart entre l’histoire générale et les réalités parfois différentes vécues dans les régions[7].

Au niveau des travaux, peu d’études globales internationales sur l’histoire locale ont été réalisées. La raison est que par définition, l’histoire locale est ancrée dans une localité embrassant maximum une région. Par conséquent, ce serait paradoxal de fournir une internationalisation d’un concept qui par nature ne s’y réfère pas. Il est donc difficile de donner à ce stade-ci, une universalisation pertinente de l’histoire locale au niveau de sa méthodologie, de son enjeu, etc. parce que l’essentiel des travaux portant sur l’histoire locale le font par le biais d’un regard géo-centré[8]. Une majorité des recherches scientifiques portent sur le concept en lien avec un événement du pays[9].

Sources[modifier | modifier le code]

À l’instar de l’histoire en général, l’histoire locale peut étudier une large diversité de type de sources. Néanmoins, il est possible de dégager des sources particulières utilisées dans ce courant. Pour l’espace francophone, les archives de notaires, les registres paroissiaux et d’état civil, les recensements et tableaux de conscription, les cahiers de doléances, la presse, les enquêtes orales ou le paysage sont des exemples de sources utilisées par les historiens locaux [10]. Pour le monde anglo-saxon, il est possible de consulter des archives issues des politiques et gouvernements locaux, des organismes de charités et d’aide aux pauvres, de l’industrie, de l’agriculture, de l’éducation ou encore des différentes organisations religieuses[11]. Ces exemples ne sont pas exhaustifs, car il existe une richesse documentaire énorme pour étudier l'histoire locale tellement les thèmes de recherche peuvent être variés selon les intérêts des auteurs notamment.

Historiographie[modifier | modifier le code]

En Belgique[modifier | modifier le code]

Même si l'intérêt pour l'histoire locale est sans doute aussi ancien que le loisir qui permettait à certains privilégiés de s'intéresser à l'histoire tout court, les origines de l’histoire locale en Belgique sont à relier à l’existence des sociétés savantes. En effet, peu après l’indépendance du pays, un fort sentiment nationaliste et romantique engendre une prise de conscience identitaire. De cela émergent des sociétés savantes (cercles, sociétés, académies, associations) ayant pour objectif parmi d’autres l’étude du passé local et la sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel[12]. En l’espace de dix ans, quatre sociétés savantes sont fondées en Belgique : Mons (1835), Bruges (1839), Tournai (1845) et Namur (1845)[13]. Ainsi, on peut recenser de 1830 à 1900, la création de dix-sept sociétés contre seulement neuf en Flandre. Le besoin de se coordonner et de réaliser une histoire scientifique donne naissance en 1885 à la Fédération des Cercles Archéologiques et d’Histoire de Belgique. La publication régulière des résultats de la Fédération montre alors la diversité des études menées par les « amateurs » et les professionnels dans le domaine de l’histoire locale. d'un point de vue topologique, un rétrécissement apparait au cours du temps. Ainsi, si les sociétés savantes du XIXe siècle étendent leur champ d’action à l’histoire d’une province, d’une ville, celles nées dans la première moitié du XXe siècle s’intéressent essentiellement à l’histoire d’une ville et de ses habitants. Depuis 1960, le champ d’action s’est encore réduit, l’intérêt se portant sur le quartier, la rue, un événement, un personnage[14]. En 1978, l’Association des Cercles francophones d’Histoire et d’Archéologie de Belgique se constitue en lien avec la fédéralisation du pays[15].

Outre cette réduction géographique apparente, les sociétés savantes se distinguent par leurs préoccupations. Certaines privilégient les beaux-arts, le folklore tandis que d’autres consacrent leurs efforts à l’archéologie. De plus, toutes les sociétés savantes ne produisent pas une histoire de même niveau. En effet, certaines sont de véritables académies dont les productions scientifiques sont riches et inédites, d’autres ne pratiquent que des recherches de « seconde main » à la qualité parfois médiocre.

Les sociétés savantes sont alors investies d’une série de taches, missions importantes : "d’une part rechercher, collectionner, répertorier et étudier le patrimoine artistique, les archives, le matériel iconographique et les parlers régionaux, d’autre part mettre à profit toutes les occasions d’encourager de nouvelles recherches. Ils travaillent du reste généralement sur un territoire géographique restreint et bien délimité. Les résultats des recherches peuvent ainsi être publiés dans des revues, des annuaires ou des monographies qui contribuent à une meilleure connaissance de la tradition locale[16]". En conclusion les sociétés savantes, protectrices de leur patrimoine, constituent un facteur essentiel de la pérennité de l’histoire locale.

En France[modifier | modifier le code]

En Europe, c'est en Italie que les précurseurs peuvent être identifiés : Paul Émile, Du Haillan… En France, la Renaissance terminée, ce n'est pas avant le XVIIe que des curieux se penchent sur les antiquités régionales et en dressent un tableau, ainsi paraît en 1609 « Antiquités et recherches des villes de France » par André Duchesne, couvrant le territoire national selon le ressort des huit parlements.

Le clergé catholique va avoir un rôle central dans la production historique durant les siècles suivants. D'abord, les moines, bénédictins en particulier, vont assurer précocement une transmission et conservation de documents sans équivalents par ailleurs et surtout à forte implication locale (droits, justifications des revenus…).

Ensuite, le clergé sentant sa prééminence toujours un peu plus exposée à des développements concurrents voire des mouvements hostiles se préoccupe de la consolider autant qu'il est possible. Ainsi pour que soient davantage respectées leurs prérogatives en matière de justice, l'assemblée du clergé de 1615 invite les évêques à soutenir leurs droits et donc à valoriser preuves et ancienneté.

L'histoire locale reste durant le siècle une démarche de collecte des documents disponibles et leur publication ne s'occupe que très marginalement de la critique des textes. Les évêchés et les évêques, les monastères, sont le sujet de plusieurs ouvrages essentiellement structurés par la chronologie.

Dom Guillaume Morin, grand prieur de l'abbaye Saint-Pierre de Ferrières, élargit le champ d'investigations et donne une place aux paroisses dans son Histoire du Gastinais.

Pour une approche méthodique, Luc Achery présente dans sa circulaire de 1647 un tableau des thèmes essentiels de l'histoire d'un monastère (fondation, vie monastique, pouvoir de l'abbé, rôle local, les biens et l'abbaye...). Un demi-siècle plus tard, Dom J. Mabillon s'adresse au public lui-même dans son ouvrage intitulé Avis pour ceux qui travaillent aux histoires de monastères, achevé en octobre 1677, mais seulement publié en 1724. Il participe au mouvement d'affranchissement à l'égard des documents, des faits et de leur chronologie vers une véritable historiographie.

L'étape suivante est marquée par l'abbé Lebœuf (1687-1760) et le succès rencontré par son « Histoire du diocèse de Paris ». Sorte de premier modèle d'historien local, il va lui-même chercher les informations dans les nombreuses et lointaines paroisses, les structure par un questionnaire de base (critère de « valeur charpentière » dirait V. Carrière), les critique en fonction des structures foncières telles que la dimension urbaine ou rurale. Conscient des moyens limités d'un seul face à l'ampleur de la tâche, il s'efforça de susciter l'émulation au sein des académies de province. Le mouvement était durablement initié même s'il fut fortement contrarié par la Révolution.

La Révolution bouleversa les cadres matériels —en l'occurrence par destruction, saisie des archives ecclésiastiques, création de l'état civil— et contesta au clergé la place centrale qu'il occupait depuis des siècles. C'est donc quelques années plus tard selon une certaine parenté avec les premiers efforts de consolidation de ses droits aux XVe-XVIe siècle, que le clergé, et particulièrement le haut-clergé soutint l'étude du passé de l'Église à l'échelle locale, passé encore proche, mais déjà si lointain.

En 1828, ce n'est certes pas par intérêt historique abstrait, mais préoccupé plutôt de la qualité des bons offices de ses curés, que dès le début de son épiscopat, Claude-Louis de Lesquen, évêque de Rennes, publie une ordonnance d'environ 260 pages consacrées à la rédaction d'un registre de paroisse, véritable journal de la paroisse que chaque curé devra transmettre à son successeur pour la continuité et la qualité du service de la paroisse. Le volume donne le détail de toutes les questions à considérer en commençant par tout ce qui touche aux origines anciennes de l'église et de la paroisse en général : chaque curé, bien ou mal disposé, doit se faire historien local et traquer les événements constitutifs de sa paroisse. Cette initiative ne resta pas sans lendemain et fut soutenue par les évêques suivants en particulier à travers la circulaire épiscopale du 24 septembre 1860. Une vaste opération de collecte et de numérisation de ces cahiers de paroisse entreprise autour de 2000 par un directeur honoraire des Archives départementales d'Ille-et-Vilaine a assuré la préservation de plus de 400 registres, concernant 280 paroisses.

La deuxième moitié du siècle commence avec la multiplication de ces initiatives et encouragements diocésains tels qu'il résulte par exemple des conférences ecclésiastiques du diocèse de Poitiers en 1847.

Entre-temps, la recherche historique s'est développée en dehors du champ du religieux, même si là aussi les troubles successifs ont à la fois détourné puis ultérieurement soutenu le regard rétrospectif. Des sociétés savantes ont commencé à se développer dans les régions et après les « Comités des Chartes » fondés par Moreau, Guizot établit en 1833 les comités qui deviendront les « Comités des travaux historiques et scientifiques ». Les archives départementales sortent insensiblement de l'ombre et s'émancipent du désordre dont on les a chargées.

En 1864, l'abbé Auber participe à la 31e session du « Congrès archéologique de France » par son exposé « De la rédaction des chroniques paroissiales. »

En 1874, un quart des 258 volumes de la « Collection des documents inédits relatifs à l'histoire de France » concerne directement l'histoire locale.

Ce sont les érudits locaux du XIXe siècle qui vont largement contribuer à inventer la "France des pays", qui sera mise en valeur par la géographie de l'école de Vidal de la Blache dans les années 1900. Ils vont mettre en place une mémoire et une identité locales, qui sont largement fondées sur la reconnaissance et l'étude du patrimoine, comme le montre l'exemple du Vendômois à partir des années 1840.

Durant la fin du siècle et jusqu'à la guerre 1914-18, les sociétés savantes continuent à se développer et donc les travaux d'histoire locale. Complémentaires ou concurrentes, les initiatives paroissiales participent toujours à l'émulation et même à la production d'articles, en particulier publiés dans les bulletins paroissiaux.

En France, à l'initiative d'André Malraux et d'André Chastel, le service de l'Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France est créé en 1962[17], dépendant du ministère de la Culture, avec pour mission de "recenser et décrire l'ensemble des constructions présentant un intérêt culturel ou artistique ainsi que l'ensemble des œuvres et objets d'art créés ou conservés en France depuis les origines".

Ce service, qui possède une direction centrale et des directions régionales, élabore une information de nature scientifique selon des normes nationales. Cette information (bases de données, textes, photographies, relevés graphiques, cartographie, bibliographie ...) fournit aux chercheurs, aux historiens de l'art, aux architectes des bâtiments de France, aux conservateurs, aux élus locaux, des séries de données homogènes sur les édifices et les objets d'art de la France.

Cette enquête donne lieu à la publication par l'Imprimerie nationale d'une collection de monographies portant sur le patrimoine d'un canton. Le service de l'Inventaire a aussi créé les bases Mérimée, Palissy, Archidoc. En trente-cinq ans, 35 % du territoire a été recensé[18].

La dernière partie du XXe siècle est marquée sur ce plan par de nouvelles facilités de reproduction et de publication (photocopie, informatique, photographie numérique) et bien sûr de communication (internet…).

Des colloques et des « rencontres d'histoire locale » sont organisés dans les régions comme à Nantes. Le grand public s'intéresse à son histoire et l'histoire locale permet à plus d'un amateur d'en faire une exploration active. Concrètement, la modernisation progressive des services d'archives assure de bonnes conditions de travail aux chercheurs. Il ne manque plus le plus souvent que quelque commémoration ou évènement particulier réunisse les énergies autour d'un projet relativement ambitieux s'il veut être sérieux.

En 1986, Michel-Georges Micberth lance la collection Monographies des villes et villages de France, encouragée par le ministère du Tourisme ; elle compte en 2017 plus de 3 480 titres à son catalogue (monographies locales, dictionnaires départementaux et régionaux). Cette collection (la plus complète en France) permet aux habitants de près de 36 000 communes de renouer avec leurs racines historiques, à une époque où la juste valeur du patrimoine doit être, plus que jamais, préservée. Elle donne aussi la possibilité à tous les amateurs d’histoire locale de retrouver des ouvrages rares, menacés de destruction ou d’oubli, toujours difficilement accessibles. À ses débuts, elle était administrée par une association (loi 1901), elle est aujourd’hui éditée par Le livre d’Histoire-Lorisse, société commerciale.

En Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]

L’histoire locale en Grande-Bretagne ne concerne pas uniquement des professionnels. Il existe un véritable intérêt de la part des amateurs pour ce type d’histoire à l’instar d’autres espaces géographiques. Néanmoins, il existe aussi un véritable développement universitaire très prospère. Il existe de véritables départements d’histoire locale dans les universités britanniques. La première université britannique à ouvrir le champ est l’Université de Leicester avec l’un des pionniers en la matière, le professeur W. G. Hoskins, en 1965[19]. Depuis, l’English local history s’est largement répandue en tant que discipline académique[20]. Il existe aussi la British Association for Local History, fondée en 1982, qui a aussi pour but de promouvoir ce type d’histoire dans les milieux universitaires. Mais elle essaie aussi de l’encourager comme une activité de loisir, donc pour les amateurs. Il y a donc une volonté de concilier les deux ensembles, académique et amateur dans le Royaume-Uni[21].

Elle peut se concentrer sur des thématiques multiples. Elle s’intéresse à l’histoire des villes, des paroisses, du paysage, des écoles, des populations … Elle s’attache donc à une multiplicité d'éléments qui caractérisent la vie locale des Britanniques. Ces thèmes peuvent être étudiés pour toutes les périodes. Certaines études prennent l’Antiquité comme point de départ tandis que d'autres s'attachent aux périodes les plus récentes [22].

L’une des branches fécondes sur le sujet en Grande-Bretagne est celle de l’Oral History (ou Histoire orale). Celle-ci connait un renouveau dans les milieux professionnels depuis le travail de George Ewart Evans, Ask the Fellows Who Cut the Hay (1956) qui y développe les techniques principales de ce courant. Depuis ce livre, il y a un intérêt grandissant pour les historiens locaux pour l’utilisation de l’Oral History dans leurs travaux [23].

En Allemagne[modifier | modifier le code]

Un des premiers jalons de l’histoire locale en Allemagne est les Dorfchroniken (chroniques de village) où était inscrit année après année ce qui se passait dans la communauté. Ces chroniques étaient des commandes des États. Par exemple, nous pouvons citer l’édit n°14870B du Königlichen Regierung zu Minde décrétant qu’à partir du 1er janvier 1818 toutes les municipalités devaient se doter d’un livre de chronique et devaient le poursuivre régulièrement. Après la Seconde Guerre mondiale, l’histoire locale était tombée dans le discrédit suite national-socialisme et de nombreuses chroniques de village ont été abandonnées. Mais avec la mouvance de mai 68, un intérêt nouveau fut trouvé pour ce pan de l’histoire et se focalisa principalement sur les crimes de guerres[24].

À côté de cela, tout comme en Belgique et en France, l’histoire locale est principalement conduite par les instituts régionaux et sociétés savantes qui se sont réunis en 1852, sous la houlette de Hans von und zu Aufseß et du Prince Jean Ier de Saxe pour former la Gesamtverein der deutschen Geschichts- und Altertumsvereine publiant depuis lors chaque année la Blätter für deutsche Landesgeschichte sauf entre 1944 et 1950[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. de L'Estoile B., « Le goût du passé », Terrain, no 37,‎ , p. 123–138 (ISSN 0760-5668 et 1777-5450, DOI 10.4000/terrain.1344, lire en ligne)
  2. Guyvarc'h D., Croix A. (éds), Guide de l’histoire locale: faisons notre histoire !, Paris, Seuil, , p. 26-27.
  3. Thuillier G., Tulard J., Histoire locale et régionale, Paris, Presse Universitaire de France, , p. 5-6 (Que sais-je ? 2986).
  4. Guyvarc'h D., Croix A. (éds.), op.cit., p. 31-32.
  5. Ducastelle J-P (éd.), « L’Histoire locale et régionale au xxie siècle. Colloque du 10 décembre 2011. 100e anniversaire du Cercle royal d’Histoire et d’Archéologie d’Ath », Études et Documents du Cercle royal d’Histoire et d’Archéologie d’Ath et de la région, tome XXXIV,‎ , p. 82.
  6. Thuillier G., Tulard J., op.cit., p. 12-19.
  7. Leuilliot P., « Problèmes de la recherche : V. Défense et illustration de l'histoire locale », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 22, no 1,‎ , p. 154–177 (ISSN 0395-2649, DOI 10.3406/ahess.1967.421509, lire en ligne)
  8. Par exemple : Murillo D. V., « Modern local history in Spanish American historiography », History Compass, vol. 15, n°7, 2017./ Thuillier, G. et Tulard, J., Histoire locale et régionale, Paris, PUF, 1992 (Que sais-je ? 2689)
  9. (en) Par exemple: Blair S., « Architecture as a Source for Local History in the Mongol Period: The Example of Warāmīn », Journal of the Royal Asiatic Society, vol. 26, n°1/2,‎
  10. Guyvarc'h D., Croix A. (éds.), op.cit., p. 31-32.
  11. (en) Stephens W. B., Sources for English local history, Manchester, Manchester University Press, , p. 41-198.
  12. « Depauw C., Une enquête sur le passé, le présent et le futur des cercles et sociétés d’histoire et d’archéologie en Wallonie et à Bruxelles », (consulté le 30 novembre 2018)
  13. Toussaint J.,, « Sociétés savantes: culture et patrimoine », Les Cahiers de l'Urbanisme, n°69,‎ , p. 48. (lire en ligne)
  14. Ducastelle J-P., op.cit., p. 24.
  15. Toussaint J., op.cit., p. 50.
  16. De Coninck L., «, « Sociétés et revues locales et régionales d’histoire et d’archéologie et de folklore. Répertoire », Bulletin trimestriel du Crédit Communal de Belgique, supplément au n° 141,‎ , p. 1.
  17. Loi du 4 août 1962
  18. Information Direction de l'architecture, Ministère de la culture.
  19. (en) « W. G. Hoskins », sur https: https://en.wikipedia.org, (consulté le 4 décembre 2018)
  20. (en) « English local history », sur https://en.wikipedia.org, (consulté le 4 décembre 2018)
  21. (en) « British Association for Local History », sur https://www.balh.org.uk (consulté le 4 décembre 2018)
  22. (en) Hoskins W. G., Local History in England, Londres, Longman, , p. 37-164.
  23. (en) Caunce S., Oral History and the Local Historian, Londres, Longman, , p. 1-5.
  24. (de) « Ortsgeschichte », sur wikipedia.org, (consulté le 3 décembre 2018)
  25. (de) « Der Gesamtverein der deutschen Geschichts- und Altertumsvereine und die deutsche Landesgeschichte. Eine Zwischenbilanz nach 20 Jahren Vorstandstätigkeit », sur gesamtverein.de (consulté le 3 décembre 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Carrière V., Introduction aux études d'histoire ecclésiastique locale, 3 tomes, 1940.
  • Caunce S., Oral History and the Local Historian, Londres, Longman, 1994.
  • De Coninck L., « Sociétés et revues locales et régionales d’histoire et d’archéologie et de folklore. Répertoire », Bulletin trimestriel du Crédit Communal de Belgique, supplément au n° 141,‎ juillet 1982, p. 1.
  • de L'Estoile B., « Le goût du passé », Terrain, n°37, 1er septembre 2001, p. 123-138.
  • Dominique I.-P., 'La paroisse : genèse d'une forme territoriale', in Médiévales n°49, Presses Universitaires de Vincennes, Saint-Denis, Automne 2005.
  • Ducastelle J.-P. (éd.), « L'Histoire locale et régionale au XXIe siècle », Études et Documents du Cercle royal d'Histoire et d'Archéologie d'Ath et de la région, t. 34, 2013, p. 83.
  • Guyvarc'h D. et Croix A. (éds.), Guide de l'histoire locale: faisons notre histoire !, Paris, Seuil, 1990.
  • Hoskins W. G., Local History in England, Londres, Longman, 1959.
  • Leuilliot P., « Problèmes de la recherche V : Défense et illustration de l'histoire locale », Annales. Histoire, Sciences sociales, vol. 22, n°1, 1967, p. 154-177.
  • Levron J., L'Histoire communale : esquisse d'un plan de travail, Paris, éd. Gamma, 1972.
  • Murillo D. V., « Modern local history in Spanish American historiography », History Compass, vol. 15, n°7, 2017.
  • Stephens W. B., Sources for English local history, Manchester, Manchester University Press, 1973.
  • Thuillier G. et Tulard J., Histoire locale et régionale, Paris, Presse universitaire de France, 1992.
  • Toussaint J., « Sociétés savantes: culture et patrimoine », Les Cahiers de l'Urbanisme, n°69,‎ septembre 2008, p. 48.
  • Tressot J. et Troux A., La géographie et l'histoire locales. Guide pour l'étude du milieu, Paris, Bourrelier, 1949

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]