Histoire de Bergame

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Selon la légende, Bergame fut fondée par le fils du fondateur des Liguri seulement 501 ans après le Déluge Universel, daté de 3000 av. J.-C. Son nom alors était Barra.

Bergamo vista città bassa.jpg

Antiquité et haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Au VIe siècle av. J.-C., la zone est occupée par les Étrusques, qui la fortifièrent.

Vers 550 av. J.-C. elle est conquise par les Aulerques Cénomans, qui s’adonnèrent aux tueries et dévastations.

Le nom de la cité, de Barra devient Berghèm, terme peut-être apparenté avec le vocable de l’allemand moderne Berg (montagne) et Heim (habitations) mais cette thèse ne fait pas l’unanimité.

Le nom rappelle celui de l'antique Pergame.

Environ un siècle et demi après, arrivent les Gaulois Sénons de Brennos, que cependant doivent lutter contre les soldats envoyés de Rome sous les ordres de Torquato.

Selon la légende le général romain défia le barbare en combat singulier et le vainquit. Celui-ci, par honte se suicida en se jetant dans le fleuve. Ainsi les bergamasques devinrent sujets de Rom.e, la vieille société disparaît et est remplacée par les nouvelles lois, nouveaux systèmes administratifs et, évidemment, nouvelle religion.

Ainsi commence une longue période de bien-être et prospérité, et Bergomum, rebaptisé ainsi par ses nouveaux patrons, devient une commune florissante et riche d’environ 10 000 habitants.

Ensemble à tous les habitants des territoires transpadanes, les bergamasques aussi, devinrent citoyens romains en 49 av. J.-C, à la suite d'un édit de Jules César.

Un peu plus tard, à Bergame, apparaîtront les premiers Chrétiens et en 290 ap.JC, Sant'Alessandro, aujourd’hui patron de la cité, subit le martyre.

Au Ve siècle la cité, avec la chute de l’Empire Romain, fut à maintes fois envahie et saccagée.

En 402, commencent les Goths de Alaric Ier, une cinquantaine d’années après ce sont les Huns d’Attila et puis les Vandales, les Byzantins et les Grecs.

En 569, les Lombards trouvèrent une cité quasi déserte et s’y établirent pacifiquement. Quand le roi Agilulf épousa la reine Théodelinde, ils se convertirent en masse au catholicisme. Durant la domination lombarde, la cité connaîtra une période de calme relatif.

En 774, à Bergame, les Francs de Charlemagne arrivèrent et établirent un grand marché commercial.

En 894 la cité est détruite par l’armée de l’empereur Arnulf, descendu en Italie sur invitation du pape Formose. Celui-ci était seulement de passage, en provenance de Vérone et en direction de Milan.

Les Bergamasques reconstruisirent “Bergomum” pratiquement seuls, sous la direction de l’Évêque, ce qui explique la multitude d’églises.

Commune Libre[modifier | modifier le code]

Le baptistère

En 1098, l’évêque Arnolfo, déjà excommunié par le Pape Grégoire VIII pour simonie, est déposé par le Concile de Milan et est même chassé de Bergame, qui se proclame Commune Libre.

En 1156 Frédéric Barberousse concède à la cité le droit de battre monnaie, mais le 11 mars de la même année éclate, pour question de prédominance de territoire, la première guerre contre la Commune Libre de Brescia. Pour Bergame la situation tourne rapidement au pire et c’est seulement après dix jours que la paix est signée, grâce à la médiation de l’Empereur, qui jouit à Bergame d’une grande popularité.

Lorsque cependant en 1162, l’Empereur détruit Milan, Bergame est parmi les communes qui, le 7 avril 1167, dans le monastère bénédictin de Pontida, fondèrent la Ligue Lombarde. Quand celle-ci, le 29 mai 1176, vainquit à Legnano l'armée impériale, les Bergamasques festoyèrent plusieurs jours.

Puis la vie de tous les jours reprend et alors il arriva qu’en 1184, le même Empereur entre dans la cité, salué, selon la chronique de l’époque, par une vraie manifestation d’enthousiasme.

Le 7 juillet 1191, les Brescians vainquirent les Bergamasques qui laissèrent sur le champ de bataille de Cividate, sur les rives du fleuve Oglio, plus de 3 000 cadavres.

En 1198, à Bergame, le Palais de la Région (Palazzo della Ragione) est achevé et la cité commence à s’étendre en dehors des murs, jetant les base de l’actuelle "cité basse".

En 1203, le conflit se fait très violent entre la commune et le pape Innocent III, qui s'opposait catégoriquement, au nom des "libertés ecclésiastiques", à la volonté des Bergamasques de faire contribuer les biens d'Eglise aux impôts : la ville est mise sous interdit ecclésiastique et ses dirigeants sont excommuniés. Six ans plus tard, cependant, Innocent III dut lever ces sanctions canoniques, car elles avaient eu pour seul effet d'habituer les habitants de la ville à l'absence du clergé catholique (qui était parti) et de favoriser le développement des hérésies[1].

En 1206 éclate une vraie bataille entre les fractions bergamasques des Suardi (porte-drapeaux des nobles et gibelins) et des Rivola (porte-drapeaux de la faction populaire et guelfes).

La papauté continue à considérer Bergame comme une cité hérétique ; les inquisiteurs de la "dépravation hérétique", Lanfranco et Fontana, se distinguent par leur fanatisme et le nombre de leurs victimes.

Sur le front politique interne, les Suardi s’allient avec les Colleoni, et le 18 mai 1226 la bataille entre ces deux familles et la famille des Rivolta dura plus d’une journée.

Le 14 février 1230, les Bergamasques pourtant fatigués de tant de massacres, fêtèrent la naissance de la Società del Popolo (Société du peuple), créée avec un statut spécial et forte d’environ 200 fantassins, afin de pourvoir au bien de la cité sans heurt entre les citadins.

En novembre 1237, Bergame se range aux côtés des troupes impériales contre la Seconde Ligue Lombarde.

Dans la bataille de Cortenuova les pertes des ennemis de l’Empereur Federico II sont énormes et s’élèvent à environ 7 000 morts et 4 000 prisonniers.

Bergame, par peur de subir la vengeance des communes trahies, se fie à la protection des autres, initialement des Visconti protecteurs des gibelins. De nombreux guelfes passèrent en justice et les citadins bergamasques payèrent le coût de cette alliance en termes de nouvelles taxes.

En 1265 naît, sur initiative de l’évêque Pinamonte da Brembate, le Consortium de Miséricorde (Consorzio di Misericordia), grande organisation d’assistance encore opérationnelle aujourd’hui.

Le 10 mars 1296 éclate dans la cité une furieuse bataille entre le parti des Guelfes (porte-drapeaux des Colleoni, désormais ex-alliés des Suardi) et le parti des Gibelins, commandés justement par les Suardi.

C’est l'épilogue d’une sanglante guerre civile qui se conclut par la fuite des Suardi à Milan, où ils demanderont la protection des Visconti. Ceux-ci envoient un petit détachement sous les murs de Bergame et ce fut alors au tour des Colleoni de quitter le terrain. Les Suardi retournèrent dans la cité et l’armée des Visconti retourna à Milan.

Alors les alliés des Colleoni, les Rivola et les Bonghi, attaquèrent de nouveau les Suardi et ceux-ci, défaits, durent fuir une nouvelle fois. Les Colleoni retournèrent mais, incroyablement, s’allièrent avec les Suardi et les Rivola durent quitter Bergame.

Toutes ces luttes intestines affaiblirent l’institution communale et, en février 1331, les Bergamasques ouvrirent grandes les portes à Jean Ier conte du Luxembourg, Roi de Bohême et de Pologne, accueilli comme un libérateur.

L'illusion ne dura qu’un an parce que, en 1332, Mastino della Scala, Seigneur de Vérone, vainquit Giovanni I à Brescia puis à Bergame.

En 1337, comme ex-voto des Bergamasque à Marie pour les avoir sauvés de la peste, commencèrent les travaux de réfection et d’agrandissement d’une petite église du VIIIe siècle, Basilique Santa Maria Maggiore de Bergame.

Durant la domination des Visconti, la Citadelle fortifiée fut construite dans un but défensif, pendant qu’en 1335 fut complétée la fortification du château de San Vigilio (it).

Au XIVe siècle, Raimondo da Bergamo traduit en vulgaire bergamasque le Trésor de Brunetto Latini.

Seigneurie et République de Venise[modifier | modifier le code]

Chapelle Colleoni – particularité de la façade

En 1407, la cité est conquise par les Malatesta, contre qui, douze années éclate une révolte gibeline commandée par Philippe Marie Visconti.

En 1428, Bergame fait enfin partie de la Sérénissime république de Venise, qui fait compléter les fortifications de la ville basse par la construction de la Muraine, pour les bourgs qui s’étaient développés hors des murs médiévaux.

En 1437, après une attaque de Filippo Maria Visconti, la cité est rapidement remise à Venise par Bartolomeo Colleoni. Durant la domination vénitienne, la cité subit quelques modifications : le Palais communale est reconstruit, la place Mascheroni est réalisée pour accueillir le marché et la place Pontida est améliorée.

Au début du XVIe siècle, la cité subit deux invasions françaises et sept espagnoles, alternées par la reconquête vénitienne. En 1561, Venise commence la construction des murs de la Citadelle.

Dans le domaine de l'histoire de l'art, ce lien avec Venise, facilita les échanges avec les peintres vénitiens. Mais le peintre Giovan Battista Moroni, grand portraitiste bergamasque, fonda le courant pictural de "la peinture de la réalité". Ses personnages étaient ancrés dans leurs occupations quotidiennes, contrairement à ceux du Titien qui arboraient les symboles de leur pouvoir. Ce style de peinture a marqué les arts plastiques de Bergame et de Brescia jusqu'au XVIIIe siècle[2].

En 1630, la famine en premier et l’épidémie de peste ensuite (celle décrite par Alessandro Manzoni dans Les Fiancés) firent environ 10 000 victimes à Bergame.

De Napoléon à l'unité Italienne[modifier | modifier le code]

À la fin du XVIIIe siècle, pose du Sentierone dans la basse cité et de la « fontaine du Contarini » sur la “Piazza Vecchia » de la cité haute.

En 1796, les troupes révolutionnaires françaises entrent dans la cité, mettant fin à la longue domination vénitienne et fondèrent la République bergamasque, dont la brève vie se conclut au traité de Campoformio et son intégration dans le règne d'Italie par Napoléon Bonaparte, en 1805.

Depuis le Congrès de Vienne (1815) jusqu'en 1859, la ville fait partie de la monarchie autrichienne (Royaume lombardo-vénitien), gouvernement de Lombardie, chef-lieu de la province de Bergame.

Timbre du Royaume lombardo-vénitien de 1854, 15 centesimi oblitéré à Bergame

En 1837, la “Porta Nuova” est ouverte et quelques années après la “via Ferdinandea”, aujourd’hui boulevard Victor-Emmanuel II de Savoie, principale voie de liaison entre les deux parties de la cité.

En 1848, Bergame demande aide à Milan, engagée dans ses cinq journées de révolte anti-autrichienne.

En 1857, le chemin de fer arrive à Bergame.

Le 8 juin 1859, Giuseppe Garibaldi fait son entrée dans la cité, mettant fin à la domination autrichienne. Porte San Lorenzo, fut rebaptisée « Porte Garibaldi ». L'année suivante 174 bergamasques partirent avec Garibaldi dans L’expédition des mille, en témoignage de leur dévouement, Garibaldi dans une lettre de Caprera du 10 février 1864, adressée au maire Camozzi - (...) à la première expédition de Sicile et Naples comptèrent en première ligne les prodigieux fils de Bergame (...) G. Garibaldi – (ex au Museo Storico di Bergamo). La chronique de l’époque raconte que les prêtres des vallées dissuadèrent nombre jeunes de partir avec les “chemises rouges” de Garibaldi.

En 1872, le siège de la commune est transféré dans le cité basse, devenue désormais un centre urbain.

En 1887, le service du funiculaire entre en fonction entre la haute et basse cité.

En 1901, les Muraine, qui faisaient office de douane quelques années avant, sont détruites pour faire place au boulevard périphérique.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Panoramique de Bergame

Dans les années de la Première Guerre mondiale beaucoup de bergamasques s’enrôlèrent dans les troupes alpines et combattirent au front.

La cité fut épargnée de la dévastation durant la Seconde Guerre mondiale et eut la chance de ne subir aucun bombardement.

En 1958, le cardinal Angelo Giuseppe Roncalli, né à “Sotto il Monte”, fut élu Pape sous le nom de Jean XXIII.

En 1972, mise en service de l’aéroport de Bergame-Orio al Serio. Et en 1985, la première transplantation d’organe à l’hôpital Riuniti.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Edition et traduction des lettres d'Innocent III qui lancèrent, puis levèrent les sanctions canoniques contre Bergame, dans Patrick Gilli, Julien Théry, « Le gouvernement pontifical et l'Italie des villes au temps de la théocratie (fin XIIe-mi-XIVe siècle) », Montpellier : PULM, 2010, au chapitre 5, « Innocent III et la fiscalité communale imposée au clergé : le cas lombard », p. 299-329, disponible en ligne.
  2. Francesco Frangi, « Les Peintres de Lombardie du Piemont et de Ligurie », dans Mina Gregori, Le Musée des Offices et le Palais Pitti, Paris, Editions Place des Victoires, , p. 285