Histoire du verre

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L’histoire du verre remonte à la Préhistoire : en 100 000 av. J.-C., l'obsidienne, un verre volcanique naturel, est déjà taillée par l'homme pour former des pointes de flèches ; les tectites, billes de verre formées par des impacts avec des météorites, servent également de bijoux ; enfin, les fulgurites, petits tubes issus de la fusion du sable atteint par un éclair, sont connus.

Le verre est un corps dur, homogène, inaltérable, élastique, fragile, non cristallin, qui provient du refroidissement rapide de certaines substances après fusion. Il est opaque, translucide ou transparent, malléable à chaud et susceptible d'un poli parfait. Il est le type du cassant « comme du verre », du transparent, du lisse (miroir) et de l'inaltérable. Depuis quelques décennies, il sert de référence aux isolants thermiques « équivalents à telle épaisseur de laine de verre ». C'est aussi un isolant électrique. Ses formes et ses applications sont innombrables.

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Le verre existe déjà naturellement depuis plusieurs centaines de milliers d’années. L’homme l’utilisa pour la première fois il y a 100 000 ans sous forme d’obsidienne (verre naturel d’origine éruptive) qu'il taillait alors grossièrement et de façon tranchante pour fabriquer des outils, des armes coupantes et, plus rarement, des bijoux. Les gisements naturels d'obsidienne étant en nombre limité, ce verre faisait alors l'objet de négoce[1].

Antiquité[modifier | modifier le code]

Premières fabrications de matériaux vitreux[modifier | modifier le code]

Les premiers verres fabriqués par l’Homme sont originaires de Mésopotamie (où le matériau vitreux existe depuis le Ve millénaire sous forme de glaçure, enduit vitrifiable posé à la surface d'une céramique), de Syrie ou d’Égypte, avec quelques extensions au Levant, à Chypre et en Mer Égée. Réalisés selon la technique du moulage, ils ne sont pas encore transparents ou translucides mais opaques, de couleur verte ou bleue comme le révèlent les colliers de perles opaques ou des baguettes de verre de cette époque[1].

Premières fabrications de pièces de verre translucide[modifier | modifier le code]

Bracelet en perles de verre, nécropole de Prosnes (Marne) culture de La Tène, Ve siècle avant notre ère.

Les fours permettent d’obtenir de plus hautes températures, la matière est mieux affinée. La technique du verre formé sur noyau (technique dite de « l'enduction sur noyau » , encore appelée « alabastron » : matière vitreuse déposée sur un noyau d'argile et de sable dont elle épouse la forme ; après séchage, le noyau se rétracte et peut être ôté facilement) apparaît en Mésopotamie puis en Égypte. Le verre devient translucide et se développe alors un marché d’imitation de pierres précieuses (bijoux, pendentifs, amulettes) bien que le verre reste encore à cette époque un matériau rare et précieux[1]. Les premières pièces en verre creux (amphorisques, arybales) apparaissent au même moment.

L’émail apparaît vers 1 500 av. J.-C.. C’est une substance vitreuse qui est constituée d'un produit incolore, le fondant, que l'on teint dans la masse en ajoutant certains oxydes métalliques. Les verriers en Égypte antique appliquent des émaux de couleur sur des poteries, toujours pour imiter l'incrustation de pierres précieuses[1]. L'art du verre translucide est très probablement issu de l'art de la céramique. L'émaillage excessif des terres cuites donne des coulures qui se détachent et forment des gouttes colorées plus ou moins transparentes sur la sole du four.

Les premiers objets en verre à vocation autre que funéraire (petits flacons, coupelles) apparaissent en Égypte à cette époque.


Apparition du verre transparent et multicolore[modifier | modifier le code]

À la fin du VIe siècle av. J.-C., la technique du verre sur noyau se développe en Méditerranée orientale. L'application de fils de verre façonnés en zigzag ou en guirlande sur un corps en argile, permet de décorer des contenants à huile parfumée ou à vin, telle l'œnochoé. Au IIIe siècle av. J.-C., l'Égypte développe la vaisselle en verre mosaïque (verre souvent improprement appelé millefiori), technique qu'elle a inventée deux siècles plus tôt[2].

Durant l'époque hellénistique sous le règne de Philippe II de Macédoine, le verre est rendu transparent par l'adjonction de dioxyde de manganèse qui purifie le verre en éliminant les oxydes qui le coloraient jusque-là. La technologie permet de fabriquer de grosses pièces, notamment des articles de table, ou de verser du verre visqueux sur un moule pour réaliser des plats et le « millefiori » créant un effet de mosaïque multicolore[3]. Alexandrie est alors le centre de la verrerie de l'empire, ses maîtres verriers réalisant plusieurs innovations techniques : verre sandwich or (feuille d'or gravée placée entre deux couches de verre), verre reticello (en) (entrecroisement de fils qui forment une résille ou un filet), développement de la technique des verres polychromes[2].

Apparition du verre soufflé : IIIe – Ier siècles av. J.-C.[modifier | modifier le code]

production d'objet du quotidien en verre de l'époque romaine
souffleur de verre à murano
Article détaillé : Soufflage du verre.

On attribue l'invention de la technique de soufflage du verre aux Phéniciens ou aux Babyloniens[4] grâce à l’invention de la canne à souffler qui permet de fabriquer des objets en verre plus facilement, plus rapidement et donc à moindre coût, ce qui démocratise l'usage du verre pour les récipients. Cette découverte entraîne la naissance d’une forte industrie de verre creux. Le verre sur noyau est toujours utilisé à cette époque dans la décoration des demeures (tesselles de mosaïque), la bijouterie (incrustations)[2].

Le verre est vraisemblablement élaboré alors dans des « fours primaires » situés dans la partie orientale de la Méditerranée (Égypte, Syrie), puis il est acheminé par bateaux dans tout le bassin méditerranéen. Il est ensuite refondu dans des « fours secondaires » pour la mise en forme par soufflage.

La variété des formes est typique du verre romain, tant pour les récipients à boire que pour ceux destinés à la conservation ou pour le service des mets. Les différents décors sont obtenus par moulage ou façonnage à chaud de l'objet, grâce à l'application de filets, pastilles ou autres appendices en verre coloré ou non. D'autres techniques comme la gravure, la dorure, la taille en camée existent également.

Grâce au soufflage à la canne, l’artisan est à bonne distance de la source de chaleur et il peut donner forme à des pièces de plusieurs dizaines de centimètres. De la Phénicie, cette méthode se répand dans l'Empire romain, Gaule et Espagne compris avant de conquérir l'Europe entière[2].

Au même moment, du verre transparent est produit à Sidon (Phénicie) [réf. nécessaire], probablement en raison de la pureté des sables de la région et de la présence de natron, et des formes complexes de verre, décorée en relief, sont réalisés au Proche-Orient par la technique du soufflage dans un moule[2].

Le verre incolore apparaît alors et se répand à partir du IIIe siècle. Il est obtenu en ajoutant du manganèse, qui joue le rôle de purificateur. La teinte naturelle du verre, bleu verdâtre, est due à la présence d'oxydes métalliques contenus dans le sable qui sert à sa fabrication.

Apparition du verre à vitre : Ier siècle av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Faute de découvertes archéologiques antérieures, les premiers exemples archéologiquement datés de verre plat à vitre (vitrum) font remonter son invention, au Ier siècle avant notre ère, et plus précisément par les Romains à l'époque augustéenne. Il s'agissait de verre coulé (5 à 6 mm) sur des lits de sable, des plateaux de bois ou des dalles de marbre poli, puis étiré grâce à une pince. Ceci par contrainte faisait apparaître des bulles d'air dans le verre et lui donnait une qualité médiocre[5], d'autant qu'il s'agissait de verre composé de soude, ce qui le rendait plus ou moins opaque (le verre à base de potasse ne le remplacera qu'à partir des Xe et XIe siècles[2]). Cependant, son usage était relativement rare en cette période et était restreint aux thermes[6] – notamment sur des oculi – et en moindre nombre aux riches demeures, notamment pompéiennes, sur des châssis fixes de plus grandes ouvertures mais quadrangulaires, comme à Herculanum. Son usage courant ne débute qu'au troisième quart du Ier siècle de notre ère. Les fenêtres étaient auparavant obstruées par des peaux, panses ou vessies animales tendues et séchées, de la corne ou, au mieux, par des pierres spéculaires[7] plus ou moins translucides, suffisamment pour laisser passer la lumière et éclairer les pièces sans trop de déperdition de chaleur. Lorsque cette dernière était trop importante, les Romains recouraient au double vitrage, on peut donc dire qu'ils en sont également les inventeurs[8],[9],[4].

Apparition du verre pour les "ampoules"[modifier | modifier le code]

Les ampoules à eulogie (eau ou huile bénite en sanctuaire) font leur apparition, comme élément religieux de la chrétienté établie dans l'empire romain tardif[10].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le verre Yoruba[modifier | modifier le code]

Au cours des années 2000, des archéologues découvrent que du verre à base de granite fut fabriqué par les Yorubas, dans l'actuel Nigéria, au cours du Moyen Âge[11]. La ville africaine d'Ife est alors un grand centre de production de perles de verre, qui ont possiblement inspiré les verriers italiens[12].

Apparition du verre plat soufflé : entre le Ve et le Xe siècle[modifier | modifier le code]

Deux techniques sont apparues conjointement et furent utilisés durant tout le Moyen Âge pour la fabrication des vitraux :

  • le soufflage en couronne : produit dans l’Ouest de la France (technique normande de la cive) et en Angleterre où sa production dura jusqu’au XIXe siècle. Le verre plat ne prit son essor qu’à partir de l’invention de ce nouveau procédé. Il s’agit d’abord d’un vase soufflé à fond plat que l’on fait ensuite tourner face à l’ouverture d’un four, la force centrifuge transformant la paraison en un plateau circulaire.
  • le soufflage en manchon : produit dans l’Est de la France et en Europe centrale (technique bohémienne ou lorraine). C’est un cylindre de verre obtenu par l’allongement de la paraison cueillie par le verrier, puis fendue, ramollie et aplatie sur une « étenderie ». Ce procédé est utilisé jusqu'au début du XXe siècle et est encore employé dans la fabrication artisanale du vitrail.

Le centre de production de Cologne développe au Ve siècle le pastillage, décoration de pastilles colorées appliquées par pression sur la surface du verre[2]. La technique du verre en cives est perfectionnée dans le centre verrier de Rouen en 1330[13].

On assiste depuis quelques années, de la part des archéologues travaillant sur al-Andalus, à une prise de conscience de l'intérêt des Andalous pour le verre, c'est un aspect original du legs d'al-Andalus[14].

Flacons et ampoules lumineuses[modifier | modifier le code]

Le verre est à usage religieux spirituel et « docte » (médecine avec pharmacie). Cela donne la Sainte Ampoule de sacre des rois de France IXe siècle. Et à côté des lampes à huile céramique vont apparaitre les ampoules lumineuses (lumignon, coupe refermée sur une mèche) entre objet rituel et élément d'architecture votive.
Le côté neutre du verre par rapport à son contenu, déjà utilisé dans l'antiquité pour les parfums (fioles qui ne font que 2 cm environ pour les plus grosses), est établi pour la pharmacopée en même temps que pour l'(al)chimie, plus encore que pour la céramique.

Déclin[modifier | modifier le code]

Exemple de production au Moyen Âge, une rosace de la Cathédrale Notre-Dame de Chartres classée comme Patrimoine mondial par l'UNESCO

Pendant le Moyen Âge, la cessation quasi complète des échanges entre Orient et Occident entraîne un fort déclin de l'utilisation du verre, l'Orient fournissant les verres déjà formés. Il est pourtant renaissant au moins à partir du VIe siècle pour faire des vitraux, surtout en France. Il faut apprendre empiriquement à s'accommoder des sables de moindre pureté qu'on pouvait trouver sur place, en dosant les divers additifs : oxydes métalliques qui sont les colorants (et décolorants) de l'oxyde de fer que contient le sable. Pour faciliter la fusion du sable, on utilise les cendres de plantes marines riches en soude. Mais celles-ci produisent une coloration involontaire.

Néanmoins, plusieurs centres verriers existent à cette époque, comme les verreries en Toscane du Sud (Montaione, Gambassi Terme) qui produisent dès le XIIe siècle des coupes standardisées sans pieds, les « Gambassini »[15] ou en Ligurie comme à Altare[16].

Le verre à vitre[modifier | modifier le code]

Production des vitres de verre cannelé au XIXe siècle.
Coupe d'un four du XIXe siècle.

L’usage du verre à vitre est connu des Romains, mais il est peu répandu dans l’architecture civile jusqu’au XVe siècle. On se prémunit du vent et des intempéries par des moyens rudimentaires : volets de bois, toiles cirées, ballots de paille, peaux ou papiers huilés qu’il valait mieux protéger de grillages. Durant le Moyen Âge, il y eut une longue stagnation du verre à vitre dans les maisons où les fenêtres n'étaient presque pas vitrées. De ce fait, les mois hivernaux assombrissent les logements : une seule pièce réuni la totalité des habitants qui s'éclairent artificiellement.

À partir du Xe siècle, le verre à base de potasse remplace progressivement le verre à base de soude dans les régions germaniques, rendant le verre transparent au XIVe siècle, ce qui favorise le développement de l'industrie du verre à vitre[2]. En Europe, à la même époque, les vitres sont constituées de cives ou d'un mélange de vitres par manchon et de cive « montés au plomb ». Les vitres ornent les fenêtres des châteaux forts en premier, car les plus fortunés peuvent s'offrir la lumière et la protection thermique en même temps[17].

La première verrerie à vitre en France naît en 1330 à Bézu-la-Forêt dans l'Eure et les feuilles planes (« plats de verre ») sont inventées par Philippe Cacqueray, noble « gentilhomme verrier » qui reçoit ce privilège par le roi Philippe VI[18]. L'essor de la verrerie est due au défrichage nécessaire des parties cultivées laissées à l'abandon dans le Nord de la France à cause de la Guerre de Cent Ans[19].

Le verre des loupes et des lunettes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lunettes#Histoire.

Le verre est de meilleure qualité qu'avant. Lire et voir est devenu impératif avec le passage dans l'impression depuis l'incunable avant 1501 à la diffusion plus large et à l'imprimé savant traçant la science. Celle-ci commence à se séparer des humanités (par exemple pour science des plantes qui produisent des images non "symboliques"). Et la taille du verre est possible, il est enchâssé comme anciennement le cristal de roche quartz servant pour fabriquer les toutes premières loupes et lunettes.

Regain à la Renaissance[modifier | modifier le code]

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À partir du XVe siècle, les verreries vénitiennes (par exemple Murano) parviennent à éliminer, par lessivage, les éléments colorants contenus dans les cendres végétales. Ce nouveau procédé permet d'obtenir un verre clair, le cristallo. Celui-ci assure à Venise, pendant deux siècles, la domination du marché du verre. Cet art florissant s'illustre par exemple en la personne du maître verrier Angelo Barovier, actif au XVe siècle , dont le savoir-faire a été transmis au sein de la famille Barovier de génération en génération jusqu'à nos jours.

En France, la Manufacture royale de glaces de miroirs[modifier | modifier le code]

Science de la vision à taille humaine et du reflet de la lumière.

En Allemagne Hollande et Angleterre l'art du miroir et de la loupe[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Miroir (optique) et Loupe.

Science de la vision du lointain, science de la vision du très-très près.

Période moderne[modifier | modifier le code]

Vitrail contemporain

Avec le début de la traite atlantique, les Européens échangeant souvent colliers de verre contre esclaves avec les ethnies africaines, la fabrication de verre augmente, mais la raison en est bien sûr très différente.

Au XVIIe siècle, les Allemands mettent au point des verres à la chaux de potasse plus fins, plus faciles à graver et plus durables : le verre de Bohème.

En 1691, à la Glacerie de Tourlaville dans le Cotentin, Louis Lucas de Nehou mit au point le coulage des glaces de grande dimensions. A son instigation, un établissement est créé à Saint-Gobain en 1692.

Le verre cristal, destiné à imiter l'éclat du cristal, et contenant un fort pourcentage de plomb, est inventé en Angleterre en 1676 par Georges Ravenscroft, marchand anglais. Il faut attendre 1781 pour que la méthode soit redécouverte en France aux cristalleries Saint-Louis. Il est toujours largement utilisé pour la verrerie d'art.

Par la suite, la révolution industrielle s'étend à la fabrication des verres, tandis que se développent des méthodes d'étirage, de laminage et de fonte en continu.

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Fin de la Renaissance les « binocles ou bésicles[20] » servent à la lecture; Le cristal de roche sert à la précieuse protection (Costume du médecin de peste presque cartésien).

Articles détaillés : cristallerie et verre flint.

On retrouve à la fin du XVIIIe siècle l'idée du cristal de roche avec sa symbolique dans la création artistique utilisant le verre. Les cristalleries se constituent sur ce verre au plomb spécial pour sa brillance.

Fin XVIIIe siècle, le verre est une matière transparente dont on garnit l'intérieur des croisées et autres châssis qui sont ouvrants et non plus fixés dans la maçonnerie comme auparavant et se répandent dans l'habitat initialement du luxe vers le logement aisé.

Le siècle des Lumières va utiliser le verre pour la chimie qui devient rationnelle et aussi pour l'électricité naissante. Car les qualités du verre sont d'être l'isolant électrique équivalent à la céramique, mais plus encore d'être un générateur de charges électriques.

On connaît de plusieurs qualités de verre: le blanc, le demi-blanc et le vert. On distingue aussi plusieurs sortes de verre par rapport à sa forme ou aux lieux de sa fabrication[V 1].. On distingue:

  • Verre en plat ou à boudine - Pièce de verre ronde de 36 à 40 pouces de diamètre, ayant un nœud ou boudine au milieu - La qualité de ce verre est plus commune, et on n'en fait presque plus usage[V 1].
  • Verre en manchon ou en feuille - Verre qui se souffle de toutes les mesures que l'on désire, et qui se vend en feuilles[V 1].
  • Verre d'Alsace - Nom que l'on donne au verre commun et qui se vend en feuille - On en distingue de trois sortes; le verre ordinaire, le verre teinte blanche ou demi-blanc, et le verre double[V 1].
  • Verre en table ou verre de Bohême - Verre le plus blanc comme le plus épais de tous - Il se fabrique dans diverses parties de la France, et on en connaît de trois qualités en raison de sa plus ou moindre épaisseur[V 2].
  • Verre de couleur - Une qualité de verre semblable à celui dit de Bohême pour l'épaisseur, et que l'on colore en rouge, jaune, bleu, etc.[V 2].
  • Verre double - Par ce mot on désigne le verre de Bohême qui est plus épais que le verre de Bohème ordinaire[V 2].
  • Verre à estampe - Verre de Bohème le plus mince[V 2].
  • Verre en paquet - La manière de livrer le verre blanc qui lui fait donner le nom dans le commerce - Chaque paquet est du même prix et contient plus ou moins de feuilles[V 2].
  • Verre layé - Celui qui est calciné et privé en partie de sa transparence; ce défaut n'existe que dans le verre blanc - On le nomme aussi verre gras[V 2].
  • Verre à vitre - Ainsi que l'on nomme le verre commun dit verre d'Alsace[V 2].
  • Verre dépoli - Celui dont on a détruit le vernis en frottant sa surface avec du sable ou de l'émeri et une molette de grès[V 2].

Et pour les fenêtres à croisée

  • Vitrage - Terme général par lequel on désigne toutes les vitres d'un bâtiment[V 2].
  • Vitre - Nom que l'on donne au verre coupé par compartiment dont on remplit les panneaux, et aux petits carreaux qui occupent les croisillons des croisées ou autres châssis[V 2].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La recherche a été continuelle dans le verre de silice sur l'indice de réfraction. Et à cette époque nouvelle dans la chimie elle porte aussi sur l'astigmatisme[21] (efficacité cartésienne). Elle amène à concevoir utilement[22] le verre crown et l'association d'abord en doublet "flint-crown" dans les systèmes optiques.

Dans le "génie" des ingénieurs, à l'aide du verre de silice, autant le militaire s'applique à voir ( depuis l'invention de la lunette de vue) à l'aide d'un « verre objectif »[23] — et à atteindre l'objectif —,
autant le civil s'attache à enregistrer par des « clichés » les évènements avec la photographie et l'objectif de son appareil. Les lentilles en verre sont indispensables, après l'œil de verre de 1600, puis les lunettes correctrices à monture métalliques de ce XIXe siècle, elles sont le préambule aux lentilles de contact ordinaires du XXe siècle.

Dans le secteur économique du bâtiment, fin XIXe siècle, faire entrer la lumière dans les locaux est un besoin d'hygiène reconnu pour dans la société occidentale. Elle touchera donc par le verre à vitre à mettre en place la conception des locaux autres que religieux. L'architecture de cette période en tient compte et différencie parfois des usines et manufactures, et conçoit les gares, les grands magasins, les musées, les serres. Ces édifices vont recevoir des grandes surfaces de vitrage (les toits à éclairage zénithal en verrière) plus encore que les galeries des siècles précédents.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

La notion d'hygiène touche très fortement la nutrition. En conséquence, dans le secteur alimentaire des sociétés occidentales, une des formes d'emballage est le verre qui passe de la bouteille au bocal. Ce phénomène fabrique une industrie du verre très puissante.

Les progrès réalisés permettent de couler le verre sous forme de fibre, pour la réalisation de Laine de verre, de tissus de verre ou encore de Fibre optique et aussi sous forme de mousse de verre extrudée, un isolant rigide fragile utilisé (brièvement) à la place de la mousse de polyuréthane dans la construction.

Dans la recherche sur la lumière cohérente on utilise toujours des prismes de verre dans le troisième tiers du XXe siècle.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Comme au XIXe siècle, le verre de silice est encore nécessaire pour l'enregistrement des images, qu'elles soient en vraies couleurs ou en fausses couleurs, en 3D , etc. y compris sur les téléphones mobiles. Mais l'« ampoule électrique » en verre (où la lumière émise est obtenue par la plus simple élévation de température possible) est remplacée (dans la société moderne) par la lumière de diodes sous enveloppe de matière plastique.

La notion de « transparence physique » pour autre chose que la lumière est apparue au cours du XXe siècle. La notion de « vitrification » par amorphisme s'applique alors pour des métaux. Au XXIe siècle, le « verre métallique » en est le résultat.

Croyances[modifier | modifier le code]

Légendes[modifier | modifier le code]

représentation de Pline

Les différentes légendes qui parlent de l’apparition du verre se ressemblent beaucoup, en voici un exemple.

Selon Pline , ce seraient des marchands phéniciens qui, faisant cuire leurs aliments sur les rives du fleuve Bélus dans des marmites supportées par des blocs de natron, auraient vu couler une substance ou un liquide visqueux inconnue. Ils l'appelèrent aussitôt verre. Plus tard, les Égyptiens, forts de cette découverte, se mirent à faire fondre le sable et le natron dans des fours appropriés afin de produire eux-mêmes du verre.

Ceci n’est qu’une légende, l'élaboration du verre nécessite une température d'environ 1 300 °C, même s'il ramollit à la lueur d'une flamme.

Le verre et la Bible[modifier | modifier le code]

vitrail d'un ange tenant la bible

Le mot verre n'apparaît qu'une fois dans l'Ancien Testament, dans Job 28:17, à propos de la sagesse :
"Ni l'or, ni le verre n'atteignent son prix. On ne peut l'avoir pour un vase d'or fin".

Le mot en hébreu qui désigne le verre זְכוֹכִית se prononce zkhourhit. Il a pour étymologie le mot Hébreu זכךְ voulant dire pur. C'est le même mot qui désigne le verre en hébreu moderne.

Dans la traduction de la Septante, le mot est traduit par cristal. Dans la Bible Martin, il est traduit par diamant. La Bible en latin du Ve siècle utilise le terme vitrum, signifiant directement verre.

Job 28:17 non adaequabitur ei aurum vel vitrum nec commutabuntur pro ea vasa auri

Le verre était considéré comme une matière précieuse dans l'antiquité : selon certains commentaires, Deutéronome 33:19 fait allusion au pourpre ou au verre [24]:

« Ils convieront des peuples au haut de leur montagne; là, ils immoleront des sacrifices conformément aux règles, par mer, ils draineront d'abondantes richesses et ils recueilleront les trésors enfouis dans le sable des plages » .

Dans le Nouveau Testament, le mot grec protèrion, traduit par verre (à boire), désigne en fait une coupe en terre cuite ou en métal. Mr 9;41,Mt 10;42, Mr 7;4, Mt 23;25, Lu 11;39…

Dans certaines traductions de l'Apocalypse (4;6 et 15;2), on lit l'expression : « mer de verre » , ou « mer de cristal » ou « mer limpide comme du cristal » pour décrire l'image d'une mer transparente en grec (hyaline, du grec ancien hualos ὕαλος, «qui a la transparence du verre»).

Dans la Bible en latin vulgate du Ve siècle, on lit vitreum :

Ap 4;6 et in conspectu sedis tamquam mare vitreum simile cristallo et in medio sedis.
Ap 15:2 et vidi tamquam mare vitreum mixtum igne et eos qui vicerunt bestiam et imaginem illius et numerum nominis eius stantes supra mare vitreum habentes citharas Dei.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Lise Pathé, « L'histoire du vitrail en Occident: de l'opacité à la transparence », 28 juillet 2010
  2. a b c d e f g et h Les voyages du verre
  3. (en) R.W. Douglas et Susan Frank, A history of glassmaking, Henley-on-Thames : G T Foulis & Co Ltd, , 213 p. (ISBN 0854291172)
  4. a et b Petite histoire du verre
  5. Jean-François Cubells, professeur agrégé de biologie et géologie, Le verre à vitres de l'épave romaine de Porticcio fig. 9 : Témoignages de la technique de fabrication des vitres
  6. Tepidarium de Pompéi Pompeia d'Ernest Breton (3e éd. 1870)
  7. Wikisource, Définition de specularia
  8. Pascal Vitard, maître de conférences d’Antiquités nationales L'Usage du verre à vitre dans l’architecture romaine du Haut Empire
  9. Pascal Vitard, L’Usage du verre dans l’architecture romaine (Ier-IVe s.), p. 3-6
  10. Musée du Louvre Antiquité égyptienne
  11. (en) Th. Rehren et Ian C. Freestone, « Ancient glass: from kaleidoscope to crystal ball », Journal of Archaeological Science, no 56,‎ , p. 233-235 (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2016)
  12. Gérard L. Chouin et al., chap. 10 « Igbo-Ukwu, Ifé et les régions du golfe de Guinée », dans François-Xavier Fauvelle (dir.), L'Afrique ancienne : De l'Acacus au Zimbabwe, Belin, coll. « Mondes anciens », , 678 p. (ISBN 978-2-7011-9836-1).
  13. Entre légendes et réalités. Contribution à l'étude des innovations dans l'industrie du verre plat, des origines à aujourd'hui
  14. El vidrio en al-Andalus, Par Patrice Cressier, Fundación Centro Nacional del Vidrio, Casa de Velázquez, P 10 books.google.fr
  15. Art du verre à Montaione
  16. Corine Maitte, Les chemins de verre - Les migrations des verriers d'Altare et de Venise (XVIe-XIXe siècles), Presses Universitaires de Rennes, , 377 p.
  17. Centre international du vitrail, « Le verre plat : fabrication et histoire des techniques » [archive du ], sur www.centre-vitrail.org, Chartres (consulté le 3 mars 2019).
  18. La Verrerie de La Haye (près de Bézu-la-Forêt - Eure)
  19. « Quelque 30 ateliers itinérants de verriers ont été créés pour cette remise en culture des parcelles après la Guerre de Cent Ans sous les ordres d'abbés représentant le clergé, les fortunés de l'époque. Les verriers brûlaient la totalité des arbres y compris les souches. Les bois ont ensuite été mis en "coupe réglée". La fabrication du "verre de fougère" en verre fin (en opposition au gros verre des vitres) pour les coupes à boire naîtra; ». Sophie Lagabrielle, Stéphane Palaude, Yves-Marie Adrian, Emmanuel Laurentin La Fabrique de l'Histoire,Les révolutions du verre, France-Culture diffusé le 26/06/19.
  20. CNRTL, bésicles, étymologie, « [lunettes enchâssées] Emploi méton. de l'a.fr. bericle v. béryl, cette pierre précieuse ayant servi à faire des verres de lunettes ».
  21. CNRTL, astigmatisme, définition, « B.− OPT. ,[Défaut d'un système optique...un tel système ne donne pas d'images acceptables`` (Laitier 1969).]
    2. "Cependant, vers 1850, les photographes ne disposaient encore que de l'objectif simple et de l'objectif à portrait. Vers 1860, C. A. Steinheil réalisa ses aplanats, objectifs à large champ corrigés de la distorsion et convenant donc à la photographie d'architecture et à la reproduction de documents. Les principes de la correction d'un autre grave défaut des objectifs photographiques, l'astigmatisme, avaient été posés dès 1843 par Petzval. Hist. gén. des sc.,t. 3, vol. 1, 1961, p. 170." »
    .
  22. Voir par exemple l'industrie de Robert-Aglaé Cauchoix qui avait débuté en utilisant encore des liquides séparateurs entre les lentilles de verre.
  23. CNRTL, objectif, définition , « A. − Vieilli. Qui a rapport à un objet donné.
    1. ART MILIT. Ligne objective. objet but d'une opération militaire. (Ds Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Lar. 19e, Littré, DG).; Point objectif. Synon. mod. objectif (v. objectif3A). (Ds DG, Rob.).
    2. OPT. Verre objectif. Synon. mod. objectif (v. objectif2A). (Dict. XIXe et XXes.) »
    .
  24. Commentaires de Deutéronome

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Morisot J.M., Tableaux détaillés des prix de tous les ouvrages du bâtiment (verrerie), Carilian, (lire en ligne)

  1. a b c et d p. 7
  2. a b c d e f g h i et j p. 8

Liens externes[modifier | modifier le code]