Histoire des sensibilités

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Cet article présente différents aspects de l'histoire des sensibilités.

L'histoire des sensibilités, sous-branche de l'histoire culturelle et découlant également de l'histoire des mentalités, a notamment été impulsée et largement explorée par Alain Corbin. Ce nouveau chantier historique a été lancé, si l'on peut dire, en 1982, avec son ouvrage Le Miasme et la Jonquille. L'odorat et l'imaginaire social. XVIIIe-XIXe siècles.

Précurseurs[modifier | modifier le code]

Comme toutes les nouveautés, et dans n'importe quels domaines, des individus font figures de précurseurs. Concernant, ici, l'histoire des sensibilités, c'est Lucien Febvre, cofondateur des Annales (avec Marc Bloch), qui lança l'appel inaugural : « La Sensibilité de l'histoire, sujet neuf ». À l'exception de Robert Mandrou, il n'y aura pas de répondant à cet appel ; le filon de l'histoire des mentalités collectives impulsé par Marc Bloch sera finalement suivi. Il faut dire que le contexte n'était pas propice, du fait que cette histoire des sensibilités, avec a priori un aspect scientifique faible, ne correspondait pas à la discipline historique en pleine recherche de scientificité dans l'entre-deux-guerres.

Grâce aux recherches des historiens de la "Nouvelle-Histoire", qui se tournent vers l'histoire du corps, et grâce au débat suscité par Michel Foucault à la sortie de son œuvre Surveiller et punir, où Foucault s'interroge et analyse l'évolution de la douleur et du supplice vers une « douceur des peines », un terrain fertile au questionnement vers les sensibilités se présente.

On redécouvre à la même époque le sociologue Norbert Elias, longtemps méconnu, qui publia notamment Procès de la civilisation, où il affirme que l'histoire totale doit prendre en compte les structures pulsionnelles, l'orientation et la morphologie des émotions et des passions.

Desseins, buts et objectifs[modifier | modifier le code]

L'analyse transactionnelle nous a donné trois points de vue : soit on juge, soit on raisonne ,soit on sent. Il est parfaitement légitime de décrire l'histoire avec la lunette de nos sentiments. Avec Paul Veyne et Foucault, nous avons appris à décrire l'histoire et douter de nos explications rationnelles. Les sens (direction,sentiment et signature selon François Cheng) indiquent clairement sa supériorité sur le mental. Le symbole, le signe, l'image a plus d'influence sur l'histoire que l'explication mentale. L'histoire des sensibilités ne remet pas en cause l'histoire mentale mais ajoute une couche logicielle supplémentaire. Comme dans l'avenir, on pourra ajouter des couches esthétiques, spirituelles, interethniques (?), génétiques, etc.

Source[modifier | modifier le code]

  • (fr) Alain Corbin, Historien du sensible. Entretiens avec Gilles Heuré, Paris, La Découverte, 2000.
  • (fr) Alain Corbin, Le Miasme et la jonquille, l'odorat et l'imaginaire social, XVIIIe-XIXe siècles, Paris, Aubier, 1988.
  • (fr) Alain Corbin, « Le vertige des foisonnements, esquisse panoramique d'une histoire sans nom », in Revue d'histoire moderne et contemporaine, no 39-1, p. 103-126, 1992.
  • (fr) Hervé Mazurel « Histoire des sensibilités » in C. Delacroix, F. Dosse, P. Garcia, N. Offenstad, Historiographie, concept et débat I, Paris, Gallimard, 2010.
  • (fr) Sylvie Mesure et Patrick Savidan (dir.), Dictionnaire des sciences humaines, « Corbin Alain » par Philippe Panier, « Sensibilités (histoire des)» par Alain Corbin, « Micro-histoire » par Paul-André Rosental, Paris, PUF, 2006.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie indicative[modifier | modifier le code]

  • Daniel Arasse, La Guillotine et l'imaginaire de la Terreur, Flammarion, 1992.
  • Alain Corbin, Le Miasme et la Jonquille. L'odorat et l'imaginaire social, XVIIIe-XIXe siècle, Aubier, 1982.
  • Alain Corbin, Le Territoire du vide. L'Occident et le désir de rivage, 1750-1840, Aubier, 1988.
  • Alain Corbin, Le Temps, le désir et l'horreur. Essais sur le XIXe siècle, Aubier, 1991.
  • Alain Corbin, Les Cloches de la terre. Paysage sonore et culture sensible dans les campagnes françaises du XIXe siècle, Albin Michel, 1994.
  • Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello (dir.), Histoire du Corps, Seuil, 2005.
  • Johnatan Crary, L'Art de l'observateur. Vision et modernité au XIXe siècle, J. Chambon, 1994.
  • Jean Delumeau, La Peur en Occident, Hachette Pluriel, 1978.
  • Marcel Détienne, Le Jardin d'Adonis. La mythologie des aromates en Grèce, Gallimard, 1972.
  • Christine Detrez, La Construction sociale du corps, Seuil, Collection « Points-Essais », 2002.
  • Nélia Dias, La Mesure des sens. Les anthropologues et le corps humain au XIXe siècle, Aubier, 2004.
  • George Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Minuit, 1992.
  • Norbert Elias, La Civilisation des mœurs, Hachette Pluriel, 1973.
  • Lucien Febvre, « Une histoire de la vie affective est-elle possible ? », in Combats pour l'histoire, Presses-Pocket, 1992.
  • Jean-Louis Flandrin, « Le goût à son histoire », in Autrement, n°108, 1989.
  • Michel Foucault, Surveiller et Punir, Gallimard, 1975.
  • David Le Breton, Anthropologie de la douleur, Métaillé, 1995.
  • David Le Breton, La Saveur du monde. Une anthropologie des sens, Métaillé, 2006.
  • Robert Mandrou, Introduction à la France moderne (1500-1640). Essai de psychologie historique, Albin Michel, 1974.
  • Piroska Nagy, Le Don des larmes au Moyen Age. Un instrument spirituel en quête d'institution Ve-XIIIe siècle, Albin Michel, 2000.
  • Michel Onfray, La Raison gourmande, Grasset, 1995.
  • Michel Pastoureau, Couleurs, images, symboles, Le Léopard d'or, 1989.
  • Michel Pastoureau, Bleu. Histoire d'une couleur, Seuil, 2002.
  • Pascal Quignard, La Haine de la musique, Gallimard, 1996.
  • Pierre Sansot, Poétique de la ville, Klincksieck, 1971.
  • Georg Simmel, « Essai sur une sociologie des sens », 1912, in Sociologie et épistémologie, PUF, 1981.
  • Christophe Studeny, L'Invention de la vitesse. France XVIII-XXe siècles, Gallimard, 1995.
  • Bernard Teyssèdre, Naissance du diable. De Babylone aux grottes de la mer Morte, Paris, Albin Michel, 1985.
  • Bernard Teyssèdre, Le diable et l'enfer au temps de Jésus, Paris, Albin Michel, 1985.
  • Bernard Teyssèdre, Anges, astres et cieux. Figures de la Destinée et du Salut. Paris, Albin Michel, 1987.
  • Bernard Teyssèdre, Le Roman de l'Origine (recherches sur L'Origine du monde de Courbet, de 1867 à son entrée au musée d'Orsay en 1995). Paris, Gallimard, coll. « L'Infini », 1996.
  • Bernard Teyssèdre, Le Roman de l'Origine, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, Gallimard, coll. « L'Infini », 2007.
  • Bernard Teyssèdre, Arthur Rimbaud et le foutoir zutique, avec un avant-propos de Jean-Jacques Lefrère, Paris, éd. Léo Scheer, 2011.
  • Georges Vigarello, Le Propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Âge, Seuil, Collection « Points-Histoire », 1987.
  • Anne Vincent-Buffaut, Histoire des larmes, Rivages, 1986.
  • Georges Minois, Histoire du mal de vivre : De la mélancolie à la dépression, Editions de La Martinière, 2003