Histoire contrefactuelle

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En science de l'Histoire, l’histoire contrefactuelle (ou approche contrefactuelle) est une méthode qui consiste à imaginer des développements historiques alternatifs[réf. souhaitée] (par exemple la chute de la république romaine suite à l'invasion gauloise, et ses conséquences possibles) à partir d'une situation réelle (celle de Rome et des celtes gaulois). La question qui permet d'amorcer ce type de réflexion est : « Que se serait-il passé si… ? ». Cette démarche est également présente en littérature (uchronie), en philosophie et dans certaines branches des sciences dures comme la physique.

L'histoire contrefactuelle permet d'aborder de manière originale les problèmes de la causalité historique, du rôle de l'imagination, de l'écriture et des usages politiques de l'Histoire[1]. Il ne s'agit pas de réécrire ou contredire le récit officiel des événements passés, mais, à l'aune de l'historiographie, d'en comprendre les mécanismes, les facteurs causals, les forces à l’œuvre, ou encore l'importance relatives des décisions d'individus ou de groupes, en fonction de leurs pouvoirs.

Origines de cette approche[modifier | modifier le code]

De l'antiquité au XIXe siècle en occident, de nombreux auteurs ont pratiqué une forme simple d'approche contrefactuelle, sous la forme de digressions. Il s'agit par exemple de Tite-Live, ou de l'historien Edward Gibbon ou encore de Blaise Pascal. Au XIXe apparait un genre littéraire nouveau : l'uchronie, dont l'idée est d'écrire des romans en modifiant un événement historique, pour distraire, mais aussi pour appuyer une cause politique. Puis, au début du XXe siècle les historiens souhaitent doter leur travail de bases scientifiques, ce qui aurait pu les éloigner des notions de fiction. Mais le sociologue Max Weber démontre l'importance de la démarche contrefactuelle dans la science historique pour mesurer une signification historique, l'établissement de possibilités objectives, et permettre ainsi d'évaluer la portée d'un événement[2].

L'un des premiers ouvrages à s'ouvrir pleinement à ce type de réflexion est le livre collectif intitulé If It Had Happened Otherwise (Et si cela s'était passé autrement, 1931), sous la direction de John Collings Squire[3]. Parmi contributions à cet ouvrage, on trouvait notamment celle de Winston Churchill If Lee Had Not Won the Battle of Gettysburg ( Et si Lee n'avait pas gagné la bataille de Gettysburg), qui imagine les États-Unis après la guerre de Sécession et la victoire des forces du Sud et celle d'André Maurois If Louis XVI had had an Atom of Firmness 1948-1950, Churchill ne cessera d’ailleurs de réfléchir sur l'enchaînement des événements dont il fut témoin au XXe siècle ; l'une de ses questions les plus célèbres fut : « Que se serait-il passé si dès 1935 la France avait effectivement empêché l'Allemagne de se réarmer, sachant qu'elle avait alors les moyens militaires d'agir ? »[4].

Dans les années 1960, la science-fiction commence à explorer de manière uchronique certains grands événements du passé : ainsi, un auteur comme Philip K. Dick, avec Le Maître du Haut Château, imagine ce que serait devenu le monde si les forces de l'axe avaient remporté la Seconde Guerre mondiale.

L'historien allemand Reinhart Koselleck dans son essai Le Futur passé (Vergangene Zukunft, 1979), met en rapport histoire et temps, et en appelle à une réflexion sur l’importance de l’imagination en histoire, sur les ressources cognitives de la fiction. Nourrie par un prudent travail d'archives, la projection dans les « futurs possibles, craints et espérés » qu'il propose, autorise un décentrement fictionnel qui permet une remise en cause particulièrement efficace de la téléologie ou de la continuité historique. Il s'agit alors d'examiner les futurs possibles du passé.

La démarche contrefactuelle connaît son apogée dans les années 1990 dans les milieux universitaires anglosaxons et suscite alors de nombreuses polémiques. Le Britannique Niall Ferguson, avec ce qu'il appelle Virtual History[5], se veut le champion de ce type de travaux mais ses nombreuses publications et ses déclarations fracassantes ont conduit de nombreuses personnes à renvoyer cette pratique aux conservateurs et donc à politiser tout un pan de la recherche.

Or, depuis les années 2000, l'approche contrefactuelle permet par exemple de revaloriser de nombreux aspects quelque peu éludés de l'histoire et d'organiser des campagnes de réparations : les femmes, les minorités, les peuples dits vaincus, certaines individualités, et d'autres forces à l’œuvre, font leur entrée dans le récit officiel. Ce rééquilibrage n'a été possible qu'après avoir pu déconstruire certains récits, lesquels sont trop souvent ponctués par des représentations figées ou univoques.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Définition proposée lors du séminaire de recherche de Quentin Deluermoz et Pierre Singaravélou What If… ? Apports, limites et enjeux de la démarche contrefactuelle en histoire, EHESS, 2010.
  2. Deluermoz Quentin, Singaravélou Pierre, « Explorer le champ des possibles. Approches contrefactuelles et futurs non advenus en histoire », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 3/2012 (n° 59-3), p. 70-95. URL : http://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2012-3-page-70.htm DOI : 10.3917/rhmc.593.0070
  3. (en) J.C. Squire, Editor, If it had Happened Otherwise, New York, St Martin Press, 1931, édition consultée 1972, 320 p. (LCCN 73-91142)
  4. W. Churchill, Le Deuxième Guerre mondiale, tome 1 : « L'Orage approche. D'une guerre à l'autre », Plon, chap. VIII, p. 130-146.
  5. (en) Niall Ferguson, « Virtual History:Towards a 'chaotic' theory of the past », Introduction à l'ouvrage Virtual History,‎ , p. 1-90

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]