Guerre d'indépendance du Cameroun

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Guerre d'indépendance du Cameroun
Informations générales
Date 1955-1962
Lieu Cameroun français
Issue Indépendance du Cameroun
Écrasement de l'UPC
Belligérants
Drapeau de la France Administration coloniale française
Drapeau de la France Armée française
Rebelles de l'UPC
Pertes
20 000 et 120 000 morts[1]

La guerre d'indépendance du Cameroun oppose de 1955 à 1962 la France au rebelles de l'Union des populations du Cameroun au Cameroun français, qui a alors le statut de territoire sous tutelle.

Montée des tensions[modifier | modifier le code]

L'administration du Cameroun est depuis 1919 assurée par la France, d'abord en tant que mandat de la Société des Nations puis comme territoire sous tutelle des Nations unies, la partie nord de l'ancienne colonie allemande étant elle administrée par le Royaume-Uni.

Ce statut offre théoriquement un droit de regard de l'ONU sur la gestion du pays et les Français et Britanniques se sont engagés à amener le Cameroun à « l’auto-gouvernement » ou à « l'indépendance »[2].

L'adoption par la France des constitutions de 1946 et de 1958 permet aux populations locales de participer à la gestion du pays et des assemblées locales sont créées : l'Assemblée représentative du Cameroun en 1946, l'Assemblée territoriale du Cameroun en 1952, l'Assemblée législative du Cameroun en 1956.

Soulevée dès l'entre-deux-guerres, la question de l'indépendance est à nouveau posée après la conclusion de la Seconde Guerre mondiale. Dès des affrontements ont lieu entre les membres les plus radicaux de l'Association des colons du Cameroun et des « indigènes » dont certains sont abattus[3]. Le plus important mouvement indépendantiste, l’Union des populations du Cameroun (UPC), est constituée le à Douala[4].

En , un vaste mouvement de protestation sociale éclate. L'administration française réagit en en imputant la responsabilité à l'UPC et fait interdire le mouvement en [2].

En , Pierre Messmer, qui est alors haut-commissaire de la France au Cameroun, décide de convoquer des élections alors que l'UPC n'est toujours pas autorisée et que l'administration favorise des partis hostiles à l'UPC. Messmer souhaite alors « [accorder] l'indépendance à ceux qui la réclamaient le moins, après avoir éliminé politiquement et militairement ceux qui la réclamaient avec le plus d’intransigeance[2]. »

Cette décision fait dégénérer la situation en conflit armé[2].

Une « guerre totale »[modifier | modifier le code]

La répression du mouvement indépendantiste pousse les militants de l'UPC à rentrer dans la clandestinité. En , la France met en place une « zone de pacification du Cameroun » (ZOPAC) inspiré du dispositif de la bataille d'Alger[1].

Pour combattre les maquisards, la France utilise des techniques déjà usitées dans ses conflits coloniaux en Algérie et en Indochine et les soldats en charge de la « pacification » ont d'ailleurs servi sous les ordres des colonels Marcel Bigeard et Roger Trinquier[1].

La France pratique alors des assassinats ciblés contre les dirigeants de la rébellion ainsi que la torture[1]. L'armée, appuyée par un puissant dispositif de renseignement, est particulièrement présente dans les régions de Sanaga maritime et l'Ouest-Cameroun et pratique le déplacement forcé de villageois dans des camps de regroupement » militarisés[1],[2]. De vastes campagnes de propagandes sont également organisées[2].

Au total, le conflit aurait fait entre 20 000 et 120 000 morts[1].

Indépendance et union avec le Cameroun britannique[modifier | modifier le code]

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En 1958 Ahmadou Ahidjo est nommé premier ministre par l'administration française alors que, la même année, le chef de l'UPC Ruben Um Nyobe est tué par l'armée française au cours d'un combat dans le maquis Bassa. Les dirigeants de l'UPC fuient alors à l'étranger.

Le 1er janvier 1960, l'indépendance est accordée et le Cameroun est doté d'une constitution prévoyant le multipartisme. Ahmadou Ahidjo est élu président le .

Au sein du Cameroun britannique, une administration propre est créé en 1954. Un référendum a lieu le  : le Southern Cameroons opte pour l'union et l'indépendance avec le Cameroun alors que le Northern Cameroons rejoint le Nigéria. Le , le Southern Cameroons rejoint le Cameroun pour fonder la République fédérale du Cameroun.

Toutefois, après l'indépendance, le gouvernement camerounais continue de mener avec l'aide de la France la répression contre la guérilla de l'UPC dans l'ouest du pays, ce qui fait plusieurs milliers de morts.

Une guerre tabou ?[modifier | modifier le code]

La guerre de 1955-1962 n'a jamais été reconnue, ni par la France, ni par le Cameroun dont les autorités issues de l'indépendance ont profité de l'écrasement de l'UPC. François Fillon, Premier ministre français, a déclaré à Yaoundé en 2009 que ces évènements étaient de la « pure invention »[2].

Pour Thomas Deltombe et les auteurs du livre Kamerun !, le silence autour de la guerre d'indépendance du Cameroun s'explique par le désintérêt de la presse française de l'époque (l'opinion étant accaparée par la guerre d'Algérie qui a lieu en même temps) mais également la propagande des autorités qui ont voulu couvrir les exactions des unités militaires français[1].

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique (1948-1971), La Découverte,‎ (ISBN 978-2-707159-13-7)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g David Servenay, « Cameroun 1955-1962 : la guerre cachée de la France en Afrique », sur Rue89 (consulté le 21 janvier 2016)
  2. a, b, c, d, e, f et g Augustin Mensah, « Cameroun - la guerre d’indépendance : une histoire toujours taboue », sur Survie (consulté le 21 janvier 2016)
  3. Deltombe, Domergue et Tatsitsa 2011
  4. Deltombe, Domergue et Tatsitsa 2011, p. 79