Histoire de l'Union nationale des étudiants de France

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L'histoire de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) se confond avec celles des autres organisations étudiantes, qui en dehors de l'Union nationale inter-universitaire (UNI) et de la CNT, en sont toutes issues, à l'époque de la « grande UNEF » (voir histoire du mouvement étudiant).

1907-1945 : période apolitique et asyndicale[modifier | modifier le code]

1907-1940 : Les débuts du mouvement étudiant[modifier | modifier le code]

L'UNEF est constituée le lors d'un rassemblement des Association générale des étudiants à Lille, afin de constituer une structure nationale qui prend le nom d'Union nationale des associations générales d'étudiants de France (UNAGEF)[1],[2]. Les premières associations locales recensées sont Nancy (1877), Lille (1881), Paris (1884), Caen (1884) et Montpellier (1889). Sont présentes en 1907 les AGE de Lille, Dijon, Lyon et Bordeaux. Paris rejoindra l'UNEF en 1909. La structure est associative (loi de 1901), car les étudiants ne peuvent juridiquement utiliser le droit syndical (loi de 1884), réservé aux salariés.

Le premier bureau (1907) est constitué ainsi :

Poste Nom Ville
Président Debruelle Lille
Vice-président Salsedo Bordeaux
Vice-président Chaumont Dijon
Secrétaire Gosselin Caen
Trésorier Lorentz Nancy

Cette structuration nationale découle d'une volonté des étudiants d'être représentés dans les organes de décision locaux et nationaux, ainsi que de rechercher une plus grande indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques locaux (Mairie, Départements, Rectorat).

Dès ses débuts, elle veut exprimer la voix des étudiants, sans la médiation des recteurs, doyens et directeurs d'école. Mais il faut attendre le lendemain de la Première Guerre mondiale, et le retour sur les bancs de l'Université des anciens combattants pour qu'elle se lance dans la mise en place d'actions concrètes de solidarité. Elle défend les intérêts des étudiants, et incite la création des structures de médecine préventive au sein des universités, ou encore des restaurants universitaires (RU).

Son dynamisme lui vaut la reconnaissance de la part du président Gaston Doumergue, qui la déclare d'utilité publique par décret du .

En 1933, elle ouvre le Sanatorium des étudiants de France à Saint-Hilaire-du-Touvet afin de prendre en charge les étudiants malade de la tuberculose qui fait des ravages à cette époque.

En 1936, elle participe à la création du Comité supérieur des œuvres en faveur des étudiants, ancêtre du CNOUS et des CROUS. Désormais, elle représente officiellement les étudiants au sein d'une instance nationale.

1940-1945 : l'UNEF pendant l'occupation[modifier | modifier le code]

En avril 1941, lors d'une réunion à Tain-l'Hermitage, des représentants d'AGE de la Zone libre et d'Alger adressent un message de soutien au Maréchal Pétain et à sa politique et adoptent parmi d'autres, un vœu en faveur d'un numerus clausus pour les étudiants juifs, mais aussi un vœu de soutien envers les étudiants réfugiés et déplacés[3].

1946-1971 : Syndicalisation et politisation progressive[modifier | modifier le code]

1946-1950 : le tournant syndical, la Charte de Grenoble[modifier | modifier le code]

À la suite de la Seconde Guerre mondiale, le débat sur l'apolitisme refait surface. En effet, certaines AGE n'avaient pas pris position contre l'occupation et contre le gouvernement de Pétain au nom de cet apolitisme de l'UNEF. Le congrès de Grenoble donne alors lieu a une réflexion sur l'avenir de la structure et sur ses valeurs. Il en ressort la rédaction d'une charte — appelée Charte de Grenoble — signée le . Elle se base sur le contexte mondial de l'époque pour y faire figurer ses idées. La clé de voûte de la charte tient dans l'article 1 : « L'étudiant est un jeune travailleur intellectuel ». Cela lui apporte un certain nombre de droits, mais aussi de devoirs : le droit au travail, le devoir de s'intégrer à la société, celui d'acquérir les connaissances requises pour son avenir professionnel, la défense de la liberté, le droit à une sécurité sociale étudiante, etc. Cette charte marque le début de l'UNEF en tant que syndicat étudiant, elle reste à ce jour la base des revendications de l'UNEF.

En juin 1947, le syndicat se fait entendre dans la rue à la suite de l'annonce par le gouvernement de la baisse des bourses et de la hausse des droits universitaires.

La MNEF (Mutuelle nationale des étudiants de France) est créée en 1948 pour gérer le régime étudiant de sécurité sociale qui vient d'être obtenue grâce au travail de pression de l'UNEF. Elle marque l'entrée des étudiants dans le système de la sécurité sociale, ce que revendique la charte de Grenoble. La mutuelle est gérée par les étudiants, et notamment ceux appartenant à l'UNEF.

Cette période d'après-guerre est celle de la reconnaissance pour l'UNEF : hébergée dans les locaux du Comité parisien des œuvres, elle entretient de bonnes relations avec les dirigeants de l'État et des universités[4].

1950-1970 : la Guerre d'Algérie et les premières scissions[modifier | modifier le code]

Dans les années 1950, l'UNEF regroupe près de la moitié des étudiants mais est divisé entre deux grandes tendances : corporatisme et syndicalisme. Les AGE corporatistes sont majoritaires et les AGE syndicalistes plus politisées sont minoritaires. La guerre d'Algérie envenime cet antagonisme[5], Les « majos » corporatistes se disent apolitiques mais regroupent parmi eux des défenseurs de l'Algérie française, tel Jean-Marie Le Pen, président d'honneur de la Corpo Droit[6],[7]. À l'opposé, les « minos », passent de la question du service militaire des étudiants au combat anticolonialiste. François Borella, qui collabore à Témoignage chrétien est élu en octobre 1955 au bureau puis démissionne pour faciliter la création du premier bureau réunissant « mino et majo »[8]. La "mino" a 4 sièges sur 10, et Michel de La Fournière est son premier militant élu président de l'UNEF, au printemps 1956[8],[9]. Au même moment, en mai 1956, l’UGEMA, organisation étudiante du nationalisme algérien, lance son « appel au maquis » tandis que l’UNEF condamne tout appel à la violence[10], puis le 5 juillet 1956, les deux organisations déclarent en commun qu'elles "ne peuvent rester indifférentes devant le drame algérien qui déchire aujourd’hui toutes les consciences libres". Les réactions étudiantes "traduisent avec netteté les divisions profondes qu’a causées le drame algérien dans l’opinion des jeunes métropolitains", observe un article du quotidien Le Monde du 1er juin 1956. Trois dirigeants de l'UNEF, François Borella, Robert Chapuis et Michel de La Fournière, tous trois de la Jeunesse étudiante chrétienne, organisent en juillet 1956 une « Conférence nationale étudiante pour une solution du problème algérien », avec des représentants officieux de l’UGEMA. À l'automne 1956, la Crise du canal de Suez, suite à la nationalisation par l'Égypte le 26 juillet, accroît l'intérêt des étudiants pour les questions de décolonisation[11].

Le conflit au sein de l'UNEF explose lors du 46e congrès, tenu à Paris en avril 1957. La mino fait passer sans grande difficulté deux motions, l’une sur l’affaire de Jacques Peyrega (1917-1988), doyen de la faculté de droit d'Alger, qui vient de relater l'exécution sommaire d'un musulman dont il a été le témoin[12], et l’autre sur la torture, motivée par la « fidélité aux traditions humaines de l’Université »[8]. Mais la "mino" se heurte à une opposition très nette à son projet de lettre ouverte au Président de la République, sur la guerre[13]. Elle accepte d’introduire certaines modifications dans le texte, mais la "majo" demande alors le vote d'une « motion d’apolitisme », rejetée par le congrès, qui adopte au contraire une motion par laquelle l'UNEF tient « pour légitime la revendication des étudiants d'outre-mer de voir leurs peuples s'administrer eux-mêmes et gérer démocratiquement leurs propres affaires ». Immédiatement, 17 associations majos décident de « reconsidérer leur affiliation à l’UNEF » et quittent la salle, puis forment l'éphémère "Mouvement des étudiants de France" (MEF), présidé par Pierre-Marc Lachaud, de l’AGE de Limoges. L'UNEF a élu de son côté président Pierre-Yves Cossé, ex-mino.

Au printemps 1958, le MEF ne peut plus compter que sur 6 AGE, le gouvernement menaçant de supprimer le Centre national des œuvres, créé en 1953, pour forcer le syndicat à se ressouder autour de l'ancienne ligne corporatiste, ce qui se produit le 15 novembre 1958: les 6 AGE réintègrent l’UNEF, après un « Protocole de réconciliation » donnant une définition de l’apolitisme du mouvement. Entre-temps, le 47e Congrès de l'UNEF, tenu le 12 avril 1958 à Marseille, à une époque où le ministre de l'Éducation nationale assiste encore au congrès[14], décide de lancer un journal mensuel, L'Etudiant de France[15],[16]. Peu avant, l'AGE de Lille est passée à gauche, à une voix près[17], et a élu président Jean-Marie Dupont, de l'École supérieure de journalisme de Lille, nouvelle affiliée[17], qui devient vice-président chargé de l'information[13]. L'AGE de Lille devient, dans le Nord, l’un des symboles de la résistance à la poursuite de guerre en Algérie[18], et sa "Maison des étudiants" de la rue de Valmy (Lille) sera victime d’un plastiquage de l’OAS, le 15 janvier 1962[18].

La seconde partie de l’année 1959 voit le gouvernement tenter de supprimer le régime de sursis dont bénéficiaient les étudiants, l’UNEF s'y oppose vigoureusement[10]. Le 49e congrès, organisé à Lyon, du 8 au 13 avril 1960, réclame des négociations avec le FLN sur le cessez-le-feu et l’autodétermination[10]. Le nouveau président, Pierre Gaudez, fait diffuser la brochure Le syndicalisme étudiant et le problème algérien[10]. Le 27 octobre, l'UNEF réunit 10 000 à 15 000 étudiants au quartier latin[19], pour un meeting commun contre la Guerre d'Algérie, avec FO, la CFTC et la FEN, auquel la CGT refuse de se rallier[20].

En 1962, les corporatistes font de nouveau scission pour fonder la Fédération nationale des étudiants de France (FNEF), qui obtient sans attendre une place auprès du gouvernement gaulliste dont elle est idéologiquement proche. C'est la fin de la « grande UNEF ».

À la veille des évènements de Mai 68, l'UNEF est discréditée auprès des étudiants et le gouvernement ne subventionne désormais que presque exclusivement la FNEF, qu'il cherche à favoriser. À Strasbourg, à Nantes ou à Nanterre — sous le sigle : Tendance syndicale révolutionnaire fédéraliste[21], des alliances situationnistes et anarchistes prennent le contrôle des associations générales d'étudiants (AGE). Trotskistes, membres du PSU et autres groupuscules s'affrontent pour le contrôle de l'UNEF. Lorsqu'éclatent les grèves étudiantes de mai 68, l'UNEF n'a plus de président et est dirigée par son vice-président Jacques Sauvageot qui l'engage dans les grèves. Après les grèves de 1968, l'UNEF aura besoin d'un renouveau[22].

1971-2001: les deux UNEF[modifier | modifier le code]

1971-1980 : la scission de 1971[23][modifier | modifier le code]

Après mai 68, dans un milieu étudiant agité par de multiples débats politiques, le syndicalisme étudiant est souvent négligé par les organisations et groupes militants de toutes natures au profit de l'intervention politique directe. Les étudiants proches du PSU deviennent minoritaires au sein de l'UNEF. Ils font alliance avec les maoïstes de l'Humanité Rouge pour constituer un bureau de gestion politique sous la présidence de Jean-Pierre Chassine. Les deux autres tendances sont celles animées par l'AJS (Association de la jeunesse révolutionnaire, trotskistes-lambertistes) et celle animée par l'Union des étudiants communistes (UEC) qui s'appelle UNEF-Renouveau et comprend des étudiants de la Convention des institutions républicaines (CIR, mitterrandiste), mais aussi radicaux et catholiques.

Le 10 janvier 1971, le bureau provisoire démissionne, et les ESU (Étudiants socialistes unifiés, du PSU) quittent l'UNEF. Les deux autres tendances se déchirent alors. Une délégation permanente paritaire se met en place, et la Commission de contrôle de l'UNEF présidée par Michel Sérac (courant "unité syndicale") se charge de préparer le Congrès. Au vu de l'état de division de l'UNEF, les étudiants socialistes (SFIO) fondent la tendance « Unité, indépendance, démocratie » et décident de se retirer du processus.

La participation aux élections (mise en place à la suite de Mai 68) des facultés et donc à leur gestion, fait débat au sein de l'UNEF. Les militants étudiants communistes de la tendance « Renouveau » décident de maintenir leur participation aux élections étudiantes. Ce clivage entre partisans et adversaires de la participation sera le principal motif officiel de la scission de l'UNEF, largement désertée par les étudiants. L'autre question qui va déclencher les hostilités est l'envoi des cartes aux sections locales de l'UNEF, devenus des comités d'action syndicale. L'UNEF-Renouveau estime être spoliée et dénonce un congrès truqué. Elle réunit alors l'ensemble des membres de l'UNEF-Renouveau pour appeler au Congrès de Paris.

Deux congrès sont donc organisés simultanément en 1971. L'un se déroule à Dijon, et rassemble les partisans de l'UNEF-Unité syndicale (soutenus notamment par la CFDT, Force ouvrière et l'Organisation communiste internationaliste, lambertiste). Pour ce groupe, Il s'agit de refuser toute forme de participation au système, tout en préservant l'indépendance de l'organisation vis-à-vis des partis politiques. Ce Congrès ne rassemble que des étudiants de l'AJS, branche jeunesse de l'OCI, et Michel Sérac devient président de l'UNEF-US.

Le deuxième congrès se déroule à Paris, autour de l'UNEF-Renouveau et soutenu par la CGT, le SNESup et le PCF. Il rassemble principalement des étudiants communistes, mitterrandistes et chevènementistes. Il veut limiter l'UNEF à une simple démarche syndicale orientée vers les étudiants, en laissant la perspective de la transformation sociale aux partis politiques, c'est-à-dire principalement au PCF. Guy Konopnicki devient président de l'UNEF-Renouveau.

Désormais, deux UNEF existent simultanément, l'UNEF-Renouveau liée au PCF et l'UNEF-Unité syndicale (UNEF-US), liée à la gauche non communiste (CFDT-FO-PSU et trotskistes lambertistes). Les deux revendiquent une action syndicale et n'hésite pas à prendre position sur des questions politiques, par exemple, contre la guerre du Viêt Nam.

En 1978, le Comité pour l'organisation du syndicat des étudiants de France (COSEF) d’inspiration socialiste rejoint l’UNEF-US. Les nouveaux venus s’organisent alors dans la Tendance reconstruction syndicale.

En 1979, l'UNEF-US prend la direction de la MNEF, la mutuelle étudiante, alors aux mains des étudiants du CERES, lesquels militaient au sein de l'UNEF-Renouveau. À cette occasion, on parle d'un « Yalta étudiant », car les socialistes qui avaient rallié l’UNEF-US en 1978 obtiennent la direction de la mutuelle laissant aux lambertistes la direction du syndicat (UNEF-US puis UNEF-ID). La création de l’UNEF-ID l’année suivante ne fera qu’accentuer la domination de la nouvelle direction (80 % des délégués contre 19 % pour l'UNEF-Renouveau au congrès de Strasbourg de 1982)[24].

1980-1984 : le retour au syndicalisme et la création de l'UNEF-ID[modifier | modifier le code]

Le Congrès de mai 1980, à Nanterre, voit la création de l'UNEF-ID (« Indépendante et démocratique »), fusion des différents mouvements de la gauche non communiste: UNEF-Unité syndicale, animée principalement par les lambertistes, et Mouvement d'action syndicale (MAS), animé par des rocardiens, des trotskistes pablistes (Comités communistes pour l'autogestion, CCA, ennemis historique des lambertistes), des membres de la LCR et enfin des étudiants du PSU. Ce Congrès voit donc l'alliance des principaux courants trotskistes français avec les rocardiens et les mitterrandiens, contre le PCF qui contrôle encore l'UNEF-Renouveau. François Mitterrand, élu président l'année suivante, obtient alors un succès décisif dans le milieu étudiant, en affaiblissant les communistes avec l'aide des trotskistes pourtant divisés.

Le lambertiste Jean-Christophe Cambadélis, qui abandonnera bientôt l'OCI pour passer avec armes et bagages au Parti socialiste, est élu président de l'UNEF-ID; il présidait déjà, depuis 1978, l'UNEF-US. La Tendance syndicaliste autogestionnaire du MAS obtient quatre postes au bureau national, tandis que la Tendance reconstruction syndicale de l'UNEF-US (Jean-Marie Le Guen, etc.), alliée à la première, en obtient cinq. La nouvelle UNEF-ID adopte aussitôt la Charte de Paris, inspirée de la Charte de Grenoble de 1946, qui définit les axes de travail prioritaires : la lutte en faveur de l'aide sociale étudiante et contre la sélection à l'université.

L'un des premiers grands combats de l'UNEF-ID est l'obtention de l'abrogation de la loi Faure par le gouvernement socialiste, loi qui sera remplacée par la loi Savary en 1984.

L'abrogation de la Loi Faure sera invoquée pour justifier la participation de la nouvelle UNEF-ID aux élections étudiantes et aux différents conseils dans les établissements universitaires, ce qu'elle refusait depuis 68.

De son côté, l'UNEF-Renouveau adopte la ligne Solidarité étudiante au congrès de Reims (1980), et prend le nom d'UNEF-Solidarité étudiante (UNEF-SE).

1984-1994 : l'essor de l'UNEF-ID[modifier | modifier le code]

UNEF-ID

En 1986, le retour au pouvoir de la droite cause des remous parmi les trotskistes du PCI. Des dissidents emmenés par Jean-Christophe Cambadélis, décident de rejoindre le Parti Socialiste. C’est notamment le cas l'essentiel de l'équipe dirigeant l’UNEF-ID notamment son président Philippe Darriulat. La direction du syndicat est donc changée puisqu’elle comporte désormais une majorité d’étudiants proche du Parti Socialiste. Mais localement, certaines AGE, notamment Nantes, Tours, Metz, Besançon, etc. refusent le changement de cap.

L'UNEF-ID devient très vite le principal syndicat étudiant. Il montre sa force lors du mouvement contre le projet Devaquet. Celui-ci prévoyait d'accorder aux universités la possibilité de sélectionner leurs étudiants, un allègement du cadre national des diplômes et la possibilité de moduler le montant des droits d'inscription. La contestation, que tente d'encadrer l'UNEF-ID, démarre notamment à l'université Paris XIII de Villetaneuse, où s'illustre Isabelle Thomas et s'étend au reste de la France. Le mouvement entre en résonance avec les protestations de SOS Racisme contre le ministre de l'intérieur Charles Pasqua. Le 27 novembre, on comptait 600 000 manifestants. Lors de la répression brutale des manifestations du 5 décembre, Malik Oussekine, est tué par la police ; Alain Devaquet démissionne le lendemain et son projet est abandonné le 8 décembre. Le discrédit qui frappe alors le gouvernement ne sera pas sans rapport avec l'échec de Jacques Chirac à la présidentielle de 1988. Pour tenter de donner une suite au mouvement, l'UNEF-ID comme l'UNEF-SE participent aux États généraux de l'enseignement supérieur qui se sont tenus en mars 1987 à Saint-Denis.

Au début des années 1990, l'UNEF-ID commence à être concurrencée, électoralement parlant, par des regroupements des associations étudiantes, (principalement la FAGE) à partir de 1994. En outre, cette période correspond une politisation de plus en plus forte de l'UNEF-ID. En effet, le passage de la majorité de l'UNEF-ID au PS, courant jospiniste, entraîne une politisation de plus en plus importante du syndicat. Les militants désormais majoritairement socialistes calquent de plus en plus leurs alliances et mésententes sur ce qui se passe au Parti socialiste. Cela a un effet désastreux pour le syndicat tant en termes d'image, car il est désormais considéré comme une officine socialiste, qu'en termes de fonctionnement, car les controverses importées perturbent les débats internes. On assiste alors à une véritable cartellisation du syndicat avec un nombre toujours plus important de tendances et sensibilités parfois directement importées du PS.

Mais le débat ne se limite pas à cela. Il se pose aussi en termes d’actualité. En 1990 - 1991, c’est la Guerre du Golfe qui divise les campus. En effet, si l'UNEF-SE et quelques membres de l'aile gauche de l'UNEF-ID se prononcent clairement contre la guerre, la majorité de l'UNEF-ID adopte une position plus ambiguë. Ce syndicat étudiant défend alors une ligne « ni Bush ni Saddam ».

Du point de vue pédagogique, c’est la réforme proposée en février 1992 par le ministre de l'Éducation national, Lionel Jospin qui domine les débats. Celle-ci prévoit notamment de concentrer les DEUG. On doit passer d'une quarantaine de diplômes correspondant à des matières spécifique à onze DEUG multidisciplinaires. Ces derniers seraient composés de modules capitalisables, c'est-à-dire dont on pourrait conserver le bénéfice d'une note supérieur à la moyenne en cas de redoublement. Il est également envisagé de définir un nombre minimum d'étudiants par filière (100 en DEUG, 40 en licence et 30 en maîtrise) ainsi que de limiter à un seul le redoublement en licence et maîtrise. L'UNEF-SE s'oppose immédiatement à cette réforme et participe à un mouvement largement dominé par des indépendants. De son côté, l'UNEF-ID semble plus hésitante. L'aile gauche appelle à la grève tandis que les autres prônent la prudence mettant en avant les aspects positifs de la proposition de loi (DEUG multidisciplinaire et capitalisation). Fin mars, face à un mouvement qui dure et qui se radicalise, la direction de l'UNEF-ID prend l'initiative de créer une deuxième coordination dite "Coordination unitaire de province". Cette dernière appelle à des négociations sur les points contestables de la réforme, alors que la première (dirigée notamment par l'UNEF-SE et des indépendants) demande le retrait pur et simple du texte. Début avril, le gouvernement change et Jack Lang, nouveau ministre de l'Éducation nationale, annonce la "suspension" du texte.

En interne à l'UNEF-ID, la crise enfle. Les divisions sur le mouvement viennent s'ajouter à la problématique de l'indépendance politique et le recul électoral. Début 1993, l'aile gauche de la majorité, mené par la secrétaire général Emmanuelle Paradis et le trésorier David Rousset fait sécession et créée la Tendance indépendance et action. Cette nouvelle tendance parvient à cristalliser autour d'elle toutes les oppositions à la majorité. Aussi, le congrès de Clermont-Ferrand s'avère difficile, majorité et oppositions sont au coude à coude. Un accord de gestion permet d'éviter la scission. Mais ce congrès, difficile et tendu, ne règle pas le contentieux sur le fond. Il annonce une année d’affrontement interne débouchant sur le renversement de la majorité au congrès de 1994.

1994-1995 : le tournant[modifier | modifier le code]

En 1994, les deux UNEF luttent ensemble contre le Contrat d'insertion professionnelle, dit "SMIC jeune" proposé par le gouvernement d'Édouard Balladur. Faut-il voir dans ce combat commun la première pierre dans la réunification de l'UNEF? Quoi qu'il en soit, ce mouvement permet à l'UNEF-ID de respirer et de masquer, grâce à cette victoire, pour un temps ses divisions internes dans ce combat unitaire.

Cependant, l'UNEF-ID perd sa 1re place aux élections du CNESER de 1994. En interne, la crise continue à l'UNEF-ID jusqu’au congrès de Paris tenu en décembre 1994. Lors de cette réunion, la Tendance indépendance et démocratie (TID), qui fédère la majorité des forces d’oppositions, alliée à la Tendance reconstruire, rocardienne, renverse la majorité incarnée dans la Tendance pour une confédération de la jeunesse scolarisée, réputée proche de Jean-Christophe Cambadélis. Pouria Amirshahi, dirigeant de la TID, est élu président du syndicat étudiant. La nouvelle équipe de direction, à laquelle il appartient, est alors dominée par des proches de la Gauche socialiste.


Rapidement, l'UNEF-ID reprend sa progression face à la FAGE alors que l'UNEF-Solidarité étudiante se délite. Dans sa réorganisation, elle est aidée par le mouvement de grève réussi de 1995 pour des moyens supplémentaires à l'université, qui partit des campus de Rouen puis de Metz et s'étend vite à l'ensemble du pays. Le mouvement étudiant sera rejoint peu après par le mouvement des salariés contre la réforme de la Sécurité Sociale d'Alain Juppé. En 1996, l'UNEF-ID retrouve son leadership dans le monde étudiant qu'elle ne lâchera plus.

Cependant, de fortes tensions ont éclaté pendant le mouvement étudiant de 1995 entre la direction de l'UNEF-ID et la coordination nationale étudiante. Prenant parti pour la seconde, la direction de l'UNEF-ID de Montpellier-III est exclue et crée le Syndicat étudiant unitaire et laïque.

Un groupe à Lille organisa aussi localement l'Unef-id sur des bases maoïstes et influencera ensuite différents mouvements.

De 2001 à nos jours : l'après réunification[modifier | modifier le code]

2001-2005 : l'UNEF continue son développement[modifier | modifier le code]

Le 24 juin 2001, une assemblée générale de « réunification du syndicalisme étudiant » se tient, et aboutit à la fusion de l'UNEF-ID et d'une partie de l'UNEF-SE, sous le nom UNEF. Cette nouvelle organisation reprend ainsi la dénomination antérieure à 1971. C'est l'aboutissement d'un processus commencé un an plus tôt avec la présentation d'une liste commune pour le CNESER. Quelques syndicats locaux de SUD Étudiant[réf. nécessaire] et les AGE de l'UNEF-SE dirigées par des membres de la LCR avaient déjà rejoint l'UNEF-ID lors du congrès de Paris qui avait eu lieu début mai. Elles ont principalement renforcé la tendance trotskiste minoritaire de l'UNEF-ID qui change alors son nom de Tendance Unité et Démocratie (TUD) en Tendance Tous Ensemble (TTE).

Après cette réunification, la nouvelle UNEF conserve la place de première organisation étudiante au sein du CNESER (Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche) et du CNOUS qu'avait l'UNEF-ID, sans progresser significativement lors des premières élections suivant la réunification. Il faudra attendre les deuxièmes élections, deux ans plus tard, pour voir atteint l'objectif de la réunification.

Cependant une majorité des AGE de l'UNEF-SE ont refusé de participer à ce processus menée par la direction de leur syndicat. La première scission est celle de la Fédération Solidarité Étudiante (Limoges, Pau, Toulouse) en 1999. En juin 2000, l'UNEF Caen fonde la Fédération syndicale étudiante (FSE), qui est ensuite rejointe par quelques autres (Dijon, Bordeaux et, pour un an seulement, Paris IV et Paris XII). L'UGEM-UNEF (Montpellier) finit quant à elle par rejoindre SUD Étudiant. Les autres disparaissent. La tentative des AGE d'Évry, de Paris I (Oxygène) et de Lille de créer un réseau UNEF Résistance syndicale est un échec rapide. Depuis, la division règne entre les héritiers de l'UNEF-SE partagés entre Solidaires Étudiant-e-s (fusion de SUD Étudiant et de la FSE) et des AGE indépendantes.

En mars 2003 une des tendances de l'UNEF, la Tendance syndicale quitte l'UNEF pour créer la Confédération étudiante (). Ce divorce est mené par Julie Coudry, ancienne membre du bureau national de l'UNEF et Sébastien Couderc, ancien élu UNEF au CNESER. Ces derniers estimaient avoir constaté une "radicalisation" de l'UNEF depuis sa réunification. Les désaccords portent également sur la réforme LMD. La Cé se créée avec l'aide financière et logistique de la CFDT.

Les étudiants s'engagent avec les salariés dans la grève contre la réforme des retraites qui visait à aligner la durée de cotisation du public (37 ans et 1/2) sur celle du privé (40 ans) mais combattent également les décrets mettant en œuvre le LMD, vus comme une remise en cause du cadrage national des diplômes et comme brisant l'égalité entre étudiants sur les règles d’évaluation, ainsi qu'une Loi qui visait à accroître l'autonomie des Universités. Sur les retraites, les résultats de la mobilisation sont minces, même si un départ anticipé avant 60 ans a été instauré pour les salariés ayant cotisé 42 ans. En revanche, si les décrets relatifs au LMD ont été maintenus en l'état, la Loi relative à l'autonomie des Universités a été retirée.

Malgré ces remous, l'UNEF continue sa progression en 2004. Elle améliore son score et reste la première organisation étudiante avec 5 élus sur 8 au CNOUS et 5 sur 11 au CNESER, devant la FAGE, PDE, l'UNI, et les autres organisations sans élu national (FSE, SUD Étudiant, Confédération Étudiante, EMF…).

De nouvelles thèmatiques sont développées par l'UNEF. Fin 2004, l'UNEF commence à récréer des liens avec les organisations syndicales de salariés. Elle s'associe avec FO Jeunes, la CGT, la FSU, la CFTC et l'UNSA afin d'informer les étudiants salariés sur leurs droits. Elle développe un guide à l'intention des étudiants effectuant des travaux saisonniers et développe plusieurs autres guides thématiques à cette occasion.

En 2005, l'UNEF participe au mouvement pour sauver la recherche en France (Analyses du projet de loi). Des états-généraux de l'enseignement supérieur ont aussi été organisé, ils ont débouché sur des propositions concrètes de modifications de l'organisation de l'enseignement supérieur et de la recherche (Les 10 chantiers pour l'université de 3 millions d'étudiants)

L'UNEF s'engage contre l'adoption du Traité constitutionnel européen et appelle les étudiants à voter 'non' au référendum du 29 mai 2005. Le traité est finalement rejeté par 55 % des Français, mais néanmoins approuvé, selon un sondage, par la majorité des étudiants puisque 54 % d'entre eux auraient voté 'oui'.

Du 1er au 4 décembre 2005 se tient le 79e Congrès de l'UNEF à Reims. Une tendance dispose alors d'une large majorité, ce qui stabilise l'organisation. Les résultats du vote des adhérents sont les suivants:

Bruno Julliard y est réélu président, secondé par Benjamin Vételé, vice-président, Anne Delbende, secrétaire générale et Caroline de Haas, trésorière. En sus de la mission de défense des droits des étudiants et en plein débat sur le 'voile', le congrès affirme l'engagement de l'UNEF pour la promotion et la défense de la laïcité à l'université. Le congrès sur le site de l'UNEF.

2006[modifier | modifier le code]

Victoire contre le Contrat Première Embauche

Dès l'annonce du premier ministre Dominique de Villepin le 16 janvier 2006, l'UNEF se mobilise pour obtenir le retrait du projet de Contrat Première Embauche. Elle est à l'initiative de la première réunion de l'intersyndicale regroupant douze syndicats de salariés, d'étudiants et de lycéens.

Elle mène, avec d'autres syndicats étudiants, la mobilisation qui aboutit au retrait du CPE. Ce mouvement marque un tournant et une victoire majeure pour les syndicats et pour l'UNEF: il est en effet marqué par une forte unité entre les syndicats de salariés, les syndicats étudiants, et les Assemblées générales pour obtenir le retrait du CPE. Les grèves et manifestations du 28 mars puis du 4 avril (entre 1 et 3 millions de personnes) ont conduit Dominique de Villepin à annoncer le 10 avril le retrait du projet.

En mars 2006, tandis que de nombreuses universités étaient bloquées ou perturbées par la mobilisation contre le CPE, le gouvernement choisi de maintenir les élections aux CROUS. L'UNEF affirme alors avoir été victime d'un chantage du ministre de l'éducation qui aurait demandé un arrêt de la mobilisation contre le CPE en échange du report des élections. L'UNEF choisit de donner la priorité au mouvement contre le CPE et appelle au boycott des élections aux Conseils d'administration des CROUS, que le ministre de l'éducation, Gilles de Robien choisi de maintenir. Ce maintien est critiqué par l'UNEF, arguant de la difficulté à organiser des élections alors que la majorité des universités sont fermées, bloquées, ou perturbées. Ainsi, les élections ont vu de nombreuses tentatives de fraude (des bourrages ou des vols d'urnes, comme à Montpellier, Nancy, Tours, Poitiers, Nanterre).


Victoire au CNESER 2006

Lors des élections des représentants étudiants au CNESER, dont le dépouillement a lieu le 13 juillet 2006, l'UNEF augmente son nombre de voix et atteint son meilleur score jamais obtenu.

Liste UNEF FAGE UNI PDE SUD Étudiant/FSE
Voix 805 429 240 237 147 68
% 42 % 22,3 % 12,5 % 12,3 % 7,6 % 3,5 %
Nombre d'élus 5 3 1 1 1 0

(1926 exprimés)


CNOUS 2006

Toutefois, lors des élections des représentants étudiants au CNOUS, dont le dépouillement a lieu le 30 mai 2006, l'UNEF, qui a maintenu ses candidats car leur retrait n'était plus possible, enregistre alors, logiquement, son plus mauvais résultat. Elle obtient tout de même 2 sièges sur 8 sans avoir mené campagne.

Liste UNEF FAGE UNI PDE
Voix 42 84 33 23
% 23,1 % 46,1 % 18,1 % 12,6 %
Nombre d'élus 2 4 1 1
Variation -3 +3 0 0

(182 exprimés)

Malgré les élections au CNOUS, l'UNEF va toutefois, forte de son succès contre le CPE, retrouver très vite sa place de leadership dans le paysage étudiant. Ainsi, les élections partielles de novembre-décembre 2006 l'ont placée en tête dans quatre académies, dont celles de Paris.

2007[modifier | modifier le code]

Les AGE de Clermont-Ferrand, Paris IV et Mulhouse font scission :

  • À Clermont-Ferrand, la plupart des militants et des élus étudiants recréent l'AGEC en dénonçant certaines pratiques au sein de l'UNEF Clermont ("refus de la charte d'Amiens, inactivité, sectarisme…"). Cette crise aurait été provoquée par l'influence au sein de la direction locale du secteur jeunes de la LCR et l'ingérence du Bureau national en soutien à sa direction locale officielle.
  • L'AGE de Paris IV, une des seules à avoir gardé la continuité juridique avec une ancienne AGE de l'UNEF dite parfois SE, redevient l'AGEPS (Association générale des étudiants de Paris-Sorbonne). Démunie, l'UNEF ne peut présenter de candidats aux élections étudiantes du 13 mars 2007, ce qui n'était jamais arrivé depuis la décision de l'UNEF-ID de participer aux élections en 1982. L'AGEPS remporte ces élections avec un score supérieur à celui obtenu en mars 2005 (de 37 % des voix en 2005 à 42 % en 2007), lorsqu'elle faisait encore partie de l'UNEF.
  • l'AGE de Mulhouse rejoint la Confédération étudiante.

Le Congrès de Lille

Un millier de personnes se réunissent à Lille du 22 au 25 mars pour le 80e Congrès national de l'UNEF, qui se trouve être le Congrès du centenaire. À cette occasion l'organisation célèbre le centenaire de sa création en présence de nombreux anciens dont Lionel Jospin, Clémentine Autain, Isabelle Thomas, etc. L'UNEF interpelle également les candidats à l'élection présidentielle (Marie-George Buffet, Olivier Besancenot, Dominique Voynet et Ségolène Royal interviennent notamment devant les délégués étudiants du congrès).

La Tendance pour une Unef unitaire et démocratique (TUUD) apparait à ce congrès, issue de l'alliance entre d'anciens membres de la majorité rassemblés dans la Sensibilité pour une UNEF Indépendant et Syndicale (SUIS) et la Tendance tous ensemble. Elle obtient 13,05 % des mandats contre 6,8 % pour la Tendance refondation syndicale et 80,15 % pour la majorité.

L'élection de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle met toutefois fin à la période de relative "état de grâce" de l'UNEF (victoire contre le CPE). Le nouveau Président de la République a en effet annoncé son intention d'accorder l'autonomie financière aux Universités, ce qui romprait l'égalité entre étudiants selon l'UNEF, de renforcer la sélection à l'Université et d'augmenter les frais d'inscriptions. L'inquiétude de l'UNEF s'amplifie devant le calendrier annoncé : la LRU sera en effet votée au mois de juillet. L'UNEF décide alors de participer aux négociations sur la Loi Pécresse à condition que celle-ci ne renforce pas la sélection et qu'elle maintienne le contrôle national des frais d'inscriptions, ce qu'elle obtient (alors que la première version du projet prévoyait la sélection à l'entrée du Master). Mais la Loi accorde l'autonomie financière aux Universités et réduit la représentation étudiante dans les Conseils.

À la rentrée, l'UNEF adopte une position ambiguë en appelant à participer aux assemblées générales ou à manifester afin d'obtenir des modifications de la Loi LRU et une augmentation du budget de l'Enseignement Supérieur, budget alors jugé "en trompe-l'œil", mais en refusant de reprendre le mot d'ordre d'abrogation de la Loi et de cautionner l'"auto-organisation" du mouvement à travers les coordinations nationales. La TUUD appelle quant à elle à l'abrogation pure et simple de la LRU. Le 27 novembre, Valérie Pécresse réunit les organisations étudiantes représentatives et annonce une augmentation du budget des universités de 50 % sur 5 ans (il passerait de 10 à 15 milliards), la création d'un 6e échelon de bourse, la mise en place d'un plan pluriannuel pour la réussite en Licence, ainsi que l'instauration d'une circulaire adressée aux présidents d'université pour leur préciser que l'orientation active ne saurait se transformer en sélection à l'entrée de l'université. Les adhérents de l'UNEF se prononcent alors pour la "levée des blocages".

2008-2009[modifier | modifier le code]

Lors des élections étudiantes de 2008, l'UNEF va confirmer sa 1re place au CNESER (elle y conserve ses 5 élus) et surtout retrouver sa place de 1re organisation étudiante dans les œuvres : elle obtient 82 voix et 4 sièges au CNOUS, ce qui lui permet de refermer ce qu'elle considère comme une parenthèse.

Dans un contexte de grèves isolées contre les réformes du gouvernement et de Sarkozy, l'UNEF prend part l'année suivante à la contestation universitaire qui va toucher une cinquantaine d'universités sur 83 début 2009. Initiée par les enseignants-chercheurs qui contestaient la réforme de leur statut introduisant une modulation des services (décret d'application de la Loi LRU) et qui dénonçaient les suppressions de postes, le mouvement est progressivement rejoint par les étudiants qui s'opposaient également à la réforme de masterisation des concours de l'enseignement, également appelée réforme des IUFM. Elle demande un Bac +5 aux étudiants pour passer le concours (contre Bac +3 auparavant) et remplace la formation en IUFM par des Masters enseignement à l'Université. Surtout, elle supprime l'année de stage en alternance et rémunérée pour les étudiants (qui doivent donc financer une année supplémentaire à leurs frais). Par ailleurs, certains dénonçaient également la logique de privatisation et de mise en concurrence des universités, et défendaient l'accès au savoir pour tous.

Le 29 janvier, la France est touchée par une grève générale fortement médiatisée regroupant un million et demi de personnes selon les syndicats. Les manifestations du 10 février puis la grève générale du 19 mars ont toutes deux vu défiler entre 50 et 100000 enseignants-chercheurs et étudiants; Le gouvernement a retardé d'un an l'application de la réforme de la masterisation des concours de l'enseignement (de même qu'il avait retardé d'un an l'application de la réforme des lycées), a du réécrire le statut des enseignants-chercheurs en reculant sur la réforme des promotions, en rendant volontaire la modulation de services et en acceptant de rémunérer les heures au-delà du service de référence et a annoncé le gel des suppressions de poste. Il n'a toutefois pas renoncé à la réforme des IUFMs et n'a pas rétabli les 900 postes supprimés en 2009.

Convergentes sur le statut des enseignants-chercheurs (l'UNEF s'est rapidement prononcée pour le retrait de cette réforme), les positions des différentes tendances étaient relativement divergentes sur la masterisation. Là où la TMN n'appelait pas au retrait de la réforme mais en dénonçaient certains aspects, la TUUD prônait le retrait pur et simple de la réforme, et s'opposait à l'idée de négocier avec le gouvernement, car elle estimait que c'était ainsi qu'en pratique, les mouvements sociaux étaient trahis par les directions syndicales en France. Finalement, constatant l'échec des négociations mais aussi la forte opposition à la réforme des IUFMs, également soucieuse de répondre à l'urgence du calendrier, l'UNEF a demandé le report d'un an de la réforme, s'alignant ainsi sur la position quasi-unanime de l'inter-syndicale. Toutefois, devant la publication des décrèts en plein été, les deux tendances se retrouvent aujourd'hui sur un mot d'ordre de retrait des décrets préalable à toute négociation.

À Grenoble, en fin d'année universitaire, une dizaine de membres de la TUUD font scission[réf. nécessaire] et créent la FSE au niveau local.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder, "1907, une union étudiante est née", in Matériaux pour l'histoire de notre temps n° 87., Nanterre, La contemporaine, (lire en ligne)
  2. Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon et Robi Morder, Cent ans de mouvements étudiants, Paris, Syllepse (collection Germe), , 440 p.
  3. Cécile Hochard, "Étudiants et lycéens dans la guerre et l'Occupation, p. 65, in Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder (coord.), Cent ans de Mouvements étudiants, Collection GERME, Éditions Syllepse, 2005
  4. Robi Morder, Naissance d'un syndicalisme étudiant: 1946 la charte de Grenoble., Paris, Syllepse (collection Germe),
  5. Dossier "Mouvements étudiants et guerre d'Algérie", Les cahiers du germe, n° 39, 2012. Sur le site du Germe.
  6. Biographie de Jean-Marie Le Pen
  7. Fonds UNEF (Union nationale des étudiants de France)
  8. a, b et c Cité des mémoires étudiantes, 153, rue D. Casanova, Aubervilliers. [1]
  9. Fds Michel de la Fournière [2]
  10. a, b, c et d "Les étudiants de France et la guerre d’Algérie", par Eithan Orkibi, Paris, 2012, Éditions Syllepse
  11. "La République se meurt (1956-1958)", par Michel Winock, Seuil, 1985 page 114
  12. "Le doyen de la faculté de droit d'Alger relate l'exécution sommaire d'un musulman dont il a été le témoin", dans Le Monde du 5 avril 1957 [3]
  13. a et b Histoire de l'UNEF: de 1956 a 1968, par Alain Monchablon, aux Presses Universitaires de France, en 1983
  14. "Les réseaux éclatés de l'Unef: depuis 90 ans, un vivier de la politique et des affaires", par BRIGITTE PERUCCA, dans Les Echos du 02/05/1997[4]
  15. Histoire de l'UNEF: de 1956 a 1968, par Alain Monchablon, aux Presses Universitaires de France, en 1983, page 29
  16. Archives de l’UNEF (don de Jacques Sauvageot, ancien dirigeant de l’UNEF) [5]
  17. a et b Demain sera tendre, par Pauline Perrignon, Éditions Stock, 2017
  18. a et b "Folklore, solidarité et revendications étudiantes : l’Union lilloise des étudiants de l’État de 1881 à 1940, par Jean-François Condette, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’IUFM Nord-Pas-de-Calais, 2007 [6]
  19. le syndicalisme étudiant et le problème algérie, lille, coopérative de l'agel 1960 page 91
  20. "La CGT dans les années 1950", par Michel Pigenet [7]
  21. Christine Fauré, Mai 68 jour et nuit, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (no 350).
  22. Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder,, Etudiant-es en révolution?, Paris, Syllepse, collection Germe,
  23. Robi Morder, « La scission de l'UNEF », Revue de l'université n° 10,‎
  24. Robi Morder, « Eléments pour une histoire politique de la MNEF », Les Cahiers du Germe, spécial n° 4,‎ (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Tombeau pour l'UNEF (1971/2001) unef.org. site historique à l'initiative d'un groupe d'anciens de cette UNEF à (beaucoup de documents sur la dernière période (dont archives du forum), et grâce à la numérisation d'archives conservées par des anciens adhérents, de plus en plus de choses plus anciennes (textes de congrès, guides de l'étudiant, Nouveau Campus…). Publie aussi les statuts de 1929 et 1969 de la première UNEF, en vigueur officiellement jusqu'en 2001.