Histoire de Saint-Malo

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Blason de Saint-Malo

L'histoire de Saint-Malo remonte à la Protohistoire celtique, où cette région correspond à l'ancien centre maritime du peuple gaulois des Coriosolites, installés à la cité d'Aleth (actuel quartier de Saint-Servan).

Sous l'influence des Romains, la ville de Corseul, dans les terres, se développe aux dépens de la cité d'Aleth, qui reste un port important. À la fin du IIIe siècle, les Romains choisissent de fortifier Aleth, tandis qu'à cette époque, le rocher de Canalch (Canalchius insulae), situé dans la plaine marécageuse formée à l'embouchure de la Rance, qui accueillera la future ville de Saint-Malo est encore inhabité.

Lors du retrait de l'armée romaine vers 420, Aleth subit de nombreuses attaques venues du Nord. Vers 507, saint Aaron se retire des « tentations du monde », sur un rocher de Kalnach et y construit un oratoire. Il est rejoint par saint Maclou, venant de l'actuel Pays de Galles, vers 538. L'îlot surnommé dans un premier temps « rocher d'Aaron », devient le « rocher de Saint-Malo » à la mort de son compagnon, en 541.

Aleth continue de se développer jusqu'à la fin du millénaire où, après plusieurs attaques des Normands, la ville est durablement affaiblie. Au milieu du XIIe siècle, le diocèse d'Aleth est déplacé sur le rocher de Saint-Malo, mais on ne sait si l'arrivée de l'évêque précède ou suit la première urbanisation de Saint-Malo. Cet événement marque néanmoins la fin de la grandeur d'Aleth. Désormais, la position stratégique du port est l'objet de conflits entre la Bretagne et la France. Après avoir fait partie du domaine du roi de France au début du XVe siècle puis avoir été intégrée au Duché de Bretagne, Saint-Malo est en 1493 définitivement annexée au domaine royal[1].

Le Renard, réplique du bateau de corsaire de Surcouf

C'est avec la découverte des Amériques et le développement des échanges avec les Indes que Saint-Malo prend son envol et s'enrichit considérablement. La ville proclamera même pendant quatre ans son indépendance. Les armateurs deviennent plus nombreux et des personnages de cette époque font la renommée de la ville, Jacques Cartier découvre le Canada, les corsaires harcèlent les marines marchandes et militaires, tels Duguay-Trouin, puis un peu plus tard Surcouf. D'autres s'illustrent dans la science, tel Maupertuis, ou dans les lettres et la politique comme Chateaubriand. Les armateurs se font construire des demeures particulières appelées Malouinières. Avec 218 expéditions négrières aux XVIIe et XVIIIe siècles Saint-Malo figure au cinquième rang des ports français ayant pratiqué le commerce triangulaire, après Nantes (1 714) et La Rochelle (449), Le Havre(441) et Bordeaux (419)[2]

L'apogée de Saint-Malo se termine à la Révolution française qui ne l'épargne pas. Saint-Malo continue ensuite de développer la pêche, notamment pour Terre-Neuve. À la fin du XIXe et au XXe siècle, Saint-Malo développe le tourisme, notamment grâce à ses plages. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Saint-Malo est particulièrement touchée, la ville est dévastée par les bombardements américains en 1944. Presque entièrement reconstruite à l'original après la guerre, Saint-Malo est désormais un important centre touristique estival, port de pêche et de plaisance.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Reginca (nom gaulois à l'origine de celui de Rance), située à l'emplacement de la moderne Saint-Servan (cité d'Aleth) à l'embouchure de la Rance, était le principal centre maritime des Coriosolites. Ce peuple armoricain étendait son contrôle sur un territoire allant de la baie de Saint-Brieuc à la baie du Mont Saint-Michel et suivant au sud le cours de l'Oust et de la Vilaine. Il participa à plusieurs alliances gauloises antiromaines en 56 et 52 av. J.-C., sans succès.

Le Saint-Malo intra muros a d'abord été un îlot

Pour les contrôler et éviter les liens transmanche avec les peuples bretons insulaires alliés aux Gaulois, les Romains imposèrent aux Coriosolites, dont la capital Corseul se trouvait dans les terres. Un incendie met fin pour l'essentiel à l'occupation du site d'Alet (sauf pour les activités portuaires indispensables qui sont maintenues), au profit de la nouvelle Corseul (rebaptisée Fanum Martis). À la fin du IIIe siècle, l'insécurité générale en Gaule et surtout sur la Manche mena l'administration impériale à fortifier le port d'Alet, qui bénéficiait d'une situation avantageuse en surplomb de 35 mètres au-dessus du niveau de la mer et formant vers l'intérieur de la Rance une anse bien abritée (l'actuel « port Solidor »). À la fin du IVe siècle (probablement vers l'an 368), un des deux cantonnements de la légion des « Martenses » rejoint Alet (l'autre étant en Germanie à Altrip), selon la Notitia dignitatum. Un préfet militaire y commandait autour de 300 légionnaires. Corseul demeurait cependant le chef-lieu administratif de la cité des Coriosolites. Alet était alors le principal port armoricain de la Manche entre Brest et le Cotentin. De nombreuses traces archéologiques, dont des portions en élévation des murailles du IIIe siècle, en attestent encore de nos jours.

À la même époque, l'îlot occupé aujourd'hui par Saint-Malo est inhabité, sinon par quelques pêcheurs.

À l'exemple des Bretons, les Armoricains se libèrent de l'administration romaine vers 420, au départ des Martenses. Alet se dépeuple alors fortement, du fait de ce départ et des incursions de pirates Frisons et Saxons qu'il rendait plus faciles. C'est à ce moment que se place l'immigration bretonne, qui se serait faite sur une côte dépeuplée selon les vitae des saints bretons. Cette immigration massive changea la composition ethnique et linguistique de la cité des Coriosolites, mêlant Bretons et Gallo-Romains. Elle perturba l'organisation des cités gallo-romaines au point qu'il n'y eut pas au Ve siècle d'évêché chez les Coriosolites et les Osismes, alors qu'il en avait déjà chez les Vénètes à Vannes, les Namnètes à Nantes et les Redones (ou Riedones) à Rennes[3].

Haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Icône de Saint Malo

La vita latine de saint Malo (Maclovius, Maclaw ou Maclou), composée vers l'an 870 par le diacre Bili à Alet, le fait naître vers l'an 510 à Llancarfan dans le royaume breton de Gwent (au Sud de l'actuel Pays de Galles). Filleul et disciple de saint Brendan, il le suivit dans ses voyages légendaires aux îles Fortunées. Accompagnant la migration bretonne de la Grande vers la Petite Bretagne, il débarqua à Cézembre (alors avant-port d'Aleth) puis rejoignit (vers 538), l'ermite breton Aaron sur le rocher sur lequel celui-ci s'était retiré à l'abri des tentations du monde. Cet îlot appelé Canalch (Canalchius insulae) ou rocher d'Aaron, devint le rocher de Saint-Malo à la mort de Aaron en 541. Malo l'aurait alors quitté pour rejoindre la cité d'Alet à quelques centaines de mètres de là. Il en aurait été élu évêque en 590. Mais entré en conflit avec les Aletins (habitants d'Aleth), Malo quitta la ville pour Saintes où il mourut un 15 novembre vers l'an 621. Ses reliques furent translatées en 672 à la cathédrale d'Alet et à l'hermitage de Saint-Aaron. Lors de l'invasion normande au Xe siècle, elles furent transportées à Paris, puis à Montreuil-sur-Mer avant d'être dispersées.

Historiquement, un siège épiscopal n'est attesté à Alet qu'au VIIIe siècle, avec les évêques Haelocar, Ermor, Iarnwalt, Maen, Salocon, Rethwalatr, Ratuili… Ces noms, tous bretons, indiquent qu'Alet est alors en zone bretonnante.

En 575, le prince domnonéen Judual aurait reconstruit Alet. À la fin du VIIe siècle, le chef breton Cadgualon vint y chercher assistance contre Saxons, témoignant de l'importance de la ville à cette époque. Au XIIe siècle, le géographe arabe Ibrahim B'Ya'Qub parle du port de "krmalh", ce qui nous indique que le nom de Ker Malo commençait à se substituer à celui d'Alet. La ville est pourtant nommée en divers textes Quidalet, contraction de Civit(as) Alet. Les assauts normands de 878, 919, 931 et 963 ruinèrent la ville durablement, comme en atteste le roman de Brut[4].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Fut-ce pour cette raison que le dernier évêque d'Alet Jean de Châtillon, dit « Jean de la Grille », transféra le siège du diocèse d'Alet vers l'île de Saint-Malo entre 1146 et 1152 ? En tout cas, il y trouva l'église que les moines bénédictins y avaient construite et la leur prit. En 1161, il y fonde le collège de Saint-Malo. On ne sait si l'arrivée de l'évêque précède ou suit la première urbanisation de Saint-Malo. Alet perdit beaucoup avec ce transfert. Elle devint un quartier de Saint-Servan. Les ruines de sa cathédrale sont encore visibles, à la Cité. En 1308, la ville tente d'échapper au pouvoir ducal et se constitue de en commune jurée.

L'évêché de Saint-Malo était l'un des « neuf évêchés » de Bretagne.

Sa position stratégique en fit un objet de conflit entre les ducs de Bretagne et leur suzerain le roi de France. En 1394, le pape Clément VII cède la ville au roi de France Charles VI avec l'approbation de ses habitants. Ceux-ci gagnent des franchises portuaires ce qui entraîne un développement du commerce.

1415 voit le retour de Saint-Malo à la Bretagne et des difficultés pour la poursuite de son essor. En effet, ville commerçante et ouverte sur le monde, Saint-Malo s'accorde mal avec le pouvoir ducale si bien que la politique de François II qui nécessite de plus en plus d'argent provoque résistance et opposition lors de la mise en place d'une administration contraignante en plus de l'administration royale.

En 1487 le duc de Bretagne rentre conflit dans le cadre de la guerre folle avec Anne de Beaujeu, alors régente de France. Définitivement défait en 1488, il signe le traité du Verger [5] qui le contraint, à titre de garantie, de laisser quatre places fortes dont notamment Saint-Malo. Repassant ainsi sous tutelle française, le mariage de 1491 entre Anne de Bretagne et le roi de France Charles VIII pérennise définitivement le retour de la cité au sein du giron royale.

Le temps des corsaires et des explorateurs[modifier | modifier le code]

Jacques Cartier, découvreur du Canada.
(Portrait imaginaire[6])
Robert Surcouf, l'un des principaux corsaires malouins.

C'est avec la découverte des Amériques et le développement des échanges avec les Indes que Saint-Malo prend son envol et s'enrichit considérablement. La ville proclamera même le et pendant quatre ans son indépendance sous le nom de la République de Saint-Malo. Les armateurs deviennent plus nombreux et des personnages de cette époque font la renommée de la ville, Jacques Cartier découvre le Canada, les corsaires harcèlent les marines marchandes et militaires, tels Duguay-Trouin, puis un peu plus tard Surcouf. D'autres s'illustrent dans la science, tel Maupertuis, ou dans les lettres et la politique comme Chateaubriand. Les armateurs se font construire des demeures particulières appelées malouinières.

En 1601, la Compagnie des marchands de Saint-Malo, Laval et Vitré arme deux navires, le Corbin et le Croissant, qui font une longue escale dans la baie de Saint-Augustin à Madagascar (voir relation de François Pyrard) [7].

  • Faits de Commerce et de Guerre de course
    • Les îles Malouines (Atlantique Sud, au large de l'Argentine) furent appelées ainsi en l'honneur des nombreux équipages de Saint-Malo qui y faisaient escale avant le passage du cap Horn vers le Pacifique.
    • Saint-Malo fut un port corsaire actif, spécialisé dans la guerre de course contre les vaisseaux anglais et hollandais qui croisaient en Manche.

Révoltes de 1675 : cette ville est citée pour avoir participé à la révolte du papier timbré survenue en 1675[8].

Lors de la fondation de la Compagnie des Indes en 1664, puis quand le port de Lorient est inauguré quelques années plus tard, les commerçants et armateurs malouins sont en première ligne : ils eurent l'idée d'armer leurs navires marchands «en course» afin d'assurer la protection de la flotte royale. Les navires de commerce furent donc transformés en navires d'armement[9].

En 1693, les Anglais, ne pouvant vaincre les corsaires malouins, décident de détruire Saint-Malo. Ils lancent contre les remparts un brûlot de quatre cents tonneaux bourré de poudre, de matières inflammables, de bombes, de vieux canons. Heureusement, le feu est mis trop vite à la machine infernale qui ne cause que des dégâts matériels et un fracas épouvantable.

Les grandes expéditions dans les Mers du Sud, sous le pavillon de la Compagnie royale de la mer du Sud (1698)[10], rapportèrent des millions de piastres en provenance de l'empire espagnol et de ses riches villes minières de la zone pacifique.

Les premiers navigateurs de la mer du Sud préférèrent passer par le Détroit de Magellan, grâce au recours à des pilotes fortement rétribués. Jacques Gouin de Beauchêne, capitaine du Phelypeaux, navigua ainsi dans le détroit de Magellan en 1699, même s'il passa au retour d'Ouest en Est, par le Cap Horn, dans un sens où la traversée fut plus facile. L’expédition d’Alain Porée, Joseph Trublet et Jean-Baptiste Bécard part de Saint-Malo le 25 août 1703, à destination des colonies espagnoles de l’Amérique du Sud fut la première française à passer le Cap Horn dans l'autre sens, d'Est en Ouest.

Ces grandes expéditions dans les Mers du Sud permirent aussi l'attaque de Rio de Janeiro en 1711 par l'escadre de Duguay-Trouin, ou l'expédition de Moka, qui revint chargée de précieux café du Yémen. Les grands armateurs de la ville, Noël Danycan, François-Auguste Magon de la Lande ou Luc Magon de la Balue sont rejoints par le corsaire irlandais Phillip Walsh, dont les fils partirent cependant à Nantes créer la dynastie de spécialistes de la traite négrière d'Antoine Walsh.

La rivalité des ports français au XVIIIe siècle sera douloureuse pour Saint-Malo, qui avait jusque-là trouvé une complémentarité avec Lorient.

Saint-Malo, probablement au XVIIIe siècle.

Le 27 octobre 1661, vers cinq heures du soir, Marie Charnacé fait bouillir de la térébenthine lorsque le liquide s'enflamme. Le feu se propage dans toute la Grand'Rue; il dura 13 heures et 237 maisons furent détruites. L'histoire a nommé ce drame la Grande Brulerie.

Révolution française[modifier | modifier le code]

Les changements apportés par la Révolution française sont bien accueillis à Saint-Malo. Durant cette période, la commune est rebaptisée Port-Malo, puis Commune-de-la-Victoire, puis Mont-Mamet[11].

Pendant la Terreur, après le passage de Carrier en août 1793, arrive en décembre, Jean-Baptiste Le Carpentier, auréolé de sa défense de Granville contre l'armée vendéenne catholique et royale. L'envoyé de la Convention organise la Terreur à « Port-Malo » dont rues, places et portes sont rebaptisées. La guillotine fonctionne et au total 300 personnes perdent leur tête, à Saint-Malo ou à Paris[précision nécessaire]. Le 1er ventôse de l'an II (19 février 1794), il enjoint aux administrateurs du district de presser le maire Moulin de débarrasser la cathédrale, devenue « Temple de la Raison », des « attributs du fanatisme » qu'on y aperçoit encore. L'édifice fut adjugé pour enlèvement des matériaux après démolition. Le Carpentier, grand pourchasseur de curés, assermentés ou non, et pourvoyeur de prisonniers pour le « Mont-Libre », est, sous la Restauration en 1820, jugé et condamné à la prison au Mont redevenu « Saint-Michel », y chante les louanges de la famille royale et répond comme servant à la messe tous les matins[12].

L’organisation des fêtes révolutionnaires témoigne cependant du maintien d’un sentiment favorable au nouveau régime, surtout après la fin de la Terreur :

  • les victoires des armées républicaines sont fêtées, notamment la reprise de Toulon aux Anglo-royalistes[13] ainsi que la paix avec l’Autriche, principal ennemi de la France, en brumaire an VI[13] ;
  • l’anniversaire de l’exécution de Louis XVI, accompagnée d’un serment de haine à la royauté et à l’anarchie, est fêté (à partir de 1795)[14] ;
  • les autres fêtes républicaines sont suivies, comme l’anniversaire de la République jusqu’à l’an VIII (22 septembre, 1er vendémiaire[15]), la fête de la Jeunesse (le 10 germinal, soit le 30 mars[16]), la fête de la Reconnaissance, pourtant peu suivie dans le département (le 10 prairial[17]).

Troisième République[modifier | modifier le code]

Sous la Troisième République, le servannais Louis Duchesne est la figure dominante du monde intellectuel malouin. Les travaux de cet archéologue et historien participent à la rénovation de l'Eglise catholique. Après Trublet et Chateaubriand, il est le troisième malouin élu à l'Académie française.

Histoire contemporaine[modifier | modifier le code]

Première ville de France ayant développé un centre pionnier de thalassothérapie (thermes marins, soins fondés sur l'administration de bains d'eau de mer sous différentes formes) et accueillant plusieurs lignes de ferries vers le Royaume-Uni et les îles Anglo-Normandes, Saint-Malo vit beaucoup de son port et du tourisme tout au long de l'année.

Le Mont-Saint-Michel très proche en fait un port d'arrivée pour explorer la région (TGV à trois heures de Paris, paquebots de croisière).

Destruction de la vieille ville de Saint-Malo[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Libération de Saint-Malo.

En , les colonnes américaines du VIIIe corps d'armée de Middleton, intégré à la IIIe armée américaine du général Patton, se dirigent vers Brest, pour capturer le port. Pris sous le feu de l'artillerie allemande près de Saint-Malo, l'armée américaine réagit brutalement. Le dimanche 6 août 1944, les premiers obus américains tombent sur la vieille cité malouine. Pourtant, conformément aux rapports de la Résistance bretonne, la garnison allemande qui stationne intra-muros est très réduite, ne comptant pas plus de soixante-dix hommes appartenant à la 5e batterie DCA de la Flak-Abteilung 912. L'offensive américaine se poursuit plus d'une semaine sur Saint-Malo et ses environs. Le fort National n'échappe donc pas à ces funestes bombardements. Dans la nuit du 9 au 10 août 1944 notamment, alors que la vieille cité corsaire se consume sous les bombes alliées, 18 prisonniers malouins sont tués par des obus de la 3e armée américaine[18]. Une plaque commémorative, apposée dans le fort, honore aujourd'hui leur mémoire[19]. Le dimanche 14 août 1944, la ville, le château, le Grand Bé et Cézembre subissent un nouveau bombardement aérien, l'aviation américaine envoyant cette fois 150 bombardiers lourds Liberator. Fort heureusement évacuée par les autorités allemandes quelque temps plus tôt, Saint-Malo est presque entièrement dévastée par les incendies qui suivent ce bombardement massif. Plus de 80 % des meubles, immeubles, archives, et biens personnels des Malouins sont irrémédiablement détruits[20],[21].

L’histoire de la reconstruction de Saint-Malo[modifier | modifier le code]

Saint-Malo lors du mauvais temps.

Saint-Malo a été reconstruite selon son plan original. Des concessions ont cependant été faites à la circulation automobile moderne et à la salubrité publique. La reconstruction s'est faite sous l'impulsion de son maire et ancien ministre d'État Guy La Chambre, de ses habitants, du ministère de la Reconstruction et grâce à des dons venus du Québec, sur une période de douze ans (1948-1960). Le projet a été confié aux architectes Louis Arretche et Raymond Cornon. Les premiers plans de la reconstruction de Saint-Malo intra-muros sont dus au grand prix de Rome Marc Brillaud de Laujardière.

La question était alors de savoir s'il fallait redonner à la cité intra-muros ses fonctions du passé, à savoir un centre administratif, hospitalier, scolaire et commercial. Il s’avéra difficile de restituer les anciennes rues avec des contraintes urbanistiques modernes. En décembre 1944, Marc Brillaud proposa donc un plan qui modifiait totalement le tissu urbain et prévoyait plusieurs grandes percées, en particulier celles qui devaient joindre les portes de la Cité à la cathédrale. Dans son projet, les bâtiments administratifs étaient regroupés autour de la cathédrale ; par ailleurs, il modifia les rues qu’il élargit jusqu’à 8 m et évacua l’hôpital hors de l’intra-muros. Il fournit une première esquisse pour les façades des immeubles, limitant leur hauteur à trois étages plus un comble habitable sous les toits. Les façades étaient d’un style très sobre, évitant le pastiche des styles historisants. L’ensemble de ce dispositif fut validé en 1946 et approuvé par le ministère.

Ce projet prit du retard à cause de la situation difficile du pays. La polémique s’installa et, en février 1947, l’association des sinistrés de Saint-Malo réclama un style malouin, arguant que ce style devait s’harmoniser avec ce qui restait du passé, les remparts et le château, tout en s’adaptant à la vie moderne. Les sinistrés contestaient en particulier la politique des Monuments Historiques et demandèrent que les façades commerciales de bois soient autorisées dans l'intra-muros. À cette époque, Marc Brillaud, appelé par le ministère à d'autres fonctions à Caen, quitta Saint-Malo. Il fut remplacé par Raymond Puthomme qui ne parviendra pas à s’imposer. Les Malouins demandèrent que la reconstruction soit confiée à Yves Hémar, un architecte malouin connu pour la construction de villas balnéaires ; cependant, ce dernier ne fut pas retenu pour la totalité des travaux. On lui préfèrera le grand prix de Rome Louis Arretche, architecte reconnu de l’après-guerre.

Louis Arretche reprit les esquisses de Marc Brillaud en précisant : « la réussite de la reconstruction dépend avant tout du profil et de l’aspect des quatre façades maritimes et portuaires de la cité » de Saint-Malo, rare ville française qui peut se découvrir d’un même regard et sur tous les côtés. « Restituer prioritairement les quatre grandes façades de la ville afin de lui donner sa silhouette antérieure et de déterminer le gabarit du vaisseau ». Arretche va conserver les profils de la cathédrale et du château, suivant la volonté de Raymond Cornon. Ce sont ces bâtiments qui fixent les lignes maîtresses du volume d’ensemble. À l’intérieur, la reconstruction des immeubles va être marquée par une beaucoup plus grande liberté. La mairie est dans le château, l’Hôtel-Dieu et la prison hors des murs, ce qui libère une grande surface au sol. Arretche élargit les rues, remembre les commerces et prévoit une hauteur supérieure à trois étages allant jusqu'à 5 ou 6 niveaux. Il prend le parti architectural de l’îlot fermé, formé par un pâté de maisons entourant une cour intérieure. Les façades des immeubles sont construites sans éléments somptuaires en jouant uniquement sur le décrochement avec, exceptionnellement, des terrasses pour protéger les commerces. La pente des toitures sera à 50 et 60° ; le choix des matériaux imposés sera du granit et de l’ardoise, sans oublier le béton brut de décoffrage.

En juillet 1948, la ville est décorée de la Légion d'honneur et de la croix de guerre 1939-1945. On retrouve ces décorations sur les armoiries de la ville[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Pierre Leguay et Hervé Martin, Fastes et malheurs de la Bretagne ducale, 1213-1532, Éditions Ouest-France, 1997, 435 pages, p. 420 (ISBN 2737321875).
  2. The Transatlantic Slave Trade (A Database on CD-Rom) Cambridge 1998
  3. Beaulieu 1993, p. 3 à 9
  4. Beaulieu 1993, p. 8 à 13
  5. Philippe Valode, L'histoire de France en 2 000 dates,‎ , p 232,
  6. Portrait imaginaire de Jacques Cartier, d'après Bibliothèque et Archives Canada. — Conservateur actuel : le Château Ramezay.
  7. L'abbé Angot a par quelques extraits de correspondance, les relations et les associations d'intérêt qui existaient, au point de vue commercial, entre les négociants lavallois et les armateurs malouins.
  8. Beaulieu 1993, p. 32 à 50
  9. http://www.restaurationdemeubles.com/saint_malo.htm
  10. Noël Jouin, par Étienne Dupont, page 21
  11. Des villages de Cassini aux communes d'aujourd'hui, « Notice communale », École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS)
  12. Étienne Maignen, La Terreur à Port-Malo, Société archéologique et historique d'Ille-et-Vilaine (SAHIV), p. 141 à 152, bulletin et mémoires tome CVIII 2004
  13. a et b Dubreuil 1905, p. 397
  14. Dubreuil 1905, p. 398-399
  15. Dubreuil 1905, p. 401
  16. Dubreuil 1905, p. 402
  17. Dubreuil 1905, p. 406
  18. Joseph Baladre: Un épisode du siège de Saint-Malo, Les otages au Fort National 7-13 août 1944, Beuchet et Vanden Brugge, Nantes, 1946.
  19. Les heures noires de la seconde guerre mondiale sur fortnational.com
  20. Beaulieu 1993, p. 98 à 104
  21. Une source contemporaine explique que cette destruction est simplement due à un malentendu. Les résistants ayant avisé les Américains que les Allemands se tenaient dans leurs bunkers de Cézembre, une île au large de Saint-Malo et de la Cité d'Aleth, ces derniers crurent que cette « Cité » désignait le cœur de la cité corsaire de Saint-Malo intra muros, et le bombardèrent en conséquence.
  22. Beaulieu 1993, p. 106

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Suzanne et J. Beaulieu, Saint-Malo et l'histoire, Châteaubourg, éd. Marc-Aurèle, coll. « le Phénix »,‎ , 119 p. (ISBN 9782909506012)
  • Louis Dubreuil, « Fêtes révolutionnaires en Ille-et-Vilaine », Annales de Bretagne, vol. 21, t. 4,‎
  • André Lespagnol , "Messieurs de Saint-Malo, une élite négociante au temps de Louis XIV", Presses Universitaires de Rennes, 1997
  • Alain Roman, Saint-Malo au temps des négriers, éditions Karthala-Paris, 2001.
  • Mehdi Zmuda, Saint-Malo port négrier ?, éditions Phoenix , 2004.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Il est possible d'approfondir ses connaissances sur l'histoire des Malouins aux XVIe et XVIIe siècles en se reportant aux deux romans de Bernard Simiot, Ces Messieurs de Saint Malo et Le Temps des Carbecs.