Histoire de l'espéranto

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne l'histoire de l'espéranto en tant que langue, de sa création en 1887 à aujourd'hui. Pour une histoire du mouvement et des tentatives de création d'État espérantophone, voir Espérantie.
Extension actuelle de l’espéranto dans le monde

L’espéranto est une langue internationale globalement agglutinante utilisée comme langue véhiculaire par des personnes provenant d’au moins 120 pays à travers le monde ; certains locuteurs nomment « Espérantie » la zone linguistique formée des lieux géographiques où ils se trouvent. L’Académie d'espéranto contrôle entre autres l'introduction de mots découlant d'inventions ou de notions nouvelles.

Dans une brochure publiée en 1887, la langue qui deviendra l'espéranto apparaît pour la première fois sous le nom de Lingvo Internacia (« Langue internationale »). Son auteur, Ludwik Lejzer Zamenhof, avait le projet de faciliter la communication entre personnes de langues différentes à travers le monde entier. Dans cette première publication, Zamenhof avait utilisé le pseudonyme de Doktoro Esperanto (« Docteur Espérant », « Docteur qui espère »), d'où le nom sous lequel la langue s'est popularisée par la suite.

Après une vingtaine d’années d’évolutions, la langue est fixée par le Fundamento de Esperanto en 1905, et a vu se développer au cours du XXe siècle des propositions de réformes qui ont abouti à la création d’autres langues, telles l'ido ou le mondlango. Quelques idées ont été toutefois reprises dans l’espéranto. Ces propositions de réforme de ont été ou sont encore généralement suggérées par les locuteurs eux-mêmes, qui désirent corriger ce qu’ils considèrent comme des imperfections de la langue ou des entraves à sa diffusion. Ces diverses propositions partent donc généralement d’un sentiment d’attachement à la langue elle-même.

L'espéranto est maintenant devenu une langue vivante, dotée d’une littérature qui deviendrait inaccessible si des réformes trop importantes étaient introduites trop rapidement. Ceci n'est pas contradictoire avec le fait que, comme les autres langues vivantes, l'espéranto continue d’évoluer sous l'impulsion de ses utilisateurs.

Avant 1887 – Prémices[modifier | modifier le code]

Lingwe Uniwersala[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Pra-Esperanto et Ludwik Lejzer Zamenhof.
Photographie de Ludwik Lejzer Zamenhof à l'âge de 20 ans (1879)

En 1878, Ludwik Lejzer Zamenhof ébauche à l'âge de 19 ans un premier projet de Lingwe Uniwersala. Cet essai est la réponse d'un jeune homme sensible face à un contexte linguistique politique et social extrêmement tendu dans lequel se trouve la Pologne à cette époque, et en particulier sa ville Białystok, partagée par des Polonais, des Allemands, des Russes et des Juifs qui s'y côtoient sans même se comprendre. Cette première ébauche sera détruite par son père, craignant que lors des voyages d'études de son fils en Russie, il soit pris pour un espion.

À l'heure actuelle, seulement quatre lignes de l'étape Lingwe uniwersala, de l'année 1878, nous restent. Il s'agit d'un morceau de chanson que composa Zamenhof :

    Malamikete de las nacjes,      Inimitié des nations,
    Kadó, Kadó, jam temp' está; Tombe, tombe, maintenant c'est le moment ;
    La tot' homoze in familje Toute l'humanité, en une famille
    Konunigare so debá. Doit s'unir.

En espéranto moderne, ce serait :

Malamikeco de la nacioj,
Falu, falu, jam temp' estas;
La tuta homar' en familion
Kununuigi sin devas.

Lingvo universala[modifier | modifier le code]

Zamenhof améliore ce premier essai et aboutit à la Lingvo universala en 1881. Suivent ensuite quelques années d’amélioration avant d’aboutir à l’espéranto tel qu’il est connu à la fin de la décennie.

Un exemple de cette deuxième étape de la langue est l'extrait d'une lettre de 1881 :

Ma plej kara miko, kvan ma plekulpa plumo faktidźas tiranno pu to. Mo poté de cen taj brivoj kluri, ke sciigoj de fu-ći specco debé blessi tal fradral kordol…

Espéranto actuel : Mia plej kara amiko, neniam mia senkulpa plumo fariĝus tirano por vi. Mi povas de cent viaj leteroj konkludi, ke sciigoj de tiu ĉi speco devas vundi vian fratan koron…

(Mon cher ami, comment ma plume est-elle devenue un tyran pour toi. De la centaine de tes lettres, je peux conclure que des annonces de ce genre doivent blesser ton cœur fraternel…)

L'alphabet comportait toutes les lettres suivantes :

a á b c ć d dź e é f g h ħ i j k l m n o ó p r s ś t u ŭ v z ź

et les diacritiques ne sont pas encore fixées. En comparaison, les lettres actuelles :

a b c ĉ d e f g ĝ h ĥ i j ĵ k l m n o p r s ŝ t u ŭ v z

1887 – Naissance de l'espéranto[modifier | modifier le code]

Langue Internationale[modifier | modifier le code]

Article principal : Langue Internationale.
Langue Internationale, le premier manuel d'apprentissage publié en 1887 par Ludwik Lejzer Zamenhof, ici en version française

En 1887, à l'âge de 28 ans, Zamenhof présente une nouvelle version de son projet de langue, complètement retravaillé, sous le nom de Langue Internationale, qu’il signe du pseudonyme de Doktoro Esperanto (« Le docteur qui espère », dans la langue internationale). Dans sa préface du premier manuel publié le 26 juillet 1887 dans sa version russe, Zamenhof expose ses principes[1] :

  1. Que la langue soit extrêmement facile, de manière qu’on puisse l’apprendre, comme qui dirait, en passant.
  2. Que chacun qui apprendra cette langue, puisse aussitôt en profiter pour se faire comprendre des personnes de différentes nations, soit qu’elle trouve l’approbation universelle, soit qu’elle ne la trouve pas, c’est à dire, que cette langue puisse servir d’emblée de véritable intermédiaire aux relations internationales.
  3. Trouver les moyens de surmonter l’indifférence de la plupart des hommes, et de forcer les masses à faire usage de la langue présentée, comme d’une langue vivante, mais non pas uniquement à l’aide du dictionnaire.

Sources lexicales[modifier | modifier le code]

Article connexe : Étymologie de l'espéranto.

Les morphèmes grammaticaux doivent beaucoup au latin (participes en -nt- et -t-, nombreux adverbes et prépositions, série des numéraux) et dans une moindre mesure au grec ancien (j du pluriel, n de l'accusatif, conjonction kaj « et »). Une partie est construite a priori sans référence évidente à des langues existantes (le pronom personnel ĝi, le suffixe -uj- dénotant un contenant total…), ou profondément remaniée à partir d'éléments rappelant ceux de langues préexistantes, comme la série des corrélatifs.

Zamenhof a suivi diverses méthodes pour adapter ses sources lexicales à l'espéranto. Le plus grand nombre a été simplement adapté à la phonétique et l'orthographe de la langue :

  • tantôt davantage à partir de la prononciation (ex. trotuaro du français trottoir ; beleco « beauté » de l'italien bellezza ; ŝuo « chaussure » de l'anglais shoe, le néerlandais schoen, et de l'allemand Schuh) ;
  • tantôt à partir de la forme écrite (ex. semajno « semaine », soifi « avoir soif » empruntés au français ; birdo « oiseau », teamo « équipe » empruntés à l'anglais).

Lorsque plusieurs de ses sources comportaient des mots proches par la forme et le sens, Zamenhof a souvent créé un moyen terme. Exemples :

  • ĉefo « chef », cf. français chef / anglais chief ;
  • forgesi « oublier », cf. allemand vergessen / néerlandais vergeten / anglais to forget ;
  • gliti « glisser », cf. français glisser / allemand gleiten / néerlandais glijden / anglais to glide ;
  • lavango « avalanche », cf. français avalanche / italien valanga / allemand Lawine ;
  • najbaro « voisin », cf. allemand Nachbar / néerlandais nabuur / anglais neighbour.

Les radicaux sont parfois davantage altérés que ne le nécessiterait la simple adaptation phonétique ou orthographique[2] :

  • pour éviter d'avoir des radicaux homophones : lafo « lave (volcanique) » car lavi signifie « laver », pordo « porte » car la racine port- appartient déjà au verbe porti qui signifie « porter » ;
  • pour différencier plusieurs sens : pezi « peser (être pesant) » / pesi « peser (mesurer le poids) » du français peser, helico « hélice » / heliko « escargot » du latin helix ;
  • pour éviter des confusions avec des affixes ayant déjà un autre sens en espéranto : mateno « matin » (-in- marquant le sexe féminin), rigardi « regarder » (re- marquant la répétition) ;
  • pour abréger des mots longs : asocio « association », terni « éternuer ».

Fin du XIXe siècle – expansion et dernière réforme[modifier | modifier le code]

L’article Reformprojekto de Zamenhof (eo) présente les dernières propositions de Zamenhof.
La une du premier numéro de La Esperantisto

À Nuremberg paraît en 1889 La Esperantisto, le premier journal en langue internationale. Le cercle des personnes qui se lancent dans son étude s'agrandit. La liste des mille premières adresses paraît la même année avec cinq noms en France, dont celui de Louis de Beaufront. Plus de 60 % des abonnés de La Esperantisto sont russes en 1895.

Au cours de cette période, l’espéranto a été parlé, écrit, utilisé. Sept ans après la publication du « Premier Livre » Langue Internationale, en 1894, Zamenhof propose quelques dernières modifications à apporter à la langue[3], qu’il publie et soumet au vote des lecteurs de la revue La Esperantisto. Entre autres, une orthographe avec moins de diacritiques, les marques de l’accusatif -n et du pluriel -j modifiées, le tableau des corrélatifs supprimé, les pronoms et formes grammaticales, et des changements de vocabulaire, avec des mots souvents plus proches du latin. Texte d’exemple avec le Notre Père :

Espéranto publié en 1887 :

Patro nia kiu estas en la ĉielo,
sankta estu via nomo,
venu reĝeco via,
estu volo via,
kiel en la ĉielo, tiel ankaŭ sur la tero.
Espéranto proposé en février 1894 :
Patro nue kvu esten in cielo,
sankte estan tue nomo,
venan regito tue,
estan volo tue,
kom in cielo, sik anku sur tero.
              Espéranto proposé en mai 1894 :
Patro nose kvu esten in cielo,
sankte estan tue nomo,
venan reksito tue,
estan vulo tue,
kom in cielo, sik anku sur tero.

Néanmoins, ces propositions ont été rejetées à 157 voix sur un total de 264. C’est toutefois sur ces éléments proposés en modification que porteront ensuite la majorité des projets de réforme.

La progression s'accélère ensuite pour la « langue du Docteur Esperanto » que l'on trouve plus simple et sympathique de nommer « Espéranto ». En Suisse, Hélène Giroud est en 1895 la première femme aveugle au monde à l'apprendre puis à l'enseigner. Professeur d'allemand, âgée de 28 ans, Alice Roux est la première femme à l'apprendre en France. Elle le fait découvrir en 1896 à un lycéen de Louhans, Gabriel Chavet qui, dès l'année suivante, y fonde le premier club d'espéranto de France et l'un des six premiers au monde.

Début du XXe siècle – Période française et normalisation[modifier | modifier le code]

Diffusion et Fundamento de Esperanto[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Fundamento de Esperanto.
Les participants au premier congrès mondial d’espéranto. Boulogne-sur-Mer, 1905.

La langue se propage hors d'Europe : Canada en 1901, Algérie, Chili, Japon, Malte, Mexique et Pérou en 1903, Tunisie en 1904, Australie, États-Unis, Guinée, Indochine, Nouvelle-Zélande, Tonkin et Uruguay en 1905, etc.

En 1905, lors du premier Congrès mondial d'espéranto à Boulogne-sur-Mer, 688 participants originaires de 20 pays, démontrent que l'espéranto est parfaitement adapté à la fonction de langue internationale. Le Fundamento de Esperanto est adopté par les participants et fixe l'ensemble des principes intangibles qui garantissent la stabilité et l'évolution de la langue : seize règle de grammaire et un premier dictionnaire.

Le Comité linguistique est créé en 1905, il constitue la première étape vers la fondation de l'Académie d'espéranto, en 1908, au moment où la langue traversa une crise de « réformite » avec la création de l'Ido.

Théophile Cart, dans les colonnes de Lingvo Internacia, est un des défenseurs du Fundamento. Il fut partisan de l'orthodoxie de la langue, et participa aux controverses sur les questions de morphologie et de syntaxe qui agitèrent les cercles espérantistes au début du siècle, ainsi qu'aux polémiques qui mirent alors en péril l'unité de la collectivité espérantophone.

Propositions de réformes et création de l’ido[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Ido et Évolution de l'espéranto.
Le drapeau de l’ido

Peu de temps avant le 1er congrès mondial d’espéranto, en 1901, une délégation pour l'adoption d'une langue auxiliaire internationale est chargée de proposer une langue aux instances dirigeantes. Un comité de travail réuni en 1907 étudie les projets de langue actuels : l’espéranto et l’idiom neutral. La délégation propose d’accepter l’espéranto, mais avec des réformes, qui aboutissent à la création de l’ido par Louis Couturat et Louis de Beaufront. Les premiers manuels et dictionnaires d’ido sont édités en 1910. D’autres projets sont également sur la même logique : l’italico en 1909, le latin-ido, etc.

Les principales modifications de l’ido qui le distinguent de l’espéranto sont une suppression des six lettres à diacritiques (ĉ, ĝ, ĥ, ĵ, ŝ, ŭ) et introduction des lettres q, w, x, y inexistantes en espéranto, une suppression de la marque -n du COD et de l’accord de l’adjectif, modification des terminaisons (pluriel, conjugaison), ainsi qu’un changement de formation des mots et de racines. Les tabelvortoj sont notamment tous modifiés pour des mots crées à partir de bases latines.

Ainsi, alors que l’objectif de l’ido est d’obtenir une langue internationale, donc mondiale, les espérantophones critiquèrent l’ido pour son retour à davantage de racines latines, donc européennes. De fait, l’espéranto a continué à être la langue internationale la plus utilisée malgré un certain schisme aux débuts de l’ido. D’ultérieures propositions de réforme de l’ido jusque dans les années 1950 n’ont pu lui faire trouver sa place. Au début des années 2010, l'ido ne compte plus que quelques dizaines de locuteurs actifs, et la langue est devenu un sujet d'étude en interlinguistique. L’ido, comme les autres projets de réforme qui seront proposés par la suite, témoigne de la vigueur de l’espéranto, qui a su intégrer certaines propositions suite à approbation par l’Académie d'espéranto. Parmi elles, on trouve entre autres les suffixes -end (à faire) et -iv (empli de), le préfixe mis- (action ratée), le remplacement du suffixe -uj dans la plupart de ses utilisations, etc.

Théophile Cart en 1907

Théophile Cart, écrivain français espérantophone, fervent défenseur de l’orthodoxie, expliqua parfaitement dans ses écrits de 1905 à 1927 (Vortoj) les risques de réformes successives :

  • Le risque de schisme entre conservateurs et réformistes ;
  • Le risque de chercher en vain une « langue parfaite », parfaitement consensuelle (alors qu’un certain nombre de choix linguistiques sont forcément arbitraires), au détriment de son utilisation ;
  • Le risque de dérouter les nouveaux apprenants qui ont besoin d’affirmation que la langue existe bel et bien sous une forme stable ;
  • La nécessité néanmoins d’une possibilité pour l’espéranto d’une évolution naturelle liée à l’utilisation de celle-ci.

1914–1945 – Période des deux guerres mondiales[modifier | modifier le code]

En 1913 à Bern a lieu le dernier congrès mondial d'espéranto d’avant-guerres. Ils reprendront en 1920 après un « petit » congrès aux États-Unis en 1915.

L’époque de la Première Guerre mondiale marque un coup d’arrêt pour l’espéranto, avec de nombreux espérantophones qui meurent au front, tandis que décède Zamenhof en 1917. Toutefois, la langue est maintenue par l’association mondiale d’espéranto qui s’interroge depuis Genève sur les espérantophones présents parmi les prisonniers et par la YMCA et la Croix-Rouge qui diffusent des brochures d’espéranto. De son côté, en 1919, René de Saussure tente une nouvelle réforme de l’espéranto, l’Esperantido. Il continuera à proposer d’autres réformes, souvent orthographiques : Antido en 1920, lingvo kosmopolita, lingvo internatsia de antido, Nov-Esperanto en 1925, Esperanto 2.

Concernant les reconnaissances à l’international, le gouvernement français s'oppose à une proposition visant son inscription parmi les langues admises dans toutes les écoles du monde, déposée au siège de la Société des Nations en décembre 1921 par onze pays parmi lesquels l'Inde, la République de Chine, la Perse et l'Afrique du Sud.

À Cassel, en 1923, se tient sous la présidence d'honneur d'Albert Einstein le IIIe congrès de l'Association mondiale anationale. Quarante-deux savants de l'Académie des sciences émettent la même année un vœu en faveur de son enseignement en tant que « chef d'œuvre de logique et de simplicité ».

Dès 1922, son enseignement est dispensé en Allemagne à 20 000 élèves par 630 enseignants. L’enseignement en France est tantôt accepté, tantôt refusé, au gré des gouvernements se succédant. En 1938, le ministre de l'Instruction publique Jean Zay estime souhaitable d'en faciliter l'étude. Son enseignement est admis dans le cadre des activités socio-éducatives par une circulaire ministérielle du , dont le texte est toujours valide.

Le linguiste anglais Edward Thorndike constate au début des années 1930 que l'espéranto est aussi répandu que l'allemand en Union soviétique. Il est la principale activité culturelle de Laponie, sur la ligne ferroviaire de Luleå à Narvik. À cette époque apparait le premier dictionnaire unilingue en espéranto qui fait référence, le Plena Vortaro, élaboré sous la direction de Émile Grosjean-Maupin et édité par l’association mondiale anationale.

La Seconde Guerre mondiale a des effets nettement plus importants que la première sur la collectivité espérantophone : Pour Hitler, l'espéranto est une langue représentant la conspiration juive et la franc-maçonnerie [4] ; pour Staline, il est lié au cosmopolitisme bourgeois. Au Japon, en Chine, en Espagne, au Portugal, les régimes au pouvoir pratiquent à son égard une politique moins violente, mais qui va dans le même sens. La guerre froide entrave ensuite les échanges, et l'anglais s'impose peu à peu comme langue internationale.

Seconde moitié du XXe siècle[modifier | modifier le code]

Dictionnaire[modifier | modifier le code]

Gaston Waringhien, directeur du PIV

Le Plena Vortaro est largement étendu et publié en 1970 sous le nom de Plena Ilustrita Vortaro (PIV), fruit de la collaboration entre espérantophones et linguistes, coordonnés sous la direction de Gaston Waringhien. Suivent plusieurs rééditions jusqu’en 1987. Il contient au total un index de 15 200 mots, pour 39 400 éléments lexicaux.

Participes -ata et -ita[modifier | modifier le code]

La différence entre les participes -ata et -ita est nettement indiquée dès le Fundamento : au § 25 de l'Ekzercaro on peut lire : « Kiam via domo estis konstruata, mia domo estis jam longe konstruita ; quand votre maison était en construction, ma maison était déjà construite depuis longtemps. » Dans ces conditions le -a- ne marque pas le présent mais l'inachèvement, comme l'imparfait français.

Cependant, après la Première Guerre mondiale et la mort de Zamenhof, une nouvelle tendance se développa dans les pays de langue germanique ; celle de voir dans cette lettre « a » la marque effective du présent. « Riparata veturilo » ne signifiait plus « voiture en réparation », mais « voiture actuellement réparée, et donc en état de marche ». On voit la confusion qui pouvait en résulter et pendant une quarantaine d'années les espérantophones se divisèrent en atistes et itistes (du moins ceux qui s'intéressaient à la question).

Seulement, si les premiers comptaient dans leurs rangs un grand nombre de théoriciens, l'immense majorité des auteurs, et surtout ceux qui étaient beaucoup lus, étaient itistes sans état d'âme. La partie n'était donc pas égale. Dans les années soixante Gaston Waringhien décida de faire trancher la question par l'Académie qu'il présidait ; les atistes réussirent d'abord à retarder la décision par des astuces de procédure, mais de nouvelles élections à l'Académie donnèrent à leur adversaire une majorité trop forte.

La question qui fut posée était celle-ci : si l'on voit cet engagement, « Ni garantias, ke la domoj detruitaj dum la milito estos rekonstruataj post du jaroj » (Nous garantissons que les maisons détruites pendant la guerre seront reconstruites dans un délai de deux ans), l'engagement sera-t-il tenu si la reconstruction a seulement déjà commencé ou faudra-t-il que les maisons soient achevées ? À la majorité l'Académie adopta le premier point de vue.

Espéranto et domaines spécialisés[modifier | modifier le code]

En 1987 est créé le centre de terminologie d’espéranto (CTE), dont les objectifs sont d’améliorer et d’unifier les travaux terminologiques en suivant la normalisation terminologique à l’international. Ce centre publie et révise des normes et organise également des débats internationaux relatifs à la terminologie. Ainsi, l’espéranto est représenté au sein des organismes tant nationaux qu'internationaux actifs dans le domaine de la terminologie par la collaboration du CTE, notamment avec Infoterm, le pendant du CTE au sein de l'Unesco.

De fait, le développement de l’informatique et des sciences s’appuyant sur ce nouvel outil aboutit à la création et l’adoption de mots techniques nouveaux par un processus identique aux autres langues officielles d’états. Les associations spécialisées d'espéranto (eo) se développent également en fin du XXe siècle dans les domaines politiques, religieux, scientifiques, du travail, des occupations et styles de vie. La capacité de la langue comme outil de communication, parfois vu comme trop simpliste ou peu adapté à la discussion spécialisé, n’est alors plus contestée.

Des projets de réforme continuent toutefois d’être proposés. Par exemple, en 1996 : l’Esperanto sen fleksio où Richard Harrison, éditeur d’une revue américaine sur les langues construites, propose de supprimer l’accusatif, mais aussi la marque du pluriel, les déclinaisons. Il souhaite que les verbes restent à l’infinitif (le temps étant précisé par le contexte ou des adverbes). Cecii témoigne de la volonté de rapprocher la grammaire de l’espéranto de certaines langues asiatiques.

Début du XXIe siècle – Internet et nouvelle période d'expansion[modifier | modifier le code]

lernu! premier site internet d'apprentissage de l'espéranto.

L'espéranto fait son apparition sur les réseaux sociaux généralistes et spécialisés permettant aux espérantophones et aux apprenants d'échanger avec des correspondants par messagerie électronique, listes de diffusion, VOIP et autres sites Internet.

En 2001, la version espérantophone de Wikipédia est lancée, et compte plus de 215 000 articles au 26/05/2015. Elle est devenue un des sites Internet espérantophones les plus populaires. En 2002, lernu! premier site internet d'apprentissage de l'espéranto voit le jour ; il sera suivi par plusieurs autres permettant à plusieurs millions de personnes d'apprendre l'espéranto gratuitement en ligne ; à partir de 2007, une rencontre annuelle dédiée aux apprenants d'espéranto par Internet est créée : Somera Esperanto-Studado (SES). Dans le but de faciliter son emploi sur l’Internet, le chinois He Yafu propose d’ailleurs de rapprocher l’espéranto de l’anglais et invente une réforme en 2002, le Mondlango, qui emploie notamment les 26 lettres de l’alphabet latin.

Depuis 2008, l'institut hongrois de langues étrangères ELTE-ITK propose des examens d'espéranto conformes au cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) pour les niveaux B1, B2 et C1, donnant lieu à délivrance d'un certificat reconnu dans les États membres de l'Union européenne. Par ailleurs, les démarches se poursuivent pour faire admettre l'espéranto comme langue à part entière dans l'enseignement, et auprès des organisations internationales pour son adoption comme langue internationale. La Hongrie propose une épreuve d'espéranto au niveau du baccalauréat.

En 2016, Espéranto-France a lancé une préparation à une future épreuve écrite d'espéranto comme langue facultative au baccalauréat et propose aux lycéens intéressés de passer un bac blanc d'espéranto. Le premier examen blanc de ce type a eu lieu le samedi 4 juin 2016[5],[6] ; cependant la date d’introduction de l'espéranto dans la liste des langues facultatives au baccalauréat dépend d’une décision du ministère de l’Éducation nationale. Le 12 avril 2017, la directrice générale de l’enseignement scolaire précise par une lettre[7] qu’« il est tout à fait possible d’entreprendre, dans les établissements où l’enseignement de l’espéranto pourrait se développer, une démarche expérimentale à l’échelle locale ».

Évolution de la graphie[modifier | modifier le code]

Écriture et prononciation[modifier | modifier le code]

Peu de réformes orthographiques ont eu lieu en espéranto au niveau de l’alphabet. On remarque cependant que la lettre ĥ, très peu utilisée, a souvent laissé sa place à la lettre k dans des mots comme meĥanismo ou teĥniko. Dans de rares cas, elle a été remplacée par une autre lettre, comme ĤinujoĈinujo (Chine). Ce changement n’est pas systématique : ĉeĥo signifie toujours « un tchèque » (habitant) et ĉeko « un chèque » (de banque).

Concernant la prononciation, comme l’espéranto est une langue auxiliaire internationale, il parlé en tant que deuxième langue par des personnes de langues maternelles différentes. La plupart des phonèmes sont donc réalisés légèrement différemment par différentes personnes. Par exemple, /r/ peut être prononcé [r] (comme en russe), [ɾ] (comme en espagnol) ou [ʁ] (comme en français standard), et cela dès les débuts de la langue. Les voyelles sont à prononcer fermées mais on rencontre fréquemment celles-ci davantage ouvertes, notamment en fin de mot. Il n’y a pas à proprement parler de diphtongue en espéranto, mais on remarque toutefois leur apparition dans certains mots comme bieno (/bieno/ prononcé /bijeno/) ou miliono (/miliono/ prononcé /miljono/)[8]. De même, une assimilation par dévoisement (subtaso prononcé /suptaso/) ou par nasalisation (banko prononcé /baŋko/) a parfois lieu, et est tolérée car elle ne prête généralement pas à confusion.

Diacritiques[modifier | modifier le code]

Système H depuis 1905[modifier | modifier le code]

Extrait du Fundamento de Esperanto préconisant la « méthode h »

Les lettres accentuées posant un souci d’écriture pour certains imprimeurs aux premiers temps de la langue, Zamenhof préconisait dans le Fundamento de Esperanto (adopté lors du Premier congrès mondial d'espéranto en 1905 à Boulogne-sur-Mer) dans ce cas de remplacer les lettres avec accent par les lettres correspondantes sans accent suivies de la lettre h, sauf pour le ŭ, qui est remplacé par un u simple :

  • serĉi (chercher) → serchi,
  • manĝi (manger) → manghi,
  • ĥirurgio (chirurgie) → hhirurgio,
  • ĵurnalo (journal) → jhurnalo,
  • ŝuo (chaussure) → shuo,
  • malgraŭ (malgré) → malgrau.

Système X de 1960 à 1990[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960, à l'époque du code ASCII ont été créées diverses autres méthodes, dont la plus populaire était la méthode X, qui consistait à remplacer les lettres avec accent par les lettres correspondantes sans accent suivies de la lettre x, et on l'utilisait également après le u pour noter le ŭ :

  • serĉi → sercxi,
  • manĝi → mangxi,
  • ĥirurgio → hxirurgio,
  • ĵurnalo → jxurnalo,
  • ŝuo → sxuo,
  • malgraŭ → malgraux.

La lettre x n’est pas utilisée en espéranto ; par cette méthode il est donc possible d'utiliser des convertisseurs automatiques efficaces à plus de 99 %, alors que le système h bute sur des mots comme flughaveno (flug-haveno, « aéroport »), longhara (long-hara, « aux cheveux longs »), dishaki (dis-haki, « hacher menu »), chashundo (ĉas-hundo, « chien de chasse »), etc., où le h est une lettre à part entière et non le substitut d'accent de la lettre qui le précède. Le système X avait aussi l'avantage de permettre le tri alphabétique : ŝelo (« coquille ») vient après sola (« seul »), ce qui est respecté avec le système X (sxelo) mais pas le système H (shelo).

Les opposants à ce système lui reprochaient son manque d'élégance (par exemple, le mot sxangxigxi, « se changer », traditionnellement écrit ŝanĝiĝi, comporte trois X), et soulignaient que l’on n’a que très rarement besoin de trier des données par ordre alphabétique ou de convertir automatiquement les lettres accentuées d’un texte[9]. De même, la conversion n’est pas parfaite pour des mots étrangers tels que Linux ou Auxerre, remplacés par Linŭ et Aŭerre.

Unicode depuis 1991[modifier | modifier le code]

UTF-8, qui gère les caractères accentués de l’espéranto, est présent en majorité sur Internet depuis 2008

Depuis l’apparition de l’Unicode en 1991 et de formats dérivés tels que l’UTF-8 en 1992, les deux systèmes de substitution précédents sont en net recul car les systèmes informatiques actuels permettent de gérer les caractères ĉ, ĝ, ĥ, ĵ, ŝ et ŭ, nativement sous certaines distributions Linux, ou avec un programme annexe[10] pour d'autres systèmes.

Agglutinement ou néologismes ?[modifier | modifier le code]

Article connexe : Vocabulaire de l'espéranto.

L’espéranto emprunte certains traits des langues agglutinantes, comme la possibilité de combiner une racine avec plusieurs affixes (par exemple exemple mal/parol/em/ul/o, un taiseux, « quelqu’un qui n’a pas tendance à parler »), ou d’avoir dans son vocabulaire des mots composés formés de plusieurs racines assemblées (exemple post/tag/mezo, l’après-midi, « l’après milieu du jour »).

Au cours du XXe siècle siècle, certains auteurs ont introduit de nouvelles racines, notamment lors de traductions d’ouvrages comme Le Seigneur des Anneaux vers La Mastro de l’ Ringoj par William Auld par souci de respecter le nombre de racines lexicales de l’anglais originel, la chanson ou la poésie pour le nombre de syllabes par vers, ou simplement par envie de faire grandir le vocabulaire, comme l’a mentionné à plusieurs reprises le poète Jorge Camacho.

Cette tendance a été fortement critiquée par certains espérantophones dont la langue natale est agglutinante, comme des sinophones, ainsi que par certains linguistes et professionnels de la langue : le traducteur et interprète Claude Piron va d’ailleurs jusqu’à critiquer le recours inutile aux néologismes empruntés aux langues européennes. Dans son livre intitulé La Bona Lingvo (eo), il soutient que l’espéranto est facile parce que sa structure se rapproche de celle de la pensée grâce à son principe agglutinant qui permet de s'exprimer en associant d'une manière créative des morphèmes selon un schéma qui est très proche de celui de la pensée.

De fait, il est assez fréquent que les deux pratiques se heurtent ; les critiques de livres prennent en compte cet état de fait à leur parution, et il n’est pas rare de constater des discussions tranchées sur le sujet entre espérantophone, au même titre que celles qui ont lieu en français concernant les réformes de l’orthographe

Noms de pays[modifier | modifier le code]

Pri Landnomoj, de Théophile Cart, fait le bilan des deux catégories de noms de pays et prend le parti de ne pas utiliser -io.

Originellement, Zamenhof propose deux catégories de noms de pays : ceux découlant d’une ethnie, à laquelle on ajoute -ujo (exemples franco → Francujo, italo → Italujo, ĉino → Ĉinujo) et ceux qui relèvent d’une existence géographie qui a donné lieu à un peuple (exemples Brazilo → brazilano, Irano → iranano, Aŭstralio → aŭstraliano).

Par neutralité et par souci d’homogénie, les noms de pays du premier groupe ont été écrits en 1922 avec la finale -io, notamment dans certains numéros de la revue Esperanto de l’association mondiale d’espéranto. Ainsi : Francio, Italio, Ĉinio. On perd toutefois ainsi la possibilité de savoir si un pays appartient à l’un des deux groupes de formation : dit-on ĉilo ou ĉiliano, pour le Chili (Ĉilio) ?

L’Académie d’espéranto a tenté de trancher sur le sujet en 1908 (désaccord), 1974 (accord), 1985, 1989 et 2003, mais les deux pratiques subsistent, et certains écrivains ont même publié des essais sur le sujet, par exemple Rusoj loĝas en Rusujo (eo) d’Anna Löwenstein, en 2007, ou Pri Landnomoj de Théophile Cart dès 1927.

Une troisième voie est suivie par d’autres espérantophones, en systématisant le suffixe -lando à tous les noms de pays : Ĉinlando, Brazillando, etc.

Réforme des genres – Iĉisme et riisme[modifier | modifier le code]

Depuis la fin des années 1990, quelques espérantophones aimeraient une stricte égalité des formes masculine et féminine de la langue. Plusieurs propositions ont été formulées, mais elles demeurent peu connues et encore plus rarement utilisées.

Iĉisme[modifier | modifier le code]

L’iĉisme consiste à utiliser le suffixe -iĉ- (cf. PMEG §39.1.13)[11] en remplacement du préfixe vir- pour marquer le masculin, sur le modèle du suffixe -in- marquant le féminin, par exemple ŝafiĉo au lieu de virŝafo pour un bélier, ŝafino et ŝafo restant échangés pour une brebis et un mouton.

En espéranto, si la majorité des racines a une signification neutre (cf. PMEG §4.3), comme pour les animaux, les professions, et de façon générale les mots terminés par un suffixe (-an-, -ul-, -ist-, -ant-…), un petit nombre a un sens masculin (patro, frato…) et un nombre encore plus restreint a un sens féminin (damo…). Les plus ardents promoteurs de l’iĉisme militent également pour que les quelques racines sémantiquement masculines et plus rarement féminines soient utilisées de façon neutre, par exemple : patro pour parent, patriĉo pour père, patrino pour mère.

Riisme[modifier | modifier le code]

Le riisme propose d’introduire en plus des modifications de l’iĉisme, le pronom ri pour la 3e personne en remplacement des pronoms li et ŝi (il et elle)[12]. D’autres locuteurs préfèrent l’utilisation de la contraction ŝli.

Il est à noter qu'un tel système fonctionne avec d'autres langues comme le chinois ou les langues ouraliennes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Langue internationale : préface et manuel complet, Dr. Esperanto, Varsovie, 1887, p. 8-9
  2. Pierre Janton, L’Espéranto, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , 4e éd. (ISBN 978-2-13-042569-4)
  3. (eo) Christer Kɪsᴇʟᴍᴀɴ, « Esperanto: komenco, aktualo kaj estonteco » PDF, p. 45–107. UEA : Rotterdam, 2010. ISBN 978-92-9017-115-7
  4. « Tant que le Juif n’est pas devenu le maître des autres peuples, il faut que, bon gré mal gré, il parle leur langue ; mais sitôt que ceux-ci seraient ses esclaves, ils devraient tous apprendre une langue universelle (l’esperanto, par exemple), pour que, par ce moyen, la juiverie puisse les dominer plus facilement. », Adolf Hitler, Mein Kampf, tome 1, p. 540.
  5. «Des lycéens à l’épreuve de l’espéranto », article du 14 juin 2016 publié dans le Journal de la Haute-Marne.
  6. « Bac blanc d’espéranto », article du 2 mars 2016 sur le site Internet Esperanto.Paris
  7. « Une réponse du ministère », article en page d’accueil du site esperanto-au-bac.fr
  8. (eo) Bertil Wennergren, « Bazaj elparolaj reguloj », sur Plena Manlibro de Esperanta Gramatiko,
  9. (eo) « Pri la x-metodo » (consulté le 18 novembre 2012)
  10. (eo) Amiketo, logiciel pour taper les lettres accentuées de l’espéranto, pour Windows, Mac OS et Linux
  11. http://bertilow.com/pmeg/
  12. Elizabeth Lɪᴛᴛʟᴇ, « Riismo, la langue qu’on appelait autrefois espéranto », in Confessions d’une fanatique des langues, Payot et Rivages, 2009. ISBN 2228904139

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (eo) Ulrich Lins, La Danĝera Lingvo, 1973. (ISBN 5010031361)
  • François Lo Jacomo (eo) (dir. [[André Martinet]), Liberté ou autorité dans l'évolution de l’espéranto, université de Paris V (thèse de 3e cycle en Linguistique), Paris, 1981, 384 pages, thèse publiée par l’auteur.
  • (eo) Petro Stojan, Deveno kaj Vivo de la lingvo Esperanto, Institut espéranto de Flandres, 1953.
  • (eo) Gaston Waringhien, Lingvo kaj Vivo: Esperantologiaj Eseoj, Stafeto, 1959.

Liens externes[modifier | modifier le code]