Histoire de l'enseignement de l'informatique en France

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Les premiers enseignements de l'informatique au lycée (en Brevet de techniciens supérieurs et dans les sections technologiques) datent des années 1960 (voir, par exemple, Baron, 1987[1]). Dans la formation générale, le rapport Simon, remis en 1980 au président de la République recommande d'enseigner l'informatique "dès la classe de 4e" et de créer un CAPES et une agrégation d'informatique. Il ne sera que partiellement mis en œuvre : en 1981, une option informatique est lancée à titre expérimental dans 12 lycées. Elle s'étendra progressivement à environ la moitié des lycées mais sera finalement supprimée à la fin des années 1980. L'intérêt pour l'enseignement de l'informatique reviendra dans la seconde moitié de la décennie 2000-2010, cet intérêt se concrétisant dans la mise en place de nouveaux enseignements (cf Académie des sciences, 2013).

Les années 70 : premières expérimentations[modifier | modifier le code]

De premières expérimentations autour du langage Logo ont eu lieu dès les années 1970. À cette époque, les écoles et les collèges ne bénéficiaient pas tous d'équipements informatiques.

Les années 80 : le plan informatique pour tous[modifier | modifier le code]

Le gouvernement a préparé en 1984 et présenté le 25 janvier 1985 le plan « Informatique pour tous » (IPT). Ce plan, malgré ses imperfections et surtout le fait qu’il n’a pas eu la durée, a été un moment fort d’un processus entamé dès les années 70. Par l’équipement de tous les établissements publics d’enseignement, ce plan avait pour objectif d’initier tous les élèves et les étudiants à l’informatique. De plus, ces équipements devaient être accessibles à tous les citoyens.

Ce plan, fut essentiellement sous le signe de l’utilisation des logiciels dans les disciplines et activités. Mais il n’y a pas eu exclusion de l’option informatique qui s’est développée en parallèle.

Le plan informatique pour tous a permis de déployer dans les écoles des équipements munis du langage LOGO.

L'option Informatique des lycées[modifier | modifier le code]

Par la note du 23 juillet 1981, le MEN annonce la création d’une option informatique expérimentale en classe de seconde qui sera mise en place dans 10 à 12 lycées afin d'étudier l'apport de l'informatique à la formation générale des élèves.

Le programme de l’option en classe de seconde (titres de chapitres)

1 - Généralités : l’information, le matériel, les logiciels

2 - Méthodes informatiques

2-1 Lire un texte et formuler le problème à résoudre - proposer et formuler avec précision une méthode de résolution la rédiger dans un langage de programmation - la mettre en œuvre sur un ordinateur

2-2 Programmes sans boucle

2-3 Programmes itératifs simples

3 - Applications de l'informatique

4 - Informatique et société

En classe de première (rentrée 1982)

Les horaires hebdomadaires : 1 heure de cours et 1 heure 30 de travaux pratiques (classe dédoublée)

Les professeurs disposent de 2,5 heures-année pour leur formation, pour la concertation et l’évaluation.

Le programme (têtes de chapitres)

1. Matériel

2. Outils et méthodes de construction de programmes

. Structures de contrôle

. Méthodes de programmation

3. L'informatique et ses applications

. Présentation de quelques domaines d'application de l'informatique

. Notions sur les bases de données.

4. Projets : Réalisation d'un ou deux programmes de plus grande importance : spécification des différentes parties, travail en équipe, élaboration de la documentation, intégration des différentes parties.

En classe de terminale (rentrée 1983)

Le programme :

1. Matériel

2. Outils et méthodes de construction de programmes

. Fonctions et procédures récursives

. Exemples de structures de données plus complexes

. Compléments sur les méthodes de programmation

3. L'informatique et ses applications

. Panorama des principaux langages de programmation utilisés en mettant en évidence leurs points communs

. Notions de télématique, réseaux d'ordinateurs, bases de données distribuées . Notions sur l'intelligence artificielle, les programmes de jeux et la génération d'arbres d'essais, les retours en arrière

. Implications socio-économiques de l'informatique

4. Projets : réalisation d'un projet d'une certaine im

portance en insistant sur les points précisés dans le programme de première.

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L’option rencontre un franc succès, ce qui entraîne, compte tenu du nombre insuffisant d’enseignants, une sélection des élèves dans certains lycées. En 1984-85, l’option informatique concerne 74 établissements. A la rentrée 85 (150 lycées) elle est officiellement généralisée et les programmes publiés. Dans son premier rapport, le Conseil supérieur des programmes propose une épreuve au Bac qui pourrait prendre la forme d’une interrogation orale. Le ministère décidera d’une épreuve écrite.

Dans sa conférence de presse du 26 juin1986, le nouveau ministre de l'Éducation nationale René Monory confirme l'OI et l'épreuve facultative au baccalauréat. Il va même plus loin en annonçant la création d'un corps de professeurs d'informatique du secondaire ...

Le BOEN n° 36 du 15 octobre 1987 officialise l'épreuve d'informatique au baccalauréat

Les effectifs de l’option

En 5 ans, l’option est passée de 75 lycées (7000 élèves) à plus de 500 lycées (50 000 élèves). En 1992, année de la première suppression, 50 % des lycées d’enseignement général avaient ouvert une option informatique.

Le contexte intellectuel : l’AFDI

En 1987 est née l’idée d’un colloque sur la didactique de l’informatique qui réunirait une communauté faite d’universitaires et d’enseignants du terrain. L’association Francophone de Didactique de l’Informatique fut créée. Cinq colloques francophones eurent lieu (Paris 1988, Namur 1990, Sion 1992, Québec 1994 et Monastir 1996).

L’option informatique au Bac

Note de service du 1-10-1987 signée du Directeur des lycées et collèges M.Lucius (extrait) :

Épreuve écrite en 3 parties :

1- Une question portant sur l’informatique et la société et/ou les applications de l’informatique ((4 à 6 points)

2- Une question de cours ou un exercice d’application directe du cours (4 à 6 points)

3- Un problème … analyse … réalisation au moins partielle dans un langage de programmation (Basic, LSE ou Pascal) (8 à 12 points)

Durée : 3 heures

Le jury (académique) est invité à « une étude attentive du contenu du livret scolaire »

Première suppression de l’option informatique (1992)

En réponse à la saisine du ministre EN (L.Jospin) ayant pour objet une réforme des filières du lycée, le Conseil National des Programmes propose la suppression de l’option informatique. Les propositions du CNP font l’objet d’une large diffusion en livre de poche « Quel lycée pour demain ? » (CNDP-MEN-1991)

Page 137 : «  … il convient d’enseigner en priorité non pas l’informatique discipline mais l’informatique outil. »

Page 140 : « Sur le plan socio-économique, est-on dans un tel besoin d’informaticiens qu’il faille encourager le plus grand nombre de jeunes à s’engager très tôt dans cette voie ? »

Le BOEN du 23-01-1992 scelle la première suppression en seconde à la rentrée, remplacée par des ateliers de pratique (APTIC) ouverts aux élèves volontaires sans niveau de classe. Le scepticisme est général, les enseignants démobilisés. Les APTIC n’auront pas d’avenir.

Rétablissement (1985) et 2ème suppression (1998)

Le ministre François Bayrou rétablit, dans le cadre du « Nouveau contrat pour l’Ecole » (décision n° 58) une expérimentation d’un enseignement d’informatique en seconde à la rentrée 95. Et le BOEN n°32 du 12-07-1996 publie les grilles horaires de Première et Terminale ainsi que le programme pour la classe de Première. Le ministre Claude Allègre, malgré l’avis du Conseil supérieur de l’éducation, supprime pour la seconde fois l’option informatique.

Suit une longue parenthèse ...

Les années 1990 : l'outil informatique[modifier | modifier le code]

Dans les années 1990, s'est imposée l'idée qu'il n'était pas utile d'enseigner l'informatique en tant que discipline à l'École, mais que toutes les disciplines devaient prendre en compte l'"outil informatique".

Au collège, faisant suite aux travaux manuels et techniques, la discipline technologie a pris en compte de manière importante l'informatique dans les années 1990. L'idée était que l'informatique était la science du traitement de l'information considérée comme une matière d'œuvre.

Les années 2000 : le Brevet informatique et internet[modifier | modifier le code]

À partir des années 2000, le ministère de l'Éducation nationale a considéré qu'il y avait des compétences indispensables en informatique et a créé le "Brevet informatique et internet" (B2i). Il s'agissait de former des utilisateurs dits "citoyens" c'est-à-dire responsables et autonomes vis-à-vis de l'information.

L'originalité de cette certification, qui en est aussi une limite, est qu'elle est organisée entièrement sous la forme de compétences à acquérir et qu'il n'y a pas de curriculum correspondant ni de connaissances précises à acquérir. Deux niveaux ont d'abord été définis : école primaire et collège. Par la suite, le niveau lycée-CFA a été institué. Les compétences du B2i ont également été prises en compte, en 2006, dans le Socle commun de connaissances et de compétences régissant ce que les jeunes français doivent avoir acquis à la fin de la scolarité obligatoire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges-Louis Baron, L’Informatique, discipline scolaire ? : le cas des lycées, Puf, , 230 p. (ISBN 978-2-13-042095-8)
  • Georges-Louis Baron, La Constitution de l'informatique comme discipline scolaire, le cas des lycées, (lire en ligne)
  • « L’Informatique et son enseignement dans l’enseignement secondaire général français : Enjeux de pouvoir et de savoirs », dans J. Lebeaume, A. Hasni, & I. Harlé, Recherches et expertises pour l’enseignement scientifique, De Boeck, , 194 p. (ISBN 9782804165925)
  • Académie des sciences, L’Enseignement de l’informatique en France. Il est urgent de ne plus attendre, , 34 p. (lire en ligne)
  • « Enseigner l’informatique : une exigence », dans Jules Ferry 3.0, bâtir une école créative et juste dans un monde numérique, (lire en ligne), chap. 1
  • Jean Zahnd, « Enseignement de l'informatique et contextualisation scolaire », dans Georges-Louis Baron, Jacques Baudé, Alain Bron, Philippe Cornu, Charles Duchâteau, Actes de la troisième rencontre francophone de didactique de l'informatique, Sion, Suisse, (ISSN 0758-590X, présentation en ligne, lire en ligne), p. 177-184
  • Corinne Erhel et Laure de La Raudière, Rapport sur le développement de l’économie numérique française, (lire en ligne), chap. 1.


Liens externes[modifier | modifier le code]

"Le Plan Informatique pour tous", J.Baudé, mars 2015, Bulletin de la Société informatique de France, n°5 : http://www.societe-informatique-de-france.fr/wp-content/uploads/2015/04/1024-5-baude.pdf

"L'Option informatique des lycées", J.Baudé, janvier 2014, Bulletin de la Société informatique de France, n°2 : http://www.societe-informatique-de-france.fr/wp-content/uploads/2014/02/1024-2-baude.pdf

" La constitution de l'informatique comme discipline scolaire " http://gl.baron.free.fr/perso/publis_baron.htm

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. G.L. Baron, La constitution de l'informatique comme discipline scolaire. Le cas des lycées en France, paris, Thèse Paris Sorbonne, (lire en ligne)