Hippolyte Dussard

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Hippolyte Dussard
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Fonction
Préfet des Pyrénées-Orientales
10 -
Biographie
Naissance
Décès
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Nationalité
Activités

Jean Louis Hippolyte Dussard (parfois écrit Hyppolite , Hippolite et/ou Dussart), né le 18 fructidor an VI[1] () à Morez (Jura) et mort le à Nyer[2] (Pyrénées-Orientales), est un économiste, journaliste et investisseur commanditaire français. Il est Commissaire du gouvernement provisoire et préfet de la Seine-Inférieure en 1848 et membre du Conseil d'État en 1849.

Biographie[modifier | modifier le code]

La vie d’Hippolyte Dussard est marqué par ses convictions républicaines. En 1815, il s'enrôle comme volontaire dans la génie militaire.

En 1830, il signe la Protestation des journalistes contre les ordonnances[3],[4]

Pendant l'insurrection républicaine à Paris en juin 1832, il soutient l'insurrection des ouvriers, et pour éviter d'être poursuivi, il se réfugie en Angleterre, où il est l'hôte de John Stuart Mill[5], dont il traduira plus tard Principes d’économie politique. Il reste en Angleterre jusqu'en 1834 et il y dévient un connaisseur de l'économie politique de ce pays.

En 1835, il signe la lettre aux prisonniers d'avril 1834 et il est, avec les autres signataires, convoqué en poursuite devant la Cour des pairs[6],[7].

Écrivain[modifier | modifier le code]

Hippolyte Dussard est collaborateur de la Revue encyclopédique de 1819 à 1833[Note 1], du Bulletin des Sciences Technologiques pour la section des arts chimiques de 1823 à 1830[Note 2]. De 1830 à 1842, il écrit pour le journal Le Temps, journal des progrès politiques, scientifiques, littéraires et industriels, fondé en 1829 par Jacques Coste et Jean-Jacques Baude[8],[9]. Il écrit dans le Dictionnaire du Commerce (éd Guillaumin, 1837) aux sujets d'agriculture, capital, concurrence (économie politique) et savon[10]. Dussard qui semble avoir quelque connaissance de chimie, a en 1838 un brevet d'invention (brevet d'importantion) de décoloration de huile de palme sur son nom[11]. Il est en 1839 membre de la rédaction du Repertoire de l’industrie étrangère (1 volume).

Il publie en 1841 chez Guillaumin De l’état financier de l’Angleterre et des mesures proposées par les whigs et tories[12]. Par ce livre, Dussard est remarqué par Gilbert Guillaumin, qui a fondé en 1841 le Journal des économistes, et celui prend Dussard dans la rédaction de ce journal. Dussard est de 1843 à 1845 rédacteur en chef du journal, succédant à Adolphe Blanqui et remplacé par Joseph Garnier. En 1844, il écrit le rédactionnel du premier numéro de l’Annuaire de l'économie politique, production des rédacteurs du Journal de l'économie et la même année il est co-éditeur des Œuvres de Turgot en 2 volumes, les volumes 3 et 4 de la Collection des principaux économistes, édité sous la direction de Guillaumin.

Il est considéré d'appartenir à la première génération des écrivains de « l'école de Paris », groupement d'économistes libérales françaises de la première moitié du XIXe siècle autour du journal des économistes et de la Société d'ecomnomie politique[13],[14].

Fonctionnaire et préfet[modifier | modifier le code]

Dès le premier numéro du Journal des économistes, 1841, il écrit sur les chemins de fer, et parallèlement à son travail de rédacteur, il est premier agent commercial et organisateur de l'exploitation de la ligne de chemin de fer de Paris à Rouen[15],[16]. À la Révolution française de 1848, la ligne de chemin de fer Paris de à Rouen subit en février des dévastations par des incendiaires[17]. Le gouvernement provisoire envoie Félix Avril et Dussard en expédition contre les incendiaires. L'expédition étant réussi[18], Dussard est nommé le 30 avril 1848 Commissaire du gouvernement du département de la Seine-Inférieure, puis préfet le 17 juin, fonction qu'il remplit jusqu'à la fin de l'année 1848.

À Rouen, encore sous le coup de la Révolution, 20.000 ouvriers sans travail dépendant des comités de charité. La commune veut donner une subvention qui leur nourrirait 20 jours[19]. « Et après...? » demande le Commissaire Dussard. Il propose d'utiliser la subvention pour faire tourner les usines[20]. Et cela réussit, dit-il en 1867 dans le Journal des économistes[21]. Les travaillers semblent confirmer ce succès, puisque « le Club de tous les Devoirs réunis » à Paris portent « Dussard, économiste » candidat pour les élections de 1848[22].

En octobre 1848, il doit faire face aux émeutes d'octobre 1848 au Havre et Fécamp, sur lequel il a écrit un mémorandum : Troubles de Fécamp, Explications du préfet[23].

À l'avènement du Président Louis-Napoléon Bonaparte, celui refuse de le confirmer dans sa fonction de préfet de la Seine-Inférieure[24].

Élu Conseiller d'État en avril 1849, il perd cette place par tirage au sort en juin 1849[25]. À la suite de cela, il est envoyé par le ministre de l'Intérieur Jules Dufaure en mission en Angleterre pour y étudier les institutions charitables[26].

Le 10 septembre 1870 au matin, à la chute du Second Empire, sur proposition de la commission départementale, il accepte à 72 ans provisoirement la fonction de préfet des Pyrénées-Orientales pour le gouvernement provisoire, mais la population de Perpignan proteste et sa nomination n'est pas approuvée. Il se retire le soir du même jour[27].

Investisseur commanditaire[modifier | modifier le code]

Dussard prend fin 1837 le chemin des investissements en s'associant au banquier le comte Jelski[Note 3]. Ils créent en 1837 une compagnie commanditaire de l'Industrie : la Compagnie Jelski, Dussard et Cie[28], qui va financer et concourir des industries innovantes, créatrices d'emplois. Assisté par un comité technique, dont fait partie Emmanuel Arago, ils fournissent en 1838 leur concours aux moulins de Saint-Maur à Paris, à la Société en commandite pour la galvanisation du fer Sorel et comp.[Note 4],[29] Jelski, qui avait acheté les droits d’un brevet de tannerie, meurt en 1843 et c'est Dussard qui avec ce brevet crée une tannerie à Ivry-sur-Seine (Seine).Ils avaient investi aussi dans le chemin de fer Paris-Rouen, ouvert en 1843, dont Dussard devient le premier chef de l'exploitation. Pour cette fonction, rempli pendant deux ans, il est décoré chevalier de la Légion d’honneur[30].

Le château de Nyer

Dussard participe à d'autres projets de financement :

  • Devenu en 1854 propriétaire du château de Nyer, il finance pour la commune un canal d'irrigation dans la montagne, ouvert en 1855[31].
  • En 1856 la fondation de la Caisse franco-suisse de Cheptel et de l'Agriculture, dont le siège est à Genève[32].
  • Vers 1862 il s'associe à Amédée Sellier et fonde la Compagnie Dussard et Sellier
  • Dussard et Sellier particpent en 1863 la fondation de « l’Approvisionnement société de crédit des halles et marchés de Paris »[33].
  • Dussard et Sellier fondent en 1865 la Compagnie pour l'irrigation pour réaliser dès 1866 d'autres projets de canaux dans le sud de la France : le canal de Saint-Martory, le canal de la Siagne, le canal du Lagoin, le canal du Verdon[Note 5]. Les projets étant trop vastes pour la Compagnie pour l'irrigation seule, ils transfèrent les concessions à la compagnie anglaise General irrigation and water supply company of France limited, représentée toujours par Hippolyte Dussard et Amédée Sellier avec en plus Frédérique Marshall, et financée par une banque anglaise d'investissement[34],[35].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Art de fabriquer les savons, mis a la portèe des ménages, 1829 [lire en ligne]
  • Capital, in : Encyclopédie du commerçant: Dictionnaire ducommerce et des marchandises. Tome premier. A-F, p. 464-470. Paris: Guillaumin, 1841[36].
  • De l'état financier de l'Angleterre et des mesures proposées par les Whigs et les Tories, 1842 [lire en ligne]
  • In : Annuaire de l'économie politique : Les pourquoi de l'économie politique (I, 1844, p. 3-12 [lire en ligne]) ; Enseignement de l'économie politique (II, 1845, p. 26-31 [lire en ligne]).
  • In: Journal des économistes tome 1, 1842 : Des chemins de fer au 1er décembre 1841 p. 67-99 ; Chemin de fer, projet de loi de M. le Ministre des Travaux publics, p. 426 à 451 ; Tome 5, 1842 : Travail et charité. Loi des pauvres en Angleterre ; Travail et charité. Population ouvrière. Les derniers troubles du Lancastre,
  • Exposition universelle de Londres, 1851
  • Savon, réédité in : Encyclopédie du commerçant, tome 2, p. 216-220 1855.[lire en ligne]
  • Le crédit et la production agricole, 1864
  • Réflexions sur la formation et la distribution des richesses - Observations de l’éditeur, in : Eugène Daire et Hippolyte Dussard, éditeurs : Œuvres de Turgot.

Éditeur scientifique[modifier | modifier le code]

  • Œuvres de Turgot, t. 1, Eugène Daire, Hippolyte Dussard, (lire en ligne).
  • Œuvres de Turgot, t. 2, Eugène Daire, Hippolyte Dussard, (lire en ligne).

Traductions[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. Richardot, « Dussard (Hippolite) » in Dictionnaire de biographie française (DBF), tome 12 (Dugueyt — Espigat-Sieurac), 1970, colonne 865.
  • Notice « Dussard (Jean, Louis, Hippolyte) » in Archives nationales (France) (répertoire nominatif par Christiane Lamoussière, revu et complété par Patrick Laharie ; répertoire territorial et introduction par Patrick Laharie), Le Personnel de l’administration préfectorale, 1800-1880, Paris : Centre historique des Archives nationales, 1998, 1159 pages, 27 cm, (ISBN 2-86000-271-5), page 292.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Revue encyclopédique a existé jusqu'en 1835
  2. Bulletin des Sciences Technologiques dit Bulletin de Férussac, qui a existé jusqu'en 1831.
  3. comte Louis Jelski, mort en 1843, ancien gouverneur de la Banque de Pologne qui avait en exil fondé une banque en France
  4. Stanislas Sorel, inventeur de la galvanisation, après avoir brevèté son invention, avait en 1837 publié pour la première fois pour le grand public
  5. Un troisième associé, Pascal Nicolas était mort en 1865, la séparation des droits a engendré une série de procès : Affaire de MM. Dussard et Sellier contre les héritiers Nicolas et consorts relative aux droits des uns et des autres dans les comptes du défunt Pascal Nicolas, de son vivant associé aux demandeurs pour la construction et l'exploitation du canal du Verdon, impr. E. Brière, 1866.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Notice « Dussard (Jean, Louis, Hippolyte) » in Archives nationales (France) (répertoire nominatif par Christiane Lamoussière, revu et complété par Patrick Laharie ; répertoire territorial et introduction par Patrick Laharie), Le Personnel de l’administration préfectorale, 1800-1880, Paris : Centre historique des Archives nationales, 1998, 1159 pages, 27 cm, (ISBN 2-86000-271-5), page 292.
  2. (nl) A. Winkler Prins, Geïllustreerde encyclopædie, 1885
  3. Louis Blanc, Histoire de dix ans, tome 1, 1842, (Documents historiques/Protestation des journalistes) p. 501-503[lire en ligne]
  4. Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe édition Garnier, Paris, 1910, tome 5 p. 277 ss.
  5. Hayek on Mill: The Mill-Taylor Friendship and Related Writings, The collected works of F.A.Hayek, vol 16, University of Chicago Press, 17 févr. 2015, p. 39
  6. Procès des accusés d'avril 1834 devant la Cour des Pairs, suivi de celui des défenseurs, 1835
  7. Chambre des pairs. Affaire de La tribune et du Réformateur: procès-verbal des séances relatives au jugement de cette affaire, 1835 [lire en ligne]
  8. Nécrologie de Hippolyte Dussard par Joseph Garnier dans le Journal des économistes, 1876 p. 302
  9. R.H. Ingriss Palgrave, Dictionary of Political Economy, Springer, 2016, p. 655
  10. Claire Lemercier, La Chambre de commerce de Paris, 1803-1852. Un « corps consultatif » entre représentation et information économiques, thèse de doctorat d’histoire sous la direction de Gilles Postel-Vinay, EHESS, 2001, annexe
  11. Texte du Brevet d'invention de décoloration de huile de palme in: Description des machines et procédés spécifiés dans les brevets d'invention, de perfectionnement et d'importation dont la durée est expirée, et dans ceux dont la déchéance a été prononcée, Volume 82, Numéros 11297 à 11441, 1854p. 550-551.
  12. Winkler Prins encyclopédie, op.cit.
  13. Michel Leter, Éléments pour une étude de l'École de Paris (1803-1852), in : Philippe Nemo, Jean Petitot (directeurs de rédaction), « Histoire du libéralisme en Europe » PUF, 2006 p. 429-510
  14. Michel Leter, op.cit. résumé in : Contrepoints, 16 novembre 2014
  15. Necrologie, op.cit.
  16. Journal des chemins de fer, tome 14, 1855 p. 303-304
  17. Journal des chemins de fer, Volume 7, 1848, p. 148 et 290-292
  18. Expédition contre les incendiaires - Rapport au Gouvernement provisoire par les citoyens Avril et Dussard, in: Recueil complet des actes du gouvernement provisoire (février, mars, avril, mai, 1848), 2e partie, 3/7 mars 1848 p. 60-64
  19. L'ami de la religion journal et revue ecclésiastique, politique et littéraire, 1848 p. 120
  20. Francis Dernier, Les ouvriers de Rouen parlent à un économiste en juillet 1848, in : Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l'Institut français d'histoire sociale, avril-juin 1982, p. 3-32
  21. [Journal des économistes, 1867, p. 308-310]
  22. Curiosités révolutionnaires. Les affiches rouges, réproduction exacte et histoire critique de toutes les affiches Ultra-Répubicaines placardées sur les murs de Paris depuis le 24 février 1848. Avec un préface par un Girondin, 1851, p. 229
  23. Pierre Ardaillou, Les républicains du Havre au XIXe siècle: (1815-1889), p. ]
  24. The Westminster Review, Volume 51, 1849 p. 477]
  25. Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, 1870 p. 609
  26. Charles Coquelin, Gilbert-Urbain Guillaumin, Dictionnaire de l'économie politique, 1853, p. 693
  27. Enquete Parlementaire Sur Les Actes Du Gouvernement de la Defense Nationale, part 3,Volume 1, 1875 p. 549-551
  28. Journal de l'institut historique, Volume 8, 1838, p. 47-48
  29. La France industrielle, manufacturière, agricole et commerciale, 1837-1838, p. 142-143 : Procédé pour rendre inoxidables tous les objets en fer employées dans les constructions ; p. 396-398 : De la galvanisation de fer ; p. 402-404 : Societé en commandite pour la galvanisation du fer
  30. Journal des chemins de fer, Volume 4, 1845 p. 440
  31. Travaux d'irrigation dans la montagne, in : Journal des chemins de fer, Volume 14, 1855 p. 302-303
  32. Recueil authentique des lois et actes du Gouvernement de la République et Canton de Genève, Volume 42, p. 523-551
  33. Bulletin des lois de la République Française, Série XI, Tome 22, 2e semestre 1863, partie supplémentaire tome XXII, 1864 p. 137-148
  34. Phillip Cottrell, Investment Banking in England 1856-1881(RLE Banking & Finance), 2013, p. 264
  35. Grissot de Passy, Étude sur le Service hydraulique et sur les mesures administratives concernant les cours d'eau non navigables ni flottables, p. 103 et ss.
  36. Article résumé dans : Olli Turunen, The Emergence of Intangible Capital. Human, Social, and Intellectual Capital in Nineteenth Century British, French, and German Economic Thought, University of Jyväskylä, 2016, p. 181