Histoire comparée

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L'histoire comparée est une démarche consistant à mettre en parallèle des éléments du passé pour en faire ressortir les points communs et les différences, voire pour en tirer des réflexions plus générales sur l'histoire (fonctionnement des systèmes, mise en évidence de structures...). En science historique, cette démarche comparatiste pose notamment le problème de sa méthodologie. Sur le plan épistémologique, l'histoire comparée entre en interaction avec plusieurs autres sciences humaines et sociales. L'histoire comparée a elle-même son histoire, ponctuée à partir de 1900 de grands noms comme ceux de Henri Berr, Émile Durkheim, Marc Bloch[1]. À partir de la fin du xxe siècle, l'histoire comparée se renouvelle sous l'impulsion de tendances historiographiques comme l'histoire croisée.

Histoire et comparaison[modifier | modifier le code]

« “L'histoire”, avait déclaré Durkheim, “ne peut être une science que dans la mesure où elle explique, et l'on ne peut expliquer qu'en comparant” ». D'après J.M. Hannick cité ici, « L'historien qui s'est le plus intéressé à la méthode comparative, qui l'a pratiquée avec le plus de succès et s'est exprimé à son sujet avec le plus de clarté est probablement M. Bloch » : Pour Bloch, pratiquer la méthode comparative, « c'est rechercher, afin de les expliquer, les ressemblances et les dissemblances qu'offrent des séries de nature analogue, empruntées à des milieux sociaux différents ». La méthode comparative aurait « d'abord une fonction heuristique, permettant de découvrir des phénomènes qu'on n'aurait pas aperçus à tel endroit si on n'avait eu en tête des réalités du même genre, plus visibles dans d'autres milieux »[2].

L'une des difficultés de « la comparaison face à l’historicité de ses objets », difficultés qui toutes, concernent « l’articulation de la méthode et de l’objet », réside, selon Michael Werner et Bénédicte Zimmermann, dans le fait que « l’historicisation des objets et des problématiques peut susciter des conflits entre logiques synchronique et diachronique. La comparaison suppose une coupe synchronique, ou tout au moins un point d’arrêt dans le déroulement temporel, même si le comparatiste traite aussi de processus de transformations ou peut opérer des comparaisons dans le temps »[3].

Histoire comparée et sciences humaines[modifier | modifier le code]

Tout au long du vingtième siècle, l'histoire comparée se trouve impliquée dans sa relation à d'autres sciences humaines et sociales, mais en premier lieu à la sociologie qui nécessite la démarche comparative pour se définir en tant que science.

« Pour la linguistique saussurienne, l'ethnologie ou la sociologie durkheimienne », explique Olivier Dumoulin, « le recours à une démarche comparative constitue l'élément décisif pour l'identification de systèmes, de structures, de codes dont la découverte légitime leurs prétentions scientifiques », contrairement à ce que pensent les « historiens “positivistes” » qui « consacrent l'établissement du fait unique comme seule voie possible pour une histoire scientifique ». Au début du siècle, le « refus de l'idée de loi historique », écrit-il, « expose les historiens à la contestation des sociologues ». Bien plus tard, quand l'objet de l'histoire comparée aura « considérablement changé depuis le début du siècle », Michel de Certeau observera dans les années 1970 que « l'opération historique » recourt à la démarche comparative « pour pousser à la limite les modèles construits par les sciences de l'Homme », parce que « par la comparaison historique on saisit plutôt les écarts, les résistances, les différences » [4].

Transferts culturels[modifier | modifier le code]

Des réserves ont été exprimées sur « les limites du comparatisme en histoire culturelle » par Michel Espagne qui introduit la notion de « transferts culturels ». Michel Espagne a « élaboré cette notion depuis une dizaine d'années avec Michael Werner », relève Michel Trebitsch en 1998 dans Pour une histoire comparée des intellectuels: « L'attaque principale de Michel Espagne, étayée essentiellement sur l'exemple franco-allemand, porte sur le fait que les comparaisons s'opèrent toujours d'un point de vue national, ce qui les empêche d'élaborer de véritables outils comparatifs et les enferme dans des catégories purement abstraites »[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Dictionnaire des sciences humaines, (Dir. Sylvie Mesure, Patrick Savidan), Paris, PUF, 2006, Entrée « Histoire comparée » (Christophe Charle). Voir : [1]
  2. Jean-Marie Hannick, « Simples réflexions sur l'histoire comparée »,d'après J.-M. Hannick, « Brève histoire de l'histoire comparée », paru dans Guy Jucquois, Christophe Vielle (éd.), Le comparatisme dans les sciences de l'homme. Approches pluridisciplinaires, De Boeck|De Boeck université, Bruxelles, 2000, p. 301-327. Voir [2]
  3. Werner Michael, Zimmermann Bénédicte, « Penser l'histoire croisée : entre empirie et réflexivité. », Annales. Histoire, Sciences Sociales 1/2003 (58e année) , p. 7-36, voir en ligne [3], consulté le 19 janvier 2016.
  4. Dictionnaire des sciences historiques (dir. André Burguière ), Entrée: « Comparée (Histoire) », article d'Olivier Dumoulin, Paris, PUF, 1986, p.  151-152
  5. Michel Trebitsch dans Pour une histoire comparée des intellectuels (dir. : M. Trebitsch, M-C. Granjon), Bruxelles, Complexe, 1998, coll. « Histoire du temps présent », p. 12 et p. 70. M. Trebitsch réfère en notes à Michel Espagne, « Sur les limites du comparatisme en histoire culturelle », Genèses, n° 17, septembre 1994, p.  112-121 et à Michel Espagne et Michael Werner, Transferts. Les relations interculturelles dans l'espace franco-allemand (XVIIIe-XIXe siècles), Paris, Éditions Recherches sur les civilisations, 1988.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Groupe de recherche « transferts culturels » à l'ENS (Paris) auprès du CNRS: [4]
  • Forum spécialisé concernant l'histoire des transferts culturels et les imbrications transnationales en Europe et dans le monde: [5]