Histoire des Rohingya

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Article principal : Rohingya.
En jaune, l’État d'Arakan, montrant sa situation par rapport au reste de la Birmanie, avec le Bangladesh à sa frontière nord-ouest, et l'Inde plus au Nord.

Les Rohingya, descendants lointains de commerçants et de soldats arabes, mongols, turcs, bengalis, voire portugais, se sont convertis à l'Islam au XVe siècle, alors qu'à l'époque la région était un État vassal du Bengale[1].


Des colonies musulmanes existent en Arakan depuis la venue des Arabes au VIIIe siècle. Il semblerait que les descendants directs des colons arabes auraient vécu au centre de l'Arakan près de Mrauk U et de Kyauktaw, plutôt que dans la zone frontière Mayu (près de la division Chittagong au Bangladesh), région où vit la majorité des Rohingya[2].

De 1824 à 1826, lors de la première guerre entre l’empire britannique et la Birmanie, les Rohingyas sont supplétifs dans l’armée britannique et considérés comme des traitres par les indépendantistes birmans. Après la Seconde guerre mondiale, ils soutiennent de nouveau les Anglais face aux Birmans, qui ne leur pardonneront jamais. En 1948, la Birmanie retrouve son indépendance et les Rohingyas sont alors rejetés et persécutés.

L'arrivée des Rohingya en Birmanie à la fin du XIXe siècle est, en grande partie, liée à la politique d'immigration encouragée par l'administration coloniale durant la période du Raj britannique, ceci afin de les inciter à travailler comme main d'œuvre dans les exploitations agricoles. Au fil des générations, les Rohingya ont perdu leur caractère bengali, leur langue se différenciant nettement du bengali parlé au Bangladesh[3].

Les Rohingya vivent dans l'État actuel d'Arakan (dont ils forment environ la moitié de la population), séparés de la Birmanie proprement dite par l'Arakan Yoma[1].

Origines des persécutions contre les Rohingya[modifier | modifier le code]

Les Rohingya habitant dans l'actuel État d'Arakan, rattaché à la Birmanie en 1948, sont aujourd'hui considérés par l'ONU comme « une des minorités les plus persécutées du monde »[4],[5].

Les Rohingya furent victimes d'attaques venues soit de la Birmanie voisine, soit des Portugais, avec notamment l'attaque de 30 000 soldats birmans en 1785, qui emmenèrent alors 20 000 personnes comme esclaves. Par la suite, la monarchie birmane encouragea ces raids pour briser tout esprit de résistance chez cette population étrangère, capturant et brûlant vifs des centaines de personnes rassemblées dans des enclos de bambous[1].

Persécutions aux XXe et XXIe siècles[modifier | modifier le code]

Occupation britannique et Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Ceci explique la satisfaction avec laquelle les Rohingya accueillirent l'occupation britannique en 1825. De fait, ils bénéficièrent, pendant cette occupation, d'une certaine liberté culturelle (et même politique) qui les amena à pousser à l'indépendance dans les années 1930 ainsi qu'à rester fidèles aux Britanniques pendant toute la Seconde Guerre mondiale ; toutefois, cette fidélité se traduisit par des persécutions particulièrement violentes de la part des Japonais et des Birmans, qui massacrèrent les Rohingya par milliers — le chiffre de 100 000 morts en 1942 a été avancé[6],[7] —, torturant, violant, tuant et provoquant la fuite vers l'Inde de 22 000 habitants[8].

Après la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1945, le gouvernement britannique mit en place une administration autonome pour l'Arakan ; celle-ci ne dura cependant que jusqu'en 1948, année durant laquelle le pays fut annexé à la Birmanie[8].

On estime que les Rohingya sont aujourd’hui environ 800 '000  dans l’État d'Arakan ; ils sont essentiellement regroupés près de la frontière du Bangladesh.

Ils ont en effet fui massivement vers le Bangladesh, en 1978 tout d'abord, puis en 1991-1992 pour échapper à la junte birmane, ce qui a ainsi amené plusieurs centaines de milliers d'entre eux à rester confinés dans des camps de réfugiés, dans une misère profonde[5].

Le premier grand exode a eu lieu en 1978 ; on estime que 200 000 Rohingya ont alors fui le pays pour échapper aux persécutions birmanes lancées à l'occasion d'un pré-recensement visant à déterminer la nationalité des habitants[9].

Le second exode de 1991-1992 a touché, lui, 260 000 personnes, et a été déclenché par l'enrôlement dans des travaux forcés, lié à la très forte présence militaire dans la région. Dans les deux cas, la question centrale est liée au fait que le gouvernement birman considère que les Rohingya sont en grande partie des immigrants clandestins et leur refuse toute citoyenneté, alors qu'eux-mêmes s'appuient sur le fait que leur présence dans la région remonte à avant même qu'elle n'ait été rattachée à la Birmanie[9],[10].

Affrontements de juin, juillet et octobre 2012[modifier | modifier le code]

Au début de juin 2012, des violences inter-ethniques éclatent entre les communautés musulmane (les Rohingya) et bouddhiste de l'État d'Arakan[11] ; elles se traduisent par la destruction de milliers de maisons des deux communautés, et par la mort d'une cinquantaine de personnes[12], voire de 80[13], et entraînant le déracinement de 90 000 autres[14]. Beaucoup ont tenté de gagner par la mer le Bangladesh d'où ils ont été repoussés par les garde-frontières. Ce pays accueille déjà 300 000 Rohingya[15]. C'est le viol et le meurtre d'une jeune bouddhiste, le 28 mai 2012, qui est à l'origine des affrontements : le crime est en effet attribué aux Rohingya, entrainant la condamnation à mort de deux d'entre eux le 19 juin, et le suicide d'un troisième[12].

Le discours d'Aung San Suu Kyi du 16 juin 2012, lors de acceptation de son prix Nobel de la paix décerné en 1991, a mentionné les hostilités qui se poursuivaient en Birmanie, tant au nord qu'à l'ouest, dans l'État d'Arakan ; cette référence avait donné aux Rohingya un certain espoir de la voir s'efforcer d'obtenir une certaine réconciliation nationale, voire de leur obtenir le statut de minorité ethnique qui leur est refusé[16]. Toutefois, le président Thein Sein a déclaré en juillet « Il n'est pas possible d'accepter les Rohingya entrés illégalement, qui ne sont pas de notre ethnicité », se déchargeant du problème sur le HCR à qui il demande de les accueillir dans des camps [17]. En juillet les violences inter-ethniques se sont poursuivies, les Rakhines bouddhistes, mais aussi les forces de sécurité se livrant à des exactions à l'égard des Rohingya et des Rakhines musulmans [18]. Des moines ont manifesté à Mandalay en septembre pour soutenir le point de vue du président Thein Sein, cependant qu'un analyste politique écrivant habituellement pour Kachinland News, s'interroge le 19 septembre sur le site Mizzima du silence d’Aung San Suu Kyi. De nouvelles violences ont éclaté fin octobre, faisant dans la semaine du 21 au 27, 84 morts, 129 blessés, 22 000 sans abri, réfugiés dans des camps de fortune après l'incendie de leur maison[19]. Plus de deux cents personnes ont été tuées en 2012 et et environ cent mille sont regroupées dans des camps aux alentours de Sittwe, la capitale de l'Arakan [20] .

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Jonassohn et Björnson 1998, p. 262
  2. Aye Chan 2005, p. 397
  3. Birmanie : violences et apartheid contre les Rohingya - article du Ceri de novembre 2012.
  4. Bruno Philip, Ethnic violence mars transition to democracy for Rohingya in Burma, sur The Guardian, le 26 juin 2012. Consulté le 30 juin 2012.
  5. a et b Bruno Philip, L’interminable persécution des Rohingya, sur Le Temps, vendredi 22 juin 2012. Consulté le 28 juin 2012.
  6. 1942 Rohingya Massacre in Arakan, sur kaladanpress.org. Consulté le 28 juin 2012.
  7. Urgent: Updates from Rakhine State of Burma. Consulté le 28 juin 2012.
  8. a et b Jonassohn et Björnson 1998, p. 263
  9. a et b Van Hear 1998, p. 94
  10. Les Rohingya, exclus de la démocratie en Birmanie? Mediapart 3-10-12. Consulté le 5-10-12.
  11. La Birmanie martyrise sa minorité musulmane, Le Figaro, 11 juin 2012.
  12. a et b Laurent Filippi, Les Rohingya de Birmanie, une ethnie opprimée, sur francetv.fr. Consulté le 29 juin 2012.
  13. [1] Le Figaro, 6 août 2012.Consulté le 6 août 2012
  14. Bruno Philip, The Most Persecuted Minority In The World: The "Gypsies" Of Burma (La minorité la plus persécutée du monde : les « gitans » de la Birmanie), sur Le Monde/Worldcrunch.com (article du 22 juin 2012). Consulté le 29 juin 2012.
  15. [2] Consulté le 24 juillet 2012.
  16. Birmanie : les Rohingya placent leurs espoirs en Aung San Suu Kyi, sur rfi.fr. Consulté le 29 juin 2012.
  17. 12-07-2012 Birmanie: des camps de réfugiés ou l'expulsion pour la minorité des Rohingya. Consulté le 24 juillet 2012
  18. 19 juillet 2012 Myanmar : les violences dont sont victimes les Rohingya minent les avancées en matière de droits fondamentaux [3]. Consulté le 24 juillet 2012.
  19. Le Monde. Consulté le 26 octobre 2012.
  20. Le Monde 4.01.17 [4]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]